SENS. — HISTOIRE
de Paris, même rue), aujourd’hui l’un des chefs-lieux d’arrondissement du département de l’Yonne, jolie ville de 10 645 habitants, située dans une plaine fertile, sur la rive droite de l’Yonne, près de sa jonction avec la Vanne, existait avant la conquête romaine. Elle était alors la capitale des Senones ou Sénonais, un des peuples les plus anciens et les plus puissants de la Gaule. On l’appelait Agendicum ou Agetincum. Elle résista longtemps à César, se soumit une première fois, se révolta bientôt, fut prise par Labiénus après la défaite de Vercingétorix, occupée par César et définitivement conquise.
Église de Saint-Martin du Tertre.
Quand l’empereur Valens divisa la Gaule en 17 provinces, Agendicum devint la métropole de la quatrième Lyonnaise. Les Romains relevèrent ses murailles bâties par les Gaulois, puis construisirent des théâtres, des cirques, des amphithéâtres, des arcs de triomphe, des aqueducs. Six grandes voies de communication venaient y aboutir : 1° d’ Alise, 2° de Meaux, 3° d’Orléans, 4° de Troyes, 5" de Paris, 6° d’Auxerre 1 . En 356, les
i. On peut consulter sur cet intéressant sujet Y Itinéraire des voies gallo-romaines qui traversent le département de l’Yonne, par Victor Petit. Paris, Didron 1851 , avec une carte.
ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON
Alamans et les Franks tentèrent en vain de la prendre d’assaut. Défendue par Julien, elle résista à toutes leurs attaques. Elle avait été de bonne heure convertie au christianisme par Savinien et Potentien, qui y souffrirent le martyre. Vers 615, saint Loup, son évêque, mit en fuite à l’aide d’une cloche les troupes de Thierry qui l’assiégeaient. En 731 ou 738 , son archevêque Ebbon (les chefs de l’Eglise de Sens prirent ce titre dès la fin du vix® siècle) défit lui-même les Sarrasins qui étaient sur le point de s’en emparer. Enfin, en 886, elle échappa aux ravages des Normands forcés de battre en retraite à la suite d’un siège de six mois.
Pendant les premiers temps de la féodalité, Sens fut gouvernée par des comtes amovibles qui devinrent héréditaires vers ' le milieu du x® siècle. Elle souffrit cruellement , à diverses époques, des querelles que ses comtes eurent avec leurs suzerains ou avec les archevêques. Elle fut plus d’une fois assiégée, prise, pillée et en partie incendiée. Aussi commença-t-elle dès lors à déchoir de son ancienne splendeur. Toutefois-, elle vit se tenir dans ses murs de nombreux conciles. En 1140, saint Bernard et Abélard s’y trouvèrent en présence. Attaqué par l’abbé de Clairvaux, l’amant d’Héloïse refusa de prendre la parole pour défendre ses doctrines; il en appela au pape du jugement du concile, qui condamna ses livres au feu.
Ea 1146, les bourgeois formèrent entre eux une association de défense mutuelle, sanctionnée, puis dissoute par Louis VII, sur la demande d’Eugène III. L’abbé Hébert , abbé de Saint-Pierre le Vif, avait fatigué ce pape des réclamations du clergé sénonais, pendant son séjour à Dijon. Les bourgeois furieux le massacrèrent à son retour. Louis VII investit la ville et punit les plus coupables; mais la lutte se continua pendant plus de quarante ans entre la bourgeoisie et le clergé. Philippe-Auguste y mit un terme en rétablissant la commune.
Sens avait toujours été une ville éminemment catholique. Dès 1522, un individu nommé Passagne y fut attaché au pilori et fouetté par la maiu du bourreau pour avoir mangé des petits poids’au lard en carême; en 1540, un chanoine y brûlait luimême un de ses neveux , un gentilhomme nommé Langlois , condamné au feu pour avoir prononcé quelques paroles légères