PREMIER ÉTAGE
Salon des grands hommes de guerre (salle de billard). Cette salle entièrement boisée, est ornée de fleurs de lis fantastiques, de trophées d’armes ou d’étendards, des chiffres enlacés de Bussy et de la marquise de Monglat, et de 65 portraits d’hommes de guerre célèbres, depuis du Guesclin et Dunois jusqu’à Bussy-Rabutin. Les noms de ces grands hommes sont écrits au-dessous de leur portrait, a Parmi ces portraits, dit M. le comte de Sarcus , ceux de : Gilbert Filet le seigneur de la Curée, duc de Candale, marquis de Sourdis, maréchal de Clérambau, Bussy-Rabutin, maréchal du Plessis-Praslin , maréchal de Senneterre, maréchal deGrammont, maréchal de Bassompierre, sont évidemment des originaux et de bons originaux. Peut-être doit-on encore regarder comme originaux ceux de: Bernard de Saxe, Piccolomini, duc de Bellegarde, François de Lorraine, duc de Guise, Montluc, Henri de Laval, duc de La Trémouille, qui ont un caractèrede vérité. » Quantaux autres, ce sont des copies fort médiocres, faites d’après les originaux de l’époque et rassemblées par Bussy.
Dans les panneaux inférieurs, entre les croisées donnant sur la cour d’honneur, on remarquera deux autres des six devises que Bussy avait expliquées à Mme de Gouville.
Chambre Sévlgiié. Cette chambre, ainsi nommée, dit-on, parce que Mme de Sévigné ycoucha lorsqu’elle vint àBussy, est aussi entièrement boisée, et 26 portraits de femmes sont incrustés dans ses boiseries. Une inscription indicative est placée au-dessous de chaque portrait. La plupart de ces inscriptions sont de Bussy. Une S a été ajoutée à celles que M. de Sarcus a dû faire. Le portrait de Mme de La Sablière est de Mignard; la Belle Féronnière a été copiée sur l’original de Léonard de
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Vinci par M. de Sarcus, en 1-810 ; Mme de Maintenon est de Mignard, Élisabeth d’Orléans, de Coypel; Louise de Rouville , de Mignard ; Marie - Louise-Élisabeth d'Orléans, dite Mademoiselle , fille du régent, de Coypel (Antoine). Nous signalerons surtout à l’attention des touristes les portraits de Mme de Sévigné et de sa fille, dont les inscriptions ont été ainsi rédigées par Bussy.
Marie de Rabutin, vive, agréable et sage, fille de Celse Bénigne de Rabutin et de Marie de Coulanges, et femme de Henry de Sévigné.
Françoise de Sirigné, jolie, aimable, enfin marchant sur les pas de sa mère, sur le chapitre des agréments, fille de Henry de Sévigné et de Marie de Rabutin, et femme du comte de Grignan.
Le portrait de Mme de Sévigné lui donne au plus 25 ans. «La figure, plus jeune et plus jolie que le pastel de Nanteuil, a dit M. Feuillet de Conches dans ses Apocryphes de la peinture ( Revue des Deux Mondes , novembre 1849), porte une parure de perles en collier, en pendants d’oreilles, en garnitures de corsage. Les cheveux blonds, rejetés en arrière, sont lissés sur le haut de la tête, que recouvre une sorte de coiffe d’où tombe sur les épaules une espèce de voile de veuve. En 1734, l’évêque de Luçon, fiLs de Bussy-Rabulin, confia ce portrait au chevalier de Perrin, qui publia, chez Simart, une édition des Lettres de Mme de Sévigné, et Chéreau le grava. L’effigie prit si bien crédit en tête du livre, que le bon Odieuvre, l’infatigable éditeur de portraits, d’ailleurs exécutés pour la plupart sans beaucoup de critique , l'adopta de préférence au Nanteuil, et le fit regraver par Schmidt. Cette planche de Schmidt est une copie littérale et trait pour trait; la seule différence, c’est que, n’ayant point été exécutée au miroir, la figure est vue du côté opposé. Mais pour sortir du cabinet de Bussy, le portrait en était- il plus ressemblant, j’en doute; car, indépendamment de la différence totale de certains traits sur lesquels cependant dix années de plus n’ont point de prise, la charpente de la tête, caractère fondamental, qui, s’il change, ne change que très-peu et très-tard, diffère essentiellement de celle qu’a rendue Nanteuil. Or, ce grand artiste, l’homme exact par excellence, avait dessiné son modèle d’après nature, tandis que tout induit à croire qu’il n’en avait pas été de même de l’auteur du portrait rival. Cet auteur était un peintre plus adroit que fidèle, nommé Louis Ferdinand, que ses agréables mensonges avaient mis longtemps en vogue à la cour de Louis XIV. »
Il existait autrefois au château de Bussy un autre portrait de Mme de Sévigné. Ce portrait, qui était placé dans le salon et qui a disparu, portait l’inscription suivante :
Marie de Rabutin, fille du baron de Chantal, femme d'un génie extraordinaire
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et d’une vertu compatible avec la joie et les' agréments. ( Lettre de Buesy à Mme de Se vigne, en date du 8 décembre 1668.
vctlte chambre Bévlgné. Cette pièce contient un grand et beau meuble noir (cabinet d’Allemagne), de l’époque d’Henri IV, au-dessus duquel est placé le buste enboisde Louis XIV, sculpté par Dubois. Parmi les tableaux qui la décorent, nous signalerons:
2. Greuze. Jeune fille assise. Dessin. — 15. Notoire. Jeune fille. — 25. École des Carraches. Jésus-Christ descendu de la croix.— 28. P. P. Rubens. Sainte Anne montrant à lire à la sainte Vierge. Esquisse. — 30. Mignard. Madone. Ce tableau, peint à Rome pour M. de Treilleport, a été gravé deux fois. — 34. Mony. Jeune femme assise lisant une lettre. Ce charmant tableau est daté de 1740. — 38. École italienne. Madone.
Cabinet menant à la tour Dorée. Ce cabinet contient un meuble en bois, richement sculpté, du temps d’Henri II; divers portraits d’hommes célèbres postérieurs, pour la plupart , à Bussy-Rabutin(Buffon, Soufflot, Necker, etc.), de rois, de princes et de princesses. On remarquera surtout le portrait de Dubois, sculpteur dijonnais, 1620-1694, peint par Revel, en 1680.
Tour Dorée. La tour dorée est une belle pièce circulaire de la tour de l’Ouest, percée de quatre croisées, richement décorée, et divisée, sur sa hauteur, en trois parties, dont chacune mérite une description spéciale. En face de la porte d’entrée se trouve la cheminée, masquée par une porte à deux battants. Au-dessus, en avant de deux faisceaux de six étendards, est l’écusson de Bussy, surmonté de la couronne de comte.
La partie inférieure de cette salle est décorée de pilastres, entre lesquels sont peints divers sujets de la fable. Au-dessous de ces tableaux, Bussy a fait écrire en lettres d’or, sur fond noir, des distiques qui donnent une bien triste idée de son esprit. Nous en citerons deux des plus ingénieux:
1“ Pygmalion (épris d’amour pour la statue de Vénus).
Tout le monde en amour est tous les jours dupé.
Les femmes nous en font accroire.
Si vous voulez aimer et n’être point trompé,
Aimez une femme d’ivoire.
6° Céphale et Procris (sous les traits de la marquise de Monglat et de Bussy).
Eprouver si sa femme a le cœur précieux,
C’est être impertinent autant que curieux;
Un peu d’obscurité vaut, en cette matière,
Mille fois mieux que la lumière.
La seconde partie, la plus importante, contient, dans de riches enca-
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drements d’ornements peints sur fond d’or, une collection de portraits de femmes, au-dessous desquels sont des inscriptions, généralement peu
spirituelles de Bussy. Mlle Coquelet (Mme Parquin) , lectrice de la reine , racorte, dans les Mémoires de la reine Ilortense, qu’en 1813, sa maîtresse, ayant visité le château de Bussy, manifesta le désir d’acheter cette collection, dont on lui demanda 15000 fr. Les événements politiques qui survinrent l’empêchèrent de réaliser ce projet. Mignard a peint Isabelle de Harville Paloiseau, femme de M. de Montmorency; Juste, Lucie deTourville; Lebrun, Roger de Rabutin, qui s’est placé danscette galerie, et a Isabelle-Cécile Huraut de Cheverny, marquise de Monglat, qui, par la conjecture de son inconstance, a remis en honneur la matronne d’Ëphèse et les famés d’Astolphe et de Joconda;» Mignard, Louise-Antoinette-Thérèse de La Châtre.
Les portraits de la troisième partie représentent le cardinal de Richelieu, Louis XIII, Anne d’Autriche, Mazarin, Louis XIV, etc. Ils sont au nombre de quatorze. Du reste, ils ont chacun une inscription et n’offrent aucun intérêt comme œuvres d’art.
Au plafond des embrasures des quatre croisées sont peints, sur un fond de ciel, de petits Amours tenant à la main la couronne de marquis et les chiffres enlacés de Bussy et Monglat. Sur les panneaux latéraux, des groupes de petits Amours se cachent à demi sous des banderoles chargées d’inscriptions latines à gauche, françaises (la traduction) à droite. Bussy avait la manie des inscriptions, et pourtant il ne brillait guère dans cet exercice de l’esprit. Voici une de ces inscription
Et Phœbo fucris si pulchrior, uniiue fausto Ni genitus, Vendis captabis premia tmntjuum.
Fussiez-vous beau comme l’astre du jour,
Assurez-vous, si l’étoile vous manque,
Que vous serez malheureux en amour.
Nous n’en avons pas fini avec les inscriptions. Il y en a encore dans le plafond, qui est richement orné de faisceaux d’armes, d’étendards, de chiffres, de drapeaux et d’emblèmes.
«alerte. Une porte de la chambre Sévigné donne accès dans la galerie qui forme bibliothèque et conduit à la tribune de la chapelle. Cette galerie renferme : les portraits des rois de la troisième race avec des inscriptions qui, depuis François II, sont de M, de.Sarcus; une collection de portraits d'hommes célèbres , soit par leur naissance , soit par leut génie, des princes, des ministres, des écrivains, des hommes d’Etat, des parents ou des parentes de Bussy, etc. On remarquera seulement dans cette galerie: un ange en marbre, fragment de sculpture delà Renaissance, trouvé à Sainte-Reine; une statuette antique en bronze, et
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les portraits des quatre ducs et des quatre duchesses de Bougogne de la seconde race. M. Eaverat a fait, sur la demande de la direction du musée de Versailles, des copies des quatre duchesses, qui sont actuellement au musée de Versailles.
Entre la galerie et la tribune de la chapelle est une petite pièce ornée de quelques tableaux , et de laquelle on monte à la tribune par deux marches. Dans cette tribune, on voit, au-dessus de la porte d’entrée, un tableau de Mignard, (le Père Éternel au milieu d’une Gloire).
Chapelle. Bien que construite dans une tour ronde, la chapelle est carrée. On y remarquera : deux tableaux originaux du Poussin (le Frappement du rocher et le Buisson ardent) ; un tableau de Murillo (Saint Jacques de Compostelle) ; une Madone attribuée à Andrea del Sarto, et un Saint Jean l’Êvangeliste, peint parM. le comte de Sarcus.
Le parc du château de Bussy-Rabutin est très-grand; il a trente quatre hectares. Il contient , outre de beaux arbres et de curieux rochers, une copie, par Dubois , du groupe en marbre de Bouchardon (l’Enlèvement de Proserpine), que possède le musée de Versailles, et un Jupiter lançant la foudre, par Attiret. Des parties supérieures on découvre de jolis points de vue. Les jardins passent pour avoir été dessinés par Le Nôtre. Au centre du bassin principal était un jet d’eau qui s’élevait, dit-on, aussi haut que le château, dont la façade de ce côté est complètement dépouillée d’ornements. L’allée du milieu du grand parterre se prolonge au travers du petit et vient aboutir à une belle fontaine qui sort du roc. Du côté opposé, un curieux reliquaire en pierres fait face et pendant à cette fontaine. Il provient, dit-on, de l’église Saint-Jean de Dijon. La grande pièce d’eau a 60 mètres de longueur et 12 mètres de largeur,
A 5 kil. au N. O. du village de Bussy-le-Grand se trouve Erinffea, village de 246 habitants * qui présente, a dit M. Victor Petit (Les villages du département de l'Yonne), l’unique exemple, croyons-nous, dans nos contrées t civilisées, j d’un village ayant gardé et conservé jusqu’ici presque intacte sa muraille d’enceinte fortifiée. Cette muraille semble dater du xvi* siècle. On a pu lire souvent, dans les notes qui restent sur l’histoire de nos paroisses rurales, la mention c qu’en telle année les habitants de telles paroisses obtinrent du roi François I er l’autorisation de clore leur village d’une muraille fortifiée. » Ces murailles, élevées à la hâte, et aux moindres frais possibles,
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n’avaient pour but que de défendre contre un coup de main hardi et non prévu les habitations, mais surtout les moissons recueillies et renfermées avec soin par les villageois, dans l’espoir de les soustraire aux rapines des gens de guerre qui couraient la campagne et mettaient la population à contribution comme en pays conquis. Les murailles d’enceinte de nos villages restèrent presque toutes debout jusqu’à la Révolution. A cette époque, on les démolit, et les matériaux servirent peu à peu à la construction de quelques maisons nouvelles. »