‹ De Paris à Lyon et à AuxerreChapitre 42 sur 158 · JOIGNY · texte numérisé non relu

JOIGNY

ea a parlé. A la fin du z* siècle, Rainard, le vieux comte de Sens y fit bâtir une forteresse , dont le château actuel parait occuper l’emplacement. Son histoire devient ensuite fort obscure. Vers 1080 , son seigneur Geoffroy y fonda un prieuré de Notre- Dame pour des moines de Cluny. Dès le milieu de ce siècle probablement , la seigneurie avait été érigée en comté et relevait déjà des comtes de Champagne. Ce comté a existé jusqu’à la révolution. Après avoir passé, en 1409, dans la maison des La Trémouille, il avait été vendu, en 1605, à la maison de

Joigny.

Gondi. En 1675, l’héritière de cette famille le transmit par mariage à Emmanuel de Blanchefort-Créqui , dont le fils mourut sans postérité en 1703. Nicolas de Neuville, duc de Villeroy, en hérita de la mère de Jean-François-Paul de Créqui. Enfin, le dernier titulaire, neveu du maréchal de Villeroy, périt, le 28 avril 1794, sur l’échafaud révolutionnaire.

La ville de Joigny avait acheté, dès l’an 1300, de son comte Jean II, moyennant 4850 livres de finance, une charte de commune qui déclarait ses habitants affranchis à perpétuité, hommes et femmes nés et à naître, de toutes tailles, servages et servi- J 1!) 6

ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON

tudes. Dès lors, elle se gouverna par un maire et des échevins ; elle perçut elle-même ses impôts ; elle eut sa milice particulière qui , désorganisée seulement sous Louis XIY, ne se composait plus, au commencement du xvm* siècle , que d’une compagnie dite des arquebusiers. Les bourgeois se battirent souvent contre leurs comtes ou dans des rangs opposés. Ainsi, en 1425, bien que le comte fût l’allié du roi d’Angleterre, ils repoussèrent une division anglaise qui revenait du siège d’Orléans. En 1530, un violent incendie ayant détruit presque toute la ville, ils se hâtèrent de la rebâtir. En 1591, devenus Ligueurs, ils se défendirent avec succès contre les attaques de Sully, et, en 1594, ils opposèrent, avant d’être contraints de capituler, une vive résistance aux troupes du duc de Biron, tandis que leur comte, venu de Laval, se battait pour Henri IV. Toutes les fortifications de Joigny ont été démolies. Des quais et des promenades remplacent les anciens fossés.

Au bon vieux temps les comtes de Joigny prélevaient sur tous les vins de la Bourgogne, qui passaient sur ou sous le pont de la ville , un impôt , dit l’écu du pont, dont le produit annuel s’élevait souvent à plus de trois cent mille livres. Aujourd’hui tous les commerces et toutes les industries jouissent dans cette ville d’une entière liberté. Des marchés de grains considérables s’y tiennent les mercredi et samedi de chaque semaine; elle fabrique des draps, des toiles, des tuiles, des feuillettes, des armes de chasse, des peaux, etc. Elle vend en outre des grains, des bois, des charbons, et de l’excellent raisiné qui vient de Cerisiers, de Dixmont et de Piffonds, mais surtout des vins que ses environs produisent en abondance dans les bonnes années, et qui jouissent comme vins ordinaires d’une réputation méritée, i II y a toujours eu, dit Millin, une dispute établie entre les habitants d’Auxerre et ceux de Joigny pour la supériorité de leurs vins. * L’auteur d’une lettre insérée dans le Mercure de février 1731 sur l’excellence des vins de Joigny termine ainsi :

Chers Auxerrois, si vous voulez m’en croire,

Contre Joigny ne lancez plus vos traits;

Occupez-vous du noble soin de boire,

Ou rimez mieux, ou ne rimez jamais.

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