SENS. — HISTOIRE
sur la sainte Vierge. En 1562, la populace, soulevée par de faux bruits, massacra tous les protestants qui se trouvaient dans la ville. Aussi Sens fit-elle une chaleureuse réception à Charles IX, même avant la Saint-Barthélemy, et, plus tard, fut-elle une des premières villes de France qui embrassèrent la cause de la Ligue. C’est à Serbonnes, village peu éloigné, que naquit Jacques Clément, l’assassin d’Henri III. ,
* Après la bataille d’Ivry, dit M. Aristide Guibert ', Henri IV, sachant combien il lui importait de se rendre maître de Sens , se porta rapidement vers cette place , qu’il fit battre aussitôt par neuf grosses pièces de canon , du côté de la rue Champfeuillard, près de la porte Formeau (14 mars 1590) ; deux brèches furent pratiquées dans la muraille, ce qui, plus tard, fit remplacer l’ancien nom de Champfeuillard par celui de rue de la Brèche. Le gouverneur, Chanvallon, consentit à capituler ; mais les habitants , résolus à subir les extrémités les plus horribles de la guerre plutôt que de recevoir chez eux un prince huguenot, contraignirent Chanvallon à se défendre. Ils avaient une artillerie nombreuse , servie par les villageois des environs de Sens avec tant d’adresse et d’énergie, qu’un jour Henri IV étonné demanda de quel régiment étaient d’aussi bons tireurs : « Ce sont des sabotiers, » lui répondit-on , voulant désigner par là des campagnards. Au même instant, un coup, parti de l’un des fauconneaux , faillit atteindre le roi : « Ventre-saint-gris , s’écria-t-il , quels sabotiers l » et quelques jours après il leva le siège pour marcher sur Paris. Sens ne lui ouvrit ses portes qu’en 1594. Soit qu’il eût conservé quelque ressentiment de la résistance des Sénonais, soit qu’il n’eût pas oublié leurs dispositions à son égard , Henri IV dépouilla la commune de tous ses privilèges.
En 1622, Louis XIII obtint du pape Grégoire XV l’érection du siège de Paris en archevêché , et l'archevêché de Sens dut céder à celui de Paris les évêchés de Chartres , d’Orléans et de Meaux. Déjà, en 1543, il avait perdu les bailliages deTroyes, de Langres, de Melun, de Montargis, d’Auxerre, de Chaumont. En 1791 . M. de Brienne remplaça son titre d'archevêque de Sens
l. Histoire des Villes de France, t. ni.
ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON
par celui d’évêque du département de l’Yonne, et prêta serment à la constitution civile du clergé. Ce siège, supprimé en 1801, fut rétabli en 1817, avec son ancien titre d’archevêché.
En 1814, le général Allix, enfermé dans la ville de Sens, dont il avait fait murer toutes les issues , la défendit énergiquement contre des bandes de Cosaques qui étaient venues l’assaillir. Le 10 février, le prince de Wurtemberg, étant arrivé avec une partie du quatrième corps , devant cette place forte improvisée , essaya de la prendre d’assaut. Deux attaques restèrent sans résultat. Les alliés allaient se retirer, quand le hasard, ou la trahison, les introduisit dans la ville par une petite porte pratiquée au bas du mur de la promenade du bail , et communiquant avec le collège. Le général Allix dut se replier sur l’autre rive de l’Yonne. A cette époque, Sens était encore entourée de ses vieilles murailles gallo-romaines, dont l’enceinte présentait-un ovale allongé et très-régulier. Huit portes donnaient accès dans cette enceinte. Ces portes , reconstruites pour la plupart vers la fin du xiv e siècle, ont été malheureusement détruites, et les murailles gallo-romaines, qui avaient résisté aux attaques des Wurtembergeois , sont tombés sous la pioche des démolisseurs. Il n’en reste que d’insignifiants débris. Une partie importante des inscriptions et des bas-reliefs que ces démolitions ont fait découvrir se trouve actuellement réunie dans le musée archéologique dont nous parlerons ci-dessous.
Sens est généralement bien bâti et propre. Ses rues, un peu étroites, mais droites et bien percées, sont assainies par des ruisseaux d’eau courante, provenant de l’Yonne et de la Vanne, et dont on peut à volonté augmenter ou diminuer le volume. Quand on y arrive, n’importe par quelle route , la cathédrale attire de loin les regards. C’est de tous ses monuments celui qui mérite et qui reçoit la première la visite des étrangers.
Saint-Étienne, la cathédrale de Sens, occupe, dit-on, l’emplacement d’un temple païen sur les ruines duquel saint Savinien avait construit, vers la fin du ni® siècle, une petite église dédiée à la Vierge. Cette église et deux chapelles, qui y avaient été annexées, furent rebâties en 841, réparées en 947, puis incendiées en 959. Saint Anastase jeta, en 972, les fondations de
LA CATHÉDRALE