LA BEAUCE
des habitations ou des arbres. Ces plaines, personne ne l'ignore, produisent une énorme quantité d'excellentes céréales ; mais à les voir si désertes, on est toujours tenté de se demander où se cache la population qui vit de leur culture et de leur exploitation ; c'est la Beauce.
LaBeauce était appelée autrefois Belsia, Belsa, Bella. Belsia, dit un poète du vi- siècle, Fortunat Venance, évêque de Poitiers,
Belsia, triste solum , cui decunt bis tria solum : Fontes, prata, nemus, lapides, arbusta, racemus....
« Beauce, triste pays, auquel il ne manque que six choses : des sources, des prés, des bois, des pierres, des arbres à fruits et des vignes.... r
Sous la domination romaine, cette contrée était occupée par les Carnutes; elle comprend à présent une partie des départements de Seine-et-Oise, du Loiret , de Loir-et-Cher et d'Eureet-Loir. On la divise en haute Beauce, basse Beauce et Beauce pouilleuse. C'est la hautè Beauce que traverse le chemin de fer.
La Beauce pourrait produire des arbres. Du temps des druides elle était couverte de forêts ; mais le paysan beauceron , qui , du reste, trouve ses plaines magnifiques , n'en plante pas parce que le .bl£ lui rapporte plus que le bois ne lui rapporterait , et parce que l'ombre des arbres pourrait diminuer le rendement de sa récolte. Le paysan beauceron, qui pourrait l'en blâmer? est plus calculateur qu'artiste.
Dans la relation d'un voyage de Paris en Limousin, en 4663, (Lettres à Mme de La Fontaine), La Fontaine raconte ainsi, d'à» près une vieille tradition , l'origine de la Beauce :
La Beauce avait jadis des monts en abondance ,
Comme le reste de la France :
De quoi la ville d'Orléans, Pleine de gens heureux, délicats, fainéants.
Qui voulaient marcher à leur aise,
Se plaignit et fit la mauvaise;
Et messieurs les Orléanois
Dirent au Sort, lout d'une voix,
Une fois, deux fois et trois fois,
Qu'il eût à leur ôler la peine
ï)e monter, de descendre et remonter encor.
« Quoi I toujours mont et jamais plaine 1
Faites-nous avoir triple haleine ,
Jambes de fer, naturel fort,
Ou nous donnez une campagne
Qui n'ait plus ni mont ni montagne.
— Oh, oh ! leur repartit le Sort , Vous faites les mutins, et dans toutes les Gaules Je ne yois que vous seuls qui des monts vous plaigniez !
Puisqu'ils vous nuisent à vos pieds,
Yous les aurez sous vos épaules. »
Lors la Beauce de s'aplanir,
De s'égaler, de devenir
Un terroir uni comme glace,
Et bossus de naître en la place ,
Et monts de déloger des champs.
Tout ne put tenir sur les gens :
Si bien que la troupe céleste,
Ne sachant que faire du reste, S'en allait les placer dans le terroir voisin, Lorsque Jupiter dit : « Epargnons la Touraine,
Et le Blaisois ; car ce domaine
Doit être un jour à mon cousin.
Mettons-les dans le Limousin. •
c Ceux de Blois , ajoutait La Fontaine , comme voisins et bon* amis de ceux d'Orléans , les ont soulagés d'une partie de leur charge. Les uns et les autres doivent encore avoir une génération de bossus , et puis c'en est fait ; vous aurez pour cette tradition telle croyance qu'il vous plaira. »
La Fontaine n'est pas d'accord avec Rabelais. Dans le chapitre xvi du livre I" de Gargantua, Rabelais raconte comment l'énorme jument qui porta Gargantua à Paris défit les mouches bovines de la forêt d'Orléans : « Car soubdain quilz feurent entrez en ladicte forest et que les freslons luy eurent liuré lassâult , elle desguaynasa queue, et si bien, sescarmouchant, les escarmoucha, quelle en abbatit tout le boys ; a tordz , a trauers, de cza, de la, par cy, par la, de long, de large, dessus, dessoubs, abbatoyt boys comme ung fauscheur faict dherbes. En sorte que, depuys, ny eut ne boys ne freslons ; mais feut tout le pays reduyot en campai-
LA BEAUCE. 6a
gne. » Rabelais ajoute que quand Gargantua vit cela, il y prit un grand plaisir et dit à ses gens c beau ce. * Et depuis ce pays fut appelé la Beauce.
I4« STATION. — MONNERVILLE.
M kil. d'Elampes. — 70 kil. de Paris. - 51 ki). d'Orléans.
Mon nervi lie est un village insignifiant de 426 habitants environ, situé à la gauche du chemin de fer; mais à 6 kil. au S.-E.
Le château de Méréville.
on peut aller visiter le château de Méréville, un des plus beaux châteaux des environs de Paris, dont le parc célèbre mérite sa réputation. Des omnibus y conduisent. Il y a trois départs par jour. La distance est de 6 kil. ; la durée du trajet, de 35 à 40 m. ; le prix d'une place, de 50 c.
La famille de la Tour du Pin fit bâtir ce château sous le règne de Louis XIV. Le banquier Delaborde l'acheta sous Louis XVI , et
dépensa, dît-on, pour l'embellir, plus de 44 millions. Construit sur les dessins du célèbre architecte Bellanger, il est situé à micôte sur le versant gauche de la Juine et flanqué de quatre tourelles. Au-dessous d'une vaste terrasse s'étendent des salles immenses où Ton a disposé la chapelle , l'office et les cuisines. Le grand salon renferme de beaux tableaux peints par Robert. Le parc , dont l'étendue est de 4 00 arpents , a été dessiné par Robert et par Joseph Vernet : la Juine y serpente à travers les gazons et les massifs ; elle y forme des îles ; elle y épanche en cascades ses eaux qui vont ensuite se perdre sous des grottes où conduisent des ponts rustiques. On y remarque une belle colonne rostrale érigée en mémoire de deux des fils de M. Delaborde, qui partagèrent le sort de l'infortuné La Peyrouse ; un sarcophage dédié au capitaine Cook, et, au milieu de la forêt, une superbe colonne trajane, au sommet de laquelle on monte par un escalier 'de quatre-vingt-dix-neuf marches.