LYON. — INDUSTRIE ET COMMERCE
« Jadis le lien de la subordination se retrouvait dans certaines traditions. Ainsi c'était une règle, avant 1789, que la porte des ateliers de tisseurs ne pouvait être fermée en dedans, afin que les commis du manufacturier pussent y entrer inopinément et surveiller le travail. On ne tient plus la main à cet usage ; les ouvriers vivent aujourd'hui dans une indépendance absolue des négociants manufacturiers qui leur confient du travail. Le contrat industriel intervenu entre le fabricant et le chef d'atelier prend fin avec la remise de la pièce donnée à tisser. Certaines maisons peuvent continuer plus ou moins longtemps à occuper un même tisserand, mais une nouvelle convention commence chaque fois que l’ouvrage est terminé.
t II ne sera peut-être pas sans intérêt de savoir en combien de main passe un fil de soie avant de faire partie des riches étoffes qu’on admire dans les ateliers ou dans les magasins. D’abord, le moulinier et Yovaliste reçoivent la soie sortant de la filature et la montent à un ou plusieurs bouts pour former les poils, trames, organsins, grenadines, etc. La metteuse en main choisit les qualités de soie, les assortit et les met en écheveau. L’essayeur dévide cent tours d’un écheveau sur un dévidoir d’un diamètre convenu, et fait connaître au négociant, par le poids, le degré de finesse de la soie. Une trame est de 40, 42, 44 deniers ; un organsin, de 22, 24 , 25 deniers. Le ballot de soie acheté par le fabricant passe à la condition des soies (voir ci-dessous). Là il est pesé dans des armoires grillées et exposé pendant vingt-quatre heures à une chaleur de 18 à 22 degrés. L’humidité enlevée, on le pèse de nouveau, et l’on constate, par un certificat, le déchet subi. La soie est remise au teinturier, puis à la dévideuse, qui dévide les écheveaus sur les bobines : ceci n'a lieu que pour les organsins. Les trames sont remises en écheveaux aux tisseurs, qui font dévider eux-mêmes sur de petites bobines ou cannettes, par des ouvriers infirmes ou des enfants. L’organsin est remis ensuite à l’ourdisseuse, qui monte la chaîne de la soie. Cette fonction exige du goût et de l’habileté. Le plieur reçoit la chaîne et la dispose sur le rouleau du métier ; de là la pièce est passée dans les maillons de cordes ou arcades de métiers façonnés et dans les peignes par la tordeuse. Enfin, l’ouvrier tisseur se met à l’ouvrage. L'étoffe
ITINÉRAIRE I)E DIJON A LYON
tissée est remise à Yappréteur et au plieur, chargé de donner la dernière main, après quoi elle est rendue au fabricant. Ces ouvriers ne sont pas les seuls ; il en est d’autres encore : par exemple les tireuses de cordes, dans les étoffes à grands dessins; les lanceurs, qui, dans les étoffes larges, lancent d’un côté les navettes à l’ouvrier qui les leur renvoie de l’autre ; les liseuses de dessins, qui disposent les fils de la chaîne dans l’ordre voulu par le dessin ou les poinçons qui doivent percer les cartons pour les métiers à la Jacquart ; les repiqueurs de cartons, qui produisent plusieurs fois le même dessin, afin qu’il soit exécuté simultanément sur plusieurs métiers. Les noueuses de cartons sont chargées de disposer par ordre les cartons du dessin d’une pièce et de les attacher ensemble, de façon que la chaîne sans fin le fasse passer alternativement sur le métier à la Jacquart. Les noueuses de maillons attachent de petits anneaux de verre aux cordes destinées à lever les fils delà chaîne. Les tordeuses rattachent chaque fil d’une chaîne à ceux qui restent d’une pièce achevée. Les encantreuses remettent la soie des bobines en écheveaux pour la faire reteindre, etc., etc. »
Rue Saint-Polycarpe s’élève un bâtiment construit en 1809 par M.Gay et appelé la Condition des soies. Cet établissement, créé par un décret du 23 germinal an xm, et dont nous avons déjà parlé à la page précédente, avait pour but de ramener toutes les soies qu’on y déposait à un degré uniforme d’humidité. Le poids auquel la dessication les avait réduites faisait foi entre le vendeur et l'acheteur. Une ordonnance royale du 23 avril 1841 a complètement changé le procédé de conditionnement prescrit par le décret de fondation, et celui qui est actuellement suivi a pour base la dessication absolue de la soie.
Promenades.
Il y a quelques années, Lyon ne possédait pas, à part le jardin des plantes qui va être détruit ou qui l’est déjà, de promenades proprement dites. Les allées de la place Bellecour, le cours Napoléon, les plantations des quais, le cours Rambaud, le cours d’Herbouville, ne méritaient pas un pareil titre. Mais, en 1856, on a établi ou plutôt construit de petits jardins anglais au-dessus des