CHENONCEAUX
teau de Chenonceaux.... On s'amusa beaucoup dans ce beau lieu; on y faisait très-bonne chère; j'y devins gras comme un moine. On y fit beaucoup de musique, j'en composai plusieurs trios à chanter, pleins d'une assez forte harmonie. On y joua la comédie. J'y en fis, en quinze jours, une en trois actes, intitulée l'Engagement téméraire, qu'on trouvera parmi mes papiers, et qui n'a d'autre mérite que beaucoup de gaieté. J'y composai d'autres petits ouvrages, entres autres, une pièce de vers intitulée l'Allée de Sylvie, du nom d'une allée du parc qui bordait le Cher ; et tout cela se fit sans discontinuer mon travail sur la chimie et celui que je faisais auprès de Mme Dupin. »
Mme Dupin avait su mériter tant d'estime, d'affection et de reconnaissance, que la Révolution la laissa vivre en paix dans son château de Chenonceaux. On l'obligea seulement à brûler ses litres de noblesse et quelques tableaux historiques. Elle mourut tranquille et honorée, à l'âge de 93 ans, en 4799.
Chenonceaux appartient aujourd'hui à M. le comte René de Villeneuve, petit-fils de Mme Dupin, et sénateur. Il a été tout récemment classé parmi les monuments historiques, et sa restauration est commencée aux frais de l'État.
C'est des bords du Cher, dans ce beau parc, si complaisamment ouvert à tous les promeneurs, qu'il faut contempler Chenonceaux. Du côté de l'avenue par laquelle on arrive, il ne présente que son pignon, masqué en partie par le pittoresque donjon qu'habite le concierge. Toutefois ce pignon, avec ses deux tourelles, avec ses hautes croisées ornées, avec son grand balcon du premier étage, avec ses délicates sculptures, produit un si merveilleux effet, dit M. le vicomte Walsh, qu'il séduit tout d abord et force à admirer.
Le château et le beau parc de Chenonceaux sont toujours ouverts pour les étrangers. Si l'on veut visiter l'intérieur du château, il faut s'adresser au concierge qui demeure dans le donjon. Ce cicérone montre : 4° le vestibule, ancienne salle des gardes, orné de vieilles armes et de bahuts; — 2° la salle à manger (un portrait de Diane de Poitiers, attribué au Primatice ; portrait de Louis XIII, habillé en Romain, par Charles Véronèse ; tableau représentant un tournoi; beau plafond ; vieux meubles) ; — 3 # la
chapelle, charmante construction du xvr siècle (six beaux vitraux ; belle voûte; belle tribune; confessionnal de François I er ; téte du Christ , attribuée à Michel- Ange) ; — 4° le salon de Catherine de Médicis (belle cheminée de Jean Goujon); — 5° le boudoir de Catherine de Médicis (portrait de la reine ; buste d'Agnès Sorel, au-dessus de la cheminée) ; 6° la bibliothèque; son plafond est le plus remarquable de tous ceux du château; —7° le salon de Diane de Poitiers (parmi les portraits qui ornent ce salon on remarque une tête grimaçante, regardée comme le portrait de Rabelais et qui a été faussement attribuée à Léonard de Vinci , car Léonard de Vinci n'a fait en France aucun portrait, et quand il mourut, en 4549, Rabelais, né en U83, n'avait que trente-six ans et était encore totalement inconnu ; — 8° la salle du trône, ornée d'une curieuse collection de portraits, dont quelques-uns ne sont pas sans mérite comme œuvres d'art. C'est Gérard qui a fait la copie de François I er par Titien ; — 9" le théâtre ( au second étage ) dans lequel Jean-Jacques Rousseau a fait représenter, pour la première fois, le Devin du village; — 40° la galerie construite par Catherine de Médicis sur le pont qui réunit le château à la rive gauche du Cher, décorée de portraits (pour la plupart des copies) et des empreintes en plâtre des plus curieux monuments de l'ancien musée des Petits Augustins, fondé par M. Alexandre Lenoir.
On traverse le village de Chisseaux, et on reste sur la rive droite du Cher, en allant de Chenonceaux à Mont richard (9 kil.), ville de 2854 habitants, chef-lieu de canton du département de Loiret-Cher. Cette ville eut pour fondateur Foulques Nerra, qui, vers la fin du x* siècle, construisit un château fort sur la colline qu'elle occupe aujourd'hui. Ce château appartint tour à tour aux comtes d'Amboise, au roi d'Angleterre, héritier de ces comtes ; à Philippe Auguste, qui s'en empara après un siège mémorable ; aux sires d'Harcourt ; à Louis XI ; au chancelier de Cheverny; au comte de Limours ; à la marquise de Sourd is, aïeule du marquis d'Effiat qui le possédait encore en 4 684 . Avant la Révolution de 4 848, ses ruines, restes curieux de l'architecture militaire du xr siècle (un escalier monte jusqu'au sommet du donjon d'où l'on découvre la vallée du Cher), faisaient partie du domaine de la famille d'Orléans , et le terrain environnant appartenait à