ALISE-SA INTE-REINE. — LE MONT-AUXOIS
de 2000 mètres, la superficie de son plateau, de 100 hectares, son contour, de 4800 mètres, sa hauteur, de 418 mètres, sa largeur, de 800 mètres. Il n’est dominé d’aucun côté, puisque les collines environnantes, qui ont la même hauteur, en sont éloignées d’au moins 1200 mètres. En outre, une source abondante jaillit à l’extrémité orientale du plateau supérieur.
Alise-Sainte- Reine doit son premier nom à la ville gauloise d’Alésia, ce dernier boulevard' de la nationalité gauloise, dont il occupait une partie de l’emplacement, si l’on doit en croire la tradition locale et l’immense majorité des historiens ; son second nom à une vierge qui y aurait souffert le martyre, l’an 252 de notre ère. La légende catholique raconte ainsi l’histoire de cette vierge.
Sainte Reine était la fille d’un chevalier romain, nommé Lucius Clementinus, qui avait fait bâtir le château de Grignon, ce beau village, situé en face d’Aiise-Sainte-Reine, sur le versant opposé de la vallée. Sa mère mourut en la mettant au monde. Sa nourrice, qui était chrétienne, la convertit; à neuf ans elle reçut le baptême, et peu de temps après elle consacra sa virginité à Jé3us-Christ qu’elle choisit pour époux. L’an 250», Olibrius, le gouverneur des Gaules, ayant voulu visiter la ville d’Alise, fut reçu par Clementinus dans son château de Grignon. 11 devint éperdument amoureux de la fille de son hôte; il demanda et obtint sa main. Toutefois, comme, cette jeune fille n’avait que quatorze ans, la célébration du mariage dut être retardée de deux années.
En 252, Olibrius revint donc à Grignon sommer Clementinus de tenir sa promesse. Mais ni prières, ni larmes, ni menaces, ni mauvais traitements ne purent déterminer la vierge chrétienne à violer le vœu qu’elle avait fait. En vain Olibrius lui donna à Alise des fêtes magnifiques dont elle fut la reine (d'où lui vint son nom); en vain il lui offrit les plus riches présents, en vain il lui parla de son amour, elle refusa tout. Alors, sa passion se changea en fureur; il la fit fouetter pendant deux heures et torturer avec des ongles de fer. Le lendemain matin toutes les traces de ces cruelles blessures avaient disparu. De plus en plus furieux, Olibrius lui fit brûler les mamelles et les flancs avec des torches de poix allumées. Ici je copie textuellement la lé-
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gende : t Cet affreux supplice n’ayant servi qu’à ranimer le courage de la sainte, le tyran la fit jeter dans une cuve d’eau froide. A peine y fut-elle plongée, que ses fers se brisèrent, ses plaies disparurent, et la même colombe que, pendant son sommeil, elle avait aperçue la veille, au haut de la croix, vint se reposer sur sa tête ; la terre trembla, la foudre gronda, les nues s’entr’ouvrirent ; une voix en sortit, et tous les spectateurs entendirent ces mots : c Venez, reine, ^nez recevoir la palme due à « votre courage et à vos vertus. » Ce nouveau miracle frappa les
Vallée des Lauiues.
auditeurs, et un grand nombre se convertirent à Jésus-Christ. Olibrius, craignant une émeute populaire, ordonna qu’-on coupât la tête à la jeune vierge, ce qui fut exécuté sur-le-champ. Il renvoya son corps au malheureux père, qui le fit inhumer dans un endroit retiré de sa maison, près de la petite fontaine, n
En 864 seulement, d’après la légende', un abbé du monas-
1. Courtépée n’est pas d’accord avec la légende. Il dit positivement qu’au vu* siècle existait à Alise une petite abbaye où reposait le corps de sainte Reine, que saint Germain d’Auxerre vint honorer en 431. Alise ayant été saccagée par les barbares n’était plus un lieu de sûreté. Les ravages des Normands, ajoutet-il, occasionnèrent la translation des reliques de sainte Reine à Flavigny, en 864.
A LISE-S AINTE-REINE .
nistère de Flavigny retrouva les reliques longtemps cherchées inutilement de la fille de Clementinus, et les fit transporter au monastère de Flavigny. Elles sont conservées aujourd’hui dans l’église de cette ville. Un coffre de bois peint contient les principaux ossements de sainte Reine ; dont le cœur est enfermé dans une châsse d’argent surmontée d’une couronne de même métal. Tous les ans, le dimanche qui suit le 7 septembre, c’est-à-dire le jour de la fête de sainte Reine, cette châsse est portée en grande pompe dans une procession.
a Pendant que je relève les vestiges d’une antiquité aussi vénérable que touchante, j’apprends, s’écrie l’auteur du Manuel du pèlerin de Sainte-Reine-d' Alise, que sur les lieux mêmes, on avance, en face d’une société savante, que la vierge de la Bourgogne, dans son martyre et dans sa mort, n’est autre chose qu’une vaine fantasmagorie de la Gaule personnifiée, vaincue par César au pied du Mont-Auxois, et que ce pèlerinage, malgré son caractère chrétien si indélébile, n’est qu’une prolongation du concours des peuples gaulois qui se rassemblaient sur les lieux mêmes de leur défaite, pour pleurer leur liberté perdue! » M. l’abbé Tridon proteste avec indignation contre cette opinion qu’il qualifie de saugrenue; mais il n’explique pas pourquoi les pèlerins, qui viennent, depuis tant de siècles, adresser à sainte Reine de ferventes prières, se rendent à Alise-Sainte-Reine au lieu d’aller à Flavigny, où sont les reliques de la sainte. Tout ce qu’il sait, dit-il, c’est que leur nombre s’élevait, vers 1575, au chiffre de 60 à 70 000 par an. Au siècle suivant, ce chiffre avait probablement diminué; car les Cordeliers, qui avaient un couvent à Sainte-Reine, donnèrent, en 1688, un éclat inaccoutumé à la procession qui se faisait le jour de la fête de sainte Reine, c’est-à-dire le 7 septembre, et qui, jusqu’en 1671, s’était faite de Flavigny à Alise. Limitée à Alise en 1672, rétablie de Flavigny à Alise vers la fin du xvn* siècle, défendue en 1704 par l’évêque d’Autun, à cause des abus qui s’y commettaient, supprimée à la Révolution, reprise après la restauration du culte, interdite en 1827, par l’évêque de Dijon, cette procession, moitié païenne, moitié chrétienne, a été reprise en 1838. Elle a 119 9
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lieu régulièrement le 7 septembre. 5000 à 6000 personnes y assistent. Elle est maintenant ainsi composée :
24 soldats romains, 10 licteurs, 4 sénateurs, 4 porte enseignes, 12 musiciens, Olibrius, le père de sainte Reine et un noble romain, 2 bourreaux, le père nourricier et la mère nourricière conduisant sainte Reine enfant, sainte Reine méditante, sainte Reine martyre, 48 jeunes filles vêtues de blanc et portant des chàsseâ magnifiques, qui renferment entre autres reliques un os du bras droit de sainte Reine , le clergé de la paroisse et celui de l’hôpital , sainte Reine triomphante , les prêtres des villages voisins, les Dominicains de Flavigny, les fidèles, etc.
La procession part de l’hôpital, monte à l’église paroissiale de Saint-Léger, puis redescend aux trois ormeaux plantés près de trois croix, au pied du Mont-Auxois, — car c’est là que, selon certains chroniqueurs, sainte Reine, trahie par un lépreux, aurait été livrée à Olibrius, ou que, selon d’autres, elle aurait souffert le martyre, — et des .trois ormeaux elle remonte à l’hôpital.
L’hôpital de Sainte-Reine, bâti à mi-côte, à gauche de la rue principale du village, a été fondé au milieu du xvn* siècle, à l’instigation de saint Vincent de Paul, par deux bourgeois de Paris, Jean Desnoyers et Pierre Blondel, doté depuis par un grand nombre de seigneurs, et desservi par des sœurs de Saint- Vincent de Paul. Il a été et il est encore fort utile aux pèlerins, aux soldats et aux pauvres du voisinage. On y respire un air excellent. De sa terrasse on découvre un beau paysage. Sa chapelle, ornée sans goût d’objets qui n’ont aucune valeur au point de vue de l’art, contient une collection de tableaux plus que médiocres, datés du xvn* siècle, et représentant les principaux épisodes de la vie de sainte Reine. A droite, à l’angle de la croisée, on remarque le cœur de Blondel, un des fondateurs de l’hôpital. On conserve en outre, dans cette chapelle, les nombreuses reliques qui sont exposées le jour de la procession à la vénération des fidèles. Parmi ces reliques, nous mentionnerons seulement l’os du bras droit de sainte Reine, renfermé dans un ancien reliquaire ou bras d’argent doré, qui est richement décoré et fort ancien. « Cette relique provient du trésor d’Osnabruck auquel Charlemagne l’avait donnée , et elie fut accordée à Mgr le prince de Longueville, plénipotentiaire de Sa Majesté pour la
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paix générale qui se traita à Munster l’an 1647, par le seigneur évêque et le chapitre d’Osnabruck. Sou Altesse la céda ensuite au couvent de Sainle-Reine en l’an 1648. » (Eitrait des affiches apposées par les RR. PP. Cordeliers pour la procession de 1688.)
Au-dessous de la terrasse de l'hôpital, à droite, du côté de la vallée de l’Oxe, est l’établissement des bains qui contient environ 40 chambres pour les malades, car Alise-Sainte-Reine possède tout à la fois une fontaine miraculeuse et des eaux minérales.
La fontaine miraculeuse se trouve à l’extrémité supérieure de la rue escarpée que l’on gravit en venant des Laurnes pour monter à l’hôpital. Le petit bâtiment qui la renferma porte cette inscription : C est ici la véritable fontaine de sainte Reine. D’après une légende, elle aurait jailli à l’endroit où la tête de sainte Reine tomba sous la hache du bourreau.
« L’eau de cette fontaine, ditM. Nodot, pharmacien deSemur, est douce, limpide et légère; elle ne contient que quelques millièmes de carbonate de chaux ; les réactifs n’y indiquent aucun autre corps ; le bassin qui la reçoit n’est jamais sali par des dépôts boueux ; l’on ne peut donc appeler cette eau minérale , puisqu’elle ne tient pas en dissolution des substances capables de lui donner des propriétés médicinales. » Si cette eau guérit des malades, c’est qu’elle a, comme le croient encore certaines personnes, des propriétés miraculeuses. Elle a joui longtemps d’une grande réputation, c La feue reine, dit Courtépée, n’en buvait pas d’autre, ainsi que Stanislas, roi de Pologne, le duc de Randan, le cardinal de Tencin; le maréchal de Saxe en faisait usage en Flandre et à Chambord. Les Cordeliers, qui en faisaient le commerce, devaient la distribuer gratis aux habitants une fois par jour. »
Les Cordeliers s’étaient établis en effet, en 1644, près de cette fontaine qu’ils exploitèrent jusqu’à la Révolution. Au-dessus de la porte de leur église on lit cette inscription : c Restaurée en 4856, » mais en 1857 les travaux étaient loin d’être achevés. On placera dans cette église l’image en pierre de sainte Reine, déposée provisoirement sous la voûte de la fontaine.
La fontaine de Sainte-Reine ne doit donc pas être confondue avec les sources qui alimentent l’bospice, et notamment avec
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celle qui fournit l’eau de l’établissement des bains. Cette dernière, en effet, employée en bains ou en lotions, a une influence marquée sur le système dermoïde, en donnant de la souplesse à la peau et en facilitant la transpiration cutanée. Elle sour ! sur la partie nord du Mont-Auxois et se rend, par des aqutducs, au jardin de l'hôpital; on la nomme fontaine des dartreux, parce que les pauvres allaient autrefois s’y laver. Elle a été concédée à l’hospice de Sainte-Reine par lettres patentes de Louis XIV (mars 1686). Quand on a avalé son eau, elle laisse une sorte de sécheresse sur la bouche et particulièrement sur l’arrière-bouche; elle n’exhale aucune odeur, mais elle rend les doigts doux et glissants, comme le ferait une eau alcaline. M. Nodot attribue sa saveur et ses propriétés médicales à la présence du carbonate d’ammoniaque. « Cette eau, ajoute-t-il, contient une petite quantité de carbonate de chaux, de fer et de magnésie. *
Alise-Sainte-Reine se divise en deux parties bien distinctes : la première, celle qui contient l’hospice, l’établissement de bains, la fontaine de Sainte-Reine et la chapelle des Cordeliers, ou Sainte-Reine proprement dite, ne date que de 1488. Elle fut fondée par un prêtre de Grignon, nommé Clerget. L’autre partie, ou Alise, est à l’est de la première; c’est là que se trouve l’église paroissiale de Saint-Léger; c’est là qu’au vil' siècle, si l'on doit en croire Courtépée, existait déjà une petite abbaye où reposait le corps de sainte Reine ; c’est là, et sur le sommet voisin du Mont-Auxois, que s’éleva jadis, si l’on doit en croire la tradition et l’histoire, cette Alésia où Vercingétorix essaya vainement de sauver la Gaule vaincue par Jules César.
Qui ne connaît ce duel héroïque? qui n’en a lu tous les incidents dans les Commentaires de César ou dans les histoires modernes de la Gaule? Mais qui n’aimerait à relire, sur les lieux témoins de ces grands événements, quelques passages de l’émouvant récit que nous en a laissé le vainqueur?
Quand César se vit forcé de lever le siège de Gergovie que Vercingétorix l’avait empêché de prendre, il gagna rapidement le pays sénonais pour rejoindre Labiénus et réunir leurs forces disséminées. Leur jonction s’opéra sur l’Yonne. Alors Vercingétorix se mit à leur poursuite. Il les atteignit dans la vallée de
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la Brenne, antre Montbard et les Laumes, leur livra bataille, fut repoussé avec perte et se retira sur Alésia, la grande ville des Mandubiens, où César le rejoignit le lendemain. C’est maintenant César qui parle ( Commentaires , livre VII, § lxviii et suivants).
Cette place était située au sommet d'une montagne, dans une position si élevée qu’elle semblait ne pouvoir être prise que par un siège en règle. Au pied de cette montagne coulaient deux rivières de deux côtés différents. Devant la ville s’étendait une plaine d’environ 3000 pas de longueur (4444 mètres); sur tous les autres points, des collines l’entouraient, peu distantes entre elles et d’une égale hauteur. Sous les murailles, le côté qui regardait le soleil levant était garni , dans toute son étendue , de troupes gauloises, ayant devant elles un fossé et une muraille sèche de 6 pieds de haut ; la ligne de circonvallation , formée par les Romains, occupait un circuit de 11000 pas (16291 mètres). Notre camp était assis dans une position avantageuse , et l’on y éleva 23 forts , dans lesquels des postes étaient placés pendant le jour pour prévenir toute attaque subite.
Un premier combat de cavalerie a lieu ; les Gaulois sont encore une fois battus. Alors Vercingétorix ne voit plus d’espérance que dans un effort immense, universel, qui arrachera la Gaule à ses fondements pour la précipiter sur l’envahisseur : c Partez, dit-il aux chefs de sa cavalerie, tandis que les passages ne sont pas encore fermés; retournez chacun dans votre nation : levez tout ce qui peut tenir une arme, et revenez nous délivrer, vos frères et moi. J’ai des vivres pour trente jours ; pour un peu plus, avec une épargne rigoureuse. Nous vous attendrons. » La cavalerie passa, de nuit, entre les lignes inachevées de l’ennemi. Vercingétorix fit rentrer dans la ville toutes les troupes qui campaient sous ses murs.
Instruit de ces dispositions par les transfuges et les prisonniers, César arrêta son plan de fortification comme il suit. Il fit creuser un fossé large de 20 pieds, dont les côtés étaient à pic et la profondeur égale à la largeur. Tout le reste du retranchement fut établi à 400 pieds en arrière de ce fossé; il voulait par là (car on avait été obligé d’embrasser un si grand espace, que nos soldats n’auraient pu aisément en garnir tous les points) prévenir les attaques subites ou les irruptions nocturnes , et garantir durant le jour nos travailleurs des traits de l’ennemi. Dans cet espace, César tira deux fossés de 15 pieds de large et d’autant de profondeur ; celui qui était intérieur , et creusé dans un terrain bas et
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inculte, fut rempli d’eau tirée de la rivière. Derrière ces fessés il éleva une terrasse et un rempart de 12 pieds; il y ajouta un parapet et des créneaux, et fit élever de grosses pièces de bois fourchues à la jonction du parapet et du rempart, pour en rendre l’abord plus difficile aux ennemis. Tout l’ouvrage fut flanqué de tours, placées à 80 pieds Tune de l’autre.... En outre, on coupa des troncs d’arbres et de fortes branches, on les dépouilla de leur écorce, et on les aiguisa par le sommet; puis on ouvrit une tranchée de 5 pieds de profondeur, où Ton enfonça ces pieux, qui, liés par le pied, de manière à ne pouvoir être arrachés, ne montraient que leur partie supérieure. Il y en avait cinq rangs, joints entre eux et entrelacés; quiconque s’y était engagé s’embarrassait dans leurs pointes aiguës : nos soldats les appelaient des ceps : au devant étaient disposés obliquement en quinconce des puits de 3 pieds de profondeur, lesquels se rétrécissaient peu à peu jusqu’au bas. On y fit entrer des pieux ronds de la grosseur de la cuisse , durcis au feu et aiguisés à l’extrémité, qui ne sortaient de terre que de 4 doigts : et pour affermir et pour consolider l’ouvrage, on foula fortement la terre avec les pieds; le reste était recouvert de ronces et de broussailles, afin de cacher les pièges. On avait formé 8 rangs de cette espèce, à 3 pieds de distance l’un de l’autre : on les nommait des lis , à cause de leur ressemblance avec cette fleur. En avant du tout étaient des chausses-trapes de 1 pied de long et armées de pointes de fer, qu’on avait fichées en terre; on en avait mis partout, à de faibles distances les unes des autres; on les appelait des aiguillons.
Ce travail fini, César fit tirer dans le terrain le plus uni que put offrir la nature des lieux, et dans un circuit de 14000 pas (20734 mètres), une circonvallation du même genre, mais du côté opposé, contre l’ennemi du dehors'.
Cependant au cri de détresse poussé par Vercingétorix, la Gaule entière avait répondu. 240 000 fantassins et 8000 cavaliers arrivèrent au secours d’Alésia, dont la garnison était déjà décimée par la famine. Une lutte suprême s’engage. La place nous manque pour la raconter ici avec détail. César, attaqué dans ses retranchements par Vercingétorix et par l’armée de secours, semble un moment perdu; mais enfin la victoire se décide en sa faveur. Les défenseurs d’Alésia sont rejetés dans leurs forteresses; les Gaulois, qui avaient attaqué le camp romain pour
I. Dans sa Description géologique de la France, t. I, M. f.lie de Beaumont a expliqué comment la nature friable des argiles et des marnes dans ces localités avait rendu possibles ces prodigieux travaux, exécutés en si peu de temps.
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délivrer la ville assiégée, tournés par la cavalerie romaine, prennent la fuite et sont massacrés. Un de leurs chefs, Sédule. est tué; un autre, Vergasilaune , tombe vivant entre les mains des vainqueurs. Soixante-quatorze enseignes militaires sont apportées à César. Le combat n'est plus qu’une boucherie. A l’aspect des fuyards échappés au carnage, la masse de l’armée, déployée au loin sur les hauteurs, se débande dans toutes les directions et se dissout pour ne plus se réunir. « Toute cette grande armée, dit Plutarque, s’évanouit comme un rêve. »
Les défenseurs d’Alésia délaissés sans retour, rentrèrent, aux approches de la nuit, dans l’antique cité qui avait été le berceau de la Gaule, et qui allait en être le tombeau. Qui pourrait dire, ajoute M. Henri Martin, les douleurs de cette horrible nuit, pour toute cette foule infortunée? Qui pourrait dire surtout ce qui se passa au fond du cœur de l’homme qui était devenu en quelque sorte la Gaule incarnée, et qui sentait défaillir en lui l’âme de toute une race humaine? Le héros, le patriote, n’avait plus rien à faire ici-bas : la patrie était perdue. L’homme pouvait encore quelque chose pour ses frères. Il pouvait peut-être encore les sauver de la mort et de la servitude personnelle. Cette pensée fut la dernière consolation de cette grande âme. Le lendemain, Vercingétorix convoqua ses compagnons, et s’offrit à eux pour qu’ils satisfissent aux Romains par sa mort, ou qu’ils le livrassent vivant. Il poussait le dévouement jusqu’à renoncer à mourir. On envoya savoir les volontés de César. Le proconsul ordonna qu’on livrât les chefs et les armes, et vint siéger sur un tribunal élevé entre les retranchements.
« Tout à coup, un cavalier de haute taille, couvert d’armes splendides, monté sur un cheval magnifiquement caparaçonné, arrive, au galop, droit au siège de César. Vercingétorix s’était paré comme la victime pour le sacrifice. Sa brusque apparition, son imposant aspect, excitent un mouvement de surprise et presque d'effroi. Il fait tourner sou cheval en cercle autour du tribunal de César, saute à terre, jette ses armes aux pieds du vainqueur, et se tait.
« Devant la majesté d’une telle infortune, les durs soldats de Rome se sentaient émus : César se montra au-dessous de sa
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prospérité. Il fut implacable envers l’homme qui lui avait fait perdre, en un jour, le nom d’invincible. Il éclata en reproches sur son amitié trahie, sur ses bienfaits méprisés, et livra le héros de la Gaule aux liens des licteurs. Vercingétorix, réservé aux pompes outrageantes des triomphes, dut attendre six années entières que la hache du bourreau vînt enfin affranchir son âme et l’envoyer rejoindre ses frères dans le cercle céleste. »
Alésia fut-elle détruite par Jules César? On l’ignore. César n’en parle pas! Florus l’a dit deux siècles après;' mais ne s’est-il point trompé? N’a-t-il pas confondu Gergovie et Alise? Ce qui n’est pas contestable, c’est qu’elle eut une grande importance sous les empereurs. Plusieurs voies romaines, dont les traces sont encore visibles, y conduisaient. Sainte Reine y souffrit le martyre, comme nous l’avons déjà raconté, dans la seconde moitié du ni* siècle. Saint Germain d’Auxerre, dans son voyage d’Arles, en 431, passa par Alise et logea chez un prêtre, son ami, nommé Sénator. A la chute de l’empire d’Occident, elle était encore le chef-lieu d’un canton considérable, Pagus Alesiensis (d'où s’est formé le nom d’Aulsois, depuis Auxois), qui avait le titre de comté, et qui s’étendait de Saulieu à Duesme, et d’Avallon à Chanceaux. Les barbares la détruisirent. Aussi le moine Héric, qui, au xr siècle, a fait un poëme sur la vie de saint Germain d’Auxerre, assure qu’ Alise, dont il tire le nom ab ulendo ,
Quod alat præpingui pane colonos, était alors dans un état de décadence et de ruine :
Tu quoque Cæsareis fatalis Alesia Castris....
N une restant veteris tantum vestigia castri.
Nous avons déjà dit que la partie supérieure du village d'Alise- Sainte-Reine a dû probablement son origine aux derniers restes de la forteresse gauloise et de la ville romaine. Aujourd’hui on n’aperçoit sur le Mont-Auxois aucun vestige d’antiquité apparente. On ne distingue plus que quelques restes de la voie romaine qui venait de Sombernon; mais le sol, entièrement livré à la culture, recèle encore, malgré toutes les découvertes qui y ont déjà été faites, — statues en bronze, chapiteaux et pilastres corinthiens, cercueils en pierre, lions en bronze, fragments de
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vases ornés de bas-reliefs, statues en pierre et en marbre, etc, — un grand nombre d’objets antiques. En 1839, M. Maillard de Chambure , président de la commission d’antiquités de la Côted’Or, reçut du gouvernement la mission de diriger les fouilles sur le Mont-Auxois pour rechercher les vestiges de l’Alésia des Commentaires. Son rapport a été imprimé dans le tome l* r des Mémoires de la commission des antiquités de la Côte-d’Or'. Nous ne pouvons pas même l’analyser ici. Constatons seulement que M. Maillard de Chambure découvrit, entre autres choses, une inscription portant le nom d’Alésia, un petit temple tétrastyle de forme parallélogrammique, des clefs, des coutelas en fer, des cuillers à parfums, des médailles romaines, des monnaies gauloises en bronze et en argent, des styles en bronze, etc. Du reste, les étrangers qui monteront à Alise-Sainte-Reine ne devront pas manquer d’aller rendre une visite au père Calabre. Ainsi s’appelle un propriétaire aisé de Sainte-Reine, bien digne de figurer dans un roman historique, si jamais la France a le bonheur de posséder un Walter Scott. 11 passe, en effet, toutes ses journées sur la montagne, et il est parvenu à composer une curieuse collection d’antiquités qu’il a trouvées lui-même, et qu'il est heureux de montrer. Le soir, il se fait lire les Commentaires de César par sa femme, qui est plus lettrée que lui.
Malgré la tradition constante et les nombreuses raisons qui la confirment, — texte de Jules César, nature et configuration du sol, découvertes d’antiquités, conditions stratégiques, opinions motivées des hommes de guerre, etc. — des doutes se sont élevés depuis longtemps dans l’esprit des savants sur le véritable emplacement d’Alésia. En 1707, un capucin, auteur de la Dissertation sur les frontières de la Gaule et de la province romaine, où l'on découvre la fameuse Alésia, soutint qu’Alésia est Alais, dans les Cévennes. Millin cite encore : Éclaircissement sur la dispute d’ Alise en Bourgogne et d’Alez , au sujet de la fameuse Alésia, par l’auteur des Nouvelles découvertes sur l’état de l’ancienne Gaule. Avignon 1715, in- 12. — Recherches géographiques
I. La même année, le chef d’escadron d’état-major du Mesnil publiait dans le Spectateur militaire (15 septembre) un intéressant mémoire, dans lequel il démontrait que le terrain d’Alise-Sainte-Reinc satisfait encore aujourd’hui, en toutes les circonstances, à tous les détails que rapportent les Commentaires de César.
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sur quelques villes de l’ancienne Gaule. Mémoires de Trévoux, 1739, p. 1643. — „ Extrait d'une lettre de D. Duval, bénédictin , contre les recherches précédentes. Mercure, sept. 1739, p. 2162. Mais l’opinion généralement reçue, c’est-à-dire qu’Alise était l’ancienne Alésia, avait prévalu. Le monde savant adopta les conclusions du P. L’Empereur ( Dissertations historiques sur les divers sujets d’antiquités, Paris, 1706), de M. l’abbé Belley ( Éclaircissements géographiques sur l’ancienne Gaule, précédés d’un Traité de mesures itinéraires des Romains et de la lieue gauloise, par d’Anville, 1741, in-12), de Charles Guischardt, du comte Turpin de Crissé, etc. Enfin Léopold Vacca Berlinghieri, lieutenant-colonel dans l’armée française, sous l’Empire, dans son examen des opérations faites par les Romains devant Alise. Napoléon, dans ses dictées sur les guerres de Jules César, les officiers d’état-major qui ont dressé la grande carte de France, sont unanimes sur cette importante question d’archéologie, de géographie et d’histoire.
Tout récemment cependant un architecte de Besançon, M. Delacroix, a publié dans les Mémoires de la Société d’émulation du Doubs (1856), une dissertation de 52 pages, intitulée Alésia, et qui a eu un assez grand retentissement. M. Delacroix essayait de prouver que l’Alésia gauloise était en Franche-Comté , près de la route d'Omans à Salins. Un savant archéologue, M. Jules Quicherat, adopta aussitôt cette opinion ( Athenæum français , 10 mai 1856), approuvée également par d’autres publications ( Revue de l’instruction publique, du 12 juin, article signé Desjardins ; Bulletin de la Société de l’histoire de France, 8 juin 1856; la Correspondance littéraire, 5 nov. 1856, article de M. Henri Bordier), etc. Mais bientôt deux mémoires parurent en réponse à la dissertation de M. Delacroix : Alésia, par M. Dey (Auxerre, 1856, in-8, 68 pages); Alise, étude sur une campagne de Jules César', publiée sous les auspices de l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, et de la commission des antiquités de la Côte-d'Or, par M. Rossignol , conservateur des archives delà Côte-d’Or (1856, in-4, 123 pages. Dijon, Lamarche et Drouelle. Paris, Didron). M. R. de Coynart, chef d’escadron
1 Cette étude a depuis été couronnée par l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
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d’état-major, publia, de son côté, dans le Spectateur militaire (nov. 1856) une Étude historique, topographique et militaire de la cité gauloise d’Alésia (avec deux cartes). Enfin, sous ce titre Alaise, Alise, M. Victor Revillout soutint que ni l’une ni l’autre ne peut être Alésia. (Paris, Durand, 1856, in-8, 72 .pages.)
Depuis lors les brochures et le3 articles de revues ou de journaux se sont succédé presque sans interruption. A peine un défenseur d’Alise avait-il quitté la lice qu’un protecteur d’Alaise s’empressait d’y descendre. Quelques paroles un peu trop vives furent même échangées entre les deux opinions; un moment on put craindre que des adversaires trop ardents n’en vinssent aux mains sur l’un ou l’autre de leur champ de bataille préféré. La discussion ne prouva que l’érudition ou l’ignorance de ceux qui y prirent part; toutefois," nous devons le dire, des découvertes importantes furent faites sur le plateau d’Alaise par M. Quicherat et ses amis.
Tel est l’état de cette question, que nous ne pouvons pas discuter ici. Nous nous contenterons, quant à nous, après avoir indiqué à nos lecteurs toutes les pièces produites jusqu’à ce jour dans ce procès, dont la Bourgogne s’est singulièrement émue, d’adopter la conclusion de M. de Coynart: « La cité d’Alésia, que prirent les Romains, pouvait être sur le Mont-Auxois; la disposition du sol, sa nature, ses accidents, s'accordent de tous points avec le texte des Commentaires. On pourrait refaire aujourd'hui le siège décrit par César. Le terrain , sur lequel est situé le village d’Alaise-lez-Salins , ne répond à aucun des détails donnés ; les diverses circonstances du siège y sont impossibles 1 . »
1. Parmi les nombreux ouvrages publiés dans la dernière phase de la lutte, nous citerons: — pour Alaise : VAlesia de César rendue à la Franche-Comté, par M. Quicherat, br. in-8 , 1857. — Cotxclusion pour l' Alaiie dans la question d’Alesia, par M. Quicherat, br. in-8 (février), 1858. L. Hachette et C". — Aletia (septième campagne de Jules César), résumé du débat; réponse à l’article de la Herue des Deux-Mondes, du l* r mai 1858. Conclusion suivie d’un appendice renfermant des notes inédites , écrites de la main de Napoléon I er , sur les Commentaires de Jules César, par Ernest Desjardins. Paris, à la librairie académique Didier et Cie, 35, quai des Augustins; et pour Alisele remarquable travail publié par Mgr. le duc d’Aumale, sous ce titre : Atesia , étude sur la septième campagne de César en Gaule (h‘iue des Deux Mondes, 1 er mai 1858, et 1 vol. in-8, Michel Levy, 185‘J.)
ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON
Flavigny.
Une heure de marche suffit pour aller d’Alise-Sainte-Reine et du Mont-Auxois à Flavigny. Il faut descendre dans la vallée de l’Oserain, traverser cette rivière et remonter sur le versant opposé, dont le point culminant (447 mèt.) est à 200 mètres environ au-dessus du terre-plein de la vallée.
Flavigny, chef lieu de canton de l’arrondissement de Semur (Côte-d’Or), peuplé de 1110 habitants, est bâti sur un escarpement semblable à celui qu’occupait la ville d’Alise , mais plus petit; deux vallons étroits, — arrosés, celui de l’ouest, par le ruisseau de la Récluse, et celui de l’est par le ruisseau de Verpant, — et la vallée de l’Oserain l’isolent de trois côtés d’une manière presque inaccessible. Au sud l’escarpement se relie par une crête rocheuse au grand massif de la montagne ou plateau général. Cette ville offre un aspect pittoresque, car il lui reste encore quelques beaux débris de sa muraille d’enceinte, défendue par des tourelles, et deux portes principales de la fin du xv' siècle sont en partie debout. En outre, elle a conservé dans l’intérieur de ses murs un certain nombre de maisons particulières desxv 0 et xvi' siècles. Nous recommanderons surtout aux artistes et aux archéologues celle qui est située près de la place de l’église, et occupée par un fabricant d’anis renommés en Bourgogne, sous le nom d’anis de Flavigny. Enfin, on y remarquera aussi les ruines d’une ancienne église du xiii c siècle, attenantes à un immense bâtiment du xvn u siècle, ou même du xvin®, et quelques tourelles d’escalier placées en encorbellement. Mais la principale curiosité de Flavigny est l’église, qui a été classée parmi les monuments historiques.
L’église de Flavigny n’était, au xm e siècle, qu’une chapelle, qui fut agrandie peu à peu et à laquelle vinrent s’accoler des chapelles latérales. On a peine aujourd’hui à distinguer extérieurement la construction primitive. « Ce petit monument, a dit M. Viollet-le-Duc dans son rapport au ministre, présente une disposition fort rare ; c’est une nef avec’ bas côtés au rez-dechaussée et tribune au premier étage, ayant toute la largeur des bas côtés et se réunissant à l’entrée de l’église. Ces deux rangs