STATION. - BOIS-LE-ROI
6 kil. de Melun.— 51 kil. de Paris.— 264 kil. de Dijon.— 461 kil.-de Lyon.
Bois-le-Hoi , village de 946 habitants (Seine-et-Marne , arrondissement et canton de Fontainebleau) , se trouve situé à la droite du chemin de fer, sut la lisière orientale de la forêt de Fontainebleau. Les hameaux de Sermaise, de Brolle et de là Cave en dépendent. La Cave possède sur la Seine un port important pour l’exportation du bois et du grès de la forêt. Sermaise donne son nom à la plaine boisée située à la gauche du chemin de fer.
Au delà de Bois-le-Roi le chemin de fer, trop souvent encaissé entre deux talus qui gênent la vue , décrit deux fortes courbes dans la forêt pour se rapprocher de Fontainebleau. On passe sous la route de Fontainebleau à Valvin avant de s’arrêter dans la gare, à peu de distance de laquelle on aperçoit le viaduc courbe de Changis. Ce remarquable viaduc se compose de 30 arches de 10 mètres d’ouverture et hautes de 20 mètres.
Il» STATION. - FONTAINEBLEAU*.
8 kil. de Bois-le-Roi. — S9 kil. de Paris. — 256 kil. de Dijon. — 453 kil. de Lyon.
De la gare de Fontainebleau, — les trains express ne s’y arrê-
I. Omnibus. A la station du chemin de fer, on trouve les omnibus des princi-
tent même pas, — on n’aperçoit ni la ville ni le château ; on ne découvre dans toutes les directions que la forêt. Au-dessous du viaduc de Changis se montrent seulement un petit nombre de maisons à demi cachées dans des nids de verdure : c’est le village à! Avon, situé à l’extrémité orientale du parc , et dont la vieille église, indigne d’une visite, rappelle quelques noms célèbres à des titres divers. Une simple pierre tumulaire à l’entrée sur la droite, porte le nom de Monaldeschi. Du même côté, près du maître-autel, est le tombeau du peintre Ambroise Dubois, mort en 1615. Sous le porche extérieur, on lit les inscriptions tumulaires du naturaliste Daubenton et du mathématicien Bezout.
Trente minutes suffisent pour aller à pied de la gare à Fontainebleau, par une belle avenue de platanes. C'est une agréable promenade ; mais nous n’y conduirons pas nos lecteurs. Pour bien voir Fontainebleau, c’est-à-dire son château et sa forêt, car la ville en elle-même n’a rien d’intéressant , il faut leur consacrer plusieurs journées. Une description même sommaire de toutes leurs magnificences et de toutes leurs curiosités tiendrait une trop grande place dans ce volume. Nous devons donc nous borner à les signaler ici, en quelques pages illustrées, au voyageur qui passe emporté par la vapeur, avec le désir de venir les admirer un jour, ou avec le regret de ne pas pouvoir aller les revisiter encore.
Le nom de Fontainebleau dérive-t-il d’un lévrier favori de saint Louis et nommé Blea u, qui aurait découvert une fontaine dans la forêt , d’un seigneur inconnu appelé Blaudus ou Blealdus , ou
paux hôtels, qui transportent dans la ville les voyageurs et leurs bagages. Us repartent de Fontainebleau en correspondance avec le passage des trains pour Paris; prix, 30 cent, de 6 h. du matin à minuit, 50 cent, de minuit à 6 h. du matin, avec 30 kil. de bagages.
Hôtels. De Londres, près du château; de la ville de Lyon, rue Royale, n° 25 ; de France, vis-à-vis de la cour du Cheval-Blanc et de la façade du château ; de l’Aigle-Noir, près du château ; du Nord et de la Poste, rue de Ferrare, n° 8, dans le voisinage du château ; du Lion-d’Or, près du château ; de Paris, Grande- Rue; de la Sirène, rue de France; du Cadran-Bleu, rue de France; de la Chancellerie, rue de la Chancellerie, près du château, etc.
Voir pour les autres renseignements et pour la description détaillée de la ville, du château, des jardins et de la forêt, 17(inérair« de Paris à Fontainebleau, par Adolphe Joanne. i vol. in-18 de 200 pages, illustré de 29 gravures, accompagné de 2 cartes, 2 fr., chez Hachette et Cie, ou les Environs de Paris illustrés, par le même auteur, 7 fr., chez les mêmes éditeurs.
Le château de Fontainebleau vu à vol d’oiseau.
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tout simplement d’une fontaine de belle eau? On a le choix entre ces trois étymologies. L’origine du château, — il précéda la ville, comme cela eut toujours lieu, — n’est pas moins incertaine. Ce qui semble positif, c’est que, dès le règne de Louis le Jeune, le château de Fontainebleau existait déjà dans la forêt de Bière. Il avait des tours, des fossés, un donjon. Louis le Jeune y tint sa cour; il y fit acte de gouvernement, il y data diverses ordonnances , il y fonda la chapelle de Saint-Saturnin , consacrée par Thomas Becket. La forât de Bière abondait en gibier. Les anciens rois de France, qui avaient tous la passion de la chasse, vinrent donc souvent à Fontainebleau. A Philippe Auguste y succéda saint Louis, qui l’agrandit et le restaura. Toutefois le pavillon appelé aujourd’hui de son nom a été construit presque entièrement par François I* r . Charles Y y fonda une bibliothèque. Charles YII y fit représenter ses victoires sur les murs. Puis ce château est abandonné Louis XI se renferme à Plessis-les-Tours, Charles VIII préfère Amboise à toutes ses autres résidences, Louis XII se plaît surtout au château de Blois.
François I" fut le véritable créateur du château de Fontainebleau. C’est l’époque de la Renaissance. Le manoir féodal se transforme en palais. Les guerriers bardés de fer du moyen âge cèdent la place aux courtisans vêtus de soie et brodés d’or, aux sculpteurs, aux peintres, aux poètes, aux savants. Les châtelaines quittent leurs vieux donjons et leurs provinces pour cette cour enchantée d’un prince qui avait dit : a Une cour sans femme est une année sans printemps, un printemps sans roses. «François I er , doué d’un heureux instinct, s’adressa aux grands maîtres d’Italie; mais Michel- Ange rejeta ses propositions; Léonard de Vinci ne vint en France que pour y mourir; Raphaël s’éteignit avant de pouvoir mettre la dernière main à son dernier chef-d’œuvre, la Transfiguration, qui était destinée à la France ; Andrea del Sarto, entraîné par sa fatale passion pour une femme infidèle, abusa de la confiance du roi, qui l’avait chargé de lui acheter en Italie des tableaux et des statues. François I er se vit donc, malgré lui, obligé de se contenter d’artistes de second ordre. Le Primatice, le Rosso, Nicolo dell' Abate, Vignole, Serlio, formèrent ce qu’on a appelé l’École de Fontainebleau. Cette école n’eut pas certaine-
FONTAINEBLEAU
ment toute l’importance que lui accorda Vasari, mais elle brilla d’un vif éclat. On ne doit pas oublier toutefois qu’elle eut pour contemporaine une école nationale d’une grande valeur, une école toute française, celle de Jean Cousin, de Jean Goujon, de Pierre Lescot, de Germain Pilon. D’ailleurs, on ne sait pas d’une manière positive si les constructions élevées à Fontainebleau sous le règne de François I", la cour Ovale, la chapelle Saint- Saturnin , le pavillon de la Porte-Dorée, la salle des Fêtes (terminée par Henri II), la galerie d’Ulysse (détruite sou3 Louis XV), la cour de la Fontaine, la galerie de François I tr , la cour du Cheval-
La porte Dauphine, dans la cour Ovale.
Blanc, furent l’œuvre d’artistes italiens, ou s’il faut les attribuer à des maîtres français dont les noms sont restés inconnus.
En 1536, Jacques V, roi d’Ecosse, vint voir à Fontainebleau Madame Magdeleine , fille de François l* r , qu’il épousa l’année suivante, et qui mourut d’ennui en Ecosse six mois après son mariage. Si l’on peut s’en rapporter au Journal amoureux et indiscret de Mme de Villedieu, il se cacba dans une niche que François I" avait fait réserver au fond d’une grotte du jardin des Pins, et, à l’aide d’un miroir, il put y voir sa fiancée se baignant avec d’autres dames.
2 4 ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON
En 1539, Charles-Quint demanda à François I" la permission de traverser la France pour aller apaiser une sédition à Gand. Le P. Daniel raconte qu’il fut reçu hors de la forêt, à Fontainebleau , par une troupe de seigneurs et de dames « déguisés en forme de dieui et de déesses bocagères, qui, au son des hautbois, composèrent une danse rustique, puis se perdirent dans les ombres des bois. » Charles-Quint fut logé au pavillon des Poètes , et, « pendant plusieurs jours qu’il séjourna à Fontainebleau , le roy, dit Martin du Bellay, le festoya et lui donna tous les plaisirs
La cour Ovale.
qui se peuvent inventer, comme des chasses royales, tournois, escarmouches, combats à pied et à cheval, et, sommairement toutes sortes d’esbattements. » Les dispositions de cette fête furent dues au Rosso. Cependant l’empereur quitta Fontainebleau dès que cela lui fut possible; il s’y sentait peu en sûreté, malgré l’appui qu’il avait rencontré chez Mme d’Ëtampes, que sa généreuse galanterie lui avait gagnée.
Les récits des fêtes somptueuses données à l’occasion du baptême de François II, et, deux ans après, en 1545, pour le mariage d’Élisabeth, fille d’Henri II, avec Philippe II d’Es-
FONTAINEBLEAU
pagne, sont parvenus jusqu’à nous. Parmi les magnificences qui furent déployées à ce mariage, il faut rappeler celle d’un buffet à n^uf étages, en forme de pyramide, dressé dans la cour du donjon (cour Ovale) où François 1" avait exposé toute la vaisselle en or massif, tous les vases et objets d’art entassés depuis des siècles dans les demeures royales, et parmi lesquels il y en avait qui remontaient jusqu’à Charlemagne; assemblage inappréciable d’objets rares et précieux, aujourd’hui perdus et détruits en majeure partie, qui. doivent exciter les regrets des antiquaires. Des
officiers placés près de la splendide étagère expliquaient ces curiosités aux étrangers.
François I" meurt en 1547. Henri II lui succède. Diane de Poitiers monte sur le trône avec lui; son influence remplace celle de la duchesse d’Ëtampes et écarte pour plusieurs années celle de l’épouse d’Henri II, Catherine de Médicis, dont le goût florentin devait avoir en France une action si marquée sur les arts , comme son génie devait s’y exercer si violemment dans la politique. Diane de Poitiers vit avec joie s’éloigner la maltresse du feu roi, qui avait été nommée la plus belle des savantes et la 119 2
Le château vu du Parterre.
26 ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON
plus savante des belles. Elle comprit qu’elle devait la remplacer dans la direction des fêtes, et elle s’empara de celle des travaux et des embellissements, s’appliquant d'autant plus à protéger les artistes et les poètes , que ce fut pour elle un moyen d’humilier Catherine de Médicis, que le feu roi se plaisait à consulter sur ses travaux. De toutes parts et jusque dans l’ancienne chapelle, son chiffre s’entrelace avec celui de son royal amant. Elle devient la divinité du lieu, Eontainebleau se transforme en un temple de Diane ; c’était là un heureux nom pour une époque d’engouement mythologique.
Henri II continue les travaux commencés par François 1“. Il
construit, — ou plutôt il achève , — l’escalier et la façade orientale de la cour de la Fontaine. Il fait décorer, par Nîcolo dell’Abate, sur les dessins du Primatice , la salle des Fêtes, qui porte son nom, la merveille du château de Fontainebleau.
Mais les grâces folâtres, les jeux et les fêtes vont s’enfuir et céder la place aux intrigues politiques.
Henri II meurt en 1559; et, sous le règne de ses ' successeurs, la France est en proie aux guerres civiles et religieuses. Sous François II, en 1560, il se tint à Fontainebleau une assemblée des notables, provoquée par la reine mère dans le but apparent de calmer les haines qu’avaient soulevées les dissensions religieuses, mais en réalité pour ranimer les calvinistes et s’en faire au besoin un appui contre les Guises, alors tout-puissants et qui la tenaient pour ainsi dire en tutelle. Les princes lorrains, le connétable de Montmorency,
FONTAINEBLEAU
l’amiral Coligny, etc., s’y trouvèrent réunis. L’évêque de Valence , Montluc , fit des sorties vigoureuses contre les vices du clergé, puis, s’adressant à la reine mère et à Marie Stuart, présentes toutes deux: < Pardonnez-moi, mesdames les reines, si j’ose entreprendre vous supplier qu’il vous plaise ordonner qu'au lieu de chansons folles , vos filles et toute votre suite ne chantent que les psaumes de David.... » Catherine ne tint pas grand compte de ces admonitions. Manœuvrant avec habileté entre les deux partis qui se disputentla suprématie et qui cherchent à enlever le jeune roi Charles IX jusque dans sa résidence de Fontainebleau, elle triomphe, et, arrivée au faîte du pouvoir, elle cherche à faire de sa cour un théâtre de plaisirs et de voluptés. Cent cinquante filles d’honneur dont elle s’entoure, et qu’elle a soin de choisir parmi les plus belles, deviennent les auxiliaires de sa politique. C’est avec cette escorte , plus redoutable au courage des Ligueurs et des huguenots que les arquebuses et les canons , qu’elle se rend , le 31 janvier 1564, à Fontainebleau, pour y voir les ambassadeurs du pape, de l’empereur , du roi d’Espagne et d’autres souverains et princes catholiques , qui venaient réclamer l’exécution des articles du concile de Trente, c’est-àdire demander que la France exerçât des persécutions nouvelles contre les réformés , et revint sur l’édit de la pacification d’Amboise. La reine et le roi son fils ne crurent pas le moment opportun pour rouvrir l’arène sanglante des discordes civiles; ils répondirent par un refus. Puis les fêtes commencèrent, où les chefs des deux partis luttèrent de courtoisie et de prouesses .
Ces fêtes furent splendides ; il faut lire dans le P. Daniel , et même dans le grave Castelnau ( ce dernier fut acteur dans les divertissements), le récit de ces sortes de représentations théâtrales jouées par les courtisans eux-mêmes, mélange gracieux de la poésie mythologique et des souvenirs de la Table ronde, et qui caractérise si bien cette époque. Il y eut des combats entre des Grecs et des Troyens luttant pour leurs dames, des tournois et des tours enchantées dont on fit le siège ; les filles d’honneur de la reine mère y remplirent les rôles des sirènes , allégorie peut-être trop transparente et qui révélait les desseins artificieux de Catherine. Mais la troupe légère s’enfuit et se disperse de nouveau. Voici venir Henri III , tout occupé de ses mignons et de ses pèlerinages ; il donne à peine un souvenir à Fontainebleau, qui reste morne et désert jusqu’à l’avénement d’Henri IV.
Henri IV fut, après François I* r , le plus grand constructeur du château de Fontainebleau. Il doubla la superficie des bâtiments et des jardins. Il y fit travailler depuis 1593 jusqu’en 1609, et y dépensa la somme, énorme pour le temps, de 2 440 850 livres. Entre autres constructions, on lui doit la grande galerie de Diane, la cour des Offices et les vastes bâtiments qui l’encadrent, avec la porte d’entrée sur la place d’Armes; le dôme élevé au-dessus de la porte qui de la cour Ovale va à celle des Offices (c’est sous ce dôme qu’eut lieu le baptême de Louis XIII, et la porte prit le nom de porte Dauphine ) ; les bâtiments de la cour des Princes ; la restauration générale de la chapelle de la Sainte- Trinité (l’ambassadeur d’Espagne avait dit à Henri IV, qui lui montrait le château : o Cette maison serait plus belle, sire, si Dieu y était logé aussi bien que votre Majesté *) ; le pavillon du surintendant des finances. Il agrandit les jardins et fit creuser le grand canal de 1200 mètres de longueur sur 39 de largeur, dans un vaste terrain qu’il planta de beaux arbres et qu’il orna de pièces d’eau, toutes détruites aujourd’hui, à l’exception de la pièce du Miroir. L’habile ingénieur italien Francini changea les dispositions du parterre planté par François I er , qu’on avait nommé jusqu’alors le jardin du Roi, et qui fut appelé depuis le jardin du Tibre , à cause d’une figure colossale placée au centre d’une fontaine, sur un
FONTAINEBLEAU
rocher factice et percé à jour. Cette statue, que François 1 er avait fait couler en bronze, fut fondue pendant la Révolution. On doit également à Henri IV le réservoir voûté, de 750 mètres de longueur, qui prend son origine aux hameaux des Feleux et des Provençaux, et fournit 40 pouces d’eau limpide au château et à la fontaine de la place d’Armes. ,
Henri IV fit de longs séjours à Fontainebleau; il aimait à s’y livrer à ce plaisir de la chasse qui a été une passion persistante chez la plupart de nos rois. < Le même jour, dit Sully, Sa Majesté, après avoir chassé à l’oiseau, fit une chasse au loup, et ‘ finit la journée par une troisième chasse au cerf, qui dura jusqu’à la nuit, malgré une pluie de trois ou quatre heures. On était alors à six lieues du gtte. Le roi arriva un peu fatigué.... Voilà ce que les princes appellent s’amuser ; il ne faut disputer ni des goûts ni des plaisirs. »
Il est une autre passion qui ne tient pas moins de place dans la vie d'Henri IV; mais, par suite de la multiplicité de ses amours, on ne voit pas régner longtemps à Fontainebleau une favorite, comme sous François I" et Henri II. Gabrielle d’Estrées vient lui rendre visite; Henri lui écrit ce billet, en 1599 : « De nos délicieux déserts de Fontaine-belle-eau. Mes chers amours.... je me porte
bien, Dieu merci, je ne suis malade que du désir de vous voir. »
Le chiffre mystérieux d’un -S- barré par un trait (Estrées) est mêlé dans différentes parties du château à celui de Marie de Médicis ; le chiffre de la concubine au chiffre de la femme légitime.
La porte dorée.
ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON
L’exemple avait été donné par Henri II; le Louvre à Paris est paré de cette immoralité royale. Henri IV fit décorer de peintures la galerie de Diane, pour satisfaire, dit-on, un caprice jaloux de Gabrielle qui, à l’exemple de Diane de Poitiers, voulait aussi avoir son Olympe où elle figurât avec le croissant sur la tête. Quand l’Olympe, commandé à Ambroise Dubois, fut prêt, la divinité était morte. Le croissant revint de droit à Marie de Médicis.
C’est à Fontainebleau qu’HenrilV vit naître son fils Louis XHI; c’est à Fontainebleau que fut arrêté le maréchal de Biron , son ancien compagnon d’armes et son ami, qui le trahissait alors. Le roi , à qui Lafin , confident des intrigues de Biron avec l’Espagne et la Savoie, avait révélé tout le complot, fit des tentatives réitérées et vaines auprès du maréchal pour obtenir l’aveu de ses torts. Biron fut arrêté dans une antichambre dont les dispositions ont été changées depuis. Transféré à Paris, il eut la tête tranchée dans la cour de la Bastille (1602).
Après la mort d’Henri IV, la régence orageuse et tracassière de Marie de Médicis laissa Fontainebleau désert pendant plusieurs années. Le cardinal de Richelieu y fut reçu en 1625 avec une grande distinction. Le roi lui donna un festin dans la grande salle de bal; Marie de Médicis, une collation dans la galerie d’Ulysse , et Anne d’Autriche , une collation dans la galerie de Diane. Peu après, la cabale formée contre lui, et à la tête de laquelle était le frère du roi, voulut le faire enlever da»s les environs de Fontainebleau, et peut-être le mettre à mort. Le comte de Ghalais, amant de la duchesse de Ghevreuse, qui s’était chargé de l’exécution du complot, alla le révéler à Richelieu; mais, continuant à trahir les uns et les autres, il fut arrêté par ordre de Richelieu, et il eut la tête tranchée à Nantes (1626). — Le jour de la Fête-Dieu de l’année 1633, Louis XIII toucha douze cent soixante-neuf malades des écrouelles, réunis dans l’allée royale, le long de l’étang, près du jardin des Pins. — Richelieu revint une dernière fois, en 1642, à Fontainebleau, après l’exécution de Cinq-Mars et de de Thou. Il occupa l’hôtel d’Albret, dépendance du palais aujourd’hui détruit. Il était malade et déjà près de la tombe. « On le portoit dans une machine, raconte Tal-
FONTAINEBLEAU
lemant des Réaux, et, pour ne pas l’incommoder, on rompoit les murailles où il logeoit, et si c’étoit par eau, on faisoit une rampe dès la cour, où il entroit et descendoit par une fenêtre dont on avoit ôté la croisée. » Ce qui fit dire par allusion à la mort de Cinq-Mars, que cette prédiction de Michel Nostradamus s’était réalisée :
Quand bonnet rouge passera par la fenestre,
A quarante onces ( cinq marcs) on coupera la teste.
Louis XIV séjourna souvent à Fontainebleau, mais il devait
+ LAkCiiûr.
La salle des Fêtes, galerie d’Henri II.
établir ailleurs le siège habituel de sa grandeur et de sa magnificence. Sous la régence d’Anne d’Autriche, Fontainebleau reçut la visite de la reine d’Angleterre, femme de Charles I er (1644). Après cette reine exilée et malheureuse, une autre reine du Nord, qui avait volontairement abdiqué, Christine de Suède, y vint à son tour, pendant un second voyage qu’elle fit en France. Cette reine si singulière dans ses manières et sa toilette, cette femme alors âgée de trente et un ans , c qui avait l’air, dit Mlle de Montpensier, d’un joli garçon; qui jurait Dieu, jetait ses jambes
ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON
d’un côté et de l’autre, les posait sur les bras de sa chaise....» avait reçu l’ordrè de s’arrêter à Fontainebleau. Louis XIV vint lui rendre visite. Un mois après, elle épouvantait cette paisible résidence par une tragique histoire qui est restée le souvenir funèbre et sanglant du château. Le P. Lebel, supérieur des Mathurins, a laissé un récit naïf et émouvant de cet événement. Le 10 novembre 1657, à une heure après midi, il fut appelé auprès de la reine. Il la trouva dans, la galerie des Cerfs 1 , ayant près d’elle trois officiers de sa suite, et parlant à un quatrième, le marquis de Monaldeschi. Elle montrait des lettres à ce dernier, et le força d’avouer que ces lettres étaient de lui. Il chercha d’abord à s’excuser. « Enfin il se jeta aux pieds de cette reine, lui demandant pardon, et en même temps les trois hommes qui étaient là présents tirèrent leurs épées hors du fourreau. Alors il se leva, tira la reine tantôt dans un coin de la galerie, tantôt dans un autre, la suppliant toujours de l’écouter. Sa Majesté ne lui dénia jamais rien, mais l'écouta avec une grande patience. « Mon père, me dit-elle, soyez témoin que je donne à ce traître, * à ce perfide, tout le temps qu’il veut.... » Après une heure de conférence, le marquis ne contentant pas cette reine par ses réponses, Sa Majesté me dit, d’une voix assez élevée, mais grave et modérée: i Mon père, je me retire et vous laisse cet homme ; « disposez-le à la mort et prenez soin de son âme. » Quand cet arrêt eût été prononcé contre moi, je n’aurais pas eu plus de frayeur.
« Monaldeschi se jette de nouveau aux pieds de la reine ; le P. Lebel la supplie à son tour : inexorable, elle sort de la galerie. Les trois hommes pressent Monaldeschi de se confesser, l’épée contre les reins. Leur chef lui-même va près de Christine pour la fléchir ; il revient en disant à Monaldeschi de se préparer à la mort. Le marquis éperdu conjure le P. Lebel de venir à son aide. Le moine retourne près de la reine et la supplie « les larmes aux yeux et les sanglots au cœur ; » elle refuse obstinément toute grâce. En vain essaye-t-il de lui démontrer qu’elle ne saurait ordonner un tel meurtre dans le palais du roi de France, et
1. Cette galerie n’existe plus depuis longtemps; elle est aujourd’hui convertie en appartements particuliers.
FONTAINEBLEAU
qu’il vaut mieux recourir aux voies ordinaires de la justice ; Christine répond qu’elle est reine partout, et qu’ën elle réside la justice absolue et souveraine sur ses sujets.
« Je rentrai alors dans la galerie, dit le P. Lebel, en embrassant ce pauvre malheureux qui se baignait en ses larmes. » Nous renoifçons à suivre dans son récit les horribles détails de ce drame sanglant, de cette longue agonie prolongée par la cotte de mailles que Monaldeschi portait sous son pourpoint. La mal-
La galerie de François I ,r .
adresse des assassins est égale à la lâcheté de la victime. Après avoir reçu un dernier coup d'épée, Monaldeschi « demeura plus d’un quart d’heure à respirer, durant lequel je lui criais et l’exhortais de mon mieux. Et ainsi ayant perdu son sang, il finit sa vie à trois heures et trois quarts après midi. Le chef des trois lui remua un bras et une jambe, déboutonna son haut-dechausses et son caleçon, fouilla dans son gousset et ne trouva rien, sinon en sa poche un petit livre d 'Heures de la Vierge et un petit couteau. Après quoi ils partirent tous les trois, et moi
ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON
après, pour recevoir les ordres de Sa Majesté. Elle me commanda d’avoir soin de l’enterrer et me dit qu’elle voulait faire dire plusieurs messes pour son âme. * Monadelschi fut enterré à l’église d’Avon. Quelle avait été la cause de sa condamnation et de sa mort? Probablement la jalousie et la vanité blessée de Christine. * Ce n’était pas, a dit Voltaire, une reine qui punissait un sujet ; c’était une femme qui terminait une galanterie par un crime. » Malgré l’horreur de cette action sauvage, Christine fut accueillie à la cour et assista aux fêtes dont le jeune roi Louis XIV était le héros, et quelquefois un des acteurs. Un jour il récita des vers et dansa au ballet des Saisons, composé, croit-on, par Benserade, et qui fut joué en grande pompe à Fontainebleau, le 23 juillet 1661. C’est à cette époque qu’il devint amoureux de Mlle de La Vallière.
En 1686, le prince de Condé meurt à Fontainebleau, où il était venu soigner sa belle-fille la duchesse de Bourbon, malade de la petite vérole.
Quand Louis XIV eut établi sa résidence à Versailles et à* Marly, il faisait tous les ans le voyage de Fontainebleau. Il couchait ordinairement en route, soit à Petit-Bourg , chez le duc d’Antin, soit à Villeroy, chez le maréchal de ce nom ; il voulait que sa cour fût nombreuse et brillante ; tous les princes de la famille royale devaient être du voyage : c’était lui déplaire que d’être malade. Les princesses, même enceintes, ne pouvaient se faire excuser malgré les avis des médecins. C’est ainsi qu’il fit faire à la duchesse de Berry une fausse couche, en 1711. Pour lui obéir, elle vint en bateau jusqu’à Valvin. Mme de Maintenon, pour laquelle un appartement avait été disposé près de la salle d’Henri II, régnait alors dans ce château où avaient régné avant elle la duchesse d’Étampes, Diane de Poitiers, Gabrielle d’Estrées.
Le 9 novembre 1700, un courrier apporta à Fontainebleau la nouvelle de la mort du roi d’Espagne, qui, par son testament, appelait le petit-fils de Louis XIV au trône. « Le roi, qui allait tirer, dit Saint-Simon, contremanda la chasse.... Il manda aux ministres de se trouver à trois heures chez Mme de Maintenon. Monseigneur était revenu de courre le loup , il se trouva aussi à
FONTAINEBLEAU
trois heures chez Mme de Maintenon. Le conseil y dura jusqu’à deux heures .. Quelque accoutumé qu’on fût à la cour à la faveur de Mme de Maintenon, on ne l’était pas à la voir entrer publiquement dans les affaires, et la surprise fut extrême de voir assembler deux conseils en forme chez elle, et pour la plus grande et la plus importante délibération qui de tout ce long règne et de beaucoup d'autres eût été mise sur le tapis. A la fin de cette longue conférence, le roi, s’adressant à Mme de Maintenon : c Et vous ,
<r madame , que dites- « vous de tout ceci ? »
Elle à faire la modeste; mais enfin , pressée et commandée, elle fut d’avis d’accepter le testament. » Quelques jours après, la cour était de retour à Versailles, et Louis XIV y proclamait le duc d’Anjou roi d’Espagne.
En 1717 , Fontainebleau reçut la visite du czar Pierre I er . * Le lieu lui plut médiocrement, ditSaint-Simon, et point du tout la chasse, oû il pensa tomber de cheval; il trouva trop violent cet exercice, qu’il ne connaissait point. Il voulut manger seul avec ses gens, au retour dans l’ile de l’Êtang. 11 revint à Petit- Bourg dans un carrosse avec trois de ses gens. Il parut dans ce carrosse qu’ils avaient largement bu et mangé. » — En 1768, c’était un autre souverain du Nord, Christian VII, roi de Danemark, qui venait à Fontainebleau visiter Louis XV; il y assista à la première représentation de Tancrède.
Cheminée du salon de François I".
ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON
Sous l’influence de Mme de Pompadour, une des dernières courtisanes-reines que Fontainebleau était habitué à voir à côté des souverains, un petit théâtre mesquin avait été construit dans la salle de la Belle cheminée. C’est là qu’en 1752 eut lieu la première représentation de l’opéra du Devin du village. Tout le monde se rappelle avoir lu dans les Confessions de J. J. Rousseau comment il y assista, placé sur le devant de la loge de l’intendant des menus plaisirs, faisant face à celle du roi, dans un équipage plus que modeste, la barbe longue et la perruque mal peignée, tour à tour humilié de sa tenue négligée, à cause des femmes élégantes qui l’entouraient, et honteux de sa pusillanimité, à cause de sa philosophie ; il partit le lendemain matin pour éviter d’être présenté à Louis XY. — Un autre philosophe, moins facile à déconcerter que lui , et qui , d’ailleurs , était gentilhomme de la chambre, Voltaire, séjourna aussi quelques jours à Fontainebleau; il négligeait un peu les devoirs de sa charge. « Tous les soirs, écrit-il, je fais la ferme résolution d’aller au lever du roi ; mais tous les matins je reste en robe de chambre avec Sémiramis. * Il était logé chez le duc de Richelieu avec Mme du Châtelet. Un soir que la marquise perdait chez la reine une somme de 84 000 livres, Voltaire lui dit en anglais qu’elle j ouait avec des fripons. Comme ces fripons étaient de puissants personnages, il trouva prudent d’aller se mettre à Sceaux sous la protection de la duchesse du Maine. A la cour de Sceaux, ils déplurent à tout le monde par leur humeur difficile et tracassière.
Fontainebleau n’eut point à rougir des honteux excès dans lesquels s’éteignirent les dernières années de Louis XV ; le petit-fils de Louis XIV y faisait seulement une apparition tous les ans. 11 construisit la salle de spectacle, incendiée en 1856, et l’aile neuve de la cour du Cheval blanc ; et, pour élever cette misérable bâtisse, il détruisit la galerie d’Ulysse.
Louis XVI vint à son tour chasser à Fontainebleau ; Marie- Antoinette fit faire des dispositions intérieures dans le château ; mais le séjour habituel de la cour était à Versailles, à Trianon.... Quand l’orage amassé de longue date éclate, la famille royale n’a plus bientôt qu’une dernière résidence, le Temple, d’où elle ne
La foret de Fontainebleau, vue prise au Gros-Fouteau.
sort que pour monter sur l’échafaud. Pendant la Révolution , Fontainebleau fut délaissé. En 1794, il servait de caserne à des prisonniers de guerre. En 1804, Napoléon fit restaurer le château pouf y loger le pape, qui venait le sacrer. Le 25 novembre, à midi, il alla en habit de chasse dans la forêt au-devant de Sa Sainteté, à la croix de Saint-Hérem. Plus tard il faisait arrêter, en Italie, le pontife dans son palais; puis on le transférait à Savone, et en 1812 à Fontainebleau. Peu de temps après son retour de la campagne de Russie, le 19 janvier 1813, Napoléon, qui venait de chasser à Grosbois, se rend à l’improviste à Fontainebleau, entre brusquement dans l’appartement de Pie VII , et l’embrasse avec effusion ; le pape, touché, l’accueille affectueusement. Le lendemain, dans une nouvelle entrevue, Napoléon met en jeu toutes ses séductions; le pape, gagné, cède et signe, le 25 janvier 1813, ce célèbre concordat de Fontainebleau, par lequel il renonçait à la souveraineté temporelle des États romains, et contre lequel il ne tarda pas à protester.
Cette abdication de Pie VII n’était que le prélude d’une abdication autrement grande et solennelle; et, par un singulier retour des destinées humaines, cette seconde abdication devait être celle de Napoléon lui-même , et ce même palais de Fontainebleau devait en être le témoin. Épuisé de ses victoires de Champaubert, de Montmirail, de Vauchamp, de Nangis , de Montereau, l’empereur, ayant laissé son quartier général à Troyes, arrive à Fontainebleau le 30 mars 1814, sur le soir. Il espérait que Paris se défendrait assez pour lui laisser le temps de venir à son secours. La lâcheté des uns, la trahison des autres, la lassitude de tous, lui enlevèrent cette dernière espérance. Alors il adressa aux chefs de l’armée ennemie une déclaration où il réservait les droits de la régente et de son fils; mais, les souverains alliés ayant refusé de traiter sur cette base, il dut se résigner, après une lutte douloureuse avec lui-même, et il traça de sa main la formule suivante de son abdication : i Les puissances alliées ayant proclamé que l’empereur Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l’empereur, fidèle à son serment, déclare qu’il renonce, pour lui et ses successeurs, aux trônes de France et d’Italie, et qu'il n’est
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aucun sacrifice personnel, même celui de la vie, qu’il ne soit prêt à faire aux intérêts de la France. >
Le fac-similé de cette déclaration , encadré sous verre , était conservé dans la pièce du palais où s’est consommé ce grand acte. Il en a été enlevé récemment. On garde aussi le guéridon sur lequel cette abdication fut écrite. Un autre souvenir, le plus populaire de tous, assigne au palais de Fontainebleau une place mémorable dans l’histoire de l’Empire. Le 20 avril était le jour fixé pour le départ de Napoléon, que des commissaires étrangers devaient accompagner à l’île d’Elbe. Ce jour-là , il sort de son appartement à midi , suivi des généraux Drouot et Bertrand ,
Entrée des gorges d’Apremont.
descend vivement l’escalier du Fer-à-cheval, s'arrête un moment sur les dernières marches, et, jetant un coup d’œil rapide autour de lui, donne ordre au général Petit de faire former le cercle aux soldats delà vieille garde, réunis dans la cour du Cheval blanc; il s’avance au milieu des officiers, et fait ses célèbres adieux à son armée. Après avoir serré dans ses bras le général Petit, il s'arrache au spectacle de ses soldats en' larmes; ses officiers le conduisent en pleurant à sa voiture , et Fontainebleau retombe dans le silence et la tristesse. » Un an plus tard, dit M. Vatout, le 20 mars 1815, Napoléon , dans cette même cour du Cheval blanc, passait en revue ses vieux grenadiers qui l’avaient accompagné à l’île d’Elbe et qui le ramenaient aux Tuileries! *
ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON
Louis XVIII fît décorer la galerie de Diane , et , par une inscription en lettres d’or répétée sur les cinq portes, et enlevée dans ces dernières années, il data cette restauration de la vingthuitième année de son règne, supprimant sa propre restauration à lui-même. Ce fut à Fontainebleau qu’il reçut Caroline de Naples, fiancée au duc de Berry.
Charles X ne vint à Fontainebleau que pour y chasser. Le 30 juillet 1830, à six heures du matin, la duchesse d’Angouldme arrivait dans la cour du Cheval blanc de fatale mémoire , et y apprenait le triomphe de l’insurrection de Paris.... Le 30 mai 1837, le mariage du duc d’Orléans et de la princesse Hélène de
Sortie des gorges d’Apremont.
Mecklembourg était célébré au château, fête pleine d’espérances et de promesses, comme tant d’autres fêtes pareilles....
Louis-Philippe a dépensé des sommes considérables & la restauration du palais de Fontainebleau. Ce qui restait des peintures du Rosso et du Primatice a été rajeuni par des peintres de talent. Des distributions nouvelles , des remaniements regrettables ou heureux ont modifié le palais à l’intérieur. La plus éclatante des restaurations opérées par Louis-Philippe est celle de la galerie d’Henri II. Au rez-de-chaussée, au-dessous de cette galerie, a été établie une vaste salle à manger, qui lui est égale en longueur. Parmi les autres restaurations, il faut mentionner en-
FONTAINEBLEAU
core celles de la chapelle Saint-Saturnin, de la salle des Gardes, de la salle de Saint-Louis, des salons de François 1 er et de Louis XIII, de la galerie des Assiettes, de la Porte dorée , de plusieurs escaliers et vestibules, enfin la grande restauration de la galerie de François I er , le dernier travail entrepris par Louis- Philippe, et qu’il ne put mener à terme.
Ce beau et curieux palais , dont nous venons de résumer l’intéressante histoire , est entouré de trois jardins , le Parterre, le Jardin du Roi , anciennement le Jardin de l’Orangerie, et le Jardin anglais. Le parc proprement dit a 84 hectares. Il s’étend à l’est
La caverne ténébreuse.
du Parterre et de Fontainebleau. Le canal , que fit creuser Henri IV et qui a près de 1200 mètres de longueur sur 39 mètres de largeur, se divise en deux parties inégales. Il est borné au nord par les murs de la longue treille du roi; au sud , par les bois d’Avon , et à son extrémité par les champs et les jardins maraîchers de Changis et d’Avon. On y descend du Parterre par deux rampes que ferment des grilles entre lesquelles est con struit un château d’eau nommé les Cascades.
Une magnifique avenue, bordée d’ormes plantés il y a deux cents ans, traverse le parc dans sa longueur, parallèlement à
ITINÉRAIRE DE PARIS A DUON
celle des bords du canal, et sert de communication pour aller à Changis et à Aron.
La fameuse treille du roi produit, dit-on, année commune, de 3 à 4000 kilogrammes d’excellent chasselas.
Mais ce ne sont ni les jardins, ni le parc, ni la treille que l’on vient visiter à Fontainebleau, quand on a suffisamment admiré le palais : c’est la forêt. Cette forêt, dont la contenance est de 16 900 hectares et le pourtour de 80 kilomètres, n’a pas moins
Entrée des gorges de Franchard.
de 2000 kilomètres de routes et de sentiers. Les rochers y occupent un espace qu’on, évalue à 4000 hectares; ils forment de longues chaînes, ou collines, qui s’élèvent souvent, ainsi que les plateaux de cette contrée, jusqu’à 140 mètres au-dessus du niveau de la Seine, et marchent parallèlement entre elles, presque en ligne droite, de l’est à l’ouest. Si l’on traverse la forêt du sud au nord, on a huit ou dix de ces chaînes à franchir; quelquefois elles se rapprochent l’une de l’autre, et for-
FORÊT DE FONTAINEBLEAU. 43
ment alors des gorges étroites et allongées. Le sable et le grès de ces collines constituent une assise très -puissante, atteignant, mais rarement à la vérité, jusqu’à 35 mètres. On remarque à la partie supérieure des bancs de 6 à 7 mètres d’épaisseur, traversés très-irrégulièrement de nombreuses fissures, d’un grès généralement dur, et d’un grain si fin qu’il prend souvent l’aspect lustré : ce sont les plateaux élevés de la forêt ; leur surface ondulée n’est recouverte, dans de certains endroits, que d’un peu de terre végétale aride et improductive. C’est ce
Restaurant de Francbard.
banc, connu sous le nom de Banc royal, qui est exploité de préférence pour le pavage ; il est dépourvu de fossiles. Au-dessous , on trouve une masse considérable de sable, quelquefois d’un blanc éclatant, plus ordinairement coupé de lits nombreux d’un sable jauni ou rougi par l’hydrate de fer, et renfermant de nombreuses masses irrégulières d’un grès plus tendre.
Les huit ou dix chaînes qui traversent la forêt semblent être des lambeaux d’une ancienne assise de sable et de grès qui s’étendait sous toute la contrée, et qui aurait été en grande partie dé-
truite par des cataclysmes postérieurs à leur formation. Les vallées qui les séparent auraient été formées par érosion et creusées par des courants sous-marins d’une grande puissance. Les roches horizontales formant le plateau d’une colline se continuent au même niveau sur le plateau des collines voisines ; et, aux bords de chaque plateau , les immenses tables de grès, privées d’appui par l’entrainement dans des parties basses des sables sur lesquels elles reposaient , se sont brisées , affaissées par leur poids, et leurs débris ont produit, en glissant sur les flancs des collines et en s’entassant les uns sur les autres, ce chaos sauvage et pittoresque qui donne à la forêt de Fontainebleau un caractère si particulier.
« La quantité de pavés que l’on enlevait de la forêt avant 1848 s’évaluait à environ k millions, dont le poids excédait 100 millions de kilog. Cette lourde marchandise ne produit à l’État qu’un droit minime qu’absorbe et au delà l’entretien des routes, facilement dégradées par les voitures de transport. Les sables blancs sont exploités par les verreries et les manufactures de glaces. On en expédie même pour l’Angleterre des chargements assez considérables. Ces diverses exploitations occupent et font vivre près d’un millier de ménages à Fontainebleau et dans les communes limitrophes de la forêt. * (Denecoürt.)
Les espèces principales de la forêt sont le chêne, le hêtre, le charme et le bouleau. Le chêne, qui est l’arbre le plus commun, atteint dans certains endroits une hauteur considérable ; on en rencontre qui ont jusqu’à 7 mètres de circonférence. Quelquesuns de ces vieux arbres ont acquis de la célébrité ; on ne les aborde qu’avec ce sentiment de vénération que l’homme, rapide passager sur la terre, est toujours disposé à accorder aux choses qui ont supporté le poids et résisté à l’action des siècles. Du reste, comme cela arrive souvent, la renommée n’appartenait pas toujours aux plus dignes; et, sans les recherches et les nomenclatures de M. Denecourt, une foule d’arbres magnifiques, que les touristes vont aujourd’hui admirer, seraient restés inconnus. Les plus vieilles futaies sont, dans le voisinage de la route de Fontainebleau à Paris, celles du Bas-Bréau , à l’entrée de la forêt
FORÊT DE FONTAINEBLEAU
du côté de Chailly, du Gros-Fouteau, de la Tillaie du roi, etc. Les futaies non moins remarquables des Érables du Déluge , près de la route de Nemours, de la Mare aux Évées, ont disparu sous le règne de Louis-Philippe.
L’essence la plus rare autrefois, mais qu’on a cherché à répandre le plus depuis quelques années, c’est le pin. La culture en a été pratiquée en 1784. Déjà, au milieu du xvn' siècle, on avait essayé d’introduire la culture du pin maritime , naturalisé dans les landes
La gorge aux Loups.
de Bordeaux. Le grand hiver de 1709 fit périr les plants. Une nouvelle tentative faite sous Louis XVI ne fut pas plus heureuse. Enfin M. Lemonnier, médecin de Marie-Antoinette, et bon botaniste, pensantque le pin du Nord ou pin sylvestre résisterait mieux aux grandes gelées, fit venir du Nord des plants et des graines, et en peupla le rocher d’Àvon, où ils réussirent parfaitement. Depuis lors les pins ont envahi successivement les terrains les plus arides, et masqué de leur sombre végétation les collines de rochers restées nues jusque-là, contribuant ainsi à faire disparal-
ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON
tre de jour en jour cet aspect de solitude sauvage qu’offrent certaines parties de la forêt, telles que les gorges d’Apremont , de Franchard, du Houx. Les semis de pins ont été surtout propagés sous le règne de Louis-Philippe.
L’étendue des repeuplements en bois résineux dans la forêt de Fontainebleau est aujourd’hui de 5000 hectares sur 16 900. Le pin sylvestre forme la majeure partie de ces repeuplements : c’est l’essence la mieux appropriée à l’état du sol, la plus productive et la plus propre à préparer les terrains sablonneux pour recevoir plus tard de bonnes essences feuillues. Dans quelques cantons, on voit beaucoup de houx et de genévriers, âgés de plusieurs siècles, dont le maigre et triste feuillage pend çà et là dans le voisinage des rochers.
La forêt de Fontainebleau n’est pas aménagée. Elle est exploitée partie en taillis, partie en futaie pleine, sans que l’âge des coupes soit parfaitement déterminé. Les plus belles futaies, les plus âgées, sont, du reste, un luxe végétal que l’on conserve pour l’agrément pittoresque et non pour le produit : au delà d’une certaine période, les arbres perdent plus qu’ils ne gagnent. Le produit estimatif moyen de la forêt de Fontainebleau est évalué entre 350 et 500 000 francs. Mais ce dernier chiffre est quelquefois de beaucoup dépassé par des coupes extraordinaires.
Dans son dernier ouvrage, M. Denecourt donne une flore choisie de Fontainebleau, et les catalogues des oiseaux et des insectes que l’on y rencontre. Il évalue le nombre des cerfs à 50 environ; des biches à 70; des chevreuils à 50, et des daims à 30, dont 26 femelles. Il n’y a plus de Sangliers, mais ils étaient nombreux avant l’Empire. Au siècle dernier, on évaluait à 3000 le nombre des cerfs, biches et daims. La vipère, dqnt la piqûre est si redoutable, était très-multipliée autrefois; mais elle devient de plus en plus rare, car des primes ont été accordées pour sa destruction.
Au moyen âge, la forêt de Fontainebleau s’appelait la forêt de Bière (en latin Bieria), nom dérivant, dit-on, d’un chef danois, Bier Côte-de-Fer, qui, après avoir dévasté la Normandie et l’Ile-de- France, vint, en 835, planter ses tentes dans la contrée située entre la lisière du bois et Melun, et qui exerça des cruautés inouïes.
FORÊT DE FONTAINEBLEAU
kl
A l’époque où la forêt fut érigée en domaine royal, elle était plus resserrée dans ses limites qu’aujourd’bui; François I er l’augmenta beaucoup, soit par des acquisitions de terrain, soit par des confiscations opérées sur des particuliers et des nobles. Les nomsde plusieurs cantons, tels que ceux du bois Gautier, de Mdcherin, des Ventes Bouchard, Chapelier, Girard, etc., en sont la preuve . Les noms de plusieurs autres cantons nous montrent aussi qu’ils furent autrefois habités : l'étoile des Petites- Maisons, le carrefour du Puits fondu, les Écuries royales.
La mare aux Fées.
La forêt de Fontainebleau a eu aussi sa légende du Chasseur noir, son Robin des Bois, sous le titre du Grand-Veneur. «On cherche encore, dit Sully, de quelle nature pouvait être ce prestige, vu si souvent et par tant d'yeux dans la forêt de Fontainebleau. C’était un fantôme environné d’une meute de chiens, dont on entendait les cris et qu’on voyait de loin, mais qui disparaissait dès qu’on approchait. » Henri IV, selon les historiens du temps, entendit un jour des bruits de cor et d’aboiements de chiens, d’abord éloignés, puis tout à coup rapprochés
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de lui, et un grand homme noir et fort hideux leva la tête et dit : M’entendez-vous? ou : Qu attendez-vous ? ou, selon d’autres : Amendez-vous , et il disparut. En 1646 eut lieu, dans la forêt de Fontainebleau, une autre aventure assez peu connue. Mazarin, attaqué par un sanglier, mit bravement l’épée à la main et tua l’animal.
Après avoir, en quittant la station de Fontainebleau, traversé le beau viaduc de Changis et laissé à droite le village d’Avon, on s’enfonce de nouveau en pleine forêt, où le chemin de fer se dirige à l'est, tantôt dans une tranchée (6", 70), tantôt sur un remblai; à droite, on longe la route de Fontainebleau à Moret; à gauche, on est dominé par le mont Andart. Près de la route de ronde on s’arrête à la station de Thomery.