V^.BlLnrière
DE VERSAILLES A RAMEOUILLET. 35
pour satisfaire la plus vive curiosité. On y retrouve quelque»
bâtiments habitables, le cimetière converti en jardins et Fétang chanté par Racine. On y voit les fondements del'église y récemment déblayés par M. le duc de Luynes. A* la ferme des Granges, on montre deux chambres qui furent* celles de Racine et du grand Arnauld, et un puits où Pascal avait établi une machine pour faire monter l'eau.
Lorsqu'en i7iO on rasa , par ordre de Louis XIV, les bâ« liments de Tabbave de Port-Roval , on exhuma les osse-' ments des morts enterrés dans Téglise et dans le cimetière, et on les transporta dans les cimetières des paroisses voi« sines,.de Palaiseau, de Saint*Lambert et de Magny-les- Hameaux. Dans l'église de ce deniier village, non loin des ruines du monastère , on voit encore près de trente dalles tumulafres avec les épitaphes des bienfaiteurs de Tabbaye ou des illustres solitâiresjui vinrent &'y retirer. On y remarquera entre autres quatre grandes dalles des xm* et xiv* siècles avec les effigies de Marguerite de Lévis , de Bouchard de Marly, d'un sire de Montfaucon et d* Aline de Gallardon, sa femme, de i abbesse Yolande de Dreux, et les inscriptions placées sur les cœurs de presque tous les membres de Tillustre famille Arnaud. G^est dans cette même église qu*on prit, en i823, pour la transférer dans celle de Samt-Etiennedu-Mont, à Paris, l épitaphe de Racine, composée par son ami Boileau.
Nous quittons Tarrondissement de Versailles pour entrer dans celui de Rambouillet par le canton de Chevreuse, où nous avons déjà pénétré dans nos visites à Port»Royal et h Pont-Ghartrain.
Quelques secondes avant de vous arrêter à la station de La Verrière^ vous apercevez à votre droite, un peu au delà de la.
ande route, une vieille chapelle gothique auprësd^un grand corps de ferme. C'est la ferme de la Ville^Dieu, ancienne com mandent de Fordre du Temple. La chapelle, «ntièremen
ITlNÉJaAiHË DE PARIS Ali MANS«
construite et voûtée en pierres meulières, date du xiii* siècle: aujourd'hui elle est convertie en grange et dépend du domaine de La Verrière.
A gauche de la station vous vo\ e^^ les murs du parc, les hautes futaies et les rideaux de peupliers qui vous cachent le château de* La Verrière. La principale gloire de ce château est peut-être d^avoir appartenu au comte de La Valette, que le dévouement de sa femme a rendu si célèbre ; il est aujour-' d*hui à M. Berger, sénateur et ancien préfet du département de la Seine. Au xvi* siècle, le domaine de La Verrière appar* tenait à la branche cadette do U famille Séguier, d'où sont sortis tant d'illustres magistrats. -
Des omnibus font le service des environs de cette station , placée, comme on peut le voir, dans la plus désespérante soli* tude. On se rend à Chevreuse en passant par le Mesnil- Saint-Denis et par Dampierre. Le roi Pépin , à son Ut de mort, avait donné k l'abbaye de Saint-Denis une vaste étendue de terrain dans la foret Yveline. Les religieux y construisirent ce qu'on appelait au moyen âge un inesnil, autour duquel se groupa un village qui devint une paroisse et retint le nom de ses propriétaires ou du patron auquel fut dédiée son église. Cet édihce, souvent rebâti, n'ofire rien de remarquable qu'une statue de la Vierge, qui parait être du XIV* siècle.
Près du village est le château du Mesnil-Saint-Denis, entouré de fossés et d'un parc fort étendu, possédé, dès le XVI* siècle , par la famille Habert , qui donna deux membres à la première Académie française.
Au-dessus du château, mais dans la commune de Lévis- Saint-Non, est Fabbaye Notre-Dame de la Roche, l'un des plus curieux monuments du département de Seine-et-Oise^ digne à tous égards de fixer Tattention de Tantiquaire et même du simple curieux. Ce petit monastère fut fondé^ vers la fin du xu' siècle par les sires de Lévis, enrichi par leurs
libéralités et par celles des sires de Marly, des comtes de Montfortet des seigneurs voisins. La chapelle abbatiale, située dans un enclos de terres cultivées, remonte aux premières années du xiii* siècle, et l'extérieur en est d'une grande
Château de Chevreuse.
simplicité; c'est une croix latine précédée d'un porche ouvert en ogives. Mais à l'intérieur elle présente le plus grand intô-rêt. Les chapiteaux de ses piliers , les restes de peintures murales, les stalles en bois sculpté, doivent surtout fixer Tat-
11$ JTII<i£HÂlR£ DE PARIS AU MANS;
lèntim. Dans la rief et dans les transepts, on iriMtfes'danèa
tumulaires des abbés, des chanoines et des bienfaiteurs; dans le choeur^ les statues et les tombes des sires de Lévis; qui jouèrent un rôle si important dans l'Albigeois^ à la suite du terrible Simon de Muntfoi t.
Mais hâtons-nous de franclur la plaine fertile, les riants coteaux et la délicieuse vallée de l*YYette, qui nous séparent encore de Chevreuse.
Celte petite ville est située sur le penchant d'un coteau au pied duquel coule la rivière d*Yvette, qui se perd en mille capricieux détours dans une des plus jolies vallées des environs de Paris. A la droite de l'église paroissiale, dont un ouragan renversa le clocher au commencement du xiv* siècle, vous pouvez voir les ruines romanes du petit monastère de Saint-Saturnin ; un marchand de vin y a établi ses caves et ses greniers. Mais ce qui doit surtout exciter votre curiosité, ce qui doit principalement vous attirer à Chevreuse, c'est la ruine imposante de l'ancien château fort , qu'on nomme la Magdeleine : elle est située sur la croupe de la colline qui domine la ville. C'était là Tancienne demeure des sires de Chevreuse, qui furent si puissants dans les premiers siècles de la féodalité. Vassal de l'évcque de Paris, le châtelain de Chevreuse était Tun des quatre barons auxquels appartenait le droit exclusif de porter sur leurs épaules le prélat, le jour de son intronisation. Pourquoi l'espace nous manquet-il pour vous esquisser tous les souvenirs attachés à ces ruines si pittoresques, que M. le due de Luynes vient d'acheter pour assurer la conservation d*une aneienne propriété de sa famille ?
De Pautre c6té de la station de La Verrière, un omnibus tnotts conduit à Montfort en passant par Matirépas et par le
Tremblay. Maurepas est une petite commune située h moins •de deux kilomètres de la grande route. C'était au moyen âge une chftteUenie dont les seigneurs nous sont connus àepm
le iti* siède. Vers la seeonde moitié du Hàttrepas était
possédé par les seigneurs de Chevreusc de la maison d*Amboise; il le fut ensuite par la maison de Lorraine et plus tard par les Pbelippeanx, qui prirent les titres de comtes
Doqjon de Haurepas.
de Pont-Ghartrain et de Maurepas. Au mineo du TÎHage, sont les ruines intéressantes du vieux donjon féodal, généralement peu connues, mais qui méritent pourtant de fixer rattention de Tantiquaire et de l'artiste. Plus loin dn trouve
.ITINÉRAIRE DE PARIS AtJ MANS.
le village et le grand château du Tremblay, appartenant aujourd'hui à M. le marquis de Vérac. Au xvn* siècle, c'était le domaine de la famille Leclerc du Tremblay, d'où était sorti le capucin Joseph, la célèbre éminence grise y dont on connaît les rapports avec Véminence rouge qu'on appelait le cardinal de Richelieu.
Porlc Bardou, à Monirorl-l'Amaury.
Quittant Montfort-l'Amaury , où nous nous rendrons plus naturellement de la station de VArtoîre, revenons à la grande route, où nous avons laissé le hameau du Gibet, nom sinistre; c'est là que s'élevaient autrefois les fourches patibulaires de la justice seigneuriale de Coignères-le-ChâteU Coignères, ancien relais de la poste aux chevaux, est à deux kilomètres
D£ YËHSAILLSS A KAMBOUILLËT* 41
de La Verrière. Il nous faut traverser ce village sans intérêt et fians souvemr pour prendre, k la Maison-BiaDche, la route qui conduit à FaBcien prieuré de Haute* Bruyère, de Tordre de Foutevrault. Ce monastère fut fondé par la trop fameuse Bertrade de Montfort, qui sortit du lit de Foulque-le-Hechin, comte pour aller partager le trône de Philippe I*'*
La fondatrice et ses illustres descendants, les comtes Simon et Amaury de Montfort, avaient leurs lumboaux dans la chapelle des dam^s de Haute-Bruyère, où fut plus tard déposé le cœur de François I'', dans un vase de marbre blanc, transi féré depuis à Saint-Denis. La Révolution a dispersé ces cendres illustres; le monastère a été presque entièrement détruit; il ne reste plus que la chapelle des Pères; car, dans Tordre de Fontevrault, un couvent d*hommes était toujours contigu à un monastère de femmes. Sur remplacement des bâtiments claustraux s'élève, dans un grand enclos environné de bois touffus f une jolie maison de cainpagne appartenant h M.VideL
. Au moyen âge, LaRitoire était un fief dont les seigneurs devaient Thommage lige aux comtes de Montfort*T Amaury» Cé fief qui , par corruption , était déjà nommé TArtOire, appartenait, au XVI* siècle, à César d*Haulbergeon , capitaine des gardes d'Henri IL Sous le règne de Louis XIV, M. de ffijianviUe habilla en château la vieille tour carrée du coUm-' hier à pied de la seigneurie, et fit dessiner k Tentour un parc d'où Ton jouit d'une vue magnifique.
- Le château et ie hameau de TArtoire dépendent de la commune des Essart8*Ie-Roi , située à quelques centaines dé mètres sur la gauche de la station. Cette comminie s'appelait kè Nmjales au xa* siècle : elle dut ce nom et sa dénomination actuelle aui nombreux- défrichements que les rois de la troisième race firent dans ces lieux , autrefm couverts par ^a forêt »\'veline. La terre des Essarts sortit du domaine
li^^al pO¥tç entrer dans celui des seigneurs de Moutioci; elle
U iTlN&RAlKË D£ PARIS AU MANS*
passa ensuite de la famille do Craon k celle d'Angennes, et fut U terre patrimoniale du célèbre cardinal de Rambouillet, ▲tt milieu du %yi* siëele , Jacques d'Angennes fit reconstruire régUse paroissiale sous le vocable de saint Corneille et de
saint Gyprien.
Ën sortant de la station , au bas de la montée de TArtoire, vous trouverez à gauche, sous l'arcade du chemin de fer , un
chemin tracé dans une rianle vallée, lequel vous conduira en quelques minutes à Auffargis , ancien village où l'on a re- ^ trouvé des vestiges de Tépoque celtique et des s^ulcres mé«* rovingiens. Auffargis appartenait aussi % la famille d'Angennes, d*où sortirent les comtes du Fargis. Tout le inonde connaît cette célèbre comtesse du Fargis et ses intrigues sous , le ministère du cardinal de Richelieu.
En suivant toujours la vallée, k rexîromilé de la commune d'Auifargis , se trouvent les ruines de la fameuse abbaye des Vaux-de-Gernay, f(mdée au commencement du xii« siècle par Simon de Neauphle , connétable de France sous le règne de Louis le Gros. Nous ne saurions trop recommander aux promeneurs la visite de ce lieu, dont Tintérèt historique, dont le site sauvage et pittoresque sont au-dessus de toute descrip^ tion. On y retrouve les souvenirs de Simon de Montfort, de saint Louis , de la reine Blanche et de saint Thibault attachés aux voûtes et aux arceaux gothiques de cette vieille abbaye, dont les ruines se cachent sons le véri tissu de ta ronoe , et du lierre..,.
En face de Tembarcadère de TArtoire, le chemin de Montibrt4*Amaury vient s'embrancher sur la route impériale. Ce chemin conduit d*abord au hameau de Saint-Hubert , dépendant delà commune des £ssarts-le-Roi. C'est là qu'en i755 Louis XV avait fait bâtir, sur les dessins de Gabriel et pour lut servir de rendez-vous de chasse, un diàteau dont le luxe et la magnificence sont traditionnels dans le pays. Pipralle, Falconnet et Coustou en avaient fait la sculpture , et Yanloo
y avait peint, dans la chapelle, le Ubleau de Saint-Hubert qui décore aujourd'hui Téglise de Rambouillet. Louis XVI» devenu propriétaire de RainbouiUel, fil démolir ce chàteaa dont on reconnaît à peine les vestiges sur les bords de l'étang de Saint-Hubert, auquel il avait donné son nom.
A la suite de ce vaste étang sont cinq autres grands étangs, séparés les uns des autres par de simples chaussées reliant entre elles les longues avenues de la forêt de Rambouillet. Ce sont d'abord les étangs de Pourras, autrefois de Porrois ott Port-Royal, car ils appartenaient à Tabbaye de ce nom; puis les étangs d'Hollande, ainsi nommés du iiet de mon^ seigneur d*Orlande, dans lequel ils étaient compris.
Après avoir admiré ces immenses nappes d*eau qui , par des rigoles ouvertes et des conduits souterrains, s'en vont animer les jets d'eau et les cascades de Versailles, le promeneur peut diriger sa course à travers la forêt de Rambouillet • si célèbre par ses belles chasses , si renommée parmi les botanistes pour la richesse et pour la variété de sa flore.
En reprenant la route au hameau de Saint-Hubert, on traverse encore quelques belles parties de la forêt, et bientôt on jouit du magnifique aspect de la riche et fertile vallée des Mesnuls, avec ses vertes prairies et ses camppgnes parsemées d'arbres fruitiers. La largeur du paysage, la végétation luxuriante qui Tembellit et le décore , rappellent ces belles pâtures et ces riantes vallées de la Normandie et de la Bretagne : rien ne manque à l'illusion , pas même la qualité du cidre excellent que produisent ces nombreux vergers. Tout au fond de la vallée s'élève le château de M. le comte de Nugent , dont la construction ne parait pas antérieure au commencement du xvii* siècle.
. A trois kilomètres des Mesnuls, sur la hauteur qui domine
au loin la campagne , est la petite ville de Monfort-l'Amaury, Tun des chefs-lieux de canton de l'arrondissement de Rambouillet.
Sur le point culminant d'une colline dont Tescarpemenl naturel a encore été augmenté par des travaux de fortification, s'élèvent les ruines pittoresques du redoutable donjon des descendants de Guillaume de Hainault. C*est là que na-
Ruines du château de Monirorl.
quirent ces fiers barons , ces Simon et ces Amaury de Montfort, qui firent plus d'une fois trembler sur leur trône les descendants de Hugues Capet, et portèrent leurs armes terribles dans la Palestine et dans le Languedoc, qui n'a pas encore oublié leurs sanglantes victoires. L'un de ces Amaury donna son nom à sa ville seigneuriale; ses descendantes l'apportèrent en dot d'abord à la maison de Dreux, puis à celle de Bretagne : Anne de Bretagne, en épousant Charles VIII, la réunit à la couronne de France. Le comté de Montfort fut jdès lors donné à titre d'usufruit à quelques personnages éminenls, puis en apanage h des princes de la famille royale.
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Marie de Luxembourg, comtesse de Vendôme, André de Foix, Mme de la Trémouille» la comtesse d'Ëstouteville, Henri ID et 8on frère François duc d*Alençon , en eurent
successivemeiil la jouissance. Il devint ensuite la propriété du duc de Luynes, par suite des échanges que Louis XIV fil avec ce seigneur.
Ce fut André de Foix qui, pendant la durée de son usufruit, fil bâtir cette charmante tourelle hexagone en briques et en pierres de taille,*à côté de Taustère donjon de Guillaume de Hainault. Ce château s'est affaissé sous les efforts du temps,
des lévoluliuns et des démolisseurs; hi ville moderne a tracé des allées sinueuses et fait une promenade pubhque autour de ces ruines si pittoresques et si riches en souvenirs.
L'église paroissiale offre une belle collection de verrières peintes du xvr siècle ; mais elle a perdu ce qu'on aimerait surtout à y retrouver^ toute espèce de vestiges rappelant les premiers fondateurs. Il n'y a pas longiemps qu*on a commis la faute d'abattre la vieille tour romane qui la suraioatait.
Le cimetière public est Tun des plus curieux qui soient en France. C'est un préau sur deux des cfttés duquel régnent des arcades servant de charniers. Si Ton en croit les habitants du pays,Ciceri se serait inspiré de ce cimetière pour peindre sa belle décoration de l'opéra de Robert le Diable.
Quant à la ville, elle a peu à peu détruit ses murailles» comblé ses fossés, abattu ses portes, effacé tous ses anciens souvenirs; il ne r^ste guère, du temps passé, que la porte Bardou. Les maisons à blanches façades se pavanent devant de délicieux jardins ; la vieille ville féodale ô'esL changée eu une petite ville éminemment bourgeoise.
Chàlcau de Rambouillet.
RAMBOUILLET
En quittant la tranchée au fond de laquelle est située la station , la voie de fer franchit Ténorme remblai jeté entre les deux versants du vallon de TArtoire; elle suit côte à côte la rigole par laquelle Teau des étangs voisins va alimenter les bassins de Versailles; puis, laissant à sa droite la grande route de Chartres el le long village du Perray, elle pénètre dans la Forét-Verte, traverse les plaines du Pâtis, de Grange-Colombe, de Grenonvillier , et arrive enfin . à la gare de Rambouillet,
Rambouillet, grâce à son beau domaine et à sa résidence impériale, fut, en i8H , érigé en sous-préfecture par Napoléon I", et forma le chef-lieu du sixième arrondissement
HiULSOUiLLËT.
du département de Seine-ct-()isc. Celte ville est située dans une ysiïée peu profonde; elie suit, sur plus de. trois kilomètres de longueur^ les contours, de la grande roate de Paris, et s'étend sur Tëtroit espace que lui laissent les murs de son parc et les faibles ëniinences qui la dominent au Q^ord et à Foueat; elie est assez bien bâtie; ses rues sont larges « aérées et généralement bien entretenues. Ses principaux édifices publics sont ; Téglise paroissiale, réédifiëe au XV* siècle par les seigneurs de la famille d*Angennes; un bel bôtel de ville » construit par Louis XVI et affecté au double service de la mairie et du tribunal; un hospice, fondé en i7:M ])ar la comtesse de Toulouse et doté par TEmpereur en 1808; des écoles chrétiennes gratuites pour lesgarçons et les filles; enfin une salle d'asile tout récemment construite sur les dessins de M. P. Lemesle, architecte de Tarrondissement.
Au milieu de la rue Impériale est un grand hôtel, bâti par Louis XVI pour le logement du gouverneur de Ram* bouillet. Cet édifice, détruit peu après la Révolution, fut relevé par TEmpereur et destiné au jeune roi de Rome; après i830» il fut vendu et mutilé comme voua le voyes
aujourd'hui.
Mais ce qui doit surtout attirer les voyageurs à Rambouillet, c'est son vieux château, si riche en souvenirs; c'est' son parc,- si bien planté; ce sont ses jolis jardins ; G*est sonimmense forêt, si bien disposée puur la chasse.
Le nom de Rambouillet nous apparaît pour la première fois dans une charte du roi Pépin de Tan 768. Ce n'était alors qu'un petit village, perdu dans les profondeurs de l'Yveline, vaste forêt dont les rois de la première race étaient possesseurs. C'est dans cette forêt que Carloman fut mortellement blessé par un sanglier et que Louis le Gros ressentit ieSi premières atteintes de la maladie dont il mourut. Déjà Rambouillet était fatal aux rois.
4B ITINÉAAIRË BË PARIS AU MAI^S.
Dès la fin du siècle, la terre de Rambouillet appartenait au domaine des seigneurs de Mouifort; vers 1239, Perronnelle. Tune dea petite»-fiUes du redoutable Simon IV, l'ap-* porta en mariage h m gentilhomme normand, Raoul de la Roche-Tesson. Elle passa ensuite de la famille de Toumebû à Jean Bemier» maître des requêtes de T hôtel du roi, qui Tacheta, en 1368, moyennant la somme de sept centa livres tournois. Ce n'était alors qu'un simple manoir OU héberge- , ment seigneurial ^ sur remplacement duquel les Bernier firent construire le château actuel; car, en 1384, Guillaume, fik de Jean Bernier, échangea avec Renault d^Angennes son chastel et forteresse de Rambouillet couUe diveibeà proprié^ tés situées à Eueii et à Bougival*
Rambouillet fut pendant plus de trois cents ans le do* maine principal de la famille d'Angennes. L'illustre Julie d'Angennes , duchesse de Montausier , le possédait sous Louis XIV# Ses héritiers le vendirent en 1699 à M. Fleuriau d'Armenonville pour la somme de 146 000 livres. Celuici, après y avoir fait des additions et des embellissements considérables, le revendit, en 1706, pour la somme de 450600 livres, au comte de Toulouse ^ fila légitimé de Louis XIV et de Mme de Montespan.
Ce prince réunit à Rambouillet toutes les terres qui en avaient été distraites, et bien d*autres encore; il constitua un domaine immense qui , de simple marquisat quHl était depuis 1C12, fut érigé en duché-pairie par lettres patentes de l'année 1711. Cédant aux incessantes sollicitations de Louis X.VI, le duc de Penthièvre, fils du comte de Toufeuse, consentit avec peine à lui vendre, pour seize millions de livres , le duché de Rambouillet. A la Révolution , ce vaste domaine fit retour à TÉtat ; puis il fit partie des listes civiles de l'Empire et de la Restauration» En 1830, il fut ^core repris par TËtat; aujourd'hui, il est rentré dans la liste civile impériale. "
RAMBOUILLET
îyuchastel on de la forteresse du xit* siècle, il ne reste plus aujourd'hui que la grosse tour gothique avec ses créneaux et ses mâchicoulis, mais bien défigurée par des réparations successives. Rambouillet avait été, en 4-449 , saccagé par les Anglais ; Jean d*Angennes fit réparer et rëëdifier le château, qui subit encore de grandes modifications aux xvi^ et XVII* siècles. M. d*Armenonville, après 1699, commença à le remettre en état ; mais les plus grands travaux y furent faits par le comte de Toulouse, après i706. Ce prince fit combler les fossés et construire, dans Tintérieur de la cour, un corps de bâtiment qui doubla les appartements de Taile occidentale, attenant k la grosse tour. Au commencement de Tempire , un architecte du domaine démolit Taile orientale; sous Louis XVill, un autre imagina de rendre la façade du bord de Teau ce que vous la voyez aujourd'hui. Tous deux payèrent de leur plàce cette double maladresse.
Ainsi défiguré par ces réparations malencontreuses et par MM. les architectes de TEmpire et de la Restauration, le vieux château n*a plus d'autre intérêt que ses grands souvenirs historiques, que le replâtrage et le badigeon à venir ne pourront jamais effacer.
Le 31 mars l5-i7, François I" y mourut che/. Jacques d*Angennes, son fidèle serviteur, entouré de toute sa famille et d'une grande partie de la cour de France. Seize ans plus tard, chez le fils de ce même Jacques d'Angennes, Catherine de Médicis, accompagnée du jeune roi Charles IX, venait, dans la plus grande perplexité, attendre le résultat de la bataille de Dreux, dont le duc de Guise lui-même lui annonça Theureuse issue, l.n i:)88, le lenJeniain do la fameuse journée des Barricades, Henri III, fuyant de sa capitale, vint y coucher, tout botté et éperonné, chez Nicolas d'Angennes, Tun de ses favoris et son ancien vice-roi de Pologne.
La scène change sous le règne de Louis XIII : ce château
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50 iTlNÉRAlRE DE PARIS AU MANS.
appartient alors à la célèbre Catherine de Vivonne, marquise
de Rambouillet, qui en vient faire si gracieusement les honneurs à ce nombreux cortège de beaux esprits qui ne la quittaient pas. Voiture et Tallemant des Réaux nous font assister à ces fêtes mythologiques (|ue la marquise donnait h ses amis dans un parc où Ton voyait /e^ pita beaux arbres du numdê. Un jour la belle Julie d'Angennes , entourée da ses jeunes amies , habillées en nymphes, apparaissait sous les traits de Diane Chasseresse aux yeux émerveillés de révêque d*Âire, sur ces mêmes rochers oii Ton montre encore aujourd'hui la grotte dans laquelle Rabelais aimait tant à s'asseoir, quand il venait à Rambouillet à la suite du cardinal du Bellay, parent de la famille d'Angennes.
Quand le comte de Toulouse eut acheté et embelli la yieille demeure des d'Angennes , Louis XIV y vint souvent avec Mme de Maintenon. Plus tard, la jeune et belle comtesse de Toulouse y appela^y retint et y captiva Louis XV, qui n'avait encore que seize ans.
Vient ensuite le vertueux duc de Penthièvre, fils du comte de Toulouse, et chacun des jours qu'il y passe est marqué par un bienfait. Aussi quand, cédant aux obsessions de Louis XVT, il lui vend Rambouillet, quand il quitte ce séjour de prédilection, emportant avec lui les restes de sa famille inhumés dans la modeste église paroissiale, la population tout entière, en habit de deuil , suit le lugubre cortège jusqu'à Dreux, oîi la Révolution doit bientôt disperser ces cendres véui'rées.
Louis XVI se prit d'une vive affection pour ce domaine, dont il était enfin devenu propriétaire; il l'augmenta et Tembellit encore ; il fit construire de vastes bâtiments pour loger sa vénerie et ses pompeux équipages de chasse* Prenant pour lui-même au sérieux ces occupations champêtres dont la reine se faisait un jeu h Trianon , il fit construire dans l'enceinte du grand parc, sur la hauteur qui domme le
RAMBOUILLET
château, cette ferme-modèle dont la réputation est devenue si grande. Le but du roi, agissant sous l'inspiration de
M. le comte d'Angiviller, administrateur général des domaines , était d'abord de créer un établissement purement agricole pour Texploitation des terres du parc. Ce ne fut qu'un an après sa construction, en 1786, que Tidëe vint d*y établir une bergerie pour la propagation des bêtes à laiiie line en France. On obtint du roi d'Espagne, par l'entremise de M. de la Vauguyon, alors ambassadeur, l'autorisation d'acheter dans ce pays un troupeau de mcrinos. Ce troupeau , acquis à grands frais , quitta la plaine de Ségovie le 15 juin 1786 et arriva à Rambouillet le 12 octobre suivant, non sans avoir essuyé de grandes fatigues et subi des pertes assez importantes. Confié à la direction de chefs habiles, favorisé par tous les gouvernements et surtout par l'empereur Napoléon I**, le troupeau mérinos prospéra au delà de toute espérance, et bientôt sa célébrité et ses produits se répandirent dans tout l'univers.
Pour flatter les goûts favoris deHarie-Ântoinette, Louis XY I lui fit bâtir au pied de cette même ferme et dans un délicieux jardin un petit temple qui devait servir de laiterie à la royale bergère. Les savants de l'Académie des sciences firent des expériences agronomiques et plantèrent les plus beaux arbres exotiques. Le château dut être rebâti ; on fit un beau projet pour remplacer la chétive égUse paroissiale ; la ville elle-même dut s'aligner sur un nouveau plan. Mais la Révolution survint.... Nous ne vous dirons pas tout ce qu'elle détruisit, tous les actes de vandalisme et de sacrilège qu'elle commit à Rambouillet. L'£mpire commençait à les effacer. L'Empereur venait chasser à Rambouillet; il fit quelques séjours assez longs dans ce vieux château , qui devait être la dernière résidence impériale oii il coucherait avant son départ pour Sainte-Hélène.
Sous la Restauration , Louis XYIII y vint une seule fois ;
5t ITINÉRAliUÙ D£ PARIS AU MANS,
Charles X y chassait plus que partout ailleurs, et, pendant six mois que durait la saison des chasses, le dauphin y venait tous les cinq jours.
On sait qu'après les fatales ordonnances de juillet 1830, Charles X, qui y chassait encore la veille, vint se réfugier au château de Rambouillet. C'est là que, le 2 août, il signa son abdication, et le dauphin sa renonciation au trône en faveur du jeune duc de Bordeaux. Tel fut le dernier et le plus important de tous les faits historiques accomplis à Ram* bouillet. Certes le vieux château dans lequel vint s*abimer une monarchie vieille de quatorze siècles devait bien être considéré comme un monument à jamais historique.
L'époque qui suivit la Révolution de 1^30 ne le jugea pas ainsi : quand la chambre eut refusé de comprendre dans la liste civile du roi Louis-Philippe le domaine qui avait été celui de ses ancêtres , le château et le parc de Rambouillet furent affichés comme une maison de campagne et loués, pour douze ans, par le baron Schicklei. Ils furent ensuite occupés par le comte Duchâlel. La forêt, ayant fait retour à l'État, fut gouvernée par Tadministration forestière, c'est-àdire qu'on abattit les magnifiques cordons qui ombrageaient ses trois cents lieues d'avenues etqu'on ferma toutes les routes jusqu'alors ouvertes au public.
Après la révolution de 1848 , on fit pis encore : le château de Rambouillet fut affiché pour la troisième fois et loué à un entrepreneur de fêtes publiques. Le vieux château dans lequel mourut François I*', la demeure de la marquise de Rambouillet, les jardins de la belle Julie d*Angennes, la résidence du vertueux duc de Penlhièvre, le palais de prédilection du malheureux Louis XVI, le dernier asile du grand Napoléon, furent convertis en cabaret et en bastringue!
Pendant ce temps-là, le parc et les jardins, administrés par le régime forestier, voyaient tomber en ruines leurs murs de clôture et abattre sans pitié les magnifiques avenues
RAMBOUILLËT.
plantées avec tant de soin par le comte de Toulouse, et préservées à grands frais, par le duc de Penthièvre, conire la fureur des ouragans*
Maintenant que Rambouillet est rendu à la liste civile impériale, espérons que la nouvelle administration lera tous ses efforts pour réparer les désastres de ces vingt dernières années, et que ce beau domaine, reprenant enfin son ancienne splendeur, sera d'un accès plus facile à la foule de promeneurs qu*y attirent ses frais ombrages.
Cependant, malgré toutes les regrettables mutilations que nous venons de déplorer, le parc de Rambouillet est encor« l'un des plus grands et des plus beaux qui soient en France. Il contient plus de douze cents hectares clos de murs, plantés de taillis et de hautes futaies, coupés dans tous les sens ])ar de longues avenues admirablement dessinées. Les terres sont cultivées par la Ferme impériale , bâtie par Louis XYI; on ne visitera pas sans intérêt les bergeries du premier troupeau mérinos introduit en France.
Les jardins disposés autour du château sont divisés en deux parties : le parterre et le jardin anglais. Le parterre, on ne peut plus propre h la culture des fleurs, renferme un magnifique quinconce et de belles avenues de tilleuls, une salle de tulipiers, des avenues d'acacias séculaires , de longues et vertes pelouses, un champ de roses, de superbes platesbandes de rhododendrons, et une avenue de cyprès de la Louisiane, unique en Europe. Une immense pièce d'eau, divisée en nombreux canaux par des îles plantées d'arbres et semées de gazon qui flottent h sa superficie, sépare le parterre du jardin aiigiais. Le parterreest dessiné à la fran-* çaise , et du temps du comte de Toulouse ; dans toute sa partie haute , il est planté d'arbres forestiers de toutes les essences, parmi lesquels se trouvent de nombreuses variétés d'arbres verts plantés sous le premier empire. Le jardin anglais fut d'abord dessiné sous le duc de Pentbièvre et restauré
SOUS Napoléon I*'. Il abonde en arbres exotiques des plus
belles vari(^tés; les prairies sont capricieusement sillonnées 'par des allées sablées qui suivent ou traversenl des rivières aux mille contours. Ici l'eau gazouille et murmure en s'échappant d*un rocher artificiel. Là c'est une chaumière dont rintérieur est tapissé de coquilles produisant le plus merveilleux effet ; plus haut c'est un rustique ermitage, avec sa char
Laiterie de la Reine.
pelle et sa cellule, caché sous Tépais ombrage des hêtres,
des mélèzes et des pins. Dans ces vastes jardins, pas un vase de marbre ou de bronze, pas une slatue, à peine quelques bancs espacés de loin en loin. L'art n'entre pour près* que rien dans une ravissante décoration dont la nature a fait tous les frais.
A côté du jardin anglais , au pied du monticule sur lequel s*élève la Ferme , est la laiterie de la reine. Louis XVI Tavait fait bâtir, orner et meubler pour Marie-Ântoinette : le pre-
RAMBOUILLET
mier Consul la fil dépouiller et démeubler pour la laiterie de Joséphine à la Malmaison. L'Empereur la fit enfin restaurer pour Marie-Louise, et c'est en cet état qu'elle nous est parvenue. C'est un petit temple bâti en grès d'un magnifique appareil. A l'intérieur, on trouve une rotonde décorée d'une vaste table et de consoles de marbre blanc ; vient ensuite une salle carrée, au fond de laquelle l'eau s'échappe des fis- • sures d'un rocher, pour tomber dans une vasque rustique oii se baigne une nymphe sculptée par Beauvalet. Cette nymphe y a remplacé le beau groupe de la nymphe à la chèvre de Julien , qui est aujourd'hui dans les galeries du Louvre.
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Carrière d'Épernoo.
DE RAMBOUILLET A CHARTRES
Après avoir traversé les roules de Chevreuse et de Paris à Chartres sur deux légers viaducs , du haut desquels on aperçoit les dernières maisons de Rambouillet, nous dépassons un bouquet d'arbres plantés autour de la mare d'Herbouville, et nous sommes dans la plaine fertile de la commune de Gazeran. A droite nous suivons de loin la ligne monotone de la grande route de Chartres, bordée par les interminables murs du parc de Rambouillet , dont les arbres élevés bornent rhorizon. Un pli de terrain nous masque la petite vallée de Guéville, au-dessus de laquelle nous apparaissent les ruines du vieux manoir féodal de Gazeran.
Dès le xi* siècle , Gazeran était possédé par les comtes
DE RAMBOUILLET A CHARTRES
de Montfort, qui en donnèrent Téglise au prieuré de Saint- Thomas d*Épernon. De la descendance des Simon ^ des Mainier, des Guillaume, des Jean de Gazeran et des Philippe de Guyeneourt , cette grande seigneurie passa, vers la fin du XIV* siècle, dans l'illustre famille de Prunelé. Guillaume de Prunelé fut gouverneur du jeune duc d'Orléans, qui devint Louis XU, et ses descendants, barons d'Ënneval, furent vidâmes de Normandie. En 1706, le comte de Toulouse acheta Gazeran de la famille de Béthune et l'incorpora à son duché-pairie de Rambouillet.
Plus loin le terrain devient de plus en plus accidenté, le
Ruines de S«inl-HUarioD.
paysage s'égaye et l'horizon s'élargit. Voici les murs du magnifique parc de Voisins , dont les hautes futaies nous masquent le gracieux dessin et empêchent d'apercevoir le château de M. le vicomte de Mérainville. Nous entrons ensuite dans la vallée de Saint-Hilarion , au fond de laquelle s'éparpille le village de ce nom et où la petite rivière de Rambouillet fait tourner de nombreux moulins. Déjà ou découvre le coteaii escarpé au pied duquel s'étage Ëpemon ; vous ave^
88 ITINtRAIRE DE PARIS AU MANS.
à peine eu le tempe de contempler le paysage que, franchissant la limite du département de Seine-et-Oise , vous
entrez dans celui d'Eure-et-Loir et vous vous arrêtez à la station à'EperwMf
Petite ville sans renom, Rivière sans poisson ,
Justice sans raison. %
C'est ainsi qu'un vieux dicton trois fois menteur calomnie cette ville. Possédé dès la fin du x*" siècle par les premiers seigneurs connus de Montfort» qui y avaient un redoutable château dont on ne voit plus que remplacement, Épernon reçut de Simua 111 , comte d'Évreux et seigneur de Montfort, une charte d'affranchissement. La ville était close de hautes et fortes murailles , elle renfermait plusieurs paroisses, et en dehors de son enceinte s'élevait le prieuré de Saint-Thomas, fondé en 1053 par Amaury de Montfort» Dans le courant du xin* siècle , Laure de Montfort, fille du célèbre comte Amaiiry VU, apporta en dot à Ferdinand de Castilie, comte d'Aumale, la baronnie d'Ëpernon, laquelle passa successivement de la maison d*Aumale dans celles des comtes de Vendôme et des' rois de Navarre. Elle fut acquise par Jean de Nogaret de la Yakltc, en faveur duquel Henri 111 i'érigea en duché - pairie. On sait que le nouveau duc se rendit célèbre par sa vanité, son orgueil et sa tyrannie, qui lui valurent le surnom ridicule de J?oi (TEpernon et furent sans doiUe la cause du dicton que nous venons de rapporter. Ëniin, au commencement du siècle dernier, le duché d'Épernon, dont la pairie s'était éteinte, fut vendu [)ar le duc d'Antin*, parùe au maréciial de Noaillesy et partie au comte de Toulouse.
• I . Jean Zamcl , bnrnn de Mural , avait ^'pousé, en fG I 2 , Jeanne de Gost , lUle Uu liarou de itouiilac et d'Hélène de Nogaret de la YalleUe^ Meur du duc
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DE RAMBOUILLET A CHARTES
En parcourant la ville , on ne visitera pas sans intérêt le prieuré de Saint-Thomas, ruine importante du xi*" siècle, située aumilieud*an délicieux jardin appartenant à M. Guibal. En montant au vieux château , d'où l'on découvre un magnifique panorama, terminé par les clochers de Chartres, on entrera dans la seule égUse.qui soit restée debout , et Ton n'oubliera pas le vieux Pressoir^ ancien cellier k trois nefs gothiques, construit au commencement du xiii biècle pour les religieuses de Haute-Bruyère.
Les grès siliceux se trouvent en abondance sur les coteaux sablonneux qui avoisinent Ëpernon ; ils y sont l'objet d'une exploitation considérable et servent k Tentretien de la grande route* Sur la rive gauche du ruisseau de Droue , on trouve des rognons de grès calcaire de forme bizarre, sur lesquels on remarque quelquefois de petites cristalli§ations de chaux caibonatée quartzifère. Souvent les excavations » nécessitées par l'extraction des grésilles blocs isolés ou superposés offrent un aspect singulier et des plus pittoresques.
A neuf kiloHiètres d'Epernon, sur un coteau dominant un vallon riant et fertile arrosé par la Voise, est la petite ville deGallardon, Tune des plus curieuses du pays chartrain. On y voit la ruine intinimenl pittoresqtie d^uiic toui rasée par le roi Robert à cause des brigandages exercés par le châtelain, puis rebâtie au ii* siècle par Geoffroy» vicomte de Ghâteaudun, et eniin démantelée et mise dans son état actuel par Danois, lorsqu'il en chassa les Anglais qui, sous la conduite de Talbot, s*en étaient emparés en 1 iéÈ,
Avant cette époque, le château avait soutenu bien d'autres sièges. Le duc de Bourgogne, après l'assassinat du duc d'Orléans, s*y rendit le 3 marà 1409, y passa huit jours et
d'Épernon. De ce inaria^fî naquit CnUicrîne Zamet, liériiière de son pére et du duc â*6peraoD : eUe fat mariée à Ro|ser Hector de PardaillaQ , marquis
en partit pour aller à Chartres donner satisfaction aux jeunes enfants du prince. Louis XIV s'arrêta quelquefois dans la ville, en allant visiter les travaux des aqueducs de Maintenon.
L'Épaule de Gallardon.
Gallardon possède une église très -remarquable par sa grandeur et par la variété de son architecture, tout à la fois romane, gothique et de la Renaissance. Le chœur est un chef-d'œuvre de grâce, de transparence et de légèreté; les
DE RAMBOUILLET A CHARTRES
poutres de la nef doiveni surtout attirer l'attention des eu* rieux. Près de Tune des entrées de la ville» du côté de Maintenon, il y a une très-belle maison en bois sculptë du x?r siècle. Un peu plus loin , on voyait naguère les restes curieux d'une ancienne porte de ville nommée la Porte-Mouton ; mais elle a été démolie sur les instances réitérées du conseil municipal, appuyées par le conseil gén«^ral , malgré la lutte victorieusemeat soutenue pendant plus de dix ans par les amis de nos vieux débris historiques. Ces messieurs n*ont fait que suivre l'exemple que leur avait donné, deux siècles auparavant, Noël de BuUion, qui lit, sans aucun discernement , démolir les autres portes et les murs d'enceinte de cette ville, dont il avait été créé marquis en 1653. Les ruines du vieux donjon appartiennent à M. le duc de Luynes ; c'est assez dire qu'elles ont encore une existence assurée.
Huit kilomètres seulement séparent la station d'Épernon de celle de Mainleoon. Pendant c^ trajet, nous dépassons d'abord le petit moulin à eau de Vinerville , au pied d*une grande butte dont l'écho célèbre répète jusqu'à sept fois le cri qu'on lui jette. Vieinient ensuite les premières maisons du Pâlis de Hanches, puis la maison de campagne bâtie sur l'emplacement du gracieux château de Morville, dont la bande noire n'a pas laissé une seule pierre après en avoir abattu les majestueuses et sombres avenues. Un peu plus loin, la haute et vieille tour du clocher de Hanches se dresse et domine la longue ligne que les maisons de ce village for-* ment au long de ta grande route. Hanches pourrait au besoin énumérer ses seigneurs féodaux et compter M. Fleuriau d'Armenonville au nombre de ses anciens possesseurs; mais aujourd'hui il n'a d'autre célébrité que celle des navels que son territoire fournit en abondance.
te
A partir de ce point » l'encaissement de la voie nous masque la plaine monotone et sans intérêt qui 8*étend à droite
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et à gauche. Peu à peu la crête des talus se couronne de bois et la voie de fer coupe à angle aigu l'énorme môle de l'aqueduc de Louis XIV; nous sommes arrivés à la station de Maintenon,
En quittant Tembarcadère, suivons la rampe douce taillée dans la blanche falaise sur laquelle viennent mourir les der-
Hancbes.
nières arcades de l'aqueduc, passons sous une de ces arcades, et le joli chemin qui s'ouvre devant nous nous conduira en quelques minutes à Maintenon, chef-lieu de canton du département d'Eure-et-Loir.
Maintenon est bâti près du confluent de la Voise et de l'Eure, au fond d'une vallée fertile dans laquelle on retrouve des débris de toutes les époques historiques. Au moyen âge ; c'était une châlellenie relevant du comté de
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MGntforIrrAmaury, Elle appartint quelque temps k la maison d'Angeimes, et fut vendue au marquis de Villeray, duquel
Mme de Maintenon (Françoise crAubigné) l'acheta en 1674, moyennant 250 000 livres. C'est à dater de cette acquisition que commence la célébrilé de cette petite ville* Lorsque Mme de Maintenon maria Mlle d'Aubigné, sa nièce, au duc d'Ayen , fils du maréchal de Noailles , elle lui fit don de sa terre qui, depuis lors, n'a pas cessé d'appartenir à la maison de Noailles. Déj^ Louis XIV avait augmenté ce domaine en donnant à Mme de Maintenon la terre de Grogneul, en compensation des dommages causés par la construction de l'aqueduc. Les ducs de Noailles l'augmentèrent encore du comté de Nogent-le-Roi, d'une partie du duché d'Épernon et de plusieurs autres seigneuries.
Le château de Maintenon est situé à l'extrémité de la ville» du cAté de Chartres , au fond de la place publique, dont il tennine et embellit la perspective. Les réparaiiuns modernes et les changements successifs faits à ce gracieux édifice en ont modifié l'aspect, sans cependant lui avoir fait perdre les caractères de son ancienne origine. Au moyen âge, le manoir féodal devait former une enceinte carrée, flanquée d'une tour ronde à trois de ses angles , et au quatrième d'un donjon carré, muni de créneaux et de m&chicoulis. Le prin* cipal corps de logis occupait la face septentrionale; trois épaisses courtines reliaient les tours entre elles ci fermaient la cour, dans laquelle étaient les bâtiments de service. Le tout était entouré de larges et profonds fossés alimentés par la rivière. Au xvi* siècle, Jean Coltereau, seigneur de Maintenon , reconstruisit en partie ce vieux château, dont il con* serva les tours gothiques. C'est à lui qu'on doit la jolie chapelle intérieure, dont les vitraux peints représentent diverses scènes de la Passion ; il fit faire les ornements qui embellissent la façade et décorent la porte de la tourelle oix tourne l'escalier de pierre. Les croissants et les lézards de ses ar-
moiriessont sculptés en divers endroits, et notamment sur les deux tourelles en encorbellement de la porte d'entrée, au dessus de laquelle on reconnaît encore les traces du pontlevis. Les cheminées et les fenêtres des tours, les ouvertures du gros pavillon de la porte principale ont tous les caractères de la Renaissance.
ChAlcau de Mainlcnon du côté de la cour.
La cour intérieure fut entièrement ouverte au midi , pour la commodité de Thabilation. Mme de Mainlenon fit construire Taile droite , entre la grosse tour carrée et la porte d'entrée, pour y établir son appartement. L'aile gauche, que l'on voit dans la première cour et qui relie le château à une petite église, fut bâtie plus tard par Louis XIV. Le grand roi venait souvent à Maintenon visiter les travaux de l'aqueduc; on montre encore, dans le corps principal du château,
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la chambre où il couchait, celle où était son cabinet de travail, et une longue galerie par laquelle il allait entendre la messe du haut d*une tribune, ouverte sur Fëglise dont nous venons de parler. M. le duc de Noailles vient de faire décorer magnifiquement cette galerie.
Château de Mainlenon liu cùlc du parc.
Parmi les hôtes célèbres de ce château, nous nous bornerons à nommer Racine, qui y séjourna longtemps lorsque Mme de Mainlenon le chargea d'écrire pour les demoiselles de Saint- Cyr les deux tragédies à'Esther et d^Athalie. L*une des avenues du parc, où le grand poëte se promenait souvent en composant ses vers, a retenu le nom d'allée de Racine.
D'autres hôtes devaient encore donner une illustration à ces antiques murailles. Charles X, en quittant Rambouillet 150 e
66 lli.NEHÂlHt: D£ PARIS AU MANS.
après son abdication , y vint passer la nuit avec toute sa fa«
mille. Le roi y occupa la chambre de Mme de Mainlenon. M. le duc de Noailies a fait restaurer ceUe chambre avec le plus grand soin , à Taide des anciens inventaires du cbft* teau. Une antichambre, tendue de cuir doré, dans laquelle rillustre épouse de Louis XiV dînait , précède la chambre à coucher, éclairée par deux fenêtres et tendue en étoffe du temps. Le lit se dresse au fond, surmonté d'un ciel et isolé par une balustrade de bois doré. A la ruelle de droite est uu cabinet ouvert, avec un bureau et un fauteuil ; à celle de gauche est la porte d'un autre grand cabinet. L'ameublement de ce petit appartement est complété par un beau portrait de la belle marquise et par ceux des d'Aubigné.
L'église dont nous avons déjà parlé, et oii Louis XIV entendait la messe du haut de la galerie qui la relie au chftteau, était autrefois parulbbiale, sous le vocable de Saint- Nicolas. £Ue lut construite en 1521 par Jean Gottereau, sur remplacement d'une église plus ancienne, et érigée en collégiale. C'est un gracieux édifice, construit dans les traditions gothiques modiiiées par la Renaissance. La Révolution l'enleva au culte» viola les tombeaux des fondateurs et des chanoines, puis la métamorphosa en halle. Depuis, M. le duc de Noaîlles en a repris possession et annonce le projet de la faire restaurer.
Le parc qui accompagne le château est magnifique. Jean Cotte reau y avait établi des jardins fruitiers et des potagers; Mme de Maintenon le fit agrandir, Le iSôtre y dessina un parterre, construisit le grand canal passant sous l'aqueduc et planta les deux grandes avenues qu^on y voit encore. Trente ponts jetés sur les canaux et sur les deux rivières, la Yoise et TËure, relient entre elles de larges prairies, ombragées çà et là par des massifs et par des ar~ bres de haute tutaie. Mais ce qui rend surtout ce parc remarquable , ce sont les ruines importantes du gigantesque
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DE RAMBOUILLET A CHARTRES
aqueduc sur lequel Louis XIV avait entrepris de faire passer les eaux de TËure pour les amener dans les jardins de Ver* aailles.
Cet aqueduc, destiné à réunir les deux collines entre lesquelles s'étend la vallée de Maintenons devait cire construit en maçonnerie sur une longueur d^environ 4600 mètres. Au plus profond de la vallée, il devait s'élever sur trois rangs d'arcades. Le premier rang, le seul qui ait été construit, est composé de quarante-sept arcades faisant 975 mètres de longueur; chaque arcade a 13 mèires d'ouverture, i 4 mètres 60 centimètres de profondeur, et 25 mètres d'élévation sous la clef de voûte, au fond du vallon. Les piles sont armées d'un contre-fort de 2 mètres de saillie sur 8 mètres de hauteur. L'élévation totale de ce premier étage est de ZO mètres , ou 90 pieds.
Le deuxième rang aurait été composé de cent quatrevingt-quinze arcades , faisant environ 4000 mètres de longueur; elles auraient eu la même largeur et la même profondeur que les quarante*&ept premières, sur â7 mètres . d'élévation* Le troisième rang devais être composé, sur 4645 mètres de longueur, de trois eent quatre-vingt-dix arcâdeSy ayant seulement i 4 mètres de hauteur, dont deux, auraient réponéa pour la largeur à une des rangs inférieurs. L*élévation Mée de Téâîûte anrait été de 7î mètres, ou de 216 pieds. G'obt ce troisième étage qui aurait porté le canal dans lequel devait couler Teau de la rivière; il devait avoir plus de 2 mètres de largeur, sur i mètre de profondeur. Des corridors bordés d'un parapet devaient s'étendre de chaqim côté de ce canal, qu'on aurait couvert d'une voûte de pierre sur toute sa longueur. Les fondations de ce colossal monument ont 5 mètres de profondeur.
Ces immenses travaux furent commencés en 1G84 et continués avec la plus grande activité jusqu'en iG88. Trente mille ouvriers y furent employés , dont uit tiers seulement
était composé de maçons et d'ouvrier^ ordinaires; Tautre tiers de soldats, que Louis XIV voulait occuper, pendant la paix, h des travaux utiles, pour les tenir en haleine et les préserver du danger d'une oisiveté stérile.
La guerre de 1688 interrompit Texécution de cet aqueduc, dont les travaux abandonnés ne furent jamais repris.
Louis XIV cessa dès lors de venir à Maintenon ; Mme de
Aqoedoc de Maialenoa*
Maintenon elle-même, qui ne quittait pas le roi, cessa d*y aller et bientôt d'en être propriétaire. La petite ville perdit aussitôt ce grand mouvement , occasionné par les fréquenta voyages de la cour et les campements de soldats et d'ouvriers ; elle reprit alors les habitudes calmes et paisibles quelle a conservées depuis.
Pendant son séjour dans ce joli domaine, Mme de Maintenon y avait attiré des ouvriers flamands pour y .établir des
DE RAMBOUILLET A CHARTRES. 69
fabriques de dentelles; elle y avait appelé des lissèrands normands; elle y avait institué des écoles, fondé un hôpital et recoaâtruit réglisc paroissiale , subsistant encore aujourd'hui.
Quant à Taqueduc commencé, Louis XIV donna à Mme de
Maintciiuîi toutes les jiai lies situées dans son domaine. Cette masse inébranlable, qui semblait devoir fatiguer le temps ^ resta intacte jusqu'à ce que Louis XV y porta le marteau de la démolition pour en employer les matériaux , dans les environs de Dreux, au château de Crécy, qu'il douiia à Mme de Pompadour. Il fit ainsi détruire les trois premières arcades^ dont il ne reste plus que les piles. Toutes les autres mutilations iuiLiit laites pendant et depuis la Révolution; on brisa encore plusieurs voûtes pour intercepter la comamnication ; on arracha les revêtements de grès; on démolit quelques contre-forts pour bâtîr des moulins.
En revenant au cheaua de fer, le voyageur ne doit pas oublier d'aller visiter les trente-deux arcades du viaduc qui traverse la vallée et la rivière de Voise. Ce ne sera pas pour lui un spectacle indillerent que de voir d'un seul coup d'œil ces deux magnifiques ouvrages, mis pour ainsi dire en présence afin d*offrir un contraste éclatant entre un siècle passé et un siècle présent. L'un attestera à jamais la fastueuse magnificence d'un rnuiiarque absolu; l'autre montrera ce que le génie d'un grand peuple a pu faire pour l'utilité publique.
En quittant la gare de Maintenon, vous avez bientôt perdu de vue les ruines imposantes du colossal aqueduc de Louis XIV. Vous traversez les trente-deux arcades du plus beau viaduc qui soit sur le chemin de fer de l'Ouest, et le grand remblai qui le suit vous conduit hors de la vallée de l'Eure. Vous laissez, éparpillés dans la prairie, les humbles chaumières du hameau de Maingournois et le beau moulin de la Folie, construit par M. te duc de Noailles, tout près- de l'endroit où l'Eure entre dans le paie da ^Mauitcnuu pour
passer sous l'aqueduc. Auprès du moulin de la Folie, est la ferme du même nom , ancien petit manoir féodal encore flanqué de 8es tourelies gothiques.
Entre la ferme de la Folie et le hameau de Changé, nous devons vous signaler les célèbres pierres celtiques qui bordent le chemin de Chartres : ce sont des menr-hir et des dolmen ^ autels ou tombeaux, monuments religieux ou politiques, dont rien n'a encore positivement révélé Torigine et la mystérieuse destination. Au sommet du coteau qui domine ces antiques vestiges des époques les plus obscures de notre histoire , on reconnaît assez distinctement encore les fossés à demi comblés , les murailles de soutènement et les berges affaissées d'un oppidum gaulois , nommé le Camp de Cew.
Plus loin , vous traversez la commune de Mévoisins, cii Ton vous montrerait encore au milieu du village la petite maison et les lilas de Colin d*Uarleville, Tauleur de l'Opiimisie et du Vieux célibataire.
Vient ensuite la forte commune de Saint-Piat, de laquelle dépendent un grand nombre de hameaux et de magnifiques moulins. Saint-Piat possède une église fort bien construite pour une église de Beauce, et dans laquelle rantitjuaire verra avec intérêt un sarcophage chrétien en marbre blanc sur lequel sont sculptées les figures des douze apôtres; c*est un monument très- remarquable du iv® siècle. On a fait dans cette commune de fréquentes découvertes de tombeaux, de médailles et de substructions antiques , prouvant que la vallée de TEure a été habitée dès les temps les plus reculés.
Sur le coteau qui domine la vallée sont le hameau et le domaine de Grogneul , que Louis XIV donna à Mme de Maintenon pour la dédommager des dégâts que la construction de l'aqueduc avait occasiuiuiés dans sa demeure.
Nous marchons en côtoyant la vallée de TEure, laissant à gauche la commune de Soulaires, ii droite le moulin
D£ RAMBOUILLET A CHARTRES
de CharlainvillierSi et nous nous arrêtons à la station de Jotiy.
Da haut de Tembarcadère , nous dominons la riante et
fertile vallée où TEure vient moudre tous les blés de la Beauce dans plus de cent magnifiques usines ; mais la vue de la rivière et de la prairie nous est dérobée par d'immenses rideaux de peupliers. En descendant le coteau ra« pide sur lequel la gare est établie, nous rencontrons bientôt les premières maisons de Jouy, forte commune dont la population s*élève à plus de 1100 habitants. Le village principal est bâti sur le bord de la rivière; son humble église n'offre de remarquable que sa vieille porte gothique.
Au delà de Jouy, la voie de fer coupe le village de Saint- Presl, dont elle laisse à sa droite la plus forte partie. La population de cette commune s'élève à plus de 1200 habitants. L'égUse, bfttie sur le tombeau du saint qui a donné son nom au village, a été reconstruite du xii au xiii* siècle dans ses parties les plus anciennes. Gomme à Juu)^, la porte d'entrée mérite seule de fixer rattention.
Nous citions tout à l'heure, entre la Folie et Changé, des monuments appartenant aux époques incertaines de notre histoire; nous signalerons à Saint-Prest des vestiges remontant aux époques inconnues de Thistoire du monde. Dans les carrières de cette commune, on a trouvé, en 1849, des ossements d'animaux fossiles de diverses espèces, parmi lesquels on a pu reconnaître les débris de la charpente osseuse de neuf éléphants.
Nous suivons toujours le cours de l'Eure; le paysage devient de plus en plus riant , les travaux d'art de la voie se multiplient et prennent une importance toujours croissante. Bientôt la cathédrale de Chartres nous apparaît avec ses combles de bronze et ses flèches élancées; la ville entière se développe avec tous ses édifices el sa verte ceinture de feuillage. Nous traversons l'Eure sur un pont de trois arches ;
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puis, au faubourg Saint-Jean, un viaduc de dix-huit arches qui précède la gare établie sur le profond ravin des Vauroux; enfin la locomotive s'arrête, et nous descendons sous la galerie vitrée du débarcadère de Chartres.
Les lavoirs de l'Eure à Charlres.
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Chartres.
Cil AUTRES,
Chartres qui, depuis longtemps déjà, avait renversé ses antiques murailles, comblé ses fossés et aplani ses remparts pour s'établir sur la route de Paris, Chartres vient encore de faire quelques pas pour se rapprocher de cette voie rapide par laquelle il n'est plus qu'à deux heures et demie de la capitale. En sortant de ce bel embarcadère qui fut, pendant trois ans, la tête du chemin de fer de TOuest, et qui en sera toujours l'une des gares principales, on voit déjà 1^
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7i ITINÉRAIRE DE PARIS AU MANS.
ville nouvelle élevant d^ëlégantes maisons sur des places et des rues tracées d*après un plan régulier.
Vous êtes, entre les rues Nicholeet Félibien, sur une belle place en hémicycle de laquelle part une autre grande et belle rue : ce sont la place et la rue Jean de Beauce. La nouvelle ville a donné à ses rues nouvelles les noms des hommes les plus célèbres que Tancienne cité a tus naître. A l'extrémité de la rue Jean de Beauce, on aperçoit le nouveau marché aux chevaux , puis le nouveau boulevard de la foire , établi sur remplacement du vieux rempart, la (mite du Vidant^ que Ton a aplani pour combler le ravin des Vauroux. Ce boulevard de la foire vous conduit, k droite, sur la grande et belle place des Épars ou des Barricades , au milieu de laquelle s'élève la statue en bronze de l'illuatre général Marceau. L'édiiité ehartraine lui a dédié ce monument, dont Tinauguration a eu lieu le 21 septembre 4851.
A Textrémité de gauche du même boulevard, vous trouvez la place Châtelet, et devant tous l'antique cité des Camutes, la vieille capitale de la Beauce, le chef-lieu de la préfecture ei ie siège de révéché du département d'£ure-et-Loir.
Chartres est assurément Tune des plus anciennes villes de la France. Six cents ans avant Jésus-Christ, les Gamutes faisaient partie de ces émigrations gauloises qui passèrent les Alpes et fondèrent les villes de la Gaule cisalpine. César écrit que de son temps les Camutes avaient pour chef Tasgétius, homme d'une haute naissance, durU les ancêtres avaient régné sur le pays. Autricum^ c'est ainsi qu'on appelait la ville de Chartres, était alors un des centres de la religion des druides. Attachés à leur culte comme à leur pays, les beUiqueux Carnutes furent du nombre de ceux qui résis- tèrent avec le plus de vigueur à la conquête des Romains, et les derniers à se soumettre à leur domination. Enfin soumise, leur ville devient une cité importante. Sous la période jgallo-romaine, sous les deux premières races de nos rois,
CHÂIiTRES
Chartres est célèbre par la hauteur et la solidité de ses murailles, qui le font appeler la ville des pierres : il est renommé par ses écoles , où Ton enseigne les belles lettres el les arts libéraux. Converti au christianisme , il devient le
siège opiscopal du plus grand diocèse qui ait jamais été en France.
Sous le régime féodal, Chartres fut érigé en comté, dont le premier possesseur connu avec certitude est le célèbre Thibaut le Tricheur, comte de Champagne.
Thibault fa plein d'engien et plein fu de feintié, A hom ne à femme ne porla amitié, De (raoc ne de chétif n'ot mercy ne pitié , Ne ne doubla a faire mal (Buvre ne péchié,
comiiK^ dit Robert Wace dans son roman du Eou.
£u Philippe le Bel acheta ce comté de Jeanne de
Châtillon, dernière héritière de la maison de Champagne; plus tard il le donna en apanage à son frère Charles de Valois. En 1528, le comté fut érigé en duché et donné en dot, mais à titre d'engagement, à la fille de Louis XU, Renée de France, lors de son mariage avec Hercule d'Est, duc de Ferrare. Louis Xïll, en 10^23, le racheta de Henri de Savoie et le ht entrer dans Tapauage de son frère Gaston; Louis XIV le fit entrer -dans celvi du due d'Orléans, son frère, et les fils aînés des ducs d'Orléans ont porté le nom de ducs de Chartres jusqu'à la révolution de 1830.
Ce n'est point ici le lieu de rappeler tous les événements historiques accomplis à Chartres pendant te moyen âge et pendant la période moderne. Disons seulement que celte ville fut visitée par presque tous les rois et reines de France, qui y venaient faire leurs dévotions à Notre-Dame, dans la ma* gnifique catliodi aie r levée suus son invocation. Ce fut dans cette basilique que s'opéra, au commencement du xv* siècle, la feinte réconciliation entre le duc de Bourgogne et les jeu-
nés fils du duc d'Orléans; ce fut encore dans cette même
cathédrale qu Henri IV fut sacré, le 27 février loU4,par révéque Nicolas de Thou.
Chartres y restes des fossés.
Après ce trop rapide résumé historique, parlons un peu de la yille actuelle et de ses monuments.
Chartres n'a point conservé de vestiges apparents de son antique origine; la ville du moyen âge a entièrement effacé la bourgade celtique et la cité gallo-romaine. On y a retrouvé
quelques aqueducs et des conduits souterrains qui )* ame-
CHARTRES. 77
naient l*eau des fontaines de Ver et de Morancez, ou qui permettaient aux kabitanls assiégés de communiquer au loin
avec les campagnes environnantes. Chartres est une ville très-curieuse à visiter, mais dont le premier aspect n'offre rien d*agréable au voyageur. Bâti moitié sur ie plateau, moitié sur le penchant de la vallée, il est tout hérissé de pignons disgracieux, sillonné de rues étroites et tortueuses au pavé désobUgeant, coupé de pentes abruptes, qu'adoucissent en vain des escaliers perfides, et qui retient ta ville haute î'i la ville basse. Après avoir parcouru le dédale de ses cent rues, on comprendra rorament le besoin du bien-être, de la lumière et de Fair a fait sortir la ville moderne de ses vieilles murailles, comment on a aplani ses remparts et fait de magnifiques promenades de ses boulevards désormais inutiles.
Sept portes donnaient autrefois accès dans la ville :
c'étaient la porte Cliatelet, devant remplacement de laquelle nous sommes arrêtés; la porte des Épars, qui s'ouvrait en face de la statue de Marceau ; plus loin; la porte Saint-Michel; la porte Morard, détruite il y a quelques années; la porte Guillaume, la seule qui soit restée debout, magnifique spécimen de Farchitecture militaire du xiv siècle; la porte Drouaise, ouvrant sur la route de Dreux; et enfin la porte Saint-Jean, située près du faubourg de ce nom. Du côté de la basse ville, et notamment de la porte Guillaume, on retrouve encore quelques vieux remparts entourés de fossés alimentés par la rivière. Entre la porte Chàtelet et la porte Drouaise on ne verrapas sans intérêt un reste imposant des anciennes murailles, appuyées sur d'immenses terre-pleins, et flanquées de tours régulièrement espacées et bâties comme elles en pierres de bloc.
Entrons maintenant dans la ville, dirigeons-nous vers la cathédrale, l'une des plus belles de la chrétienté, à laquelle le voyageur est toujours impatient d'an ivei . Laissons à droite
le boulevard de la Foire, traversons la place Châtelet et prenons la rue du Bœuf-Couronné. A gauche, la rue du Cheval- Blanc, si remarquable par ses maisons à ressaut, à pignons aigus, à poutres apparentes, à portes sculptées; la rue du Cheval-Blanc nous conduit au Vieux-Marché à la filasse, dont Tâpre pavé a tout récemment été remplacé par le mac-
Charlres , porte Guillaume.
adam. Là, deux petites ruelles, pénétrant dans le cloître Notre-Dame, nous conduisent devant l'édifice.
La cathédrale de Chartres occupe le point culminant de la ville; elle s'élève sur remplacement de plusieurs églises que les ravages de la guerre et les incendies avaient successivement détruites depuis rétablissement du christianisme dans le pays chartrain. L'évêque Fulbert en jeta les fondements Tan i 020 ; les cryptes étaient terminées et les murailles sorties de terre, quand la mort vint le surprendre en 1029,
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Le pieux ëvéque légaa trois années de son revenu pour la
continuation des travaux et laissa à ses successeurs le soin d*achever l'œuvre qu'il avait si bien commencée, La construction fut continuée pendant le xi*et le xii* siècles, avec le secours des rois de France et de divers princes de TEurope, avec rimmense concours des populations environnantes. L'édifice était peut-être déjà terminé quand, en il 94, un violent incendie vint le consumer, ne laissant que les cryptes el la façade occulcntale presque tout entière. Ce fut sur ces ruines fumantes que le xiii' siècle, utilisant tout ce que le feu avait épargné, éleva sur les cryptes et sur le portail de l'époque romane la magnifique cathédrale gothique dont Pierre de Mincy, évoque diocésain, ût la dédicace en 1260, sous le vocable de Notre-Dame qui lui avait été donné par les siècles précédents.
Les cryptes de Fulbert forment une église souterraine, composée de deux longues nefs régnant sous les collatéraux et tournant autour du chœur de l'église supérieure. On y descend par cinq escaliers ouverts suus les deux tours de lu façade occidentale, à chacun des portails latéraux et près de la sacristie. Avant la Révolution, il y avait treize chapelles ri* chôment peintes et décorées, dans lesquelles on célébrait le service divin. Celle de la Vierge était la plus remarquable et le but de nombreux pèlerinages. Le guide, sans lequel vous ne pouvez pénétrer dans ces souterrains , vous montrera le puits des Saints-Forts , les caveaux destinés à cacher les reliquaires et les vases précieux , les caveaux des chiens gardiens de Tédifice, etc., etc. Pour nous, nous signalerons à votre attention , dans les nefs , une pierre tumulaire de Vépdque gallo-roruaine, quelques vestiges de peintures, une belle cuve baptismale du xi* siècle , et eniin une salle dans laquelle M. Lassus, le savant architecte de la cathédrale, a recueilli des débris fort précieux de sculptures provenant du jubé .de Téglise supérieure.
La façade occidentale 9 accompagnée de ses deux tours carrées, présente une largeur d'environ 50 mètres; la hau* teur du clocher septentrional est de i 4 3"*,60 ; celle du clocher
méridional n'est que de 1 o:>"\20. Le portail est formé de trois grandes portes en ogive, précédées d* un perron de six degrés. Ces portes sont pratiquées dans de profondes voussures, décorées de colonnes, de statues, de rinceaux élégants et d'ornements variés à l'infini. Toutes les figures sont empruntées à TAncien et au Nouveau Testament, à TApoealypse et à la sjrmbolique chrétienne. Plus haut s'ouvrent trots grandes fenùtres en ogive, correspondant à chacune des portes; audessus est une splendide rosace à compartiments circulaires. Vient ensuite la galerie à jour communiquant d'une tour à l'autre; puis une galerie de seize niches, garnie de rois le sceptre en main et la couronne en tête; enfin la Vierge assise, tenant Tenfant Jésus, est représentée sur le ' galbe du pignon, que surmonte une statue colossale du Christ bénissant.
Les deux tours, si absolument dépourvues d'ornements, sont surmontées de deux magnifiques pyramides de pierre , dont la riche décoration console de l'incroyable aridité de leurs bases. La flèche méridionale , ou vieux clocher, remonte à la fin du 111* siècle; celle du nord, ou clocher neuf, fut construite entre les années i506 et 4514, par Jean Texier, dit de Beauce , pour remplacer la flèche de bois couverle en plomb, que le feu du ciel venait de consumer. Pour résumer les dates des diverses parties de cette façade si curieuse et si belle tout à la fois , ajoutons que le xi* siècle en jeta les bases, que le xii* éleva les deux tours et la flèche du midi, et monta le portail jusqu'au-dessus de la grande ros*e; que le xni* fit la galerie des rois, et que le xir acheva la sculpture de la partie supérieure.
C'est surtout à l'extérieur des parties latérales et aux porches du nord et du midi, que les architectes du xin* siècle.
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et plus tard ceux du xiv% ont déployé toute leur habileté et tout le luxe de leur magique ornementation. Rien n'égale réiégante hardiesse de ces trente contre-forts portant les arcsboutants destinés k neutraliser la poussée des voûtes de Tédifice. Les grands portails qui terminenl chaque extrémité de la croisée sont tout ce que le moyen âge gothique nous a laissé de plus merveilleux , tant par la beauté de Tarchitecture que par la fécondité de la statuaire.
Le portail du nord s*élève sur un perron de neut degrés; dix-sept marches montent à celui du midi. Tous deux sont précédés d'un [)orche en avant-corps, composes de deux nefs et ouverts sous trois vastes portiques. Les latéraux, les pieds-droits, les massifs, les colonnes, sont ornés de statues bibliques et évangéliques. Au fond et vis-à-vis de cba* cun des trois portiques s'ouvrent trois portes donnant accès dans chacune des trois nets du transept. Les voussures et les tympans sont tapissés de statues et de bas-reliefs. Les parties supérieures sont composées d*une balustrade servant de soubassement à une galerie de cinq fenêtres, surmontée d*une grande rose avec huit niches remplies de statues, d'une galerie couverte, d'une balustrade découpée en quatre feuilles , et enfin d'un pignon aigu décoré d'une statue sous un dais. Aux angles buiit des tours inachevées, qui ne dépassent pas la naissance du pigtion.
Deux autres tours s'élèvent à la naissance de Fabside , dont l'extérieur n'est ni moins orné ni moins remarquable que le reste de Tédifice.
Figurez-vous maintenant qu'à l'extérieur de la cathédrale seulement, sans compter les figures de simple ornementalion, les mascarons, les corbeaux, les gargouilles, etc., il y a dix-huit cents statues historiques, hautes de huit pouces à huit pieds , se dressant sur les colonnes, sur les piliers, sur les tnimeaux; posées dans des niches et sur les contre-forts; rampant sous les voussures, tapissant les
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tympans et les murailles. Deux mille autres statues sont sculptées autour du chœur et disséminées dans Fintérieur; cinq mille figures sont peintes sur les vitraux. Nous signalons à votre attention ce chiffre énorme , pour vous faire comprendre comment et pourquoi nous ne pouvons vous donner une description détaillée de toutes ces merveilles.
La beauté de l'intérieur de rédifice répond à sa magnificence extérieure : Fart ogival, dans toute sa pureté primitive, y a produit une des plus belles œuvres dont le moyen âge français puisse se glorifier. Nous vous laisserons au sentimeui religieux dont vous serez saisi en entrant dans ce temple; et^ quand vos yeux seront habitués au jour mystérieux pénétrant avec tant de discrétion à travers ses magnifiques verrières, nous vous ferons admirer la parfaite harmonie qui règne dans ce vaste ensemble.
La nef se compose de sept travées ogivales , le transept en compte deux, et le chœur avec le sanctuaire sept : en tout seize travées. Les piliers sont de forme ronde, cantonnés de quatre colonnes légèrement engagées; les chapiteaux sont généralement ornés d'un double rang de crosses vé^^étales : * au-dessus des arcades et tout autour de l'édifice règne une galerie d'arcades en ogive. Les fenêtres de la partie supérieure sont des lancettes géminées, surmontées d*une rosace Tnululolu'c. Du milieu des ])iliers des arcades inférieures s'élancent de sveltes colonneo qui, sur leurs chapiteaux de feuillage, vont recevoir les nervures arrondies des voûtes à clefs pendantes. Les collatéraux de la nef offrent une disposition analogue ; l'harmonie de celui du midi a été gâtée par l'addition d'une chapelle qu'un comte de Vendôme y fit faire au commencement du xv* siècle. Autour du chœur, les collatéraux sont doubles et soutenus sur des coloiines uniques, rondes ou polygones. A l'abside rayonnent sept chapelles, dont la plus grande et la plus remarquable est celle
du milieu, consacrée k la Vierge; de chaque côté de celte chapelle sont placées deux statues en marbre blanc échap-
Pourlour du chœur de la cathédrale de Charlres.
pées au ciseau de Bridan et représentant le Christ et la Madeleine.
A rentrée du collatéral du chœur, au nord, on remarquera la célèbre statue de la Vierge noire , qui est depuis si longtemps le but de tant de pèlerinages.
DigitizGL.
CUÂRiaES.
Le chœur, Tun dus plus grands que l'on connaisse , a eu beaucoup à souânr du vandalisme et du mauvais goût de messieurs du chapitre , pendant la seconde moitié du siècle dernier. On commença par détruire le magnifique jubé posé à son entrée, et on le remplaça par la lourde muraille qui en dérobe la vue auxiidèles. En 177:^, on le revêtit intérieurement de panneaux en marbre blanc, d'ornements de stuc et de bronze dorés qui en ont gâté la disposition primitive. On fit disparaître un magnifique autel de la Renaissance pour le remplacer par Fautel actuel, derrière lequel Bridan sculpta, dans cinq magnifiques blocs de marbre blanc, le groupe de l'Assomption qu'on y voit aujourd'hui. Quand tous ces tristes chefs-d'œuvre furent achevés, on commença à les éclairer en remplaçant, le croirait-on? par des verres blancs les précieux vitraux peints des grandes fenêtres.
L'admirable clôture du chœur et du sanctuaire fut commencée en 4514, parce même Jean de Beauce qui venait
d'élever la flèche de la tour septentrionale. Cet éminent artiste mourut en i529, n'ayant encore achevé que les deux premières travées de droite et de gauche. Le reste de la el6ture ne fut terminé qu'en 1539; mais les sculptures historiques qui la surmontent ne le furent qu'en 170G,et par divers artistes au nombre desquels figurent J. Boudin en i6IO, Dieu et Legros, vers la fin du xvii* siècle. LMmagerie de pierre, reposant sur un riche soubassement et couronnée de clochetons et de pinacles sans nombre , forme une série de quarante et un tableaux en haut et bas^relief, représentant les traits principaux de l'hisloire de la Vierge et de Jésus-Christ,
Nous devons encore signaler à l'attention des curieux le beau reliquaire byzantin exposé sur Tautel de la chapelle de Vendôme, k l'extrémité de la nef; nous devons aussi leur indiquer l'ensemble des vitraux peints comme
un des plus complets et des' plus beaux qui soient au
monde^
Le dallage en pierres de différentes dimensions est pauvre et mesquin; mais au milieu delà nef on remarquera
une décoration que l'on rencontrait autrefois dans un plus grand nombre d' églises : c'est un labyrinthe formé de onze bandes de pierre blanche, dont les intervalles sont remplis en pierre bleue de Senlis. Les Ghartrains l'appellent la lieuê parce qu'ils prétendent qu'il a une lieue de développement; mais, en réalité, il n'a que 294 mètres.
Au pied de la tour septentrionale est un édicule du XVI* siècle renfermant Fhorloge ; de l'autre côté du transept on voit saillir la sacristie, bel édilice, curieux à visiter, et qui fut construit au \ïV siècle. Plus loin, au nord de l'abside, entre une grande cour plantée d'arbres et un jardin en terrasse d'oii Ton jouit d'un magnifique coup d'œil, s*élève le palais épiscopal, bâti à l'aide des libéralités de Mme de Maintenon. Dans le jardin de Tévêcbé on remarque, attenant à l'abside de la cathédrale, un joli monument du XIV* siècle, la chapelle de Saint-Plat, au-dessous de laquelle est l'ancienne .salle capitulaire où l'on a déposé un cercueil en pierre du vi* siècle, portant sur son couvercle Tépitaphe de saint Chalétric, évéque de Chartres.