‹ De Paris à Lyon et à AuxerreChapitre 68 sur 158 · STATION. — MALAIN · texte numérisé non relu

STATION. — MALAIN

8 kil. de Blaisy-Bas. — 296 kil. de Paris. — 19 kil. de Dijon. — 217 kil. de Lyon.

On trouve à la station de Mâlain des voitures de correspondance conduisant à; — Gisseij (11 kil. pour 30 c.) ; — Pont-de-Pany

176 ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON

(5 kil. pour 20 c.); — Pont-d'Ouche (27 kil. pour 1 fr. 75 c. et 1 fr. 25).

Hàlatn (1097 hab.) est groupé, un peu au delà et à droite de sa station, au pied du mamelon que couronnent les ruines de son vieux château. Si l’on doit en croire certains savants', il fut jadis la capitale des Insubriens, dépendant de la république des Ëduens, et ses anciens habitants fondèrent , en Italie , une ville à laquelle ils donnèrent leur nom (Milan). On y a trouvé en effet de nombreuses antiquités gallo-romaines : médailles, pots de cuivre, fûts de colonnes, débris de chapiteaux , tombeaux, statues, carreaux, etc., Mais l’histoire de la ville gauloise et de la ville romaine est complètement inconnue. Les seigneurs de Mâlain (Malayun, Malein et peut-être Mediolanum) portaient, au moyen âge, le titre de barons, qu’ils ont conservé jusqu’à la Révolution. Leur château , dont les dernières ruines offrent un aspect si pittoresque, s’élevait au sommet d’un rocher escarpé de tous côtés. L’église, qui date de 1844, a remplacé un curieux monument de style byzantin. L’ancienne capitale des Insubriens est aujourd’hui une commune du canton de Sombernon, arrondissement de Dijon (Côte-d’Or).

La vigne est déjà cultivée à Mâlain, mais elle ne donne que de médiocres produits. Les noix y sont au contraire renommées.

C’est à la station de Mâlain qu’il faut descendre si l’on veut aller faire un pèlerinage poétique à ce château de Montculot ou d’Urcy, où M. de Lamartine a écrit quelques-unes de ses premières Méditations. Un omnibus conduit à Pont-de-Pany (voir ci-dessus); de ce joli village, si agréablement situé surl’Oucheet le canal (la route de Dijon à Auxerre et à Autun le traverse), 45 minutes suffisent pour monter à pied jusqu’au château de Montculot, qui appartient actuellement à M. de Montureux, et qui dépend du village d’Urcy., éloigné de 2 kil. environ.

« Le château d’Urcy, l’une des plus vastes et des plus belles demeures de la province, dit M. de Lamartine dans ses Nouvelles confidences, xlvii, une des anciennes résidences de mon grandpère , que le second de mes oncles avait eu pour sa part dans la succession, appartenait à cet oncle, l’abbé de Lamartine.

1. Voir le» Mémoires de l'Académie des Inscriptions, tome XXVIII.

MALAIN,

Il était situé dans ce labyrinthe de montagnes noires , de gorges sombres et de monotones forêts qui forment le plateau le plus élevé de la Bourgogne, entre Semur et Dijon, à quatre ou cinq lieues de toute ville; pays âpft, sauvage ; air de feu, ciel de neiges; Sibérie française, triste comme le Nord ; région des pasteurs et des bûcherons, où l’on marche des heures sans voir autre chose qu’un chêne pareil à un chêne, et un troupeau pareil à un troupeau. Les lignes de l’horizon, arrêtées pas la noirceur des bois qui les couvrent, droites et roides comme des remparts tirés au cordeau, se dessinent toutes semblables aussi sur le ciel

Combe près de Màlain.

pâle et gris. C’est la monotonie des déserts entre le Caire et la mer Bouge avant que les arbres soient devenus cendres , et que le rocher soit devenu lave.

« Sur un plateau étroit, au confluent de ces gorges, s’élève le château d’Urcy, véritable site d’abbaye. On n’apercevait qu’à travers les branches des grands chênes sa façade immense, dentelée d’élégantes balustrades, ses quinze fenêtres à plein-cintre, et leurs balcons de fer aux armoiries dorées, qui attestent la plus pure architecture italienne, dépaysée au milieu de cette contrée des druides. Ce château, disent les paysans des environs,

ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON

a été bâti pour les étoiles, car il n’y a qu’elles qui puissent le voir ; il est à une demi-heure de chemin du village. Un magnifique ermitage, un contre-sens entre la splendeur de l’édifice et l’emplacement, voilà son caraetère: de vastes jardins, découpés à coups de hache sur les bois, l’environnent. Ces jardins ne sont pas et ne peuvent pas être nivelés; ils suivent les ondulations du plateau , ici ouverts, là fermés par les montagnes, les plaines, les gorges profondément encaissées sous les rochers; défrichements partiels noyés dans les feuillages des collines et des mamelons. Quatorze sources , rare suintement de ces flancs de roc, ÿ ont été recueillies dans de longs conduits souterrains, qui les répandent çà et là en conques murmurantes, en vasques de pierre, en dauphins à barbe de mousse verte, en pièces d’eau rondes, ovales, carrées, de toutes formes et de toutes grandeurs. L’une d’elles porte bateau, et j’aimais à en détacher la chaîne et à le laisser dériver parmi les joncs. La fontaine qui s’y verse à gros bouillons éternels s’appelle la fontaine de Foyard, du nom d’un hêtre séculaire qui ombrage les sources et qui couvre un demi-arpent de ses branches et de sa nuit. C’est cette source que j’ai célébrée un jour, eu revenant baiser sa chère écume , sous le titre : La source dam les bois.

Source limpide et murmurante,

Qui , de la fente du rocher,

Jaillis en nappe transparente,

Sur l’herbe que tu vas coucher ;

Oui , c’est moi que tu vis naguères.

Mes blonds cheveux livrés au vent, Irriter tes vagues légères,

Faites pour la main d'un enfant.

C’est moi qui , couché sous les voûtes Que ces arbres courbent sur toi,

Voyais, plus nombreux que ces gouttes, Mes songes flotter devant moi.

Plus tard, battu par la tempête, Déplorant l’absence ou la mort,

Page 1