‹ De Paris à BordeauxChapitre 69 sur 165 · CHENONCEAUX · texte numérisé non relu

CHENONCEAUX

ner à l'État, dont son père était le débiteur, et dont il ne pouvait satisfaire les réclamations pressantes. Le connétable de Montmorency en prit donc possession, au nom du roi, Tan 1535. François I er , qui s'y plaisait, y vint souvent chasser. Henri II, peu de temps après son avènement au trône, le donna avec le duché de Valentinois à l'ancienne maîtresse de son père qui était devenue la sienne. Diane de Poitiers, pour se mettre à l'abri de toute réclamation ultérieure, désintéressa les héritiers de Bohier; puis elle fit construire la façade de l'est et élever les

Cbenonccaux.

arches du pont projeté sur le Cher. La mort d'Henri II ne lui permit pas de réaliser tous les projets d'agrandissement et d'embellissement qu'elle avait rêvés. Elle se vit même contrainte d'échanger avec la reine régente, Catherine de Médicis, Chenonc eaux contre Chaumont. Catherine de Médicis fut à peine maîtresse de ce beau château , dont elle avait si longtemps convoité h possession, qu'elle se hâta de l'embellir et de l'agrandir à son tour. En 1 560 elle fit construire une longue suite de bâtiments destinés au logement de la cour, une chancellerie, deux grandes

galeries pour y donner des fêtes brillantes. Elle y reçut Marie Stuart en 4560, Henri III en 4577. Le banquet qu'elle donna à ce dernier lui coûta, dit-on, plus de cent mille livres. En ce beau banquet, dit le Journal de la cour daté du 45 mai 4 577, les plus belles et les plus honnestes de la cour, à moitié nues et ayant leurs cheveux épars comme des espousées, furent employées à faire le service. Chenonceaux était le séjour de prédilection de Catherine de Médicis. Avant de mourir, elle le légua à la reine , Louise de Lorraine, femme d'Henri III , qui y fut conduite lorsque Jacques Clément eut assassiné le roi son mari. On lui cacha quelque temps la vérité, et elle y passa dans le deuil les dernières années de sa vie. Son appartement fut tendu en noir avec larmes et devises. H ne reste plus aujourd'hui des témoignages de sa tristesse que trois mots de Virgile : Sœvi monumenta doloris, qui se lisent encore sur la cheminée de sa chambre.

De 4604, l'année de la mort de Louise de Lorraine, jusqu'en 4730, Chenonceaux appartint à la duchesse de Vendôme, aux ducs de Vendôme, à Marie- Anne deBourbon, petite-fille du grand Condé, à la princesse douairière de Condé, et au duc de Bourbon, qui en 4730 le vendit à M. Dupin, fermier général. Pendant cette longue période il avait été presque entièrement abandonné par ses propriétaires. M. et Mme Dupin lui rendirent sa splendeur. Ils y reçurent l'élite de la société contemporaine. Fontenelle, Tressanj Montesquieu, Buffon, Mably, Condillac, Sainte-Palaye, l'abbé de Saint-Pierre, Bolingbroke et Voltaire s'y rencontrèrent avec Mmes de Boufflers, de Luxembourg, de Rouan-Chabot, de Forcalquier, de Mirepoix, de Tencin, du Défiant. Dans cette société choisie, Mme Dupin brillait par sa beauté, ses grâces, son esprit, et M. Dupin, que ses Observations sur Vesprit des lois avaient déjà rendu célèbre dans le monde littéraire, se distinguait par la finesse de ses aperçus, la variété de ses connaissance, la distinction et l'urbanité de ses manières. Jean-Jacques Rousseau fut présenté en 1743 chez M. Dupin, par son beau-fils, M. Dupin de Francueil, et bientôt après on lui confia l'éducation de M. de Chenonceaux, fils unique de M. Dupin. Lui aussi vint à Chenonceaux, comme il l'a raconté dans ses Confessions.

t En 4747 nous allâmes passer l'automne en Touraine, au châ-

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