‹ De Paris à BordeauxChapitre 112 sur 165 · SB H O •M · texte numérisé non relu

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POITIERS

du voyageur à Poitiers, par M. Charles de Chergé, un des meilleurs ouvrages de ce genre que Paris puisse envier à la province ; — Henri Oudin , 4 , rue <Je l'Éperon.

Situation et aspect général.

Poitiers, l'ancienne capitale du Poitou, aujourd'hui le cheflieu du département de la Vienne, est située au confluent du Clain et de la Boivre, qui l'entourent de trois côtés, sur une col-

Entrée de Poitiers.

line dont elle couvre les pentes escarpées et le platéau arrondi, élevé de plus de 40 mètres au-dessus des deux rivières. Vue du chemin de fer ou des hauteurs qui lui font face, elle offre un ensemble pittoresque. L'intérieur ne répond nullement aux promesses de l'extérieur. On n'y trouve guère que des rues montueuses, étroites, mal pavées, tortueuses, désertes, des maisons sans caractère et sans style. Mais Poitiers a été le théâtre d'importants événements historiques , et elle possède un grand nom-

bre de monuments curieux soit par la date de leur construction , soit par leur architecture. A ce double titre, elle mérite une assez longue visite. Les archéologues surtout ne devront pas manquer de s'y arrêter, et les simples touristes ne regretteront jamais la journée qu'ils lui auront consacrée. Cette journée, ils pourront l'employer de la manière suivante , en partant du quartier de la Place d'Armes, où sont les principaux hôtels :

4° L'amphithéâtre; 2° Saint-Hilâire ; 3 W Blossac: 4° Sainte-Radegonde ; 5° le temple Saint- Jean ; 6* la cathédrale ; 7° Notre-Dame la Grande; 8° les Facultés (bibliothèque et musée) ; 9° le palais de justice; 10° Montierneuf; H° la Prévôté; 42° Saint- Porchaire ; 4 3° le lycée.

V Embarcadère de Poitiers, que l'on a démoli en 1855 pour le reconstruire sur de plus grandes proportions, car il était devenu déjà insuffisant , et l'ouverture de la ligne de Poitiers à la Ro-' . chelle et à Rochefort nécessitait son agrandissement préalable, a été établi dans la vallée de la Boivre, sur un terrain marécageux. En en sortant on aperçoit la ville devant soi au sommet de la colline. Cette colline , il faut la gravir. La ville doit faire établir sur son versant une rampe large et facile, mais elle réfléchit mûrement avant d'agir ; comme toutes les villes de province , elle a des intérêts opposés à concilier. En attendant, les omnibus vont passer , soit par la rue de la Tranchée , soit par Saint-Hilaire. Quant aux piétons, ils prennent la rue escarpée de la Visitation , à l'extrémité de laquelle ils suivent à droite la rue des Basses- Treilles , puis la rue de la Place-d" Armes , qui aboutit à cette place , le centre actif et commerçant de la ville. A droite de cette place, dans les rues des Halles et des Trois- Piliers, se trouvent les principaux hôtels.

Histoire.

Fondée par les Pictons on ne sait pas à quelle époque, Poitiers fut conquise par les Romains avec le reste de la Gaule. Elle s'appelait alors Limonum. Le Picton Duratius resta fidèle aux Romains , quand la Gaule se souleva presque entièrement contre ses vainqueurs, et il y résista aux attaques de Dumnacus, chef des Andes. Ce siège qu'elle soutint témoigne de son importance.

Elle devint ensuite une des principales villes de la Gaule romaine. Son enceinte avait alors, comme l'ont démontré des fouilles modernes , une forme presque circulaire.

Aux Romains succédèrent les Wisigoths, qui construisirent une autre enceinte curieuse à étudier , car elle se compose des débris des palais et des temples romains. Ce fut de Limonum que le roi des Wisigoths , Alaric II , sortit à la tête de son armée pour aller se faire battre et tuer par Clovis , le roi des Franks , dans les champs de Voulon.

Dès lors Poitiers et la province dont elle fut la capitale appartiennent aux rois Franks, qui les font gouverner par des comtes. Elles dépendent du royaume d'Aquitaine; elles en subissent toutes les vicissitudes. Quand Éléonore ou Aliénor, fille et héritière unique de Guillaume VIII , comte de Poitou et duc d'Aquitaine, épouse divorcée de Louis VII, eut agréé à Poitiers Henri, fils de Geoffroy Plantagenêt , qui venait de succéder à son père dans la possession de l'Anjou , du Maine et de la Touraine et dans ses prétentions sur la Normandie et sur l'Angleterre, elles passèrent, avec la plus grande partie de la France actuelle, sous la domination anglaise. Éléonore résida souvent à Poitiers, qu'elle se • plut à embellir. Elle l'entoura d'une enceinte nouvelle ; elle confirma les privilèges de ses habitants, et, en 4499 , elle y créa une commune. Parmi ces privilèges, M. de Chergé en cite un qui est, dit-il, assez significatif, «celui de marier leurs filles comme ils le jugeront à propos. »

Après la mort de la veuve d'Henri II , Philippe Auguste s'empare du Poitou, dont un arrêt de la cour des pairs avait dépouillé Jean sans Terre pour crime de félonie et de parricide. Cette province, que saint Louis donne à son frère Alphonse, appartient ensuite à Philippe le Hardi , à Philippe le Bel , à Philippe le Long, Sous Philippe le Bel — 4307, 4 308 — Poitiers fut en quelque sorte la capitale du monde chrétien. Bertrand de Got , archevêque de Bordeaux, que Philippe avait fait nommer pape (Clément V) sous six conditions, dont une secrète, la destruction de l'ordre des Templiers, vint à Poitiers , où, sur l'ordre du roi son maître , il rappela le grand maître des Templiers et le grand maître des chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem. C'était, leur

avait-il dit , pour se concerter avec eux sur les affaires de la terre sainte. On sait ce qui advint. De Poitiers, le grand maître des Templiers se rendit à Paris avec les principaux chefs de l'ordre; le roi les caressa, les combla, les endormit , dit M. Michelet. Ils vinrent se faire prendre au filet comme les protestants à la Saint-Bar thélemy. Cependant le pape essaya de sauver les prisonniers qu'il avait livrés. Il prétendit que c'était à lui de les juger, parce qu'ils relevaient directement du saint-siége. Philippe le Bel dut venir à Poitiers pour lui forcer la main. En vain Clément V voulut résister; il tenta même de s'enfuir ; il était le prisonnier du roi. Il resta, bien qu'il eût pu se retirer, s'il se fût décidé à laisser ses mulets chargés d'or et d'argent ; il céda; les Templiers furent sacrifiés à la vengeance et à l'avarice de Philippe le Bel, et Clément V n'obtint qu'en 1303. la permission de quitter Poitiers pour se retirer à Avignon.

Sous le roi Jean, Poitiers donna son nom à l'une des batailles les plus désastreuses qu'ait perdues la France. Cette bataille se. livra à 7 kil. de la ville, dans la direction de l'ouest, à peu de distance de la route de Poitiers à Limoges , sur un coteau de la commune de Beauvoir. La ferme appelée Maupertuis par les historiens porte aujourd'hui le nom de la Cardinerie. Le 49 septembre 4 356, 4 4 000 Anglais commandés par le prince Noir, fils du roi Édouard d'Angleterre, y furent attaqués par l'armée française, à la tète de laquelle était le roi Jean. Cette armée, bien supérieure en nombre (elle comptait de 45 000 à 50 000 combattants), eût pu aisément, par quelques jours de blocus, forcer les Anglais à capituler. Jean commit la faute d'engager le combat, et la faute plus grande encore de vouloir le soutenir quand la victoire se fut déclarée pour ses ennemis. Il ne se rendit que lorsqu'il lui devint impossible de résister plus longtemps. 4 4 000 Français, dont 43 comtes, 70 barons et 2000 chevaliers, restèrent sur le champ de bataille, où la charrue remue encore des armures et des ossements. Cette fatale défaite, qui eut pour résultat le traité de Bretigny (4360), livra le Poitou à l'Angleterre, qui le posséda jusqu'à ce que Duguesclin l'eût reconquis à la France. Il devint alors l'apanage de Jean de Berri, frère du roi Charles V (4692), puis il retourna à la couronne, pour redevenir l'apanage de

Charles de France, dauphin du Viennois, qui fut depuis Charles VII, et qui le réunit enfin au domaine royal, sans qu'il pût désormais en être détaché, même en faveur d'un prince du sang.

Charles VII avait été proclamé roi de France à Poitiers; il y transféra en 1 423 le parlement et l'université de Paris, qui y restèrent jusqu'en U36; en 4429 il y envoya Jeanne d'Arc subir un examen solennel devant la cour du parlement. Malheureusement le procès- verbal de la commi sion d'examen n'est pas venu jusqu'à nous. « Mais, dit M. Henri Martin, les contemporains, les témoins, quelques acteurs même des scènes qui se passèrent entre Jeanne et les théologiens, nous en ont conservé les principaux traits. Nous pouvons, grâce à eux, entrevoir quelque chose de ce merveilleux combat du sentiment inspiré contre la sophistique subtile et la lourde théologie des écoles, a Beau spectacle, » écrit Alain Chartier, sous une impression toute fraîche encore, « que de la voir disputer, femme contre les hommes, ignorante « contre les doctes, seule contre tant d'adversaires t » Les docteurs l'accablèrent de citations, l'enlacèrent dans les mille replis de leur dialectique : elle s'avança d'un pas ferme et sûr à travèrs ces labyrinthes; elle déconcerta les savantes arguties de ses examinateurs par l'imprévu de ses réponses et par ce grand sens qui se joignait chez elle à la plus ardente exaltation. Après qu'elle eut exposé a de grande manière » comment sa révélation lui était advenue, comme elle disait que le roi lui devait donner des gens d'armes pour secourir Orléans : c Si Dieu veut délivrer u le peuple de France, répondit un des théologiens, il n'est pas « besoin de gens d'armes. — En nom Dieu, les gens d'armes «batailleront, et Dieu donnera la victoire 1 » Un autre, frère Séguin, s'avisa de lui demander a Quelle langue parlent vos « voix? — Meilleure que la vôtre ! ». L'interlocuteur parlait limousin. « Croyez- vous en Dieu? reprit le théologien en colère. « — Mieux que vous , répliqua-t-elle. — Dieu ne veut point « qu'on croie à vos paroles si vous ne montrez un signe (un mi- « racle) qui prouve qu'on doit vous croire. — Je ne suis pas « venue à Poitiers pour faire des signes : conduisez-moi à Or- « léans , je vous y montrerai les signes pour quoi je suis en- « voyée. Qu'on me donne des gens d'armes en telle et si petito

* quantité qu'on voudra, et j'irai! En nom Dieu, je ferai lever « le siège d'Orléans; je mènerai sacrer le dauphin à Reims; je « lui rendrai Paris après son couronnement, et je tirerai le duc « d'Orléans d'Angleterre. Il n'est besoin de tant de paroles : ce « n'est plus le temps de parler, mais d'agir. »

a Quand les théologiens, tout étourdis de ses vives répliques, appelaient à leur aide maints auteurs sacrés et profanes, et les saintes Écritures et les Pères, pour contester la réalité de sa mission : « Il y a plus, répondait-elle en levant les yeux au ciel, il y « a plus dans les livres de Dieu que dans les vôtres! »

c L'étonnement et l'admiration gagnaient peu à peu et ravivaient ces âmes desséchées par la scolastique et par la chicane : ces cœurs arides se fondaient au contact de cette flamme ; on vit de vieux légistes du parlement sortir « en pleurant à chaudes « larmes : » l'évêque de Castres s'écria que cette fille était assurément une envoyée du Seigneur.

a Jeanne vainquit, ajoute le célèbre historien; les docteurs assemblés à Poitiers déclarèrent que c ladite Pucelle » ayant été éprouvée touchant sa vie , ses mœurs et son intention, c sans « qu'on trouvât en elle que tout bien, humilité, virginité, dévo- « tion, honnêteté, simplesse.... » on ne pouvait Ja rebuter ou délaisser sans se rendre indigne de l'aide de Dieu, et qu'on devait la mener devant Orléans pour y montrer le signe divin qu'elie promettait. L'archevêque de Reims, président de l'assemblée, dut se décider à signer. »

Pendant son séjour à Poitiers, Jeanne d'Arc logea à l'hôtel de la Rose, situé jadis au coin de la rue du Petit-Maure et de la rue Saint-É tienne.

Après la prise de Paris (4 436), Charles VII, la cour et le parlement retournèrent dans cette ville, et Poitiers cessa d*ètre la capitale du royaume. La révolte du dauphin y ramena un instant Charles VII, en 4 440. Louis XI essaya vainement d'y établir une manufacture de draps. Charles VIII y vint en 4 486, François I" en 1 51 9 > la duchesse d'Angoulême en 4525, Charles - Quint en 4539, et la ville fit à l'empereur une réception aussi brillante que celle qu'elle avait faite au roi de France.

La Réforme fut prêchée à Poitiers j>ar Calvin, qui. selon un his-

torien, enjôla et coiffa un grand nombre d'habitants. Sur les bords du Clain, près de Saint-Benoît, s'ouvre une grotte que l'on appelle encore dans le pays « la grotte de Calvin, » et dans laquelle le réformateur assemblait ses prosélytes, qui tous étaient ou professeurs, ou magistrats, ou savants. C'est là qu'il leur fit faire la cène; c'est là peut-être que pour la première fois il s'écria : « La Bible, voilà ma messe ; i c'est de là enfin que sortirent les premiers disciples qui portèrent dans le Poitou d'abord, et plus tard dans la France entière, la parole ardente du maître. Les progrès de la Réforme amenèrent des persécutions que suivirent d'affreuses représailles. Poitiers fut, en 1 562, prise tour à tour par les protestants et parles catholiques. Les deux partis y commirent d'abominables excès. Nous ne citerons que deux faits : à la première attaque de Poitiers par les protestants , l'un d'eux se tressa un collier avec les oreilles des malheureux qu'il avait massacrés , et, lorsque les catholiques reprirent cette ville quelques jours après, un de leurs soldats se prit aussi à couper des oreilles « dont il fit une fricassée, conviant à ce banquet quelques siens compagnons!! »

En 4569, Coligny vint assiéger Poitiers », qui, défendue par le comte de Lude , Guise et Mayenne , repoussa toutes ses attaques. Après sept semaines de bombardements et d'assauts inutiles, il dut se retirer pour aller se faire battre à Montcontour.

• A partir de cette date glorieuse pour elle, dit M. Ch. de Chergé, la ville de Poitiers, agitée encore par les éléments de trouble qui avaient germé dans son sein, éprouve quelques luttes intestines. Mais bientôt son histoire et sa vie, sauf quelques faits particuliers de mince importance , vont se trouver fondues dans l'histoire et la vie de la grande nationalité française. Depuis lors aussi, le cœur tout français de ses habitants a répondu à tous les battements du cœur de la France; aux jours de ses triomphes il a bondi de joie et d'orgueil; aux jours de ses désastres il a ressenti la douleur de ses humiliations ; et, quand il ne s'est pas associé aux élans que l'on demandait à ses enfants, c'est que ces élans étaient indignes de la France. »

i. Voir le Siège de Poitiers par Uberge , nouYelle édition.

Sous la Restauration, la conspiration de Thouars et Saumur se dénoua dans la ville de Poitiers. Le 42 septembre 4823, le général Berton et ses principaux complices y furent condamnés par la cour d'assises à la peine de mort. L'exécution du général Berton eut lieu le 47 octobre. Arrivé au pied de l'échafaud , Berton en monta les marches avec fermeté , puis il cria d'une voix forte : Vive la France, vive la liberté! Étendu. sur la planche fatale et placé sous le couteau, il fit entendre de nouveau ce cri : Encart une fois, vive la France, vive la liberté! Il y avait peu de spectateurs ; toutes les fenêtres de la place où se faisait l'exécution étaient fermées.

La ville de Poitiers, qui était, avant la révolution de 4789, la capitale du Poitou, est aujourd'hui le chef-lieu du département de la Vienne, le siège d'une cour impériale divisée en quatre chambres, à laquelle ressortissent les tribunaux des quatre départements de la Vienne , des Deux-Sèvres , de la Vendée et de la Charente-Inférieure ; d'un évêché qui comprend les deux départements de la Vienne et des Deux-Sèvres ; le chef-lieu d'une académie ; elle dépend de la 4* subdivision (Tours) de la 4 4* division militaire (Nantes), de la 26 - conservation forestière (Niort). Elle possède une faculté de droit, une faculté Mes lettres , une école secondaire de médecine, etc. Elle a vu naître Hugues de Poitiers, le chroniqueur du Vézelay, les jurisconsultes Boncenne et Foucart , le conventionnel Thibeaudeau, l'historien

du Poitou.

Monuments anolens.

Poitiers possède un Dolmen qu'on appelle la Pierre-Levée. Ce monument druidique se trouve dans le faubourg de Saint- Saturnin , sur la route de Bourges , près d'un cimetière établi en 4830. D'après la légende catholique, sainte Radegonde portait cette pierre sur sa tète pour la placer à l'endroit même où elle est aujourd'hui, et elle avait mis dans son tablier de mousseline les piliers destinés à la soutenir. L'un de ces piliers étant tombé, le diable l'emporta pour jouer un tour à la sainte, qui ne put pas poser sa table d'aplomb. A en croire Rabelais, au contraire , ce fut Pantagruel qui , par compassion pour les eschotiers, «print d'un grand rochier qu'on nomme Passe-Lourdin

POITIERS. — LA PiERRE-LEVÊE.— LES ARÈNES. 275

une grosse roche, ayant environ douze toises en carré et d'épaisseur quatorze pans , et la mit sus quatre piiliers au milieu d'un champ bien à son aise , afin que lesdicts escholiers , quand ils ne sçauraient autre chose faire, passassent temps à monter sus ladicte pierre, et là bancqueter à force flacons, jambons et pastés , et escripre leurs noms dessus avec ung cousteau , et de présent l'appelle-on la Pierre-Levée. » Quoi qu'il en soit, la Pierre-Levée est l'un des plus importants dolmens que nous possédions, car elle ne mesure pas moins de 42 mètres de long sur 8 de large. Sa plus grande hauteur est de i mètres environ, et les pierres qui la composent ont plus d'un mètre d'épaisseur. Autour de ce monument druidique se tenait autrefois une foire célèbre, celle de Saint-Luc. Il y a quelques années, le propriétaire du terrain voulait l'exploiter pour le transformer en macadam. Grâce à l'intervention de la Société* des Antiquaires de 1 Ouest, il est devenu une propriété de l'État.

Les Romains ont laissé à Poitiers des traces non moins intéressantes de leur passage. La rue Saint- Nicolas, qui s'ouvre dans la rue des Halles, près de la Place d'Armes , descend dans la rue d'Évreux, à la droite de laquelle se trouvent V hôtel de la Lamproie et Xhôtel d'Éoreux. Au fond de la cour de l'hôtel de la Lamproie on remarque les ruines de l'ancienne église collégiale de Saint- Sicola*, devenue l'église d'un simple prieuré, et détruite à la Révolution. Au fond de la cour de l'hôtel d'Évreux l'attention est attirée par les débris bien autrement importants des arènes de Poitiers (s'adresser à un garçon d'écurie). La grande voùtj que l'on aperçoit tout d'abord était une de ses entrées principales; on en a fait une cave. A droite et à gauche, d'autres voûtes plus petites, destinées à soutenir les gradins, servent de magasins à fourrages. 11 faut pénétrer à l'intérieur, monter sur les gradins recouverts d'herbe pour avoir une idée exacte de la gran deux et de l'importance de cet amphithéâtre , dont on voit encore l'ellipse , malgré les diverses constructions qui se sont élevées l entour et au milieu de ses débris.

Le tome V des Mémoires de la Société des Antiquaires de VOuebt (1843) renferme un excellent travail de MM. Bourgnon de Layre et Lamotte sur les arènes de Poitiers. Cet amphithéâtre, bâti, à ce

qu'il paraît, sous les règnes des empereurs Adrien et Antonin (de KM à 464), était déjà détruit au \v siècle. Devenu une sorte de carrière, tous les siècles suivants y prirent des matériaux pour construire des fortifications ou des maisons. Après diverses vicissitudes il échut, au xv* siècle, à l'abbaye de Nouaillé. Il appartient actuellement aux hospices. Voici du reste, d'après le travail de MM. Bourgnon de Layre et Lamotte, un tableau comparatif des proportions qui existent entre l'amphithéâtre de Poitiers et ceux de Rome et de Nîmes :

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