ANGOULÊME. — RUELLE
ment. Cinq ans après, à la veille de la guerre dite coloniale, le gouvernement s'en empara, et il la garda jusqu'en 4772. A cette époque, cédant aux réclamations de son propriétaire, il la prit à bail; en 4774 , le comte d'Artois en fit l'acquisition au prix de 300 000 livres ; deux ans plus tard , il échangeait avec le roi les forges de Ruelle et de Forgeneuve contre les forêts domaniales de Vassy , Saint-Dizier et Sainte-Menehould. Cet échange fut consacré par les lettres patentes des 24 juillet 4776 et 21 juillet 4782, qui attachèrent au service de la marine les fonderies de Ruelle et de Forgeneuve. Leur préambule porte que l'un des principaux motifs de l'acquisition des forges de Ruelle et de Forgeneuve a été le dessein a de former le plus bel établissement de ce genre qui existât en France et peut-être dans l'Europe, i Il annonce que le succès est d'autant plus assuré à cet égard que la forge de Ruelle est la seule dans le royaume qui puisse travailler constamment sans interruption , « ayant un cours d'eau toujours égal et qui, n'étant sujet ni à la hausse ni à la baisse des eaux , ni aux inconvénients de la gelée, doit nécessairement procurer dans les soufflets l'égalité du vent, avantage inappréciable pour la sûreté et la solidité des canons. »
L'an ii, Hassenfratz, Périer et Monge substituèrent, à Ruelle, le moulage en sable au moulage en terre, alors en usage dans toutes les fonderies, et depuis leur découverte cette importante usine n'a pas cessé de se développer, de s'embellir, de se perfectionner. En 4 809 on la mit en régie et on la confia à des officiers supérieurs de l'artillerie de marine. D'importantes constructions s'élevèrent en 4 822 et 4823; de nouvelles foreries remplacèrent les anciennes, devenues insuffisantes, et des fours
à réverbère furent substitués à. tous les hauts fourneaux qui existaient encore , pour la fonte des bouches à feu , coulées depuis cette époque en deuxième fusion. Enfin, en 4 840, la fonderie d'artillerie en bronze, établie à Rochefort, fut, personnel et matériel, transférée à Ruelle; elle devait y être bientôt l'objet de perfectionnements notables, au nombre desquels il faut compter l'application, introduite en 4852, du moulage en sable, immense progrès que les fonderies de l'artillerie de terre envient encore aujourd'hui à la marine.
Ruelle a une force motrice hydraulique de soixante-dix chevaux-vapeur, et un matériel approprié à l'importance de l'usine est employé à son exploitation. On y voit : des hauts fourneaux; des fours à réverbère en grand nombre pour les pièces en fer; des ateliers, des étuves dans lesquelles on moule et on coule les canons; dix-huit bancs de forerie, divisés par groupes de trois, pour le fer et pour le bronze ; enfin de nombreux magasins, ateliers, outils, etc. ; une fonderie de cuivre pour la fabrication des pièces en bronze ; des modèles de bouches à feu de siège , de campagne et de montagne. Le personnel comprend un lieutenant-colonel d'artillerie de marine, directeur, et trois officiers. L'effectif des ouvriers, qui a été pendant longtemps de deux cents, n'est guère aujourd'hui que d'environ cent cinquante. Ruelle pourrait fournir au besoin, par an, un million et demi de kilogrammes d'artillerie , c'est-à-dire plus de 680 bouches à feu, à raison de 2500 kilogr. par pièce, terme moyen. Mais elle a produit : en 4 852, 4 4 2 canons de 30 ; 39 canons en bronze, mortiers, obusiers de 46, etc.; 24 affûts de côte en fer ; en 4853, 85 canons de 30 ; 57 en bronze, 20 affûts de côte en fer; en 4854 ( 4 fr semestre), 424 canons de 30, 42 de 50; 48 en bronze, 213 affûts de côte en fer, 335 tonneaux de lest en fer.
La Poudrerie d'Angoulême ou de Thérooat, située à 5 kilomètres de la ville, sur la Charente, est l'une des plus importantes poudreries de la France. Elle peut fabriquer annuellement de 4 million à 4 200 000 kilogrammes de poudre de diverses espèces. Dix-sept usines, établies sur une ligne d'environ 4000 mètres de longueur, au bord de la rivière, et un grand nombre d'ateliers, servent à cette fabrication. Les roues des usines
ANGOULÊME. — THÉROUAT.
sont mises en mouvement par les eaux de la Charente, qui, à ce point, au moyen d'un barrage établi dans le lit de la rivière, et d'une écluse qui donne passage aux bateaux du commerce, représentent une force motrice d'environ 65 à 70 chevaux en moyenne.