LYON. — PROMENADES
rochers qui dominent la rive gauche de la Saône, entre le pont de Serin et la passerelle Saint-Vincent. De ces jardins, qui forment l'un des côtés du nouveau cours des Chartreux, au-dessous de l'église et du couvent de ce nom, on découvre assurément de fort beaux points de vue ; malheureusement on est noirci et suffoqué par les tourbillons de fumée qui s’échappent des hautes cheminées, dont on peut, en baissant les regards, explorer l’intérieur.
« La rue de l'Annonciade, disait en 1857 le préfet du Rhône dans son rapport au conseil municipal de Lyon, a été abaissée et reliée au cours de Chartreux par une large et imposante terrasse que soutient un mur de 22 mètres d’élévation. — Une rue nouvelle va être ouverte à travers la partie basse du Jardin des Plantes, et une communication sera, plus tard, établie entre cette rue et la place des Terreaux, par la place Neuve-des- Carmes.
« Au moyen de cette communication, de la nouvelle rue qui doit traverser le Jardin des Plantes, de la rue de l’Aimonciade et plus loin, au moyen des rampes du mont Sauvage que des travaux récents ont rendus accessibles, la Croix-Rousse va se trouver en rapport avec la place des Terreaux par une voie presque directe, à pentes modérées, et que les voitures chargées pourront franchir sans l’emploi des renforts obligés qui ont doublé, jusqu’ici, le prix des transports. »
Le cours des Chartreux et la promenade de Rouville ont été vivement recommandés aux étrangers par le journal le Salut public, qui reprochait ainsi aux Lyonnais de les délaisser. « Par un beau soleil couchant, ils vont s'entasser dans un espace étroit, que la brise du soir effleure à peine de son souffle rafraîchissant, où le parfum des fleurs est vaincu par les effluves malsaines que toute multitude répand autour de soi. Que Bellecour soit le rendez-vous favori des paresseuses beautés de la rue Bourbon, cela se conçoit ; mais que les habitants du quartier des Terreaux dédaignent le Jardin des Plantes aux ombreuses allées, et le cours des Chartreux qui n’est qu’à deux pas du Jardin des Plantes, c’est ce dont il y a vraiment sujet de s’étonner. Il est vrai que ces deux promenades sont situées à mi-coteau, et qu'il faut acheter
au prix d’une ascension fatigante les agréments qu’elles promettent ; mais sachez que d’immenses travaux ont été entrepris pour en rendre l’accès doux et facile aux pieds les plus délicats, aux poitrines les plus asthmatiques. »
Enfin, Lyon va avoir, que dis-je, elle a déjà son bois de Boulogne, le Parc de la Tête-d’Or, situé, sur la rive gauche du Rhône, à l’extrémité du quai d’Albret, l’un des plus beaux quais de Lyon qui sert d’avenue au parc, et à 1700 mètres seulement de la place des Terreaux.
Le parc de la Téte-d’Or couvre une superficie d’environ 1 14 hectares , acquise des hospices de Lyon à des conditions trèsmodérées. Il est limité : à l’ouest, par le Rhône, au nord, par la chaussée qui doit prolonger le viaduc du chemin de fer de Genève, à l’est, par le bourg des Charpennes, au sud, par la ligne des fortications qui enceignent le territoire des Brotteaux. Il a été dessiné d’après un plan de M. Bülher, architecte-paysagiste de Paris, présenté par M. Bonnet, ingénieur en chef de la ville de Lyon, et approuvé, le 25 octobre 1856, par l’administration municipale avec de légères variantes. Il est divisé du sud au nord en deux parties à peu près égales. La ligne séparative est figurée par la chaussée en terre qui, s’écartant du Rhône au point où finit le quai d’Albret. décrit une courbe au devant de la ferme de la Tête-d’Or et va aboutir au champ de manœuvres qu’on appelle le Grand-Camp.
Toute la portion du parc située à l’ouest de cette chaussée n'est autre chose que l’ancien domaine de la Tête-d’Or, dont l’excellent territoire se prête à toute espèce de culture. C’est dans cette moitié, garantie des envahissements du fleuve par une double ligne de chaussées qu’ont été établis les parterres, les jardins botaniques, les collections d’arbustes exotiques du Jardin des Plantes. — On y a élevé une galerie d’histoire naturelle, et des serres destinées à recevoir les collections actuellement réparties entre le Jardin des Plantes et le Palais des Arts. — On doit prolonger la digue du Grand-Camp jusqu’à Jonage, point où l’escarpement des balmes viennoises rejoignant le Rhône oppose à ses emportements une berge de 15 à 20 mètres d’élévation. Cette chaussée aura de 14 à 15 kilom. Elle rendra de vastes terrains à l’agriculture.
Aussitôt l’acquisition consommée, l’administration s’était mise à l’œuvre, et, dès le mois de juillet 1856, une étendue de 65 hectares était plantée et convertie en pelouses. Des allées pour les piétons, d’autres allées pour les voitures, avaient été tracées et disposées sur un parcours de 8232 mètres, et le parc était ouvert au public.
Les travaux ont continué depuis; on a tracé d’autres allées, comblé des excavations, transporté des terres, creusé la pièce d'eau. — Enfin l’entretien du parc a été assuré par une vaste et riche pépinière.
Excursions .
Les étrangers peuvent faire , dans les environs de Lyon , un grand nombre -d’excursions intéressantes. Nous allons leur indiquer celles qui nous paraissent les plus dignes d’être recommandées. Déjà nous avons parlé de Fourvières (p. 340), des forts (p. 376), du chemin de Étroits (p. 362), de la jonction du Rhône et de la Saône (p. 364) ; nous n’y reviendrons pas ici.
L’ile Barbe (omnibus, pont de la Feuillée, 40 c.) est à 5 kilomètres environ du pont de la Feuillée, d’où partent les omnibus. La route qui y conduit longe la rive gauche de la Saône. Au delà du pont de Serin (voy. p. 358) on passe au-dessous de la tour de la belle Allemande , ancienne dépendance de l’abbaye de l’île Barbe, et célèbre dans les vieilles chroniques du Lyonnais, comme ayant appartenu à l’épouse de Cléberger, le bon Allemand (voy. p. 360). Cette tour, qui dépendait d’une vaste propriété aujourd’hui morcelée, a donné lieu, du reste, à de nombreuses légendes. Les coteaux de la Saône sont couverts de villas, grandes et petites; quelques-unes attirent les regards par la beauté de leur position, l’élégance de leurs constructions et l’épaisseur de leurs ombrages. On passe sous le fort Caluire avant d’atteindre File Barbe.
L’île Barbe, placée au milieu de la Saône qu’elle partage en deux bras, a la forme d’un navire; sa longueur est de 560 mètres, sa largeur de 125. Les titres plus anciens .l’appellent insula barbara. En 440, c’est le premier fait certain de son histoire, elle contenait déjà un monastère florissant, placé à son extrémité septentrionale, sous le vocable de saint André et des apôtres.
ITINÉRAIRE DE DIJON A LYON
Vers la fin du vn e siècle, ces religieux prirent la règle de saint Benoît. En 725, les Visigoths détruisirent leur couvent qui, rebâti sous Charlemagne, doté par ce puissant empereur, et consacré à saint Martin de Tours, devint, aux xi° et xn e siècles, une des plus riches et des plus puissantes abbayes du royaume de France. Plus tard, la discipline s’y relâcha à tel point que le pape Paul III se vit obligé de remplacer les Bénédictins par des chanoines. En 1562, les Huguenots envahirent l’île, pillèrent le couvent et incendièrent ensuite l'église, bâtie en 985, et la chapelle de Notre-Dame de Grâce, élevée en 1070 sur le bord oriental. Ces deux églises furent restaurées à la fin du xvi e siècle et dans les premières années du xvii 8 . Après la réunion de l’île Barbe au Chapitre de Saint-Jean, le cardinal de Tenciny transporta dans la maison abbatiale le séminaire de Saint-Pothin, où l’on recevait les prêtres âgés et des pensionnaires. Quand ce séminaire eut été supprimé, les comtes de Saint-Jean morcelèrent cette propriété, qu’ils louèrent à divers particuliers. Enfin, en 1793, l’île Barbe, divisée en 23 lots, estimée 26 226 livres, fut adjugée sur enchère au citoyen Perrussel, au prix de 166 000 livres; et la plupart de ses anciennes constructions tombèrent sous le marteau des démolisseurs.
« Si l’on s’avance vers la pointe de l’île, en amont sur la rive droite, on trouve dans une muraille, dit M. Mérimée, un basrelief qui parait avoir occupé l’intérieur d’un tympan.... La grossièreté du travail, la forme des lettres et l’exécution des draperies pourraient faire présumer que cette sculpture remonte au delà du xi 8 siècle ; mais la mauvaise conservation de ce monument, qui paraît avoir été changé de place, et dont l’origine est tout à fait inconnue , ne permet que des conjectures assez vagues. On voit à côté une inscription romaine tumulaire, encastrée dans la même muraille.
« Plus loin, dans un jardin, sont les ruines d’une église romane qui paraît avoir été réparée dans la période gothique. La portion de ces ruines qui est romane offre elle-même des fragments qui m’ont paru plus anciens qu’elle : ce sont des médaillons d’un médiocre diamètre, tels que ceux qui, d’ordinaire, accompagnent les zodiaques. Le travail en est extrêmement grossier.