‹ De Paris à Laval et à AlençonChapitre 3 sur 14 · PAR LA RIVE GAUCOB^ ET PÀR L\ RIVE DROITE · texte numérisé non relu

PAR LA RIVE GAUCOB^ ET PÀR L\ RIVE DROITE

Le chemin de fer de l'Ouest a deux entrées à Paris qui le mettent en contact immédiat avec les deux grandes divisions de cette capitale. La première et la principale, débouchant sur le boulevard Montparnasse, le relie avec toute la rive gauche de la Seine. La seconde, ouvrant rue Saint-Lazare, le fait communiquer avec le centre de la ville et les divers quartiers situés sur la rive droite du fleuve, le met en rapport avec la ligne de Rouen , du Havre et de Dieppe , et, par le chemin de ceinture, avec les lignes du Nord, de Strasbourg, de Lyon et d'Orléans.

l^a rive gauche*

L'embarcadère du boulevard Montparnasse est un édifice monumental, construit sur les 'dessins de M. Victor Lenoir. Deux grands corps de bâtiment symétriques s'élèvent de chaque côté d'un remblai de neuf mètres de hauteur, sur lequel est établie la gare des voyageurs.

Au rez-de-chaussée deux longues galeries, précèdent deux splendides escaliers en pierre conduisant au premier étage.

iDléricur de la gare.

Les voyageurs qui arrivent descendent l'escalier de droite et retirent leurs bagages déposés dans la galerie. Les voyageurs qui partent montent l'escalier de gauche, entrent dans les salons d'attente, d'où ils passent sous la magnifique galerie vitrée, et prennent place dans leurs voitures. La cloche donne le signal du départ, l'ardente locomotive

.0£ PARIS Â YËKSAiLL£S. $

pousse son rauque sifflement et le train s ébranle. Nous quit-. tons la belle galerie vitrée au travers de laquelle le jour pé- Bètre avec tant d^édat; du haut de cet imposant viaduc, jeté sur la chaussée du Maine, nons apercevons la barrière et BOUS laissons bientôt derrière nous les murs de l'octroi. Dépassant les bâtiments qui furent rembarcadère. de la rive gauche, nous sortons enfin de la gare et perdons de vue leâ' ateliers et les hangars. Nous sommes entre la plaine de Montrouge, k gauche, et la plaine de Vaugirard» à droite. Quelques secondes encore, et nous aurons franchi la ligne des fortifications de Paris.

Vaugirard s'appelait d'abord Vauboitron, et dépendait de Tabbave Saint-Germain des Prés, Au xiu*, siècle, Tabbé Girard de Moret y fit des accroissements considérables et lui donna son nom. Son église fut d'abord élevée sous Tinvocation de la Vierge. On y substitua ensuite le patronage de saint Lambert, qui attira une grande foule de pèlerins par la vertu de ses reliques. Pendant le x vi* siècle, Vaugirard fut le rendez-vous du parti des Mécontents^ composé de ceux de la religion réformée qui ne pouvaient plus supporter la persécution et les outrages des catholiques. Ce fut dans ces réunions secrètes que se prépara le tumulte d'Amboise, étouffé par tant d'horribles supplices. Sous le Directoire, une autre conspiration fut encore ourdie à Vaugirard : il s'agissait d'enlever le camp de Grenelle» établi pour protéger le gouvernement. L'attaque eut lieu pendant la nuit; mais les soldats, quoique assoupis, firent une si vigoureuse résistance, que les assaillants laissèrent sur la place un grand nombre des leurs et cent trente-deux prisonniers dont une partie fut immédiatement fusillée.

En quittant Vaugirard, nous passons entre les forts avancés de Vanvres et dlssy; le Mont-Valérien s'élève au dernier plan du magnifique paysa;j;e qui s'étend à notre droite.

Les premièrcb maisons dl^sy louchent aux dernières mai-

§ons de Vaugirard. Issy est un village fort ancien, où les rois' de la première, de la seconde et de la troisième race eurent des résidences et des propriétés qu'ils distribuèrent succès** sivement aux abbayes et aux églises de Saint-Vincent, de Sainte-Geneviève et de Saint-Magloire. Childebert et Charles 1^ Simple y venaient souvent La galante Marguerite de Valois y construisit une maison, possédée aujourd'hui et purifiée par le séminaire de Saint-Sulpice. On y voit encore la mai-

' Viaduc de Fleory.

son qui fut d'abord au maréchal d*£strées, puis au cardinal de Fleury, lequel y mourut en 1743. Issy, fécond encon-. ijrastQS, vit représenter dans ses murs, en iG53, le premier opéra français. Cet opéra. était intitulé Pastorale , en cinq^ actes ; l'abbé Perrm , poète assez médiocre , en avait fait les paroles; la musique était de Cambert, or{:5aniste de Toglise Saint:Honoré. . Plus tard, ce village entendit les débats élevés, spr le quiétisme entre Bossuet.et Fénelon.

DE PARIS A VERSAILLES

Vanvres ou Vanves est nommé dans une charte du roi Robert, de Tan 998. Rabelais le vante comme un lieu de plaisir que les Parisiens fréquentaient de son temps.

Bâti par Mansard en 4698, le château de Vanvres fut, vingt ans après, acheté par le prince de Condé. Il appartient aujourd'hui au lycée impérial de Louis-le-Grand.

Plus loin, à gauche, au pied des hauteurs couronnées par les bois et le château de Meudon, est le village de Clamart,

Chàleau de Meudon.

qui fut, en i815, le théâtre d'un engagement entre le corps d'armée du général Vandamme et les troupes du duc de Wellington. Malgré le désavantage de sa position, le général français eut le dessus et Ht un certain nombre de prisonniers.

Pendant quelques minutes, l'encaissement de la voie nous masque le cours de la Seine, dont nous nous rapprochons de plus en plus. Tandis que nous sommes ainsi entre deux

1T1M£IU1R£ m PARIS AU MANS.

terres, nous passons du département de la Seine dans celui de . Seine-et-Otse. Cet enfouissement momentané semble avoir élé ménagé tout exprès pour mieux faire ressortir le luxe et la magnificence prodigués par la naturé dans le Valde-Fleury, que nous traversons sur le viaduc jeté avec tant d*art et de hardiesse au milieu de ce délicieux vallon, dont la riante perspective s'étend jusqu'aux hauteurs de Montmorency. . - c

Sur la colline qui s^élève h notre gauche on aperçoit Meudon , immortalisé par le souvenir de Rabelais , par ceux de la belle duchesse d'Ëtampes et par les vers que François fit pour elle :

Est-ii pour vray, ou si je Tay songé,

Qu'il est besoing m'esloigner et distraire

De nostre amour, et en prendre congé ? *

Las I je le veux, et si ne puis le faire.

Que dis-je , veux ? c'est du tout le contraire : Fuir le puis et ne puis le vouloir; Car vous avez la réduict mon vouloir, Que plus tascbez ma liberté me rendre.

Plus empescbéz que ne la puisse avoir, En commandant ce que voulez défendre.

La duchesse d'Ëtampes vendit Meudon au cardinal de

Lorraine, pour lequel Philibert Delorme fit élever un château magnifique sur la hauteur d'où Ton découvre tout Paris. Le duc Henri de Guise» neveu du prélat, fit encore embellir .cette belle demeure qui, après sa mort, fut achetée parle financier Servien> Celui-ci y dépensa des millions, et son fils y sur les dessins de h H. Mansard» fit construire la h^lle terrasse du chftteau, fit élever des pavillons, des eo*^ lonnes, des grilles dorées et sculpter des bas-reliefs. « Combien vous coûte cette terrasse! disait au financier le prince de Guémenée. — Elle me coûte 25 000 livres. Je croyais qu'elle ne vous coûtait rien , * reparût le prince. * \.

BE PARIS A VERSAILLES

Plus tard» Servien vendit ce palais à Louvois; le grand ministre usa de toute sa puissance et de sa richesse pour en

augmenter le luxe et la maguiiicence.Les avenues furent plantées et les jardins dessinés par Le Nôtre; Tintérieur du château reçut les plus splendides décorations. Louvois attira li Meudon les menibi es les plus illuatres de l'Académie des inscriptions et belles-lettres; les savants, les poètes, les artistes les plus distingués, les plus beaux esprits de la cour et de la ville menaient souvent s*y réunir.

Louis XIV voyait avec déplaisir le grand dauphin son fils tenir à Ghoisy une cour qui, placée trop loin de lui, Tinquié- ' tait et excitait sa jalousie ; il voulut le rapprocher de Versailles. Le château de Meudon lui parut propre à remjilir ce dessein. 11 en fit donc proposer l'échange à la veuve de Louvois, à laquelle il donna Ghoisy avec neuf cent mille livres de retour. Le daujiliin accepta par ordre le bénéfice de ce marché et vint s'établir à Meudon. Le château fut réédifié, on perça de nouvelles routes, on traça de magnifiques avenues, on replanta et on agrandit les jardins sur les nouveaux dessins de Le Nùtre. Le grand dauphin mourut, en 1711, à Meudon, dans le nouveau château qu'il y avait fait bâtir ; et le fils atné de Louis XVI , tout rachitique et cacochyme, y termina, en 1789, sa courte et si souffreteuse existence.

A la Révolution, le vieux château fut affecté k une commission spéciale chargée de perfectionner Tartillerie et tous les moyens de défense k opposer aux nombreux ennemis de la France. On le démolit en 1803, et il ne reste plus que le château du grand dauphin, celui qu^on voitaujourd<buL

Napoléon fit restaurer Meudon h grands frais et le meubla avec splendeur pour Marie-Louise, laquelle y résida pendant la campagne de Russie. Suivant le Mémorial de Sainte^Héiéntf, rempereur eut un instant ridée d'établir dans ce palais une école de rois qui devaient y apprendre à gouverner rEthrqpe. Les deux derniers hôtes illustres de Meudon furent

don Pedro, Tex- empereur du Brésil, et S. A. I. le prince Jérôme, 6x«roi de Wes^halie. U fait aujourd'hui partie la liste civile impériale.

Quittons Meudon, dont nouô n*avon& pas eu le temps d'é^ baueher l^histoire.

Nous nous arrétous à Belkme^ première station du chemÎB de fer de l'Ouest.

Mme de Pompadour y avait lin château » chef-d'œuvre de deux architectes, d'isle et LasBuranee, où Vanloo et Bou^ cher avaient prodigué les richesses de leur palette, et que Pigal et Coustou avaient orné de has-reliefs et de statues. Habité un instant par Meedames royales, fautes de Louis XVI, il fut, en 1793, déclaré propriété nationale, et bientôt après vendu à divers propriétaires qui le démolirent successivement. Enfin un habile spéculateur dépeça le parc, dans lequd U bâtit une foule de maisons dé campagne environnées de jardins, et forma ainsi un village tout pepplé de citadins ; c'est le Bellevue d'aujourd'hui.

Nous apercevrons plus loin le grand village de Sèvr^y pour lequel le chemin de la rive gauche a établi une, station particulière. Mais pour nous, voyageurs du chen^in de ier de l'Ouest, c'est à Bellevue qu'il faut nous arrêter, si nous voulons aller visiter ce pays et sfi célèbre manufacture impériale de porcelaines. Sèvres touche à Bellevue; à la station même, i^n poteau nous indique la route que nous devons suivrevel une belle avenue nous conduit en face de la manufacture.

* Sèvres est bâti sur les bords de la Seine, que tiaverse un pont très-||smarquable. C'est un des villages les plus consi-;» dérables des environs de Paris* Sans vous, parler d^ son antiquité et de ses anciens seigneurs, nous vous conduirons devant sa manufacture de porcelaines, le plus bel établissement de ce genre qui soit au monde ; cela vaut mieux ^ue toute une histoire.

Dès 1738 , le marquis de Fulvy consacrait loule sa fortune

DE PARIS A VERSAILLES. f

^ à créer et k perfectionner une manufacture de porcelaine aii

I château de Vîncennes. Les fermiers généraux, devenus, vers 1750, propriétaires de cet établissement, le transportèrent à Sèvres , où ils firent bfttir , dans un style plus sévère qu'élégant, les édifices qu'on y voit aujourd'hui. Neuf ans après, Louis XY acheta cette manufacture» qui , depuis lors, a tou»

l jours appartenu soit à la couronne soit à l'État.

Manufacture de Sèvrei.

. Les produits de la manufacture de Sèvres sont une des plus grandes gloires artistiques et industrielles de la France.

L'habile et savante direction de M. Brongniart leur a donné de nps jours .une perfection à laquelle ils n'av^aient jamais «atteint. Sévices n*êst pas seulement une maniifocture ; c'est encore un vaste musée , consacré à l'histoire et à la techno^ iogie de la céramique. On y voit les modèles des vases , de^ * statues et, des services confectionnés dans rétablissemani

ITIlltRAIRE BE PARIS AU MANS.

depuis son origine jusqu'à nos jours. Une autre coUecUon est formée des produits céramiques de tous les ftges et de

tous les paya. Toutes les civilisations éteintes y sont représentées. Ici ce sont les Etrusques , les Grecs , les Romains, les Gaulois , les Germains , les Francs , les Scandinaves , puis les œuvres si curieuses de ces peuples à jamais inconnus qui ont habité le Pérou, le Mexique et le Chili. Là, aux brillantes productions de la France, de Tltalie, de l'Espagne , de l'Angleterre, de la Saxe , de toute TEurope civilisée, sont opposés les produits de l'Afrique, de TAmérique et de TÂsie , et jusqu'à la modeste écuelle du sauvage de la Polynésie. D'autres collections vous offrent des spécimens de toutes les porcelaines du monde avec toutes les matières qui entrent dans leur confection. A la tête de toutes ces richesses qu'il augmente, qu'il classe et qu'il connaît si bien, est M. Riocreux, le plus habile et le plus savant conservateur auquel on en pût confier la direction.

La manufacture de Sèvres est ouverte aux curieux le mardi . et le samedi de chaque semaine.

Laissons derrière Sevrés Saint-Cloud et Ville-d'Avray, auxquels nous allons revenir par la rive droite , et repre* nons le chemin de Versailles.

Après avoir traversé les encaissements creusés dans les deux collines entre lesquelles se cache le Yal-Doizie , nous arriverons bientôt à Ghaville. Nous y chercherons en vain des vestiges du grand parc dessiné pour le ministre Le Tellier, et du château que Louvois, son fils, y faisait construire, quand Louis XIV donna Ghoisy-le-Roi pour prendre Cihaville et Meudon.

. Plus loin, c^est Viroflay , plus célèbre par son haras que par son histoire. Ce village, situé sur la route de Paris, est environné de collines couvertes de bois : un ruisseau qui traverse son territoire y arrose de délicieux jardins au milieu desquels s'élèvent de charmantes maisons de campagne.

DE PARIS A VERSAILLES.. Il

f. Nous dépassons le raeeordement de la rive droite sur la

rive gauche ; nous laissons cette dernière aller gagner son débarcadère de Tavenue de .la mairie, et nous nous arrêtons à VersaiUes , deuxième- station du chemin de fer de rOuest.

Embarcadère de la rive droite.

TLm rive drille*

Si vous voulez quitter Paris en suivant la rive droite de la Seine, il faut aller prendre Tembarcadère de la rue Saint- Lazare, ce point de départ et d'arrivée commun à tant de lignes de chemins de fer. Vous traversez d'abord , sous deux tunnels, la place de TEurope et la nouvelle ville des BatignoUes, que Paris englobera tôt ou tard dans ses vastes murailles. En revenant au jour, vous découvrez tout aussitôt la haute tour de Glichy, où le bon roi Dagobert avait une maison de campagiie, où saint Vincent de Paul construisit une église. Au milieu d*un magnifique paysage, vous passez sur

if ITINÉRAIRE DE PARIS AU MANS.

le pont d'Asnières jeté sur la Seine, toute parsemée d'îles verdoyantes. Ce viaduc est un chef-d'œuvre d'élégance et de légèreté; l'habile ingénieur, M. Flachat, qui Ta construit pour le chemin de fer de Saint-Germain, a fait un véritable tour de force en le jetant si hardiment sur le fleuve et sur la voie sans interrompre la circulation. Asnières est aujour-

Le ponl d'Asnières.

d'hui un lieu de plaisir bien connu et bien fréquenté des Parisiens; tous les dimanches et toutes les fêtes d'été, il i y a un bal champêtre dans le parc délicieux au milieu duquel s'élève le château qui fut construit pour le ministre d'Argenson.

Après Asnières, vous quittez le chemin de Saint-Germain et vous arrivez à l'antique village de Courbevoie. Vous avez perdu de vue les villages de Neuilly et de Puteaux, situés sur les deux rives de la Seine; vous laissez Suresnes à votrè

QE PARIS A V£RSAILL£S. 13

gauche et le Mont-Valérien à votre droite. Suresnes , quel triste nom pour on vignoble , et comme ce vignoble est bien nommé! Le Mont-Valérien est la plus haute colline des environs de Paris : la piété de nos pères en avait fait un calvaire , y avait bâti des ermitages et des couvents ; la politique moderne en a fait une forteresse.

Château de Saiol Cloud.

Nous continuons à remonter le cours de la Seine, que nous allons bientôt quitter pour ne plus la révoir. Voici le grand village de Boulogne , où le roi Philippe le Long mourut en 1421 , et qui marque Textrémité du bois de Boulogne, si cher ^ux Parisiens. Un peu plus loin , Dous nous arrêtons à la. station de Saint^Cloud,

Saint-Gloud se développe en amphithéâtre sur le coteau qui domine la riva gauche de la Seine. Sous les premiers rois pn rappelait JNogenjt-sur-Seine. .L*an .53a, Glodoald ^

ITINÊRAIHË m PARIS AU MANS*

l'un de&fils de Clodomir , échappé au poignard de ses oncles, vint chercher un refuge dans ce village, où il fut recueilli par les pauvres habitants. Vingt ans plus tard, les longs cheveux du petit-fils de la reine Glotilde et des princes cheve-»

lus tombaient sous les ciseaux , et Févéque de Paris conférait les ordres au jeune ClodoaM. Sur le lieu même qui lui avait servi d*asile , le prince fonda un ermitage dans lequel il passa dévotement le reste de ses jours. Sur son tombeau s'ëlêva danâ la suite une église collégiale , et le village prit le nom du saint dont les reliques attiraient un grand nombre de pèlerins.

Pendant le moyen âge , Saint-Cloud devint une position fort importante, à cause de sa proximité de la capitale* On y avait construit un pont sur la Seine dès le commencement du XIII" siècle, et l'accès de ce pont était défendu par une forteresse considérable qui tut souvent le théâtre de sanglants combats. Charles le Mauvais et les Anglais brûlèrent le pays à la fin du xiv^ siècle ; au xv*, les factions des Bourguignons et des Armagnacs se rencontrèrent plus d'une fois sur le pont de Saint-Cloud. Au xvi* eiècle, ce fut le tour des catholiques et des protestants, des royalistes et des ligueurs. Henri III y tomba sous le poignard de Jacques Clément , dans la maison de la famille de Gondy, où il avait établi son logement. Après la mort du dernier des Valois , Henri IV quitta Saint-Cloud avec son armée. Aussitôt après on y vit descendre une foule de ligueurs fanatiques , venant visiter le lieu où Tassassin avait été supplicié. Là , les genoux en terre , ils baisaient respectueusement le sol teint de son sang. Ils allèrent même jusqu'à remplir un bateau de cette terre sanglante , pour l'emporter à Paris ; mais le bateau sombra , comme si les eaux du fleuve avaient refusé de porter cette relique sacrilège !

Sur l'emplacement des quatre belles maisons de campagne de Gondy, de Fouquet, de Monnerot et du tinancier Uerrard, que Louis XIV avait achetées pour le due d'Orléans , son

DE PARIS A VERSAILLES

frère, les architectes Lepeautre, Girard et H. Mansard con- Struisiit'iit le château actuel. Ces trois habiles artistes par- Tinrent à former un tout régulier de trois édifices diffiirents. Le Nôtre dessina le parc et les jardins; il couvrit le

coteau de riants bosquets et de frais ombrages; les eaux

jaillirent, les cascades murmurèrent, les parterres fleurirent et se peuplèrent de statues, parmi lesquelles on compta plus

d'un chef-d'œuvre. Le palais du duc d'Orléans ne le céda alors qu'à celui de Louis XIV; Saint-Cloud devint l'introduction de Versailles, la grande menreille précédant une merveille plus grande encore.

Depuis ce temps que d'intrigues de cour se sont passées, que de faits historiques se sont accomplis dans ce délicieux séjour ! Louis XIV y vit pour la première fois Mlle de La Vallière.... La fille du malheureux Charles I", Madame liennette d'Angleterre, y but le poison qui causa sa mort et inspira à Bossuet la plus belle de ses oraisons funèbres. Marie- Antoiiieite, qui en était devenue propriétaire, y séjourna pour la dernière fois en 4790; et Bonaparte y accomplit, dans l'orangerie du château, la grande révolution du 18 bru-> maire....

L'Empereur conserva pour Saint-Gloud une prédilection bien marquée; il en lit sa résidence la plus habituelle. On disait alors la cour de Saini-^loud comme on avait dit autrefois la cour de Versailles. En i8î5, le feld-maréchal Blûcher étabUssait son quartier général dans ce palais, logeait ses chiens dans l'élégant boudoir de Marie-Louise, et se vautrait lui-même tout botté sur la couche impériale....

Depuis leur origine, le palais et les jardins ont subi de grandes modifications. Sur le plateau qui domine le château et d'où Ton jouit d'une si belle vue, Napoléon fit élever la pyramide que burmonte la lanterne de Démosthène, charmant édifice antique que M. de Choiseul avait fait mouler h Athènes sur le monument original»

Depuis la restauration, Saint-Cloud est resté, à cause dt sa proximité de Paris, la résidence de prédilection de tous les souverains qui se sont succédé. Aujourd'hui, il est encore la principale résidence impériale. Au nombre des hôtes illustres de ce palais, on doit inscrire au premier rang l'émir Abd-el-Kader , qui y fut reçu par l'empereur Napoléon III.

Le parc de ^Saint-Cloud, sauf la partie réservée autour du

Lanterne de Démoslhène.

château, est ouvert tous les jours au public. C'est une promenade délicieuse et très-fréquentée. Les grandes eaux jouent pendant la belle saison et aux principaux jours de fête; après les eaux de Versailles, celles de Saint-Cloud sont les plus belles qui soient en France. Le grand jet d'eau et les cascades ont acquis une célébrité justement méritée. Nous ne nous éloignerons pas sans recommander aux

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visiteurs de Saint*Cloud les deux délicieuses promenades de Marnes et de Ville-d'Avray. Ces deux villa-es n'ont pas d'histoire, mais en revanche ils offrent les pomts de vue les plus variés, les eaux les plus limpides, les prairies les plus verdoyantes et les plus mystérieux ombrages qui soient aux environs de Paris.

En quittant Saint-Cloud, le chemin de la rive droite traverse le beau parc de cette résidence, mais c'est k l'aide d*un noir 'tunnel qui nous en dérobe le magnifique coup d'oeil; puis il côtoie de loin le chemin de la rive gauche, dont il n'est séparé que par la vallée. A la hauteur de Viroflay, il vient se raccorder au chemin de TOuest, entre avec lui dans Versailles et s'arrête à la gare de la rue des Chantiers, tandis que l'ancienne voie de la rive droite continue sa route en passant derrière Montreuil pour venir aboutir à Versailles, à Fembarcadère de la rue Duplessis,

Inléricur de Tavant-cour sous Louis XllI.

Là ville et le coateau.

Versailles est le chef-lieu de la préfecture et le siège de l'évêché du déparlement de Seine-et-Oise; sa population est de 34 000 âmes.

Tout en nous dirigeant vers le magnifique palais de Versailles, faisons une rapide excursion dans cette ville encore toute pleine des souvenirs du siècle de Louis XIV, dans cette ville bâtie pour des courtisans, oîi les maisons sont des hôtels, où les hôtels sont des palais, où les palais sont des merveilles.

Devant Tembarcadère, précédé d'une cour et d*une place» s*oavreuii6 rue toute nouvelle « la rue Horace Vemet, aboutissant dans celle des Chanùerà, longue rue sans monuments et sans souvenirs, qui nous conduira tout droit au milieu de Tavenue de Paris. Cette avenue traverse la ville de Test à l'ouest et la divise en deux parties égales : k gauche, c'est le quartier Saint-Louis, le vieux Versailles, la ville qui est venue se substituer au chétif village de ce nom ; à droite, c'est le quartier Notre-Dame, la ville neuve qui s'est groupée auprès du palais. L'avenue do Paris est la grande avenue royale par laquelle se prolonge à Tiniini la belle . perspective de la place d'Armes et du château ; elle fut admirablement disposée pour laisser passer le souverain avec son escorte et son brillant cortège. Deux autres belles avenues , celle de Saint-£loud à droite et celle de Sceaux à gauche , viennent , comme la grande avenue, s'arrêter à la place d'Armes.

A chaque pas que vous faites dans cette ville, qui fut, pendant près d'un siècle et demi, le séjour habituel de la cour, vous rencontrez des monuments et des souvenirs se rattachant à Tun des trois rois qui s'y sont succédé. A l'extrémité de l'avenue de Paris, tout près de la barrière et du côté du grand Montreuil, sont la maison de plaisance et le jardin deMadame Elisabeth, la pieuse sœur du vertueux Louis XVI; ils touchent presque à cet autre palais que Louis XV fit bâtir pour Mme Dubarry. A l'angle de la rue des Chantiers, toujours sur l'avenue de Paris, vous avez à votre gauche l'hôtel du Grand-Haitre, en face duquel, de l'autre côté de l'avenue, s'élèvent l'hôtel du Grand- Veneur et le Chenil. Un peu plus loin et à droite, dans la rue transversale, vous trouverez l'ancienne geôle, le tribunal civil et la cour d'assises; à gauche est la nouvelle avenue de la mairie joignant l'avenue de Sceaux, et dans laquelle est situé l'embarcadère du chemin de fer de la rive gauche. Plus loin encore, tout à l'extrémité

so ITiriÉEAiRË D£ PAHIS AU MAiSS.

de Tavenue, c'est la place d'Armes. Là, tout l'espace compris entre la grande avenue et celle de Saint-Cloud est occupé par le magnifique bâtiment des grandes écuries du roi; du cùté de l'avenue de Sceaux, ce sont les petites écuries. Aujourd'iiui ces deux écuries, que partout ailleurs on appellerait des palais, sont converties en quartiers de cavalerie.

Maintenant, si vous suivez Tavenue de Saint-Gloud au delà des rues de la Pompe et du Plessis, tout près de la rue du Chenil, vous trouverez le lycée impérial, établi dans Tancien couvent des dames chanoinesses de Saint-Augustin, fondé par Marie Leczinska, la femme de Luui:^ XV el la fille du bon roi Stanislas. Au bout de cette même avenue s'élevait autrefois le château de Clagny, où Louis XIV avait logé Mme de Montespan ; mais la bande noire a passé par là, et il ne reste plus que le souvenir de ce château.

Fanfarons maintenant le quartier Notre-Dame , la ville neuve de Versailles. Nous y entrerons par Tancienne rue Dauphine, actuellement la rue Hoche , aboutissant sur la place d'Armes à l'extrémité de l'avenue de Saint-Cloud. Au milieu de cette rue, traversée par la rue de la Pompe, est la place Dauphine ^place Hoche), au milieu de laquelle, dans un large massif d'arbres verts, s élève la statue en bronze du général Hoche , posée sur un piédestal de marbre blanc. Hoche, le pacificateur de la Vendée, fut un des plus illustres enfants de Versailles; il naquit au grand faubourg de Montreuil, le 24 juin 1768 et mourut à Wetzlar, le 15 septembre 1797. A Tautre extrémité de la rue Hoche est Téglise ]iar(jissiale de iS'ûlre-Dame, dont Louis XIV posa la première pierre en 1084. J. H. Mansard en fut Tarchitecle et elle fut achevée en 1686. Près de cette église est le grand bâtiment que le roi fit construire pour les Lazaristes , et un peu plus loin se trouve l'hôpital de la ville. A l'extrémité de gauche de la rue de la Paroisse , vous trouverez la grille du Dragon, donnant accès dans le parc, devant la grande et belle pièce

VBRSA1LL£S.

SI

d'eau dite de Neptune. La rue des Réservoirs, la plus large sans dou4e de. la ville, abautit par en bas au boulevard du Roi y et par en haut à Fune des grilles ouvrant sur la cour du château auprès de la chapelle. Elle traverse la rue de la Paroisse et celle de la Pompe : parmi les édiiices qui bordent cette rue du côté droit, en montant, nous citerons le théâtre, ThMel de la préfecture et l'immense bâtiment des réservoirs, dont l'eau alimente les bassins du parc et les fontaines de la ville. Enfin , dans ce même quartier Notre- Dame, nous devons encore appeler votre altentioft sur le beau marché couvert que M. Blondel, architecte, a construit ces années dernières sur remplacement d*un autre marché devenu insuffisant; il se trouve aux extrémités des rues de la Paroisse, de Paris, du Plessis et* de rÉtan^ , qui le tiaversent en ie coupant en croix.

De l'autre côté de la place d'Armes est le vieux Versailles, le quartier Saint-Louis. En face de la rue Huche, en traversant la place, prenez la rue Satory, ou un peu plus bas la. rue Royale; toutes deux vous conduiront à Téglise Saint- Louis, qui est devenue Téglise cathédrale. Louis XV posa, en 1743, la première pierre de cet édifice, dont le dernier des Mansard, Mansard de Sagonne, fut l'architecte. Avec les rognures de l'église, l'entrepreneur Le Tellier fit construire un somj lLieux hôtel auquel il doiuia son nom, et qui devint plus tard l'hôtel de Mme de Balby. Cette charmante résidence, entourée de délicieux jardins, est située à l'extrémité de la ville, non loin de la pièce d*eau des Suisses et de la barrière de rOrangerie. Entre cette même pièce d'eau des Suisses et la rue Satory s'étend un jardin d'une superficie de cinquante arpents , dessiné et planté autrefois par le célèbre La Quintinîe. C'est le potager du palais. L'empereur Napoléon. 111 vient de faire clore ce jardin , sur la rue Sa-r tory, d'un beau mur de pierre de taille dans lequel s'ouvrent de loin en loin , et vis-à-vis des rues correspondantes , de

ITlI^ÉRÂiRË D£ PARIS AU MAMS.

larges et belles grilles de fer qui permettent aux passants de jouir de la vue du potager^ généralement fermé à tous les visiteurs. La rue Salory vient d*étre macadamisée et élargie pour faciliter le passage des troupes et de la cavalerie qui se rendent aux plaines de Satury.

De la grille de l'Orangerie entrons dans la rue de la Bibliothèque ; c*est ainsi qu*on a eu le tort de nommer Fancienne rue de la Surintendance. La ville y possède une bibliothèque riche de 40 000 volumes et les éléments d'un musée départemental; on y admire deux belles crosses abbatiales en argent, délicieux échantillons de rorfévieiie du xiii' siècle, provenant de Tabbaye do Maubusson.

Le bâtiment du Grand -Commun est construit sur Tem-* placement où s'élevait Téglise paroissiale du village de Versailles, Cet immense édifice pouvait loger 3000 personnes quand la cour était à Versailles; plus tard on y établit la manufacture d^armes; il sert aujourd'hui d'hôpital militaire.

Dans le quarlier Sanit-Loiiis se Liouve un édilice devenu à jamais célèbre : c'est la salle du Jeu de Paume, dans laquelle l'Assemblée nationale tint ses séances et prêta, le 28 septembre le serment de ne point se séparer avant que la constitution du îoyaume ne fût établie sur des fondements solides.... Le Jeu de Paume» dans lequel H. Horace Vemet a peint les plus grandes toiles du musée historique, tist situé dans une petite rue k laquelle il a donné son nom, aboutissant d'un côté dans la rue du Vieux-Versailles, et de l'autre dans celle de Saint-François, qui prend naissance à l'angle où commencent les rues Satory et de la Chancellerie, à Textrémité de l'avenue de Sceaux, du côté de la place d'Ar* mes. Signalons encore, sur la place du Harché-au-Four» rage, la statue en bronze qui fut élevée, par souscription, à l'abbé de l'Èpée, l'illustre instituteur des sourds-muets, né à Versailles le 15 novembre 1712. Le poète Ducis et le célèbre sculpteur Houdon naquirent aussi dans cette ville.

Il n*y a pas encore deux siècles et demi que cette grande et belle ville, ce fastueux palais et ces magnifiques jardins n'étaient qu'un pauvre village, un chétif manoir, une vaste étendue de bois, de broussailles, de fondrières et de marais fangeux. Les premiers seigneurs de Versailles sont presque inconnus ; à peine si l'on trouve le nom obscur de quelques-

Vue de la principale cnlréc du chàlcau sous Louis XIH.

uns d'entre eux épars dans les poudreux cartulaires de nos vieilles abbayes. Le premier dont le nom nous soit parvenu est Hugues de Versailles, qui vivait en l'an 1038.

Martial de Loménie, secrétaire des finances du roi Charles IX, était l'un des seigneurs de Versailles en iSGl. Henri IV, n'étant alors que roi de Navarre, s'était pris d'amitié pour ce gentilhomme et venait souvent courre le cerf dans les bois de sa seigneurie. Louis XIII venait aussi souvent dans

les mêmes lieux se livrer au plâisir de la chasse. Mais « bientôt ennuyé, dit Saint-Simon, et sa suite encore plus, d'y avoir souvent couché dans un méchant cabaret à routiers et dans un moulin à vent, après de longues chasses dans là foret de Saint-Léger et plus loin encore, « ce prince fit, en 1024, bâtir un petitpaviilon pour lui servir de rendezvous. On en voit encore quelques vestiges rue de la Pompe, h l'angle de l'avenue de Salnt-Cloud. Plus tard, voulant avoir une habitation plus digne de la majesté royale, il acquit de Jean de Soisy, en 1627, un terrain sur lequel s'élevait un moulin à vent, et y fit construire, dit Bassompierre, « le chétif château de Versailles, de la .construction duquel un simple gentilhomme ne voudroit pas prendre vanité. »

Le nouveau château n'était pourtant pas aussi chétif que le voulait bien dire le vieux courtisan d'Henri IV. Il était bâti en briques, consistant eu un corps de logis de vingt-deux toises sur chaque face, et deux ailes terminées par quatre pavillons. Entre ces deux ailes était une cour carrée fort élégamment décorée; et derrière, un petit parc orné de vases et de statues. On avait mis cette demeure royale à Tabri d'un coup de main h Taide d'un chemin couvert régnant au long des fossés, qu on traversait sur un pont-levis.

Au-dessus du moulin qui venait de faire place à ce royal logis, sur le. penchant de la colline, et en face des hauteurs de Satory, s'élevait le manoir en ruines des anciens sires de Versailles. Le maréchal de Retz l'avait acheté de Loménie; Louis XIII l'acheta avec toutes ses dépendances du cardinal de Retz pour la somme de 66 000 livres (environ i 50 000 ir.) « que ledit seigneur archevêque reconnut avoir reçues de sa dite .majesté.... en pièces de seize sols; » ainsi s'exprime le contrat de vente, passé le 8 avril 4632. Le roi devint alors l'unique seigneur de Versailles. Mais, comme le vieux manoir masquait la vue du château, on le démoUt et on n'en laissa subsister aucune trace. Sur son emplacement on fit une

orangerie, que remplaça dans la suite celle que Louis XIV fit construire sur les dessins de Le Nôtre et de Mansard, en face de laquelle fut creusée la pièce d*eau des Suisses. Telle fut

l'origine du palais de Versailles, et tel il lebta jusqu'en

De Samt^GeriDain, oh il avait établi sa résidence habituelle, Louis XIV vint souvent à Versailles; il s'y divertit, il y

donna des fêtes et des spectacles, et résolut enfin d'y faire son séjour. Levau commença les agrandissements du palais; puis, vint Mansard t qui en fit un palais nouveau. Lebrun l'orna de ses peintures. Le Nùtre en dessina les jardins, que les Relier peuplèrent de leurs statues de bronze. Pour amener des eaux dans les jardins, on pensa à détourner la Loire, on emprunta à la Seine une partie de ses eaux; une armée tout entière se mit à construire l'aqueduc de Maintenon, par lequel, enlevée à la Beauce et à la Normandie, l'Eure serait venue alimenter ces cascades qui, selon la volonté du grand roi, ne devaient se taire ni jour ni rniji, La pompeuse création de Versailles fut enfin accomplie; une cour fastueuse ajouta par son luxe à l'éclat de cette royale demeure ; pour célébrer ces premiers travaux, Colbert ordonna des fêles animées par Molière, chantées par Lar Fontaine, présidées par un demi-dieu rayonnant de jeunesse , d'amour et de gloire.

Ces iininenses travaux d'embellissement et d'agrandissement avaient commencé en 1061 ; le roi ne s'établit k Versailles qu'en i68l . Il en fit, jusqu'à sa mort, la plus brillante cour de l'univers.

- Louis XV ne vint habiter Versailles qu'à sa majorité, en . 1722. Mme de Pompàdour y régna capricieusement dans le boudoir que le pinceau de Boucher décora de peintures gracieuses, il est vrai, mais bien loin d'être en harmonie avec la grave majesté du palais du grand roi. Ce fut ensuite le tour de Mme Dubarry; la majesté royale s'effaça devant cette

courtisane, et alla se réfugier dans les petits appartements. De là vinrent ces distributions mesquines, ces vastes pièces converties en cabinets que Louis XV ût décorer à grands frais pour servir de temple à ses débauches.

Peu de temps après le serment du Jeu de Paume, le 6 octobre 1789, Louis XVI, Marie- Antoinette et toute la famille royale quittèrent Versailles pour n'y plus revenir....

• Vae de la cour royale.

La Révolution dépouilla le palais de ses meubles et de ses

ornements; on essaya d'y établir une succursale des Invalidesy mais cette tentative ne réussit pas; des vandales proposèrent alors de morceler les b&timents et les jardins pour les vendre. L'Empereur songea h rendre, à Versailles sa splendeur primitive, mais il recula devant les sommes immenses que lui demandait Tarcbitecte Gondouin. La guerre d'£s«

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VERSAILLES. t7

pagne et la campagne de Russie Tempéchèrent d'exécuter le projet de restauration qu*il avait demandé à MM. Percier et

Fontaine. Louis XVIII eut d'abord la pensée d'y rétablir la cour, mais il recula aussi devant la dépense. U se borna à quelques restaurations intérieures et à la construction du pavillon situé entre la cour Royale et [la cour des Princes ; ^ Louis-Philippe eut l'heureuse idée d'en faire l'asile général de toutes les illustrations de la France et d'y recueillir l'hé-

F«^e de YenaiUes du côté de la cour.

ritage de toutes ses gloires. Sans le dépouiller de sa grandeur passée, il voulut le revêtir d'une grandeur nouvelle et toute nationale. D'abord il effaça ces distributions mesquines par lesquelles on avait défiguré le palais de Louis XIV; il restaura les lambris, les plafonds et les peintures; il créa de nouveaux salons et d'immenses galeries; il ajouta une majesté nouvelle àla majesté des anciens appartements. Ensuite il fit revivre sur la toile tous les hommes, toutes les actions.

28 ITINÉRAIRE DE PAftlS AU MANS.

toutes les batailles qui avaient illustré les annales françaises depuis Torigine de la monarchie jusqu'à nos jours. Il appela la sculpture à Taide de la peinture, et le musée histo* rique de Versailles fut ouvert à toutes les gloires de la France.

Nous n*entrons pas dans le palais. Nous nous bornons à

cette rapide esquisse de l'histoire de la ville et du château de Versailles, et nous allons reprendre la suite de notre itinéraire du chemin de fer de l'Ouest. Un autre guide vous conduira dans ce palais, dans ce musée, 'dans ces jardins et même dans les deux autres palais et dans les deux autres jardins du Grand et du Petit Trianon, qui touchent^ à ceux de Versailles. Vous n*en trouverez assurément aucun qui sache autant et qui dise si bien que M. Frédéric Bernard dans le charmant petit livre qu'il a intitulé : Le Château^ h Parc et les Grandes Eaux de Vf^rsailles.

Versailles , rue du chemin de fer.

Vous quittez la gare de Versailles, mais vous ii*étes pas

encore sorti des splendeurs de la résidence de Louis XIV. A peine aurez-vous franchi le court et unique tunnel qui vient obscurcir le chemin de fer de TOuesi, que le long rideau de verdure tendu à votre droite s'ouvrira tout à coup et vous

laissera entrevoir un magique spectacle. A l'extrémité de la pièce d*eau des Suisses, bordée de ses magnitiques avenues, vous verrez les.grilles chargées de statues, TOrangerie flanquée de ses deux escaliers aux cent marches, et toute la perspective des jardins et du palais du grand roi. C'est assurément un des plus riches points de vue qui soient au monde. Sur le bord de la voie se dresse la célèbre statue que le cavalier Bemin convertit en Curtiiis après en avoir voulu faire un Louis XiV à Tapogée de sa gloire. A votre gauche, ce sont les hauteurs et les bois de Satory ; vous continuez votre route à travers les bosquets et les prairies; vous pouvez encore parfois découvrir le palais, car vous êtes toujours <1;lms le grand parc, dont vous ne franchirez Tenceinte qu'en arrivant à la station de Saint-Cyr.

Du haut de cette gare vous pouvez contempler la plu§ belle perspective peut-être que vous ayez rencontrée depuis votre départ. A vos pieds, au premier plan, s'élèvent les bàti> ments de TËcole militaire.

Dans l'origine, Saint-Cyr n'était qu'une pauvre petite paroisse de l'ancien diocèse de Chartres, un village sans importance et sans histoire, mais qui, vers la fin du xvii* siècle, acquit tout à coup une immense célébrité.

Mme de Maintenon, dès Tan 168a, conçut l'idée d'établir une maison exclusivement destinée à l'éducation des filles de la noblesse, et Louis XIV la seconda dans ce projet. Mansard dressa le plan d'une immense construction; deux mille cinq cents ouvriers sè mirent à l'œuvre , et , commencée en 1685, la maison de Saint^yr fut en état d*étre habitée Tannée suivante.

Le nouvel établissement se composait de douze corps de bâtiments , formant cinq cours et occupant une superficie carrée de soixante-dix mille toises. Les jardins éiaicuL en harmonie avec la grandeur des constructions; on y admirait surtout seize bassins avec jets d'eau ; à leur extrémité était

un pavillon où rillustre fondatrice venait souvent se retirer et receroir les visites du roi. Plusieurs avenues bordées d^arbres conduisaient du parc de Versailles h la maison de

Saint-Cyr.

Louis XIY dota de revenus considérables cet établissemenu qui prit le nom de Maison des Dames de Saint-Louis^

et le fonda en faveur de deux cent cinquante demoiselles qui, depuis Tage de sept à douze ans, devaient y être gra-

Saial-Cyr.

tuitement reçues, élevées, nourries et entretenues de toutes choses jusqu'à' vingt ans aux dépens de la fondation. Ces demoiselles étaient instruites par quarante dames, sous la direction de Mme de Brinon, et servies par un pareil nombre de sœurs converses. Pour être admises dans la maison, elles devaient faire preuve de quatre degrés de noblesse du c6té paternel.

lïliNÉaÂiRË DE PAKiS âU MANS.

Est-il nécessaire de rappeler ici que ce fut pour les deiDoijselies de Saint- Cyr que Racine composa ses deux admirables tragédies i'Esther et à'Aîhaliei Après la mort du roi, Mme de Maintenon se retira à Saint-Cyr; elle y habita cette partie des bâtiments qui entoure la cour verle, là même où j îa XT9%éà\é à! Esihsr avait été représentée pour la première fois. Ce fut dans cette retraite que la veuve de Scarron et de Louis XIV reçut, en 1717, la vibile du czar Pierre-le-Grand, qui entra dans la chambre sans se faire annoDcer^ lira sans cérémonie les rideaux du lit où cette* femme illustre gisait maladii, el ia considéra avec la \A\x< attentive curiosité pendant qu*un interprète lui débitait un compliment.

Mme de Mamtenon mourut à Saint*-Cyr en 1719, et fut enterrée dans Téglisedela maison qu'elle avait fondée.

La Révolution supprima cette maison d'éducation et renvoya toutes les jeunes personnes dans «leurs familles. Un décret fit de ces bâtiments une succursale de rh6tel des Invalides, et de vieux boldals vinrent abriter leur téte sous ces mêmes toits qui avaient si longtemps servi d^asile aux filles de vieux soldats comme eux. Plus tard» Lucien Bonaparte y établit un des quatre collèges du Prytanée français. Enfin Napoléon, après avoir rendu son ancienne splendeur au château de Fontainebleau) transféra à Saint-Gyr Técole militaire établie dans cet ancien palais.

Étrange métamorphose! le jardin des timides pensionnaires de Saint-Cyr devint un champ de Mars; le pavillon de Mme de Maintenon fut le logement d'un garde d*ar* tillerie, et la rude intonation du commandement militaire vint faire vibrer ces mêmes voûtes dont les échos avaient autrefois si doucement répété les chœurs A*Msther et dUt halte!

Après Saint-Cyr, il vous faut dire adieu à ces paysages si variés, à ces jolies maisons de campagne» à ces frais jardins qui ont bordé i^ute depuis votre départ de Paris. Encore

DË VERSAILLES À RAMSOUILLëT. 33

quelques ondulations de lorrain, encore quelques bouquets de bois épars dans la campagne^ et vous aurez atteint le plateau de Trappes, le point le plus élevé et le plus fertile du département de Seine-el-Oise. Alors une plaine immense, couveiie de céréales et de longues files d^arbres fruitiers plantés de chaque côté de la grande route, va se développer k vos yeux. Vous arrivez à la station de Truppes. - ' Trappes est un gros et ancien village, posé sur les deux cAtés de la route de Paris à Nantes, près de rembranchement de la route de Brest, nommé la Fourche de-Trappes. Sa population s*élève à près de iOOO habitants, et son territoire bien cultivé fournit des grains de toute espèce. On y remarqut^ les belles exploitations rurales dans lesquelles MM. Daill)' et Pluchet ont fait faire tant de progrès à l'agriculture et acquis une réputation jubleiacut nicritée.

Tout près du village, en vue de la ligue du chemin de fer, est le grand étang de Sainl-Quentin, dont la superficie est de deux cent un hectares; il reçoit les eaux des plaines supérieures et celles des étangs de la foi ôt de Rambouillet , pour en former un vaste réservoir destiné à alimenter les jets d*eàu de Versailles.

A la station de Trappes on trouve des voitures conduisant k Pont-Chartrain,à la Queue, kNeauphle le Vieux, à Neauphle le Ghftteau et à d'autres localités disséminées de chaque côté de la route de Brest. Le château de Pont-Ghartrain est situé à dix kilomètres de la station , dans la commune de Jouars, où Ton trouve des traces d'une voie romaine et de subsii actions antiques, et que quelques géographes regardent comme le Diodurum de l'Itinéraire d'Antonin. La terre de Pont^iihartrain est d*une fort ancienne origine ; elle tut érigée en comté pour le chancelier de ce nom, lequel y fil bâtir, sur les dessins de Mansard, dit-on, le grand château qu'on y voit aujourd'hui. Les appropriations modernes ont apporté de notables modifications à l'œuvre du |;rand archi-

U m^ÈRAiKE, m PARIS AU MANS.

tecte, s'il est vrai qu*il ait jamais pris la moindre part à la construction de cet édiiice. Dès les premières années de son origine, le parc qui enveloppe le château occupait une place distinguée parmi les beaux jardins que Ton citait en France*

On y voit de belles pièces d'eau alimentées par la rivière de Mauldre, de vastes pelouses parsemées bosquets d'arbres exotiques, de hautes futaies animées par des troupeaux

de daims el de chevreuils; on y remarque surtout de magnifiques parterres» garnis de rosiers et des fleurs les plus va* riées.

Après le chancelier, le comte de Maurepas, son petit^fils,

posséda cette terre, laquelle passa ensuite au comte de Urissac, gouverneur de Paris; depuis, elle fut achetée par M. des Tillières, grand louvetier, dont la fille l'apporta à M. le marquis d'Osmont, le propriétaire actuel.

 gauche et à peu de distance de la station de Trappes , nous rencontrerons les ruines ou plutôt l'emplacement oii âit la célèbre abbaye de Port-Royal des Champs, dans une campagne remarquable par les accidents du terrain, la variété des points de vue et la fraîcheur du site. Ce monastère fut fondé en 1204 par Mathilde de Garlande, femme dé Mathieu, premier seigneur d'Attichy et de Marly, cadet de l'illustre maison de Montmorency. Nous ne vous redirons pas Thisr. toirede cette fameuse abbaye, triste monument des persécu-^ tiens de Louis XIV; nous ne vous rappellerons pas les débats oubliés du jansénisme, auxquels les lettres doivent un chefd'œuvre de dialectique et d'ironie. » La poésie a marqué la place où fut Port-Royal des Champs; une haine aveugle en a pu disperser les débris ; mais Racine , élève de ce docte et pieux asile, lui a consacré cinq odes intitulées : l'Étang^ les Prairies, les Bois, les Troupeaux y les Jardins

Cependant il reste encore à Port-Royai assci de vestiges

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