‹ De Paris à Lyon et à AuxerreChapitre 101 sur 158 · CHAGNY · texte numérisé non relu

CHAGNY

coûteux travaux l’ont considérablement amélioré, mais il exigerait encore d’importants sacrifices. Sa longueur totale, y compris la rigole de Torcy, est de 121 737 mètres, dont 48 210 mètres sur le versant du Rhône, 4045 pour le bief de partage, 4878 pour la rigole de Torcy, 64 604 sur le versant de la Loire. La pente totale est de 209"‘,01 entre les deux points extrêmes; 138"*, 38 rachetés par 51 écluses sur le versant de la Saône, et 77”, 63 rachetés par 30 écluses sur le versant de la Loire. Le tirant d’eau est fixé à 1**,10. La charge moyenne est de 85 tonnes, la charge maximum de 120 tonnes. Le halage se fait à bras d’hommes exclusivement (de 650 à 800 mètres par heure). En 1853, le tonnage a été de 263257 fr., et la recette totale s’est élevée à 563 636 fr. 36 c., y compris 12 248 fr. 95 c. non perçus pour céréales. Ce canal est du reste menacé d’une redoutable concurrence : un chemin de fer qui lui sera presque parallèle doit relier Gbagny à Paray-le-Monial. L'ouverture de ce chemin de fer ne fera toutefois qu’augmenter la prospérité de C.hagny, dont l’avenir commercial parait assuré. En outre, d’importantes usines ne peuvent manquer de s’y établir pour profiter non-seulement de ces divers moyens de transport, mais > des forêts, des mines de houille, des mines de fer, des carrières de pierre et de plâtre, des carrières de sable propre à la fabrication du verre, qui se trouvent agglomérées dans un rayon peu éloigné.

L’histoire de Chagny ne rappelle qu’un grand événement historique. Les compagnies franches appelées les écorcheurs ou tardvenus , qui ravagèrent successivement différentes provinces de la France, y établirent en 1365 leur quartier général, et campèrent sur la plaine, du côté de Châlon. On ne savait comment débarrasser le royaume : les exterminer, c’était impossible; les mettre aux prises les unes avec les autres, on n’y pouvait songer, car elles se fussent ménagées réciproquement pour éterniser la guerre; les prendre toutes à la solde du roi, on n’eût point arrêté leurs déprédations ; les ressources du pays, d’ailleurs, ne le permettaient pas. Un seul moyen était praticable ; il fallait les faire sortir du territoire en les entraînant dans quelque grande expédition militaire. Charles V résolut de délivrer la

ITINÉRAIRE DE DIJON A LYON

Castille du joug de Pierre le Cruel. Il paya, avec l’aide du pape, la rançon de Duguesclin, alors prisonnier des Anglais, qui ne le relâchèrent pas à moins de 100 000 fr. ; en échange de sa liberté, Duguesclin s’engagea à persuader aux chefs de bandes de le suivre en Espagne.

« Messire Bertrand , raconte le poète Cuvelier, fit demander aux principaux chevetaines des brigands un sauf-conduit par son héraut, et il alla les visiter dans leurs quartiers de Chagny. Amis et ennemis lui firent grande fête , le régalèrent « du meil- « leur » et l'ouïrent volontiers, s II faut lire, dans le poème de Cuvelier, la harangue originale et naïve de Duguesclin (à partir du vers 7117).

Ils ont ars (brûlé) maint moutier, mainte belle maison,

Occis femmes, enfants, — grande destruction —

Robé (volé) vaches, chevaux et pillé maint chapon.

Et bu vin sans payer et robé maint mouton,

Et Emblé (volé) maint joiel à tort et sans raison,

Calices de moutiers, argent, cuivre, laiton.

Bref, après leur avoir reproché tous leurs crimes (je passe les plus odieux sous silence), il leur promit 200 000 florins de la part du roi et autant de la part du pape, avec l'absolution de leurs péchés et le salut de leurs âmes par-dessus le marché, sans oublier le riche butin qui les attendait au delà des Pyrénées. Ils se laissèrent attendrir, et le traité fut conclu sur-le-champ.

Chagny a eu jadis un château fort. Il n’en reste qu’une tour, que représente notre dessin, et qui sert actuellement de prison. Son château moderne, dont la coupole orientale attire de loin les regards, a été bâti à la fin du siècle dernier, par Louis-Claude de Clermont- Montoison, sur les dessins de l’architecte Gauthey. Il tombe aujourd’hui en ruines. Il est occupé par des religieuses qui instruisent les jeunes filles pauvres. Ses belles caves sont louées à MM. Georges frères, négociants en vins.

Entre la tour de la prison et le château, s’élève V église. Sa. jolie tour romane est du xii" siècle ; sa façade trop moderne. La nef, flanquée de deux bas côtés , est plus haute que le chœur, qui a servi, dans l’origine, de chapelle au château. Cette église, indigne d’une visite, a dépendu autrefois d’un prieuré de l’ordre de

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