‹ De Paris à BordeauxChapitre 13 sur 165 · ESSONNES · texte numérisé non relu

ESSONNES

logrammes empilés , classés et rangés ; des femmes y sont occupées à revoir, à classer et à découper chaque fragment. Dans le second bâtiment s'opère le grillage , le lessivage, le défilage et le blanchiment. Le grillage consiste à expulser la poussière du chiffon, au moyen d'une espèce de blutoir. Le lessivage se fait dans huit magnifiques cuviers en tôle pouvant contenir ensemble 4000 kilogrammes de chiffons, et munis chacun d'une cheminée de dégagement et d'une soupape de sûreté. La salle où est établi l'atelier de blanchiment est sillonnée de voies de fer longeant les caisses où les wagons viennent déposer, pour être blanchi par le gaz , le chiffon commun arrivé au premier degré de fabrication ; dans une salle contiguë , huit énormes cuves en pierre reçoivent les chiffons fins et les cotons qui ont été blanchis au chlore liquide dans huit piles laveuses-blanchisseuses en fonte d'une seule pièce , munies chacune d'un tambour laveur.

Le troisième bâtiment, où s'opère le raffinage des pâtes, contient huit machines à fabriquer le papier continu, les lisses, les presses hydrauliques et la salle d'apprêt. Un atelier de ce bâtiment renferme sur un seul plancher trente-deux piles, garnies de leurs cylindres qui font chacun 200 à 225 tours par minute. Dans ces piles , on colle et l'on colore les pâtes. Un autre atelier contigu en renferme vingt.

Ces trois grandes divisions de la papeterie d'Essonnes sont desservies par un chemin de fer de 300 mètres , terminé par un plan incliné qui permet aux wagons de chiffon blanchi de monter jusqu'au premier étage , où se trouvent les cylindres raffineurs.

Vingt moteurs (huit moteurs hydrauliques et douze machines à vapeur) mettent en mouvement l'immense matériel de cet établissement, qui consomme annuellement plus de 3 millions de kilogrammes de chiffons, et produit dans le.mêmeUemps'près de 2500 000 kilogrammes de papier. Parmi ces moteurs, qui représentent une force totale de 360 chevaux, on remarque six petites machines à vapeur de 7 chevaux, pour lesquelles la papeterie d'Essonnes a pris un brevet sous le titre de piles à vapeur.

La papeterie d'Essonnes fabrique toutes les sortes de papier connues , mais spécialement les papiers d'impression, les papiers de couleur, et les papiers pour fleurs , dits serpentes , dont le

monopole, môme en France, appartenait, il y a quelques années encore, aux Anglais. Elle produit en outre environ trente millions d'enveloppes par an , à un prix de revient extrêmement bas. En 4850, quinze millions d'enveloppes chamois, commandées par les États-Unis et livrées en quelques mois, ont coûté moins cher aux Américains , malgré les transports , la douane , le fret, la commission des intermédiaires et les droits d'entrée, que s'ils les avaient fabriquées eux-mêmes avec leur propre papier.

Quatre cent cinquante ouvriers sont occupés dans ce vaste établissement; deux cents y sont logés gratuitement et ont la jouissance d'un jardin. Un réfectoire chauffé y reçoit, aux heures des repas, les ouvriers du dehors. Dix ou douze bains chauds y sont distribués gratuitement par jour aux ouvriers. Un médecin y donne des soins gratuits aux malades.

Enfin, les enfants dont la famille est occupée dans l'usine y sont admis depuis l'âge de deux ans dans une salle d'asile et dans une école primaire gratuites où ils sont chauffés et fournis de livres, de cartes et de tableaux.

Bernardin de Saint-Pierre se retira en 4793, à Essonnes , dans une île où il avait fait construire avec ses économies une jolie petite maison que représente notre dessin. Ce ne fut pas sans peine qu'il obtint l'autorisation d'y demeurer. Après plusieurs mois de sollicitations et de démarches infructueuses, il reçut une lettre ainsi conçue : « Tu trouveras ci-joint ton certificat de civisme. Te voilà donc avec un motif de plus pour reconnaître la Providence et la bénir, i II ne quitta sa retraite chérie que lorsqu'il fut nommé, eni479i;, professeur de morale à l'École normale. Il la conserva cependant, car il l'aimait beaucoup, et il y revint souvent jusqu'à la mort de sa première femme.

Maison de Bernardin de Saint - Pierre.

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