STATION. - LES BARRES
8 kil. de Chàtellerault. - 312 kil. de Paris. — 271 kil. de Bordeaux.
Les Barres , tel est le nom d'un hameau honoré d'une sta- . tion et près duquel les archéologues vont visiter sur la droite, dans la commune de Naintré, les ruines d'une mansio romaine, qui ont donné lieu à de nombreuses discussions. On a souvent appelé cette mansio le vieux Poitiers; mais il paraît prouvé que Poitiers a toujours été bâti sur l'emplacement qu'il occupe aujourd'hui.
Le Clain, bordé d'arbres, serpente au milieu d'agréables prairies. Près de la rive droite on remarquera sur un monticule le hameau de Moussais-la- Bataille, où, selon quelques écrivains, se livra, en 732, la bataille dans laquelle le sort du monde se joua entre les Franks et les Arabes, entre Charles Martel et Abder-Rhaman. c Si les touristes, dit M. J. de Peyssonnel , s'arrêtent pour contempler ce mamelon qui fut les colonnes d'Hercule de la conquête des Sarrasins, ils doivent rechercher la Tombeile du Cheneau et la Fosse au Roi, deux souvenirs de cette journée glorieuse ; car c'est dans la Fosse au Roi que la tradition place la tombe d'Abd-er-Rhaman. Le nom du village de Moussais dérive de celui d'un chef arabe, appelé Moussa, qui fut tué près de là. Nous ajouterons que, d'après les recherches qui ont été faites sur la disposition des forces de chaque parti, l'aile droite des Sarrasins s'appuyait à Moussais, leur aile gauche, sur les bords du Clain , à côté de la ligne que suit aujourd'hui le chemin de fer, et le centre, sur une voie romaine dont il ne reste plus de vestiges. Les Franks, qui avaient déjà repoussé, depuis Cenon, l'ayant-garde des ennemis, avaient dû ranger leurs lourds bataillons dans l'ouverture de l'angle formé par les deux rivières, de manière à ne présenter qu'un seul front à l'attaque rapide des cavaliers de l'émir. »
M. Henri Martin, qui a si bien compris et expliqué l'importance de cette lutte entre l'islamisme et la chrétienté, raconte ainsi les préliminaires du combat : « Les barbares d'Austrasie ne soupçonnaient guère queUes destinées étaient confiées à leur
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épée ; cependant un sentiment confus de la grandeur de la lutte qu'ils allaient engager parut les saisir ; les musulmans , de leur côté, hésitèrent pour la première fois. Durant sept jours l'orient et l'occident s'examinèrent avec haine et terreur : les deux armées , ou plutôt les deux mondes , s'inspiraient un étonnement réciproque par la différence des physionomies , des armes , des costumes, de la tactique. Les Franks contemplaient d'un œil surpris ces myriades d'hommes bruns aux turbans blancs, aux abas rayés, aux boucliers ronds, aux légères zagaies, caracolant , parmi des tourbillons de poussière , sur leurs cavales échevelées. Les cheiks musulmans passaient et repassaient au galop devant les lignes gallo-teutoniques , pour mieux voir les géants du Nord avec leurs longs cheveux blonds, leurs heaumes brillants, leurs casaques de peaux de buffle ou de mailles de fer, leurs longues épées et leurs énormes haches. »
La bataille fut terrible. Elle se prolongea tout le jour. Pendant la nuit — c'était le dernier samedi du mois d'octobre — les Arabes abandonnèrent leur camp. La grande querelle était décidée.
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