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STATION. - SAINT-FLORENTIN

9 kil. de Brienon. — 173 kil. de Paris. — 142 kil. de Dijon. — 339 kil. de Lyon.

Des omnibus, correspondant avec tous les trains, transportent, pour 25 c., les voyageurs de la station à la ville, éloignée de 2 kil .

On trouve en outre, à la station, des voitures de correspondances conduisant à : — Âuxon, (30 kil. pour 2 fr. 25 c.); — Chablis (24 kil. pour 1 fr. 50 c.); — Chailley (14 kil. pour 1 fr.);

— Ervy (21 kil. pour 1 fr. 75 c.); — Ligny (14 kil. pour 1 fr.);

— Maligny (17 kil. pour 1 fr. 25 c.); — Neuvy-Sautour (11 kil. pour 1 fr.): — Saint-Mards en Othe (26 kil. pour 2 fr.); — Sorm-ery (17 kil. pour 1 fr. 50 c.).

Saint-Florentin (hôtel de la Poste), chef-lieu de canton de l’arrondissement d’Auxerre (Yonne), ville de 2410 habitants, se trouve située sur les pentes et sur le sommet d’une colline, au pied de laquelle l’Armance et l’Armançon confondent leurs eaux. Son origine est inconnue ; elle existait cependant quand les Romains envahirent la Gaule. On l'appelait alors Château du Mont (Castrodunum); plus tard, elle prit le nom de Château-Florentin ( castrum Florentini). En 511, les Bourguignons, que Clovis en avait chassés, y rentrèrent, et y construisirent, sur l’une des îles que forme l'Armance avant de se jeter dans l’Armançon, une forteresse destinée à leur assurer la possession de leur conquête. Vers la fin du vi e siècle, Thierry, roi de Bourgogne, permit à Brunehaut de se retirer dans cette forteresse, où Frédégonde la fit vainement attaquer par Landry, qui essuya une défaite complète. Le champ de bataille se nomma d’abord champ Landry; on l’appelle encore aujourd’hui Chalendry. Deux hameaux, le Grand et le Petit-Chalendry en occupent l’emplacement. Quant à la forteresse, nommée Brinchefort ou Brunefort, elle fut rasée par Pépin, en 752; c’est actuellement un jardin potager dans lequel on a trouvé souvent des médailles romaines, et des monnaies des rois de Bourgogne, en or et en argent. A quelques mètres des

SAINT-FLORENTIN

fossés presque entièrement comblés par la bourbe et les roseaux, jaillit une petite source appelée la Fontaine des Pierres.

En 855, Château-Florentin prit le nom de Saint-Florentin, parce que la comtesse de Chartres et s^ sœur y fondèrent une abbaye de bénédictins sous l’invocation de ce saint, dont elles possédaient des reliques qui, selon la légende, opéraient un grand nombre de miracles. Cette abbaye, plusieurs fois ruinée, fut, vers 1180, remplacée par un prieuré. Il n’en reste que les dé-

Saint-Florentin.

bris d’une petite chapelle, quelques pans de murs que soutient un contre-fort enclavé dans une maison particulière. Mais l’éminence sur laquelle s’élevaient les bâtiments a conservé le nom de prieuré. Elle est actuellement transformée en promenade publique; on y découvre un joli point de vue.

L’histoire de Saint-Florentin, à dater de la fondation de son abbaye, n’offre plus qu’un intérêt local. Après avoir relevé, pendant plusieurs siècles, des comtes de Champagne, qui l’avaient enlevée aux Bourguignons, cette place forte frontière fut

ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON

réunie, eu 1284, à la couronne de France, par le mariage de Jeanne de Navarre, fille et unique héritière de Henri le Gros, roi de Navarre et comte de Champagne, avec Philippe le Bel. Ses seigneurs particuliers portaient le titre de vicomtes. En 1343, Philippe de Valois acheta 3000 livres tournois cette vicomté et ses dépendances, à Marguerite, vicomtesse de Saint-Florentin, veuve de Jean, seigneur de Saillenay; et depuis, Saint-Florentin devint souvent la retraite des reines mères. Toutefois, elle fut souvent prise et reprise par les partis qui se disputèrent cette contrée de la France, et, distraite de nouveau du domaine de la couronne, elle changea plus d’une fois de possesseurs — Charles d’Évreux, le comte d’Armagnac, Louis XI, Gaston de Foix, Charles deFoix, François de Clèves, Henri deBourbon-Condé, le duc de Nivernais, jusqu’au jour où Charles de Mantoue, fils du duc de Nivernais, la vendit à Michel Particelli, seigneur d’Hémery, surintendant des finances (1648), qui, trois ans plus tard, prit le titre de vicomte de Saint-Florentin, pour le transmettre à sa fille Marie, épouse de Louis Phelippeaux, seigneur de La Vrillière et de Châteauneuf-sur-Loire. Le troisième vicomte de Saint-Florentin fut le secrétaire du Régent. Le quatrième, rougissant de n’être que vicomte, obtint pour sa terre patrimoniale le titre de comté, car il devint, dès l’âge de vingt ans, le favori tout-puissant de Louis XV, le compagnon de ses débauches. En 1765, il perdit la main gauche à la chasse par accident. Comme il était surtout chargé de signer les lettres de cachet, on regrettait que ce ne fût pas la main droite. * Vous n’avez perdu qu’une main, lui écrivit Louis XV, et il en reste toujours deux chez moi à votre service. ï Le roi lui concéda en outre, pour le consoler, un terrain situé près de la place de la Concorde, alors place Louis XV, sur lequel il éleva, à l’angle de la rue qui a conservé son nom, ce bel hôtel qu’ont occupé tour à tour le duc de l’Infantado et M. de Talleyrand-Périgord, et que possède aujourd'hui M. de Rothschild. Enfin, en 1770, il le créa duc de La Vrillière, ce qui valut au courtisan déjà marquis et comte, mais vieux et sans enfants, cette épitaphe anticipée :

Ci-glt un petit homme à l’air assez commun,

Ayant porté trois noms et n’en laissant aucun.

SAINT-FLORENTIN

Quand Louis XVI monta sur le trône, le comte de Saint-Florentin dut rentrer dans la vie privée. Le mépris public, faisant explosion, le força de céder sa place à M. de Malesherbes. Il ne

L'église de Saint-Florentin.

possédait ni talents ni vertus , et, pendant cinquante-deux ans, il avait satisfait tous les caprices de son ambition : il fut tour à tour marquis de La Vrillière, comte de Saint-Florentin, duc de LaVrillière, ministre de la religion réformée, ministre de la

ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON

maison du roi, ministre des affaires étrangères, membre honoraire de l’Académie des sciences et de celle des inscriptions et belles lettres. Tels sont les mystères de la Providence 1 A de certaines époques, elle se plaît, comme pour éprouver la conscience publique, à combler de ceux de ses dons que le vulgaire envie — dignités, richesses, puissance — des hommes sans intelligence et sans moralité, qui ne laissent du reste qu’un nom déshonoré, et dont les enfants payent les vices avec usure quand ils ne les ont pas expiés eux-mêmes avant de retomber dans le néant.

Pendant la Révolution, Saint-Florentin s’appela Mont-Armance. La Bourgogne et la Champagne se l’étaient longtemps disputée. Elle n’appartint ni à l’une ni à l’autre. Elle devint chef-lieu de district, puis chef-lieu de canton du département de l’Yonne. Elle avait, au commencement du xix' siècle, repris son nom de Saint-Florentin; mais elle n’a rien conservé de son ancienne physionomie : bastions, remparts, fossés, portes, tours, abbaye, prieuré, maladrerie , tout a été détruit par le temps ou par les hommes. C’est une ville ouverte qui s’est déjà rebâtie plusieurs fois depuis le moyen âge. Il faut bien chercher parmi ses maisons modernes pour y trouver quelques fragments de murailles datant du xm* siècle. Une seule tour restée debout , mais défigurée, renferme les cloches de la paroisse. Ses rues sont en général petites, tortueuses et rapides La Grande-Rue, plus large et mieux bâtie, conduit à une petite place irrégulière, au milieu de laquelle s’élève une fontaine, dont le bassin octogonal reçoit l’eau de la gueule de trois dragons de bronze d’une exécution assez soignée.

L’église de. Saint -Florentin ne fut commencée que dans la seconde moitié du xv° siècle, bien que les bourgeois eussent obtenu, dès 1376, non-seulement l’autorisation de la bâtir, mais l’emplacement d’une maison royale appelée le Fief de la tour. Elle n’a jamais été achevée. La grande nef et les transsepts manquent. A l’extérieur, les portails attirent surtout l’attention. Un large escalier de 35 marches, construit par le comte de Saint- Florentin quand il obtint que sa vicomté fût érigée en comté, — les deux lions mutilés qui en décorent l’entrée portaient des

SAINT-FLORENTIN

écussons jadis armoriés : l’un était l’écu de France, l’autre le blason des La Yrillière, — monte au portail nord sur lequel on lit les dates 1613 et 1611. Une ruelle obscure conduit au portail sud. A l’intérieur on remarquera : de beaux vitraux, surtout ceux du chœur, maladroitement réparés, et de très-fines sculptures de la Renaissance, trop souvent couvertes de badigeon ; le jubé, de la Renaissance; des retables d’autel; mais surtout le saint sépulcre qui, placé derrière le maître autel, a 5 mètres de longueur sur 3 de hauteur, « le morceau capital de l’église, dit M. Victor Petit, soit comme composition, soit pour le fini de l’exécution, qui rappelle les admirables bas-reliefs des portails de la Chartreuse de Pavie. » Autour du groupe principal, la Transfiguration, plusieurs petits bas-reliefs, placés symétriquement, retracent la scène de la Passion. La dimension de ces statuettes, au nombre de plus de cent, varie entre 15 et 30 centimètres; de longues légendes, aujourd’hui indéchiffrables , expliquaient les sujets . Par une exception tout heureuse, ce beau monument n’a pas encore été peint ; il est donc facile d’apprécier toute la délicatesse de la ciselure.

La grande verrière, située à gauche du saint sépulcre, représente la vie de saint Florentin , qui a donné son nom à la ville. Ce saint avait souffert le martyre vers l’an 406. Son corps, transporté de Pseudum à Lyon, fut inhumé au monastère d’Ainay, au ix* siècle. Mais la chapelle de Château-Florentin obtint une partie de son crâne, qui rendit la vie à un enfant mort depuis trois jours. Ce miracle est représenté dans le deuxième panneau à gauche. En bas de la verrière, on lit au-dessous cette légende :

Une feme aooit ung enfant Uoiiie mort, le djef en bouta ®e saint florentin triomphant « Sur lui et U ressuscita.

L’église de Saint-Florentin a été classée parmi les monuments historiques ; mais les travaux de consolidation et de restaura tion, devenus si nécessaires depuis bien des années, et adjugés tout récemment, ne sont pas encore commencés.

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L’HôtelrDieu est le bâtiment qui s’élève dans la Grande-Rue, presque en face de l’escalier de l’église. La halle, située en dehors de la ville, près de la porte Saint-Martin, est de construction récente.

A 10 kilomètres environ de Saint-Florentin, sur la route d’Auxerre, dans la vallée du Serein, se trouve un village de 829 habitants (canton de Ligny, Yonne), qui mérite la visite des archéologues et une mention dans ce volume ; c’est Pontigny, dont l’église abbatiale, aujourd’hui paroissiale, a été classée parmi les monuments historiques. La célèbre abbaye de ce nom, qui a déjà eu plusieurs historiens*, fondée en 11 là par des moines de l’ordre deCiteaui, dévastée par les Huguenots en 1568, a été supprimée à la Révolution, et en partie démolie depuis ; mais son église, construite vers 1150 par Thibault le Grand, comte de Champagne, de Blois et de Chartres, incendiée par les Huguenots avec le monastère en 1568 et 1569, relevée et restaurée de 1615 à 1630, existe encore presque entièrement. C’est l’une des plus grandes églises du département de l’Yonne, car elle a 108 mètres de longueur dans œuvre, 22 mètres de largeur dans les latéraux, 50 mètres de largeur à la croisée et 21 mètres de hauteur sous voûte.

A l’extérieur, l’église de Pontigny ressemblerait à une vaste grange, n’étaient les transsepts et le chœur entouré d’arcs-boutants. En effet, elle avait été bâtie conformément aux prescriptions puritaines de la règle de Cîteaux, qui prohibait les sculptures, les peintures , les vitraux et même les clochers. Depuis, aucune adjonction, aucune restauration n’ont altéré sa forme primitive. Aussi, malgré sa simplicité un peu trop nue, mériterait-elle d’être conservée à cause de l’unité de son style, quand bien même elle ne rappellerait pas d’intéressants souvenirs. La nef est précédée d’un narthex écrasé, lourd, mal construit, dans lequel on entre par une porte basse et sans caractère, mais encore garnie de ses ferrures du xn e siècle. Ce narthex contient l’école du village et le logement d’un particulier, c L’ennui, a dit M. Viollet-le-Duc, vous saisit dans cette grande, froide et irré-

1. Le dernier est M. le baron Chaillou des Barres. Sa monographie a paru pour a première fois dans l'Annuaire du i Yonne (année 1844).

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