ORLÉANS. — LA FÊTE DE JEANNE D'ARC
devint pour l'église d'Orléans une solennité de premier ordre. Cette cérémonie, interrompue pendant les troubles religieux du xvi* siècle et de 4792 à 4804, a réuni presque toujours les ordres ecclésiastique, civil et militaire. En 4792 et de 4830 à 4840 elle se borna à une simple promenade militaire. Au xvi* siècle un divertissement populaire s'était fondé à côté de la fête religieuse. D'abord on avait représenté devant les Tourelles le siège d'Orléans, puis la milice avait promené en triomphe un jeune homme vêtu de satin jaune et rouge, chaussé de drap rouge, coiffé d'une toque rouge ornée d'un panache blanc , et chargé d'y porter un trophée des vêtements et de l'étendard de la Pucelle. On donnait à ce jeune homme le nom de Puceau. L'étendard était d'étoffe blanche semée de fleurs de lis. Sur un côté on lisait cette inscription : Jhesus Maria. Sur l'autre, on voyait, entre deux anges en adoration, le Sauveur assis sur un tribunal, au milieu des nuées. Le clergé, pour pallier autant que possible l'indécence d'une telle parade, admit le puceau dans ses rangs en 4725, et l'y maintint jusqu'en 4790. La Révolution le supprima; la Restauration le rétablit ; le gouvernement de juillet le supprima de nouveau. En 4 848 eut lieu une grande fête où le clergé ne figura point ; en 4852 et en 4853, le clergé fit une procession avec la troupe de ligne; enfin, le 8 mai 4855 , a été inaugurée avec une pompe extraordinaire , grâce à la loterie dite de Jeanne d'Arc , la statue équestre de Jeanne d'Arc, par M. Foyatier. Les fêtes, commencées le 6, ne se terminèrent que le 4 0, jour du dernier tirage de la loterie.
La première statue de Jeanne d'Arc date du xv # siècle. En U58, les femmes d'Orléans ouvrirent une souscription pour faire* couler une statue en bronze de la Pucelle, qu'elles placèrent sur le pont. Dans ce monument, composé de quatre personnages, Jeanne d'Arc fut représentée agenouillée sous ses armes, la tête nue et dans l'attitude de la prière, avec Charles VII, devant la Vierge , qui se tenait debout au pied d'une croix sur laquelle était le Christ. Cette statue, mutilée par les calvinistes au xnr siècle, restaurée ensuite, transférée à l'hôtel de ville en 4745, quand on démolit le vieux pont, avait été, en 4775, déposée dans un réduit dépendant de l'hôtel de ville; seize ans
après on la replaça au carrefour de la rue Royale et de la rue de la Vieille-Poterie. En 4793, des fanatiques exigèrent qu'on en fît des canons dont l'un reçut le nom de la Pucelle d'Orléan*.
Une seconde statue de Jeanne d'Arc fut inaugurée à Orléans en 4804. Cette statue en bronze, exécutée par M. Gois fils, était trop petite pour la place du Martroy, sur laquelle on l'avait placée. D'ailleurs elle ne satisfaisait pas les connaisseurs. Jeanne d'Arc , vêtue en amazone cuirassée, coiffée d'une toque que dominent des plumes, tient d'une main un immense drapeau et de l'autre un glaive nu. La pose est exagérée, mais il y a du mouvement et de la vie dans cette espèce de folle assez ridiculement accoutrée. Napoléon admira beaucoup l'œuvre de M. Gois , qui resta exposée sur la place du Martroy à l'admiration ou à la critique, jusqu'au mois d'avril 4855. On l'a transférée en avant du pont sur la rive gauche de la Loire , où elle fait face à la rue Dauphine , pour la remplacer par la statue équestre de M. Foyatier , que représente notre dessin. Cette troisième statue, coulée en bronze avec neuf canons, n'a pas répondu complètement, il faut avoir le courage de l'avouer, aux espérances qu'avait fait concevoir le talent de son auteur. M. Foyatier n'avait pas été, comme M. Gois, limité par un programme. Libre de choisir son sujet , il a essayé de représenter Jeanne d'Arc rendant grâces à Dieu du succès de ses armes. Son héroïne , assez mal assise , d'ailleurs, sur un cheval trop massif, n'a pas la physionomie que l'imagination se plaît à lui prêter : son visage ne trahit aucune émotion; sa pose a besoin d'une explication ; enfin son gros cheval normand semble retenu au bord d'un précipice par une main vigoureuse, et cependant les rênes ne sont pas même tendues.
La statue a 4 U ,33, le piédestal 4 m ,66. La hauteur totale du monument est donc de 9 mètres. La statue a été payée 60 000 francs 4 4 bas-reliefs, acquis au prix de 50 000 francs, doivent orner 1< soubassement du piédestal , et le piédestal qui est en granit fin Ils représenteront les principaux épisodes de la vie de Jeann< d'Arc, mais ils ne seront terminés qu'en 4858.
Sur l'emplacement de l'église d'un ancien couvent des Augustins , près de la rue Dauphine et du pont , s'élève , depuii 4817, une colonne *a soubassement en pierre, au fût en mauvai