‹ De Paris à Lyon et à AuxerreChapitre 17 sur 158 · MELUN. — VAUX-PRASLIN · texte numérisé non relu

MELUN. — VAUX-PRASLIN

événement, i Ce palais, a dit Voltaire (Siècle de Louis XIV, chap. xxv), et les jardins lui avaient coûté 18 millions, qui en valent aujourd’hui environ 35. Il avait bâti le palais deux fois ■ et acheté trois hameaux , dont le terrain fut enfermé dans ces jardins immenses, plantés en partie par Le Nôtre, et regardés alors comme les plus beaux de l’Europe. Les eaux jaillissantes de Vaux, qui parurent depuis au-dessous du médiocre après celles de Versailles, de Marly et de Saint-Cloud, étaient alors des prodiges. » Ces eaux, qui ne jouent plus aujourd’hui, n’é-

Le château de Vaux-Praslin.

talent rien, après tout, comparées au château lui-même, chefd’œuvre de l’architecte Le Vatl, et qui, sauf les injures du temps, reste encore à présent tel que Fouquet le fit faire. Ce monument est empreint d’un cachet de noblesse et de grandeur qui frappe vivement l’imagination. La sculpture y a prodigué les ornements , mais avec une mesure parfaite, et la richesse n’y dégénère jamais en profusion.

Les magnificences du dedans répondent à celles de l’extérieur. Les peintures sont de Charles Lebrun et de Mignard. Un seul détail suffira pour donner une idée de la munificence du surin-

ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON

tendant : il faisait à Lebrun 10 000 livres de pension par année, et lui payait en outre chaque tableau comme s’il n’eût pas eu de pension.

. Ce beau château est entouré d’un large fossé rempli d’eau et revêtu de maçonnerie. On y entre par un pont-levis. On en sort également par un pont-levis du côté du jardin. La cour d’honneur est précédée d’une vaste avant-cour, le long de laquelle s’étendent les communs. Cette avant-cour est fermée du côté de l’avenue par une large grille que soutiennent des Termes de grandeur colossale. Tous, malheureusement, sont plus ou moins mutilés , et le château lui-même offre mille preuves du peu de soin que l’on a eu de l’entretenir pendant les soixante dernières années. Le parc a 800 arpents; il est tout en lignes droites, suivant l’usage du xvn* siècle. Le parterre est un immense parallélogramme dont toutes les allées et toutes les plates-bandes se coupent à angle droit. A l’extrémité s’étend une pièce d’eau ou canal creusé de main d’homme et alimenté par la petite rivière d’Anqueuil.

Les Mémoires du temps sont pleins de descriptions pompeuses de la fête que Fouquet donna à Louis XIV le 17 août 1661 , et l’on en peut lire, dans les œuvres de La Fontaine, un récit trèsdétaillé en vers et en prose. La Fontaine était de la fête, et il eut le rare mérite de n’oublier jamais les services que Fouquet lui avait rendus. La perte du surintendant, préparée de longue main par ses deux collègues Le Tellier et Colbert, était déjà résolue quand Louis XIV alla s’asseoir à sa table ; mais le luxe de cette demeure et le faste de la réception augmentèrent singulièrement l’irritation du monarque, qui avait en effet le droit de se dire : « Toutes ces richesses ont été accumulées au détriment de l'État. » Fouquet fut arrêté à Nantes le 5 septembre, dix-huit jours après sa fête, enfermé successivement à Vincennes et à la Bastille, jugé en 166à par une commission formée de conseillers au parlement, condamné au bannissement, et incarcéré à Pignerol par ordre du roi, qui trouva que la commission avait été trop débonnaire.

Louis XIV ne voulut pourtant pas ruiner la famille de l’homme qu’il avait si rudement frappé. Le fils aîné du surintendant , Ni-

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