STATION. - MACON
11 kil. de Sénozan. — 58 kil. de Chalon.— 12fi kil. de Dijon. — 441 lui. de Paris.
. — 72 kil. de Lyon.
On trouve, à la station de Mâcon, des voitures de correspondance conduisant à : Bourg (36 kil. en 3 heures , pour 2 fr. 50 c., 2 fr., 1 fr. 50 c.); — Pont-de-Veyie (10 kil. en 1 heure, pour 40 cent.); — Cluny (24 kil. en deux h. 30 m. pour 1 fr. 50 c. et 1 fr. 25 c ); — Charolles , par Cluny ou par Bergesserin (59 kil. en 7 h. 25 m. pour 6 fr., 5 fr. et 4 fr.).
Les meilleurs hôtels de Mâcon sont : les Champs-Elysées, près de la gare ; l 'Europe et le Sauvage, sur le quai de la Saône , le long duquel on trouve de nombreux cafés, le télégraphe électrique et la poste aux lettres. — Un buffet a été établi à la gare.
Les'ommôus conduisent aux hôtels et à domicile pour 30 cent., avec 10 kilog. de bagage, 50 cent, avec 30 kilog., 1 cent, par 1 kilog. d’excédant.
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M. de Lamartine décrit ainsi, dans le premier chapitre des Confidences, l’aspect général et la situation de sa ville natale :
« Sur les bords de la Saône, en remontant son cours, à quelques lieues de Lyon, s’élève, entre des villages et des prairies, au penchant d’un coteau à peine renflé au-dessus des plaines, la ville petite mais gracieuse de Mâcon ; deux clochers gothiques décapités et minés par le temps attirent l’œil et la pensée du voyageur qui descend vers la Provence ou vers l’Italie, sur les bateaux à vapeur dont la rivière est tout le jour sillonnée. Au-dessous de ces ruines de la cathédrale antique s’étendent, sur une longueur de près d’une'demi-lieue, de longues files de maisons blanches et des quais où l’on débarque et où l'on embarque les marchandises du midi de la France et les produits des vignobles mâconnais. Le haut de la ville, que l’on n’aperçoit pas de la rivière, est abandonné au silence et au repos ; on dirait d’une ville espagnole : L’herbe y croît l’été entre les pavés ; les hautes murailles des anciens couvents en assombrissent les rues étroites ; un collège, un hôpital, des églises, les unes restaurées, les autres délabrées .et servant de magasins aux tonneliers du pays ; une grande place plantée de tilleuls à ses deux extrémités , où les enfants jouent, où les vieillards s’assoient au soleil dans les beaux jours; de longs faubourgs à maisons basses qui montent en serpentant jusqu’au sommet de la colline, à l’embouchure des grandes routes ‘/quelques joliés maisons dont une face regarde la ville, tandis que l’autre est déjà plongée dans la campagne et dans la verdure ; et, aux alentours de la place, cinq ou six hôtels ou grandes maisons, presque toujours fermées, qui reçoivent, l’hiver, les anciennes familles de la province ; voilà le coup d’œil de la haute ville. C’est le quartier de ce qu’on appelait autrefois la noblesse et le clergé ; c’est encore le quartier de la magistrature et de la propriété : il en est de même partout : les populations descendent des hauteurs pour travailler et remontent pour se reposer ; elles s’éloignent du bruit dès qu’elle3 ont le bien-être.
« A l’un des angles de cette place qui était avant la Révolution un rempart, et qui en conserve le nôm, on voit une grande et haute maison percée de fenêtres rares et dont les murs éle-
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vés, maSsifs, noircis par la pluie, éraillés par le soleil, sont reliés depuis plus d’un siècle par de grosses clefs de fer. Une porte haute et large , précédée d’un perron de deux marches, donne entrée dans un long vestibule, au fond duquel un lourd escalier en pierre brille au soleil par une fenêtre colossale et monte d’étage en étage pour desservir de nombreux et profonds appartements. C’est la maison où je suis né. » ( Confidences , 111.)
L’histoire de Mâcon ressemble beaucoup à celle de Châlon. Avant la conquête romaine , c’était une ville importante des
Vue |de Mâcon.
Ëduens, César y établit un castrum. Sous la domination romaine , sa prospérité décroît au profit de Lyon et d’Autun. Tous les peuples barbares, Allemands , Bagaudes, Burgundes, Vandales, Huns, la détruisent â tour de rôle: elle se relève de ses ruines, car, sous le règne de Gontran, il s'y tient deux conciles nationaux; puis les Sarrasins s’en emparent et l’incendient (732). Elle se rebâtit de nouveau; Lothaire la prend, la pille et la brûle en 834 ; Louis et Carloman l’assiègent en 880 ; les Hongrois la saccagent en 924 : des pestes , des famines déciment
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ensuite la population qui commence à s’y développer ;^des incendies en détruisent les habitations ; les Brabançons la ruinent de fond en comble en 1140, sous la conduite de Guillaume, comte de Chalon. Cette série de désastres commence au m* siècle et ne finit qu’au xin". Cependant la ville avait résisté non-seulement à toutes ces secousses, mais aux querelles de ses comtes avec leurs suzerains, avec leurs voisins et avec les évêques.
En 1228, Jean de Braine, qui avait épousé Alix, la petite fille du comte Guillaume Y, et qui perdait l'espoir d’avoir des héritiers, vendit le comté de Mâcon au roi de France moyennant une somme de 10 000 livres et une pension viagère de 1000 livres pour Alix. Ce marché conclu, il partit pour la terre sainte, où il mourut en 1229. Alix alla finir ses jours dans le monastère du Lis (près de Melun), dont elle était devenue abbesse, et Mâcon fut incorporé au domaine royal. Saint Louis y transféra le bailliage créé par Louis le Jeune à Saint-Gengoux le Royal. Au siècle suivant, le régent, depuis Charles V, la céda au duc Jean de Berry comme augmentation d’apanage, et l’année suivante (1359), il érigea le comté en pairie. En 1416, Jean de Berry étant mort sans enfants, elle fit de nouveau retour à la couronne; mais huit ans après, Charles VII la donna au duc de Bourgogne, Philippe le Bon, pour solde de la dot de Michelle de France. Celui-ci n’en prit toutefois possession qu’après le traité d’Arras (1435). Elle perdit alors le bailliage royal, qui fut rétabli à Saint-Gengoux, mais elle le recouvra, lorsque, après la mort de Charles le Téméraire, Louis XI la réunit au domaine royal, dont elle ne devait plus être séparée.
Lors de la Réforme, Mâcon devint le quartier général des huguenots dans la Boürgogne. Gaspard de Saulx, marquis de Tavannes, lieutenant de la province pour le roi, ayant vainement tenté de s’en emparer par la force, la prit par ruse en 1562. Il y fit aussitôt commencer une citadelle destinée « à fortifier cette place pleine de huguenots, voisine des Suisses, frontière du duc de Savoie. » Le gouverneur qu’il y laissa, Guillaume de Saint- Point, y noya un grand nombre de protestants * et se contenta
1. Chaque jour, lorsque tout était disposé pour ce barbare spectacle, on allait avertir M. le gouverneur que la farce étoit preste ; de là vient la locution pro-
MÂCON
de piller les catholiques. En 1567, les protestants la reprirent, mais, assiégée bientôt par le duc de Nevers, elle fut obligée de capituler ; eÛe paya une contribution de guerre de 30 000 écus. Depuis lors les protestants ne purent pas la reprendre; mais, malgré les excès auxquels s’étaient déjà livrés les deux partis, la Saint-Barthélemy n'y fit aucune victime, grâce à la courageuse résistance que le bailli Philibert de la Guiche opposa aux ordres secrets de la cour.
Mâcon avait embrassé dès le début le parti de la Ligue : elle resta longtemps fidèle à la sainte-union : toutefois, en 1594, elle se soumit au roi. A dater de cette époque, son histoire n'a plus qu’un intérêt local. Rappelons seulement qu’en 1848, lors des élections des membres de l’Assemblée législative , elle commit la faute impardonnable de préférer je ne sais plus quel infime démagogue à l'homme de génie qu’elle avait eu le bonheur de voir naître dans ses murs et à qui elle était déjà redevable d’une éclatante renommée. Elle ne se lavera jamais de cette honte, le nom de Lamartine dût-il s’effacer un jour de la mémoire de nos descendants.
Avant la Révolution, le Mâconnais avait des états particuliers qui étaient présidés par l’évêque de Mâcon.
Aujourd’hui Mâcon est le chef-lieu du département de Saôneet-Loire, le siège de la deuxième subdivision militaire, d’un tribunal civil de première instance, d’un tribunal de commerce et de toutes les administrations qui se trouvent généralement réunies à une préfecture. Sa population s’élève, d’après le recensement de 1856, à 16 546 hab.; c’est tout à la fois une ville industrielle et une ville commerçante. Elle possède des fabriques de toiles à voiles, une fonderie de cuivre très-considérable qui occupe plus 3e 100 ouvriers, plusieurs imprimeries, une faïencerie, des tanneries, des teintureries, des tuileries, etc. Elle vend surtout des vins, des grains, des merrains, des cercles. Les marchés se tiennent au faubourg de Saint-Laurent ( Ain ) , sur la rive gauche de la Saône. Ils offrent aux artistes une curieuse collection des costumes de la Bresse et du Mâconnais. Du reste,
verbiale : farce de Saint-Point. Les protestants exercèrent de cruelles représailles sur les catholiques, lorsqu’ils furent maîtres de la ville.
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les voyageurs trop pressés, qui vont de Paris à Lyon sans s’arrêter, ne doivent pas manquer d’apercevoir et de remarquer aux environs de Mâcon la singulière coiffure des femmes : un petit chapeau de feutre noir, porté sur le haut et un peu sur le côté droit de la tête, par-dessus un petit bonnet blanc qui laisse voir une partie des cheveux.
Avant la Révolution, Mâcon possédait un évêché dont l’origine remontait, ditron, au v* ou au vr siècle, et qui n’a pas été rétabli. On y comptait douze églises, et, après la restauration du culte, quand le pape Pie YII s'arrêta à Mâcon, il dit la messe dans ses appartements. Napoléon, pour se concilier l’affection des Méconnais, qui l’avaient cependant brûlé en effigie lorsqu’il s’était fait nommer consul à vie, leur accorda ce qui restait de biens nationaux non vendus dans le département, sous la condition d’en consacrer le produit à la construction d’une église. Cette église, commencée en 1810, ne fut achevée qu’en 1816. Elle est consacrée à saint Vincent. Elle s’élève sur une place carrée plantée d’arbres, en face de l’hôpital. Elle ne mérite pas un regard. L 'église Saint-Pierre, l’ancienne église du couvent des Cordeliers, doit être démolie et reconstruite vis-à-vis de l’hôtel de ville. Les archéologues et les architectes n’auront donc à visiter à Mâcon, en fait d’édifices religieux, que les derniers débris de l’ancienne cathédrale de Saint-Vincent. Cette église, fondée on ne sait pas au juste à quelle époque, rebâtie au xiii' siècle, avait seule, avec l’église collégiale de Saint-Pierre, survécu aux guerres religieuses du xvi' siècle ; elle a été démolie pendant et depuis la Révolution. On bâtit une halle sur la place qu’elle occupait; il n’en reste que la façade, une partie des deux tours et le narthex. La façade n’a rien de remarquable ; la porte principale est surmontée d’une ogive du xv' siècle, mais les deux portes latérales sont cintrées et flanquées de colonnes romanes. Les tours sont de deux époques : la partie inférieure, à petit appareil irrégulier, appartient à l’époque romane ; la partie supérieure date du xm' ou du xiv' siècle. Elles ont été réduites aux deux tiers de leur hauteur primitive, et privées, l’une, de son dôme, bautre, de sa belle flèche en pierre de taille. Le narthex, dont on a fait une chapelle en l855r, et qui se trouve plaqué con-
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tre les tours, est du xn* siècle. On y a découvert, quand on l’a restauré en 1840, quelques traces de peintures murales et des sculptures dont les saillies les plus fortes avaient été brisées. Les peintures nouvelles ne nous semblent pas heureuses. De l’autre côté de ce curieux monument de l’architecture romane, on a réuni, dans un petit jardin fermé par une grille, des débris de colonnes sculptées retrouvées dans les fouilles, des fûts de
Saint-Vincent avant les dernières restaurations. '
colonnes, une porte romane, et des débris d’un vieux cloître ; mais le mur plat qui réunit les deux tours fait un effet bien disgracieux. Est-il besoin d’ajouter que Saint-Vincent a été classée parmi les monuments historiques?
Les édifices civils de Mâcon n’ont rien de bien intéressant pour un étranger. Nous nous bornerons à les mentionner : l’hôtel de la Préfecture est l’ancien palais épiscopal commencé en 1618 et achevé en 1631 ; — le palais de justice était, avant la Révolu-
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tion, l’hôtel du marquis de Chevrier d’Igé. Cet hôtel avait été bâti en 1716; la prison date de 1817. — L’hôtel de ville, qui renferme la mairie, la bibliothèque publique, un projet de musée et une salle de spectacle, a été construit en 1765 par le comte de Montrevel, député de la noblesse du Mâconnais aux états généraux de 1789 ; la ville l’acquit au prix de 166 000 fr. , et en prit possession le 10 mars 1793. C'est un édifice qui ne manque ni de style ni de caractère. — Le lycée occupe les bâtiments de l’ancien collège des Jésuites, construit de 1670 à 1676; on l’a agrandi en 1840. — L’hôtel-Dieu (en face de l’église Saint-Vincent) a été élevé sur les dessins de Soufflot et inauguré en 1770. — L 'hospice de la Providence (faubourg de la Barre) date de 1736. — L’hospice de la Charité , de 1680. — L’Asile départemental, qui renferme un dépôt de mendicité, un quartier d’incurables et un quartier correctionnel pour les jeunes filles détenues en vertu de l’article 66 du Code pénal, a été terminé en 1842. On y a ajouté, en 1853, une petite église romane à trois nefs, avec chœur et chapelles, dans le style du xu* siècle. N’oublions pas de signaler aux amateurs, dans la rue Dombey, près du quai, une* charmante maison de bois sculptée.
Mâcon possède une Société d’agriculture et des sciences, arts et belles-lettres, et une Société d’horticulture. L ’Annaire historique et statistique du département dé Saône-et-Loire, publié par M. Monnier, chef de division à la préfecture, mérite une recommandation spéciale. Si les autres départements voulaient le prendre pour modèle, nous posséderions, en peu d’années une statistique et une géographie complètes de la France.
Les anciens remparts de Mâcon ont été abattus depuis long- .> temps et remplacés par des allées d’arbres ; mais la promenade la plus agréable de Mâcon sera toujours son beau quai, bâti de 1658 à 1837, et un peu moins animé qu’autrefois depuis l’ouverture duThemin de fer. On y découvre de jolis points de vue. Le pont de douze arches, qui réunit la ville à son faubourg de Saint-Laurent (département de l’Ain), a été bâti, dit-on, au xi* siècle, mais reconstruit et élargi à diverses époques, notamment en 1843. La levée de la Madeleine, à laquelle il aboutit, a ‘ été construite en 1735.
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Qui pourrait désormais venir à Mâcon sans aller faire un pèlerinage à Milly et à Saint-Point? Qui ne désirerait voir ces villages que les Méditations, les Harmonies, les Confidences, le Cours familier de littérature, ont immortalisés? Qui n’aimerait à réciter ces beaux vers, dont le sujet est la terre natale, sur ces lieux mêmes auxquels rêvait le poëte en les écrivant?
Et c’est là qu’est mon cœur !
Ce sont là les séjours, les sites, les rivages,
Dont mon âme attendrie évoque les images,
Et dont pendant les nuits mes songes les plus beaux ,
Pour enchanter mes yeux, composent leurs tableaux.
Là mon cœur en tout lieu se retrouve lui-même !
Tout s’y souvient de moi, tout m’y connaît, tout m’aime !
Mon œil trouve un ami dans tout cet horizon,
Chaque arbre a son histoire et chaque pierré un nom.
Qu’importe que ce nom, comme Thèbes ou Palmyre,
Ne nous rappelle pas les fastes d'un empire,
Le sang humain versé pour le choix des tyrans,
Ou ces fléaux de Dieu que l’homme appelle grands?
Ce site où la pensée a rattaché sa trame,
Ces lieux encor tout pleins des fastes de notre âme,
Sont aussi grands pour nous que ces champs du destin Où naquit, où tomba quelque empire incertain.
Rien n’est vil ! rien n’est grand 1 l’âme en est la mesure ;
Un cœur palpite au nom de quelque humble masure ,
Et sous les monuments des héros et des dieux,
Le pasteur passe et siffle en détournant les yeux.
Cette intéressante excursion que j’ai faite avec tant d’émotion et de plaisir m’entraînerait bien au delà des limites qui me sont imposées. Que de souvenirs il me faudrait rappeler ! que de détails ne serais-je pas désireux de donner, non plus seulement sur ces depx villages, mais sur l’immortel écrivain qui les a tant aimés et si bien décrits en prose comme en vers! Et puis, comment aller à Saint-Point sans faire un détour jusqu’à Cluny ?Et, là encore, que d’autres souvenirs d’un autre ordre! que de curieux monuments des siècles passés ! Quels que soient mes regrets, je me vois donc contraint de renvoyer cette excursion à
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Y Itinéraire de la France (Centre et Midi); je me contenterai d’emprunter au quinzième entretien du Cours familier de littérature la description suivante de la vue que l’on découvre du sommet de cette belle côte Mâconnaise, au pied de laquelle est Milly, et qui contient Saint-Point dans une de ses plus charmantes vallées.
<r 11 y aurait de quoi regarder tout le jour. Les cônes aigus des montagnes pelées du Méconnais et du Beaujolais, groupés à droite et à gauche comme des vagues de pierre sous un coup de vent du chaos; sur leurs flancs, de nombreux villages; à leurs pieds, une immense plaine de prairies semées d’innombrables troupeaux de vaches blanches, et traversées par une large ligne aussi bleue que le ciel, lit serpentant de la Saône, sur lequel flotte, de distance en distance, la fumée des navires à vapeur : au delà, une terre fertile, la Bresse, semblable à une large forêt; , plus loin, un premier cadre régulier de montagnes grises, muraille du Jura, qui cache le lac Léman; enfin, derrière ce contrefort des montagnes du Jura, qui ressemblent d’ici au premier degré d’un escalier dressé contre le ciel, toute la chaîne des Alpes, depuis Nice jusqu’à Bâle, et, au milieu, le dôme blanc et rose du Mont-Blanc, cathédrale sublime au toit de neige qui semble rougir et se fondre dans l’éther, et devenir transparente comme du sable vitrifié sous le foyer du soleil, pour laisser entrevoir, à travers ses flancs diaphanes, les plaines, les villes, les fleuves, les mers et les îles d’Italie. j t,