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PONTIGNY

prochable église. C’est là l’œuvre de gens parfaits, niais totalement dépourvus de goût, qui tirent vanité de leur simplicité puritaine.... L’aspect du chœur, avec ses colonnes monolithes et ses chapelles rayonnantes, a cependant quelque chose de grand qui saisit au premier abord. Mais quelles fâcheuses proportions ! Quelle pauvreté dans les détails!

Les deux dernières travées de la nef sont occupées par des stalles et fermées par un jubé de la fin du règne de Louis XIV. Au-dessus de ces boiseries, d’un goût équivoque, mais réellement belles, pendent quatre toiles peintes, noires, déchirées, détendues, qualifiées de tableaux. A l’extrémité du transsept sud, à l’angle occidental, se voient encore les restes de la chapelle de saint Thomas Becket, aujourd’hui détruite. Le portique des orgues a été sculpté dans les premières années du xvm c siècle par l’abbé Joseph Caron. Les orgues actuelles ne furent placées qu’en 1775. A la gauche du maître autel les Huguenots ont laissé en place quelques fragments curieux du tombeau de la reine Adèle, fille de Thibault le Grand, femme de Louis VII et mère de Philippe Auguste, qui, malgré la sévérité de la règle de Cîteaux, avait été eusevelie dans le sanctuaire de l’église de Pontigny. Enfin le grand autel en marbre rouge, de forme romaine, a été élevé en 1749, époque à laquelle l’abbé Grillot fit placer les reliques de saint Edme au fond du sanctuaire, dans une châsse de mauvais goût, soutenue par des anges en bois ridicules, et sculptés dans les dernières années du xvu° siècle.

Ce saint Edme fut un archevêque de Cantorbéry, nommé Edme ou Edmond Rich, né dans la petite ville d’Abington, à deux lieues d’Oxford. En 1240, il quitta le siège qu’il occupait depuis six ans, pour venir se retirer à Pontigny. Il mourut, en 1242, à Soissy, près de Provins ; deux ans après il était canonisé, puis, en 1247, ses restes mortels, inhumés dans le sanctuaire de l’église de Pontigny, devant le grand autel, étaient exhumés et déposés dans un sépulcre de pierre, remplacé bientôt par une châsse recouverte d’or, en présence de saint Louis et d’un grand nombre de princes et de prélats. Ses reliques ont été depuis cette époque l’objet d’une dévotion particulière. Il absorba la foi des fidèles, dit M. Chaillou des Barres, son nom fut universellement 119 7

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appliqué à tous les nouveau-nés; il devint lè patron privilégié. A lui les plus précieuses offrandes, les prières les plus ferventes. On en fit le dispensateur de tous les biens, le médecin de tous les maux, l’intercesseur unique auprès de Dieu, le messager de ces suppliques infinies qu’un peuple naïf adressait au ciel. »

Une échelle de meunier, à laquelle de mauvais treillages servent de rampes, permet de monter sur une sorte d’échafaud chancelant, au milieu duquel sont déposées les reliques de saint Edme. A travers le vitrage, on aperçoit le corps du saint, couvert en partie de ses vêtements sacerdotaux. Ces fragments d'étoffes du xiit e siècle, parmi lesquels on distingue des léopards d’or rampants, brodés sur un tissu bleu, offrent un grand intérêt.

Si saint Edme s’était retiré à Pontigny, c’est que deux archevêques de Cantorbéry l’y avaient précédé. Quand Thomas Becket s’enfuit d’Angleterre, il fit un court séjour au monastère de Saint-Bertin, à Saint-Omer, puis il vint se réfugier à l’abbaye de Pontigny, où il passa un peu plus de deux années (1165-1 168), se soumettant à tout, revêtu de l'habit des religieux de Cîteaui , et pratiquant dans toute sa rigueur la discipline de la vie monastique. En 1208, Etienne Langton, banni d’Angleterre par le roi Jean, obtint aussi un asile à Pontigny avec les évêques suffragants de son archevêché, les moines et les prêtres les plus considérables de son diocèse. Leur exil dura jusqu’en 1213.

L’abbaye de Pontigny, enrichie par de nombreuses donations, resta toujours un monastère de second ordre ; et cependant sa filiation s’étendait en France, en Italie, en Hongrie, en Pologne et en Angleterre. Trente maisons étaient placées sous sa juridiction, toutes fondées de 1119 à 1230. Elle ne fut jamais entourée de fortes murailles , comme sa mère Citeaux et ses sœurs Clairvaux et Morimond. « C’était là, ditM. Viollet-le-Duc, un établissement presque exclusivement agricole; nous n’y trouvons plus ce petit cloître réservé aux travaux littéraires; pas d’école, pas de cellules pour les copistes, pas de grande bibliothèque. »

L’abbaye fut abandonnée pendant les invasions des Anglais. Les religieux, contraints de quitter leur couvent, se dispersèrent dans les châteaux voisins, et, quand ils revinrent occuper leurs

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