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VILLENEUVE-SUR-YONNE

de distance dans la Grand’Rue en face de l’église Notre-Dame, l’une des plus belles églises du département de l’Yonne.'Avant de décrire ce monument, résumons en quelques mots l'histoire de la ville, plus ancienne que son nom ne semble l’indiquer.

Vers la fin du xn c siècle, on abattit, sur toute la surface de la France, une grande quantité de forêts, pour construire sur leur emplacement des villages ou des bourgs qui prirent presque tous alors le nom de Villeneuve, villa nova. Ainsi le département de l’Yonne compte sept localités de ce nom : Villeneuve-l’Archevêque , Villeneuve-la-Guyard , Villeneuve-aux- Riches-Hommes, Villeneuve-les-Genests, Villeneuve-Saint-Salve, Villeneuve-la-Dondagre et Villeneuve-le-Roi ou sur Yonne.

A son origine, Villeneuve-le-Roi s’appela Villelongue, parce qu’elle s’étendait sur une ligne de 3000 mètres. Elle n’était guère habitée que par des lépreux, — une léproserie y avait été établie, — et par des juifs. Dans le principe, il était permis aux juifs d’y résider, mais, en 1147, le page Eugène , lors de son séjour à Sens, les en chassa. Vers 1170, Louis VII fonda la ville actuelle, qui , en 1204, possédait un château fort, devenu une des huit résidences royales à cette époque. Ce château, nommé les Salles , a été complètement détruit en 1820. On a démoli la chapelle Saint- Jean , qui en dépendait; mais, dans un vaste emplacement qui a gardé la dénomination ancienne, on remarque encore des restes de fondations considérables, reliés à une grosse tour ronde dite à tort de Louis le Gros, et qui fait partie de l’enceinte fortifiée de la ville. Cette enceinte, bâtie au xm e siècle, a été presque entièrement démolie. Il faut 20 minutes pour en faire le tour. Des jardins potagers sont cultivés dans ses fossés jadis remplis d’eau , larges encore de 25 mètres et profonds de 10 mètres. Elle était percée de cinq portes, dont deux seulement, la porte de Sens et la poTte de Joigny, restent debout aujourd’hui, les trois autres, la porte du Pont, la porte de Rampillon et la porte du Val-Profond, ayant été démolies presque complètement.

Les deux portes actuellement existantes de Villeneuve-sur- Yonne , — espérons que le conseil municipal ne • les fera pas abattre, — étaient bâties à peu près sur le même plan; elles se composaient d’un gros corps de logis carré , aux angles duquel

ITINÉRAIRE IJE PARIS A DIJON

s’élevaientde petites tourelles couronnées de toits aigus, ainsi que le toit central. Elles ont été construites au xm° siècle; mais la partie supérieure date seulement du xvi®. Deux herses, au lieu de ponts-levis, en interceptaient l’entrée. L’une de ces herses était placée du côté des faubourgs, et l’autre du côté de la ville. Quant à la tour de Louis le Gros, qui dut être construite sous Philippe Auguste , et peut-être sous saint Louis, elle est, comme l’a remarqué M. de Caumont, l’une des plus belles tours que nous ait léguées le moyen âge. Malheureusement , dans une ville où il n’y a que d’honorables vignerons , on ne peut penser qu’à la conservation des tonneaux. La tour de Louis le Gros n’a pas été démolie, parce que la main d’œuvre coûterait plus cher que les matériaux ne vaudraient ; mais on a enlevé la charpente , et les eaux se sont infiltrées entre ses belles voûtes , qui se sont effondrées. C’est une ruine , mais une ruine imposante. N’oublions pas de faire remarquer que cette tour était complètement isolée de l’enceinte fortifiée, un fossé large de 7 mètres à la base, et sur lequel était jeté un pont-levis, les séparait. Ses murs avaient 3", 85 d'épaisseur. Son diamètre était de 17 m ,50 àla base, et de 15”, 50 de la base au sommet. Dans son état actuel, elle a encore 26 m ,50 de hauteur. Les salles du rez-de-chaussée et du premier étage ont chacune 7°\80 de hauteur. Elles sont voûtées en ogive, éclairées , celles du rez-de-chaussée , par une seule ouverture de 45 centimètres de largeur sur 1 mètre de hauteur, celles du premier étage par trois fenêtres , et garnies chacune d’une cheminée. Le deuxième étage est tout à fait ruiné. Un escalier en spirale, et qui compte encore cent quinze marches, existe dans l’épaisseur du mur; cinq meurtrières larges de 10 centimètres et hautes de 1 mètre l’éclairent.

L’Èylise de Notre-Dame , longue de 71 mètres et large (la façade) de 27 mètres, a été bâtie à diverses époques. La façade est du milieu du xvi° siècle (1551), c’est-à-dire de la seconde période delà Renaissance. Les tours, commencées en 1593, n’ont pas été achevées. Les portails sud et nord datent du xni® siècle; leurs sculptures ont malheureusement été mutilées à la Révolution. Au-dessus du portail sud s’élève le clocher, haute tour carrée qui domine toute la ville. Quelques gargouilles

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offrent des formes curieuses; mais, comme l’a remarqué avec raison M. Victor Petit, l’ensemble de l’édifice, qui n’a pas de transsepts, est, à l’extérieur, lourd et un peu triste. L'intérieur accuse deux époques bien distinctes. Les premières travées de la nef et de ses bas côtés sont du xvi e siècle; tout le reste, et principalement l’abside, est du style gothique primitif, c’est-à-dire du xm e siècle. On y remarque : au premier pilier à droite, une statue de la Vierge et de l’enfant Jésus, sculpture mutilée de la fin du xm e siècle , au-dessous de laquelle est un bas-relief bizarre ; de beaux vitraux dans la première et la deuxième chapelle, dans les hautes fenêtres de la nef (côté nord) et dans les chapelles absidales ; les sculptures des chapiteaux des faisceaux de colonnettes sur lesquels vient s’appuyer la retombée des voûtes; les voûtes des chapelles absidales; quelques pierres tumulaires; deux côpies (l’Adoration des mages et un Christ en croix) d’après Rubens); une copie (/’ Annonciation) faite par Paul Delaroche pendant son séjour en Italie; le dais en pierre d’un petit bénitier placé près du portail latéral sud ; la chaire, belle boiserie sculptée de la fin du xvi e siècle.

De la station de Villeneuve-sur-Yonne à celle de Saint-Julien duSault.le paysage est presque toujours le même. L’Yonne serpente spr la gauche à travers d'agréables prairies ou des champs fertiles, et les coteaux crayeux qui forment son, bassin sont couverts de vignes ou de bois. Sur la rive droite de l’Yonne on aperçoit, à peu près à moitié chemin, le village d’ormeau (932 hab.), dominé par son église; la colline voisine, dont le sommet atteint 110 mètres au-dessus de l’Yonne, porte le hameau de Palteau et un vieux château entouré de fossés. Selon la tradition locale, l’homme au masque de fer aurait séjourné pendant quelque temps dans ce château.

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