ANGOULÊME. — HISTOIRE
qu'une vingtaine d'hommes , quoiqu'il fût sans vivres et sans munitions, quoique le château ne fût à vrai dire qu'une place ouverte, d'Épernon résista pendant plus de trente heures à l'assaut qui lui était livré et a sortit avec gloire de ce péril. » Alors il écrivit au roi pour se plaindre. Ce prince lui répondit qu'il n'avait voulu le faire conduire auprès de lui que pour le revoir et pour le traiter comme son propre fils. Plusieurs citoyens et entre autres le maire de la ville, François Normand de Puygrelier, perdirent la vie dans cette affaire.
Pendant les guerres de religion, Charles IX avait donné le duché d'Angoulème à Henri de Valois, fils naturel du roi Henri II; Henri III en fit présent à Diane de France ; Louis XIII en disposa eh faveur de Charles de Valois, fils naturel de Charles IX, qui le transmit à son fils Louis de Valois; Louis XIV le réunit en 47U à la couronne; en 4773 Louis XV en apanagea Charles Philippe, comte d'Artois, qui devint roi sous le titre de Charles X. Le fils de Charles X, dernier dauphin de France, a été le dernier duc d'Angoulème. En 4790, l'Angoumois forma le département de la Charente avec quelques parties de la Saintonge, du Poitou, du Périgord et du Limousin.
Aujourd'hui Angoulême est le chef-lieu du département de la Charente. Elle compte 20085 habitants. Elle doit sa prospérité actuelle à son commerce d'importation et d'exportation et à son industrie. Elle possède, en effet, des papeteries qui jouissent d'une réputation européenne, des raffineries, des tanneries, des filatures, des fabriques de toiles et d'étoffes grossières ; elle vend une quantité considérable d'eaux- de- vie et elle sert d'intermédiaire pour l'échange de leurs produits entre le nord et le midi de la France.
Angoulême a vu naître la Marguerite des Marguerites, Marguerite de Valois ou d'Angoulème, sœur de François I", qui reçut le jour au château, dans une salle du second étage de la tour ronde, construite et décorée par son aïeul Jean le Bon ; le poëte Melin de Saint - Gelais ; Jean Faber, jurisconsulte du xiv e siècle; Jean-Louis Guez de Balzac; Ravaillac, l'assassin d'Henri IV; le marquis Marc-René de Montalembert, l'inventeur d'un nouveau système de fortifications, et plusieurs membres de la famille des Boutillier.
EXCURSIONS A LA SOURCE DE LA TOUVRE, AUX USINES DE NI AU MONT ET OE VEUZE , A LA FONDERIE DE RUELLE , A LA POUDRERIE DE THÉROUAT.
Les usines de Yeuse et de Maumont sont situées à 6 kilomètres à l'est d'Angoulême. La route impériale d'Angoulême à Limoges y conduit. On trouvera chez MM. Chaumont et Comp., place Marengo , à Angoulême , des voitures à deux places pour 6 fr., aller et retour, et à quatre places pour 40 fr. A peu de distance de la ville, on traverse les belles prairies de YIle-iïEspagnac, village de 596 habitants , dont l'église renferme une remarquable statue de la sainte Vierge. Cette statue est en pierre. La nef de l'église date du xiv siècle. Un peu au delà de l'Iled'Espagnac, on quitte la route impériale pour se diriger à droite sur Magnac-sur- Touvre, village de 979 habitants , près duquel sont les usines de Veuze et de Maumont — Tune des papeteries les plus considérables d'Angoulême et même de la France — qui ont pour moteur hydraulique la curieuse rivière au bord de laquelle elles sont bâties.
En effet, cette rivière, nommée la Touvre, porte bateau à sa source même, où elle a déjà 80 mètres de largeur. Elle jaillit dans deux bassins principaux , situés au pied d'une haute colline et appelés, l'un; le Dormant, et l'autre, le Bouillant. Le premier de ces bassins a 24 mètres de profondeur, et le second 42 seulement. On prétend que l'eau qu'ils fournissent provient de réservoirs alimentés par deux cours d'eau (la Tardouère et le Bandiat) qui disparaissent en grande partie à 42 kilomètres de là. c La plus grande de ces sources , dit Bonaventure des Periers dans le Cymbalum mundi, vous puis-je comparer à quelque grand et large puits, qui jetterait eau à pleine bouche, tout rasibus terre, sans faire bruit aucun, grandes ondes ni écumes. > La Touvre se perd dans la Charente, un peu au-dessus d'Angoulême, près du pont que le chemin de fer a construit pour la traverser. Dans son cours de quelques kilomètres, elle alimente de nombreuses et remarquables usines. La première de ces usines, celle que représente notre dessin, n'est qu'à 500 mètres de sa source. Au moyen âge, quand les mille bruits de l'industrie ne troublaient point ses bords paisibles, la Touvre était, au dire
ANGOULÊME. — LA TOUVRE.
des poètes angoumois, couverte de cygnes, pavée de truites, bordée d'écrevisses et lardée d'anguilles, t qui est , ajoute Bonaventure des Périers , ce qu'a voulu dire Clément Marot en la bergerie qu'il a faite sur le trépas de Louise de Savoie , quand il dit :
. La pauvre Touvre , arrosant Angoulême , A son pavé de truites tout détruit ; Et sur son eau chantent de jour et nuit Les cygnes blancs dont toute elle est couverte.
Cette rivière de Touvre et ses sources sont donc des plus grandes merveilles et choses dignes de voir qui soient en Angoumois....»
Papeteries de Mamuont ei de Veuze.
Au-dessus de ces sources, sur la colline qui les domine, se dressent encore les tristes ruines d'un château fort, bâti en 1071 par Guillaume Taillefer, détruit par les Anglais pendant la guerre de Cent ans, et appelé, on ne sait pourquoi, le château de Ravaillac.
Les usines de Maumont et de Veuze occupent plus de 400 ouvriers. Indépendamment du puissant moteur qui leur a donné naissance , elles emploient la vapeur, nécessaire d'ailleurs pour le lessivage des chiffons et le séchage des papiers. Cette vapeur, dont elles ont besoin, elles la produisent soit avec du charbon de terre , soit avec de la tourbe extraite d'une tourbière voisine
(2 kilomètres environ). Elles comptent actuellement 24 cylindres et 3 machines qui travaillent jour et nuit ; aussi fabriquent-elles chaque année environ 700 000 kilogrammes de papier de toute nature : affiches de couleur, papiers de couleur pour brochures, papiers blancs pour écoliers , pour impressions et dessins , papiers bleus et azurés pour l'exportation, papiers blancs et azurés pour lettres, papiers vergés blancs , azurés et de couleur , pelures blanches, azurées et de couleur. Elles consomment par an 4 million de kilogrammes de chiffons valant de 3 à 400 000 fr.
Pendant la saison de 4 855, les habiles administrateurs de ces belles usines ont fondé tout auprès une maison de secours, dirigée par des sœurs de charité. Cette maison sera entretenue, moitié par une subvention de l'usine, moitié par une cotisation annuelle des ouvriers.
La papeterie de Veuze existait avant 4830, mais celle de Maumont ne date que de 4834. C'est l'usine de Veuze qui la première a fabriqué dans le département de la Charente le papier mécanique continu. Maumont et Veuze réunies ont obtenu une médaille d'argent à l'Exposition de 4 834, une médaille d'or en 4 844, une médaille à l'Exposition universelle de Londres en 4854 ; et une médaille de 4" classe à l'Exposition universelle de Paris en 4855.
A 4 kilomètre environ au-dessous de Maumont, sur la Touvre qui le divise en deux parties, se trouve le village de Ruelle, dont la population s'élève à 1625 habitants, et dont les environs fertiles et bien cultivés produisent beaucoup de vin. On y remarque le château du Maine-Gagnaud , où François I tr s'arrêta en revenant de visiter les sources de la Touvre. Mais c'est surtout la fonderie qui y attire les étrangers.
La fonderie de Ruelle était , en 4750, un simple moulin à papier. Elle doit sa fondation à M. le marquis de Montalembert, qui y installa des forges pour la fonte des canons de fer, que Colbert avait substitués dans la marine aux canons de bronze, parce que la fonte de fer a sur le bronze l'avantage de coûter incomparablement moins cher, de se dégrader moins vite dans certaines circonstances de tir, et de ne pas exercer par ses détonations une action aussi acerbe sur les organes auditifs , dans un emplacement resserré comme celui de la batterie d'un bâti-