FLA VIGNY
de galeries, l’une au-dessus de l’autre, sont compris à peu près dans la hauteur de la nef, qui, au xm« siècle, devait être plus élevée qu’elle ne l’est aujourd’hui. Les murs latéraux sont percés de doubles rangs de fenêtres qui éclairent les bas côtés du rez-de-chaussée et la tribune du premier étage.... Le chœur est sans bas côtés. Il a été percé, au xv® siècle, de grandes fenêtres à meneaux. Le centre des transsepts est surmonté d’un clocher carré du xv® siècle, et presque toutes les chapelles ajoutées à la nef sont de cette époque. Un jubé, du commencement du xvi® siècle, termine la nef, et, plus élevé que le sol des tribunes, les réunit cependant de ce côté par deux petits escaliers. Tout cela est d’un aspect très-original et de dimensions très-petites. Des stalles en bois, du xv® siècle et d’un beau travail, ornent le chœur, dont le sol est bien plus élevé que celui de la nef. La façade est moderne. Quelques vitraux de la Renaissance décorent encore diverses parties des verrières des chapelles. »
Malheureusement à Flavigny, comme presque partout, on a sali et dégradé l’église, sous le prétexte de la nettoyer et de l’embellir. Ainsi, pour placer d’affreux bancs en sapin, on a coupé de jolis colonnettes, nécessaires d’ailleurs à la conservation de la voûte. En 1840 et 1842, 2000 francs avaient été accordés sur les fonds des monuments historiques. On a employé 400 francs à badigeonner tout l’intérieur qu’on trouvait trop sombre. Le badigeonneur a été si consciencieux qu’il a diminué de moitié les ajours de la balustrade du jubé. Il a donné deux couches du plus beau nankin qu’il ait pu se procurer. Toutefois, il a eu le bon esprit de respecter des peintures très-bien conservées, sous la voûte du jubé, et représentant, sur un fond bleu, semé d’étoiles d’or, l'ange, le bœuf, l’aigle et le lion des quatre Évangélistes. Peut-être, il est vrai, en a-t-il recouvert d’autres de son horrible badigeon!
Quelques travaux peu coûteux suffiraient pour remettre cette jolie église dans son état primitif, et pour en assurer la conservation.
Flavigny possède deux couvents : l’un de Dominicains, où réside le P. Lacordaire; il fait face à la montagne d’Alise; l’autre, de Carmélites, situé du côté opposé de la ville, et dont les grands
jardins, disposés en terrasses (ces terrasses ont été bâties, en 1707, sur le roc), attirent de loin les regards.
Flavigny est très-ancienne. Si l’on doit en croire Courtépée, elle existait depuis longtemps, lorsque Varé, son seigneur, y fonda, vers 723, une abbaye de l’ordre de Saint-Benoît en partie détruite aujourd’hui. Les Normands la prirent et la pillèrent en 877. Ils tuèrent 150 personnes dans l’abbaye. En 1157, le duc Eudes permit à l’abbé Renaud et aux habitants de clore la ville de murailles. Ses fortifications ne l’empêchèrent pas de tomber, en 1 359, après une vigoureuse résistance, au pouvoir des Anglais, qui en firentleur place de sûreté. Les États s’assemblèrent à Beaune et négocièrent avec les Anglais, mais ceux-ci exigèrent et obtinrent pour se retirer 100 000 moutons d’or (environ 2 millions de francs). L’année suivante, le duc Philippe de Rouvres acquit tous les droits de l’évêque d’Autun, en lui cédant en échange Lucenayle-Duc, Grône, Touillon et Magny-Lambert. Philippe le Hardi fit réduire l’enceinte d’un tiers pour rendre la ville plus difficile à prendre. Après la mort de Charles le Téméraire, elle s’était déclarée pour Marie de Bourgogne, mais Louis XI la réduisit par la force; depuis., elle se montra toujours fidèle au roi. Elle se prononça la première en Bourgogne pour Henri III. Aussi le parlement royaliste y tint-il d’abord ses séances (de mai 1589 en avril 1592). Depuis lors, elle n’a joué aucun rôle dans l’histoire générale de la France.
Le château de Bussy Babutin.
Pour aller des Laumes ou d’Alise-Sainte-Reine au château de Bussy-Rabutin, il faut une heure à pied. La distance est de 6 kilomètres environ. Les deux chemins se rejoignent au pont de Presles (30 .minutes) qui traverse l’Oze. Celui des Laumes longe le chemin de fer sur la droite, celui d’Alise descend du Mont- Auxois. Quand on a traversé l’Oze et le chemin de fer, on remonte une jolie petite vallée arrosée par le Rabutin, et bientôt on atteint Grés igny-sous- Alise (301 hab.) dont l’ancien château fort, entouré d’eau, est devenu une ferme. Quand on en sort, on remarque sur la droite, près de la route, un rocher isolé qui ressemble à une ruine. La vallée se resserre, les hauteurs cultivées
LE CHATEAU DE BUSSY-RABUTIN
et rocheuses qui la dominent atteignent 400 mètres ; le Rabutin bordé d’arbres, roule ses belles eaux au milieu de jolies prairies. Bientôt on aperçoit sur la gauche, presque au sommet de la colline, Bussy-le-Grand { 810 hab.), la patrie de Junot, duc d’Abrantès. Ce village s’appela autrefois Bussy-la-Forge, à cause d’une forge qu’il possédait sur son ruisseau, puis Rabutin, du nom de ses seigneurs. On lui a donné le surnom de Grand, parce que des vallons, des prairies, et des champs séparent ses quatre rues principales, fort éloignées l’une de l’autre. L’église et les plus belles maisons sont dans la rue de la Montagne ; plus loin, se trouvent la rue du Vaux et la rue des Cannets , au-dessous est la rue de Pissot ; enfin, presque vis-à-vis de la rue de la Montagne, le vallon qui s’ouvre sur la droite, et d’où descend un charmant ruisseau, contient la rue du Château, à l’extrémité supérieure de laquelle est le château de Bussy-Rabutin, que la carte du dépôt de la guerre appelle château de Savoigny.
Ce château, entouré d’eau et dominé par une colline boisée, n’aurait en lui-même rien d’intéressant, si Bussy-Rabutin ne l’avait habité pendant les dix-sept années de son exil, et surtout s’il n’y avait réuni une curieuse collection de peintures. Il forme un parallélogramme. Quatre tours saillantes, marquant les quatre points cardinaux, flanquent ses quatre angles. Seulementcelle de l’est (le donjou) et celle du midi (la chapelle) que représente notre dessin sont reliées à une lourde façade que le comte Roger fit reconstruire en 1649, par deux ailes formant galerie au rez-dechaussée, et datant du règne d'Henri II.
Ce château fut probablement fondé au ni' siècle par Renaudin de Bussy, un des bienfaiteurs de l’abbaye de Fontenay. Après avoir souvent changé de propriétaire, il passa à Léonor de Rabutin, baron d’Épïry, député par le bailliage d’Autun aux États de Paris, en 1614, père du comte Roger, le trop fameux cousin de Mme de Sévigné. Dès 1660, Roger de Rabutin, comte de Bussy, avait composé, pour divertir la marquise de Monglat. si maîtresse, une chronique satirique des aventures galantes de la cour, qu’il avait intitulée Histoire amoureuse des Gaules, il y avait joint un portrait satirique de sa cousine qu’il s’était solennellement engagé à ne jamais rendre public, et d’obscènes couplets
ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON
improvisés par de jeunes libertins dans une orgie. Quand ce livre l’eut précipité dans une de ces disgrâces dont on ne se relève jamais , a dit avec raison M. Geruzez, car la considération a péri en même temps que la faveur, Mme de Sévigné, qui avait cruellement ressenti l’outrage, fut assez bonne pour pardonner, et elle oublia si bien qu’elle put retrouver son enjouement dans sa correspondance avec le perfide qui l’avait diffamée. Mais Louis XIV ne pardonna pas. Bussy ne sortit delà Bastille (1666), que pour être exilé dans ses terres, en Bourgogne (Chazeu et Bussy). Il y passa dix-sept années. Malgré toutes ses bassesses, il n’obtint qu’en 1682 la permission de se présenter devant le roi. Pendant ce long exil, si douloureux pour sa vanité, il rassembla dans son château de Bussy les collections de portraits qui s’y sont conservées et que nous allons visiter avec la permission de leur propriétaire actuel. Il y a vingt ans, M. le comte de Sarcus a acquis ce curieux château où les étrangers sont toujours sûrs d’être bien accueillis. Depuis qu’il le possède, il en a publié une intéressante notice historique et descriptive l , et il a consacré des sommes considérables à la restauration de ses tableaux historiques et des salles qu’ils décorent.
On entre dans le château de Bussy-Rabutin par la cour d’honneur. La porte est au milieu du principal corps de logis. Audessus des portes des galeries , on remarque deux bas-reliefs en marbre : l’un est celui de Mme de Chantal (il ornait autrefois le monument élevé à sa mémoire dans l’église du monastère des dames de la Visitation, qu’elle avait établi à Dijon, en 1622 , et que la Révolution a démoli) ; l’autre est celui de Colbert, par Coysevox (1706). Les armoiries de Bussy et « des alliances de sa famille » avaient été effacées pendant la Révolution. M. de Sarcus les a remplacées par ses armoiries et « par celles des principales ou plus récentes alliances de sa maison. *
N. B. On ne visite dans l’intérieur du château , que les salles du rez-de-chaussée et du premier étage, qui vont être décrites. Les autres appartements n’ont pas été conservés tels qu’ils étaient du temps dt Bussy.