IV STATION. - ÉTAMPES
7 kil. d'Êtrechy. — 56 kil. de Paris. — 65 kil. d'Orléans. — 180 kil. de Tours. —
375 kil. de Nantes. — 527 kil. de Bordeaux.
Un Bcffbt a été établi à la station d'Étampes, où tous les trains s'arrêtent au moins cinq minutes. Les Hôtels situés dans la ville sont ceux du Grand-Courrier, du Bois de Vincennes et de la Ville de Rouen (Grande rue Saint- Jacques). Des Voitures de correspondance partent de l'embarcadère pour Âuneau par Ànthon, 32 kil. en 2 h. 30 m. pour 4 fr. 25 c. C'est à Toury que l'on prend maintenant les voitures pour Pithiviers (voir cidessous).
Éta rapes. — en latin Stampa, — ne doit pas son nom et son origine à des Troyens fugitifs qui l'auraient appelée Tempé en souvenir de la célèbre vallée de la Thessalie. Clément Marot adopte
cette opinion dans les vers qu'il adressait à la duchesse d'Étampes, Anne de Pisseleu.
Ce plaisant val que l'on nommoit Tempé
(Dont mainte histoire est encore embellie),
Arrousé d'eaux , si doux , si attrempé ,
Sachez que plus il n*est en Thessalie :
Jupiter roi , qui les cœurs gaigne et lie ,
L'ha de Thessale en France remué ,
Et quelque peu son nom propre mué,
Car pour Tempé veut qu'Estampes s'appelle.
Ainsi lui plaît, ainsi l'a situé ,
Pour y loger de France la plus belle.
L'époque de la fondation d'Étampes et l'étymologie de son nom sont inconnues. On sait seulement qu'elle existait déjà au vr siècle, et qu'en 601 le roi Thierry y remporta une victoire complète sur. son oncle Clotaire, dont il fit prisonnier le fils Mérovée. 30 000 hommes restèrent sur le champ de bataille. On appelle encore le champ des* morts le terrain dans lequel ils furent ensevelis.
En 9 M , Étampes fut prise, pillée et saccagée par les Normands, sous la conduite de leur roi Rollon.
Plusieurs conciles se tinrent à Étampes aux xi 9 et xir siècles. Dans celui de \ 130, appelé à se prononcer entre les papes Anaclet II et Innocent II, saint Bernard fit triompher la cause d'Innocent II. Dix-sept années plus tard, 1 i 47, les principaux seigneurs du royaume, convoqués à Étampes par Louis le Jeune, qui se préparait à partir pour la Terre sainte, y décidèrent que, pendant l'absence du roi , le pouvoir serait confié aux mains habiles de l'abbé Suger.
Le château des quatre-tours, bâti au xi* siècle , à Étampes , par Constance, épouse en secondes noces du roi Robert, et habité par plusieurs rois de France , servit de prison, de 4200 à 4212, à la reine Ingeburge, sœur du roi de Danemark, pour laquelle Philippe Auguste conçut le jour môme de son couronnement ( H 93 ) une antipathie si étrange et si invincible que les contemporains l'attribuèrent à un maléfice. On sait les conséquences que cet inexplicable divorce eut pour la France. Trois ans après avoir répudié la reine qu'il avait confinée d'abord dans un couvent du
ÉTANTES. 40
Tournaisis, à Cisoing, où il n'eut pas même l'humanité de pourvoir convenablement à ses besoins, Philippe, en dépit des menaces du souverain pontife, Célestîn III, épousa Agnès de Méranie. Le successeur de Gélestin, Innocent III, le somma d'abord vainement de rentrer dans le devoir et de renvoyer sa concubine : en 4200 il l'excommunia et il interdit l'exercice du culte dans tout le royaume. Philippe lutta longtemps contre le souverain pontife, mais il dut lui céder. 11 se sépara d'Agnès de Méranie, reconnut la nullité de leur union , et reprit provisoirement Ingeburge. Agnès mourut bientôt de douleur, et Philippe , désespéré de sa mort, renvoya une seconde fois Ingeburge à Étampes, où il l'emprisonna avec une dureté impardonnable pendant onze années. Enfin, en 4242, comme il ne pouvait ni la forcer à prendre le voile, ni obtenir du pape l'annulation de son mariage, il la reprit dans un moment où de graves intérêts politiques lui rendaient nécessaire l'appui de Rome ; mais elle ne fut jamais heureuse avec lui. Elle lui survécut plusieurs années. Sa prison devint, après sa mise en liberté, une prison d'État.
Philippe Auguste fut le dernier roi de la troisième race qui posséda Étampes en toute propriété. Elle appartint tour à tour à Blanche de Castille, mère de saint Louis, au frère de Philippe le Bel, à Charles d'Ëvreux, en faveur duquel Charles le Bel l'érigea en comté (1325), au duc de Berri (1355), qui la céda au duc de Bourgogne, Philippe le Hardi. Pendant les sanglantes rivalités des Bourguignons et des Armagnacs, elle fut souvent envahie , rançonnée, pillée par le parti d'Orléans. En 4 4 4 4 , le dauphin, qui faisait alors ses premières armes , vint l'assiéger avec les ducs de Bourgogne, les comtes de Nevers, de la Marche, de Penthiêvre, etc. Elle s'empressa de lui ouvrir ses portes, mais le sire de Boisrodon s'enferma dans la forteresse , où il soutint un siège si long que le dauphin allait le lever, lorsqu'un bourgeois de Paris, nommé Roussel , fit construire au pied d'une haute tour, dernier refuge des assiégés,- une sorte de toit incliné , à l'abri duquel des ouvriers pratiquèrent une brèche. Boisrodon fut forcé de capituler. On rendit à leurs familles les dames et demoiselles de sa compagnie , qui , c pendant le siège avaient, au dire de la chronique, tendu leurs tabliers aux assiégeants en signe de bra- 76 d
vade, comme pour y recevoir les pierres qu'on leur lançait et qui ne pouvaient les atteindre. » Boisrodon obtint la vie sauve, mais ses soldats, pour lesquels il n'avait rien stipulé, furent massacrés, à l'exception de trente, emmenés garrottés à Paris. Du reste, il eut une fin tragique. La reine Isabeau de Bavière le prit pour amant, et Charles VI , las de son insolence croissante , le fit jeter à la Seine , enfermé dans un sac sur lequel on lisait cette terrible inscription : c Laissez passer la justice du roi. »
Louis XI s'était emparé du comté d'Êtampes : il le donna à Jean de Foix , comte de Narbonne. Après la mort de Gaston de Foix, tué àRavennes, Anne de Bretagne hérita de ce comté qu'elle transmit à sa fille Claude de France, femme de François I". Au commencement du xvi° siècle , François I tr en fit un duché en faveur de Jean de Brosses , qu'il maria avec Anne de Pisseleu, sa maîtresse. Vaincue, sous Henri II, par Diane de Poitiers, Anne se retira dans un cloître, cédant à sa rivale l'amour du roi et le titre de duchesse d'Êtampes.
A demi ruinée par le séjour de six semaines que les troupes allemandes y firent en 4562, pendant les guerres de religion; prise d'assaut en 1 567 par le capitaine Saint- Jean, frère du comte de Montgommery ; rendez-vous des troupes de la Ligue en 4 589 ; tombée enfin au pouvoir d'Henri III dans la même année, la ville d'Êtampes vit, en 4590, ses fortifications rasées par ordre d'Henri IV, sur la demande de ses habitants.
Pendant les troubles de la Fronde (1 652), Turenne vint assiéger à Ëtampes l'armée du prince de Condé, que commandait le comte de Tavannes. Louis XIV, encore enfant , amené à ce siège par Mazarin, y eut, dit-on, le courage de passer d'un quartier à l'autre sous le feu d'une canonnade assez vive. Comme il demandait , le soir, à Laporte , son valet de chambre , si le canon lui avait fait peur, celui-ci , qui était ce jour-là créancier du roi et qui aurait bien voulu cesser de l'être , répondit : « Ordinairement on n'a point peur, quand on n'a point d'argent. » Laporte ajoute dans ses Mémoires : « Il m'entendit et se prit à sourire ; mais personne n'en devina la cause. Le roi voyait quantité de malades et estropiés qui couraient après lui, demandant de quoi soulager leur misère, sans qu'il eût un seul douzain à leur donner : de quoi tout le
monde s'étonnait fort. » En effet, le cardinal Mazarin venait d'enlever au jeune roi les cent louis d'or que lui avait comptés le surintendant des finances pour qu'il en fît une distribution aux soldats blessés.
Après deux semaines de bombardements et d'assauts inutiles qui avaient été très-meurtriers , Turenne dut lever le siège d'Étampes pour aller attaquer l'armée du prince de Lorraine, campée près de Paris. Mais la ville était à moitié détruite, et la peste en
Vue générale d'Êiaropes,
décima bientôt les habitants ruinés. Vincent de Paul accourut à leur secours. Il soigna les malades, il enterra les morts, il pourvut au sort des orphelins ; enfin, il releva complètement le moral de cette population abattue par tant de fléaux. Mais en 4663, La Fontaine, allant dans le Limousin, faisait encore d'Étampes la description suivante : c Nous regardâmes avec pitié ses faubourgs. Imaginez-vous une suite de maisons sans toits , sans fenêtres , percées de tous côtés ; il n'y a rien de plus laid et de plus hideux. Cela me remet en mémoire les ruines de Troie la Grande. » .»« •
Le 3 mars 1792, le marché d'Ëtampes fut envahi par une bande d'imbéciles et de forcenés, armés de sabres et de fusils, qui taxèrent de force le prix du pain. Le maire, Henri Simonneau , les menaça de faire exécuter la loi martiale. Blessé par l'un de ces misérables , il leur dit avec fermeté : c Ma vie est à vous , vous pouvez me tuer, mais je ne manquerai pas à mon devoir. » Deux coups de feu l'étendirent mort. L'Assemblée nationale décréta en son honneur l'érection d'un monument qui n'a jamais été commencé. On se contenta de célébrer une fête que le même vote avait instituée.
Ëtampes a réparé, par son industrie et par son commerce, tous les désastres des siècles passés. Elle est aujourd'hui une souspréfecture du département de Seine-et -Oise, et elle a une population de 8083 habitants, parmi lesquels on compte de riches propriétaires. Elle doit sa prospérité actuelle à ses beaux moulins, au commerce des grains et des farines, à ses lavages de laine, etc. Elle possède , outre un tribunal de première instance , un collège communal, dont la fondation remonte à François I er , un Hôtel- Dieu , un vaste grenier de réserve pouvant contenir 1 4 000 quintaux métriques de blé et une salle de spectacle récemment construite. On lui bâtit une nouvelle sous-préfecture,
La gare du chemin de fer, située à rai-côte, dans la partie supérieure de la ville , est dominée par les ruines gigantesques et étrangement crevassées de la tour Guinette , seul reste de ce château formidable si souvent assiégé , pris et repris , et qui avait aussi , dit-on, été construit par le fils de Hugues Capet. Quelques étymologistes font venir son nom de Guinette du vieux mot français guigner, voir de loin, observer, parce qu'en efTet sa situation et sa hauteur la rendaient singulièrement propre à cet usage. La tour Guinette et le terrain boisé et clos qui l'entoure appartiennent à M. le curé de Notre-Dame. Si l'on veut visiter de près ces ruines curieuses, il faut aller demander la clef de l'enclos à la servante du curé. Autrefois on montait jusqu'au haut de la tour ; mais les escaliers ou plutôt les échelles qui y conduisaient ayant «té en partie détruites , les amateurs sont obligés de renoncer à cette ascension. La ville d'Étampes n'a pas voulu faire le sacrifice de 6000 fr. pour acquérir la tour Guinette. En montant sur
ETAMPKS.
les terrains vagues ou dans les champs qui avoisinent cette tour habitée par les corbeaux , on découvre un joli point de vue.
En descendant la rue. qui aboutit à l'embarcadère , on se trouve en face de Saint-Basile , dont le portail roman a été récemment restauré, et dont le portail latéral est de la Renaissance. Cette église , la plus riche d'Ëtampes , aurait besoin de N grandes réparations. Son clocher roman, recouvert d'un toit en ardoise du style de la Renaissance, a été coupé en deux par
La tour Guineltc, à Êtampes.
d ignobles petits toits d'ardoise. Du reste, Saint-Basile est restée inachevée, car on voit à la façade extérieure du chœur un médaillon au milieu duquel sont gravés ces mots : Fuxit Deus
En face du côté droit de Saint-Basile, dans la rue Sainte-Croix, les regards sont attirés par une maison qui, malgré les divers outrages qu'elle a subis, a conservé son caractère du xvi e siècle. Ces la maison de Diane de Poitiers. La cour intérieure mérite surtout
la visite des amateurs. Ils y admireront une jolie porte et deux charmantes fenêtres surmontées de deux louvres et ornées de sculptures (1554).
A l'angle delà rue Sainte-Croix et de la rue du Pain , une maison à tourelles , badigeonnée d'une assez vilaine couleur, passe pour avoir été Y hôtel d'Anne de Pisseleu. On remarque dans la cour, à droite, une porte basse surmontée d'un médaillon mutilé de François I", et un ravissant bas-relief au-dessus de la porte
L'hôtel de ville d'Étampes.
principale. Près du buste reconnaissable de François I er , on lit la date de 4 538.
La rue du Pain conduit à Yhôtel de ville , ancienne construction à tourelles qui vient d'être agrandie et restaurée , et en face de laquelle on a construit une caisse d'épargne. Notre gravure nous dispense de toute description. Le grand salon de réception a été décoré avec goût dans le style de la Renaissance. On peut s'adresser au concierge pour le visiter.
Le tribunal, bâti sur remplacement du palais des Quatre-Tours.
n'a d'autre mérite que d'être voisin de la prison , et flanqué de deui maisons destinées à loger la gendarmerie. A peu de distance de Saint-Basile et de l'hôtel de ville , à peu
L'égli»e Noire-Dame d'Etampes.
près au centre de la partie de la ville qu'on appelait autrefois ttampes-le-Chatel, s'élève l'église de Notre-Dame. A l'extérieur, cette église se fait remarquer par l'ancienneté et la singularité de sou architecture . Ses murs sont , en grande partie , couron-
nés d'un rang de créneaux , comme ceux d'une forteresse. Aussi a-t-on pensé qu'elle complétait un système de fortifications déjà composé du palais et du château. La tour du clocher, d'une forme élégante , est surmontée d'une flèche octogone qu'entourent à sa base quatre clochetons percés à jour ; elle vienl d'être restaurée. Le portail latéral, qui s'ouvre sur la place du Marché et qui est construit dans le style ogival, était orné
de curieuses sculptures malheureusement mutilées , représentant des scènes du Nouveau Testament , l'Annonciation , la Naissance du Christ, la Fuite en Egypte, etc. Il date du xin e siècle.
L'intérieur de Notre- Dame ne ressemble à celui d'aucune autre église.
C'est un mélange de constructions de toutes les époques et de tous les styles, sans aucune régularité de forme dans l'ensemble. De chaque côté du chœur, terminé par un mur plat , sont deux chapelles qui n'ont ni la même longueur ni la même largeur. Dans une de ces chapelles, à gauche du chœur, on remarque deux statues en pierre du xn' siècle; à gauche, en regardant le chœur, s'ouvre dans le transsept la chapelle du sépulcre, qui contient quelques sculptures, mais qui, fermée par une affreuse porte en bois derrière laquelle pend un rideau malpropre, paraît fort négligée. Du côté opposé à l'entrée du chœur, on a placé une jolie petite statue, signée Robert, 1846, et qui représente un enfant Jésus contemplant une couronne d'épines.
Étampes possède deux'autres églises. Saint-Gilles , située au milieu de la ville, au delà du théâtre, n'a absolument rien d'intéressant. Saint-Martin, située à l'extrémité supérieure de la ville, mérite au contraire la visite des archéologues ; mais elle plaira médiocrement aux simples curieux. Elle est d'ailleurs en si mauvais état qu'elle semble menacer ruine. On remarque surtout ses trois chapelles construites derrière le chœur , et sa tour isolée, qui, bâtie au xv siècle, masque l'ancien portail. Cette tour repose sur un terrain bourbeux qui a fléchi. Elle penche d'un côté
Les Poneieaux.
ainsi que la façade de l'église , dont l'inclinaison est encore plus forte que celle de la tour. Saint-Martin, l'église la plus ancienne d'Étampes , fut fondée sous Clovis et rebâtie dans la première moitié du xir siècle.
La vallée dans laquelle Étampes se trouve située est arrosée par trois cours d'eau qui fécondent de nombreuses prairies et font tourner , à Étampes seulement, près de quarante moulins; ces trois cours d'eau sont la Juine, la Chalouette et la Louette. lisse réunissent pour former la rivière d'Étampes. On y pêche d'excellentes écrevisses. Leurs bord3 offrent d'agréables pro^
menades. On appelle la promenade des prés le boulevard qui longe la ville parallèlement au chemin de fer , mais du côté opposé. Cette promenade aboutit près de l'église Saint-Martin aux portereaux, où l'on remarque des débris d'anciennes fortifications. La promenade du port, située près de la porte de Paris, doit son nom à un port établi vers la fin du xv siècle et destiné à l'embarquement des blés de la Beauce, qu'un canal transportait à la Seine. Il n'existe plus aucun vestige de ce canal ni de ce port, mais la promenade a conservé son nom. C'est dans cette promenade, ombragée de grands et beaux arbres , et près de laquelle on .voit à droite les anciennes murailles d'Ëtampes, que se tient à la Saint-Michel une foire importante, instituée il y a sept siècles par Louis VII , en faveur d'une ancienne maladrerie. Les deux terrasses plantées d'arbres, entre lesquelles passe le chemin de fer, s'appellent, celle du bas, la promenade d'Henri IV, et celle du haut, la promenade du chemin de fer. De cette dernière , on voit bien la ville et la vallée.
Un quartier d'Ëtampes porte le nom bizarre à'Eccehomo, on ne sait pourquoi. An milieu de la place de ce quartier s'élevait jadis une croix» Un jour on vit un vit un homme aiguiser un poignard sur la pierre qui supportait cette croix, « Que, faites-vous là? lui demanda un des spectateurs. — J'aiguise un poignard qui fera longtemps parler de moi, » répondit-il. Cet homme était Ravaillac ; ce poignard, celui avec lequel il tua Henri IV.
Si Ton doit en croire Philippe de Commines, les fusées auraient été inventées àÉtampes, en 4465, par Jean Boutefeu ou Jean des Serpents. Enfin Ëtampes est la patrie de Geoffroy Saint- Hilaire.
Une des plus agréables promenades que l'on puisse faire dans les environs d'Ëtampes, c'est d'aller visiter le beau parc du château Brunehaut, situé à 25 ou 30 minutes de la ville, sur la route de Paris. On suit d'abord cette route jusqu'au delà du hameau de Saint-Michel; puis, après avoir laissé à droite le chemin de Morigny, on prend à droite une belle allée sablée qui s'enfonce dans un joli bois, et bientôt on trouve la grille du parc complaisamment ouverte aux visiteurs. Le château doit son nom à un ancien manoir qui passait pour avoir été habité par la reine
Brunehaut et dont il ne reste aucun vestige. De construction toute moderne, il n'a en lui-même rien de remarquable ; mais le parc, traversé par la Juine qui y forme une pièce d'eau, est aussi bien dessiné que bien entretenu ; il renferme , outre de magnifiques pelouses , de très-beaux arbres et une colonne élevée en l'an ix par Charles Viart à la Concorde civile. Sur cette colonne on lit : « La jeunesse, apprenant les fautes de ses pères, saura que nous avons tourné les armes contre nous-mêmes. » Cette belle propriété appartient actuellement à M. le vicomte Viart. Si | l'on ne veut pas revenir à Ëtampes par le même chemin, on sort du parc à son extrémité supérieure près du moulin,
et, traversant la Juine, on va visiter à Morigny, situé sur la rive droite de la rivière, la tour gothique de son ancienne abbaye. De Morigny, on gagne Étampes, en vingt ou vingt-cinq minutes, en suivant les rives de la Juine et en passant devant le château de Vaudouleurs.
Quand on s'éloigne de la gare d'Étampes, on passe entre les deux promenades qui dominent la voie à des hauteurs inégales, et que des ponts de bois font communiquer entre elles ; on traverse ensuite une profonde tranchée, au sortir de laquelle on aperçoit, à gauche, le faubourg et l'église Saint-Martin , puis on franchit sur deux beaux viaducs les deux ruisseaux la Louette et la Chalouette, qui, descendus de deux vallons opposés, arrivent à Êtam-
pes parallèlement dans la même vallée. Alors, suivant la vallée de l'Héméry, on monte sur le plateau de la Beauce par une rampe de 8 millimètres par mètre, et de 6300 mètres de longueur. C'est au sommet de cette rampe que le chemin de fer de Paris à Orléans atteint son maximum de hauteur, qui est de 145 n, ,81 audessus de la mer, et de 1 4 0"*,1 6 au-dessus de Paris; il s'est par conséquent élevé de 54 m ,8l de la station d'Étampes à ce point
i.a grande rampe d'Étampes.
culminant. De ce point il descend de 28«",21 jusqu'à Orléans. La différence du niveau entre les deux points extrêmes, c'est-àdire entre Paris et Orléans, est donc de 81'", 95.
Avant même de parvenir sur le plateau, on a remarqué un changement complet dans le paysage ; plus de villages , de hameaux, de châteaux, de villas , de forêts, de parcs ni de jardins, mais de vastes plaines de blé ou de chanvre, selon la saison, sur lesquelles l'œil, fatigué de leur aspect monotone, cherche en vain