MAL AIN. — LE CHATEAU-D’URCY
Que de fois j’ajjpuyai ma tête Sur le rocher d’où ton flot sort !
t Voir lever le soleil sur les cimes des chênes du parc ; ouvrir ma fenêtre pour que les hirondelles vinssent voltiger librement sous le plafond ; lire dans mon lit les vieux livres de la bibliothèque, aux bruits de vie qui montaient de la cour d’honneur ou de la cour de la ferme ; entendre les clochettes du bouc qui guidait le troupeau de moutons sortant après la rosée essuyée ; me lever pour déjeuner avec mon oncle de la crème de ses vaches et du miel doré de ses ruches ; perdre mes paroles et mes pas avec lui , du salon à la bibliothèque , des étables au jardin ; rentrer aux heures brûlantes ; ressortir seul avec un fusil ou un livre sous le bras quand le soleil baissait un peu, ou monter mon cheval sauvage à crins soyeux , touffus , pendants , épars jusque sur les épaules, et qui lui voilaient les yeux ; m’enfoncer au galop dans les sainfoins en fleur; descendre après dans les gorges encaissées au fond des bois, où il fallait, pour se glisser sous les branches, se coucher sur l’encolure du cheval ; errer ainsi sans but, découvrant tantôt une clairière, tantôt une source, tantôt une famille de chevreuils effrayés du bruit; me perdre volontairement pendant des heures entières pour me retrouver à quelques lieues du château; revenir au pas à la fraîcheur du soir; dîner, causer, lire, écouter les aventures de la vie d’abbé à Versailles et à Paris , dans l’ancien régime ; m’assoupir à ces récits, et, quand le sommeil me gagnait, remonter le grand escalier et traverser les longues salles, sonores comme le vide, qui conduisaient à ma chambre; m’endormir sur les pages d’un philosophe ou d’un poète pour recommencer au réveil les mêmes journées et les mêmes nuits : voilà ma vie toutes les fois que je pouvais venir passer les plus insensibles mais les plus rapides mois de ma jeunesse dans cette solitude, monastère de liberté, de douce paresse, de nonchalance, de lecture, de rêverie et d’amitié! Les meilleures ombres de ces arbres qui verdissent encore ont tapissé le sol des jardins pour moi. Les circonstances et l’éloignement m'ont forcé, après la mort de mon oncle, de vendre les ombres que versaient ces arbres et les mur-
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mures que répaudaient ces eaux. Puigsent-ils être aussi hospitaliers et aussi doux à d’autres générations!
<t J’habitais surtout ces grands hêtres qui couvrent la fontaine du Foyard, toujours entourée de merles qui venaient boire et que je n’effrayais pas. Ils sont si chargés de rameaux , et ces rameaux, ramifiés encore par filaments, sont si chargés de feuilles, qu’on aperçoit à peine, à travers le réseau de leur ramure, l’étang limpide qui brille en bas sous les peupliers. Oh 1 que ne peut-on emporter avec soi, en changeant de séjour, ses sites de prédilection I j’aurais emporté celui-là !
<t C’est là que j’ai bu la solitude jusqu’à l’ivresse, jamais jusqu’à la satiété ! »
La station de Mâlain est dominée sur la gauche par une montagne escarpée, dont le sommet, le Signal de Mâlain , atteint 608 mètres. Au pied de cette montagne, se trouve le village A’Ancey (594 hab.) au delà duquel s’ouvre une combe pierreuse. Mais à peine l’a-t-on aperçue, qu’on entre dans une tranchée qui atteint 8 m., 51 c. de hauteur maxima. Quand on en sort, on passe sur 1 e viaduc de Lee , long de 160 mètres, composé de 11 arches en plein-cintre, de 10 mètres d’ouverture chacune, et haut de 23 mètres. A gauche se montre Lantenay (683 hab.) qui dépend déjà du canton de Dijon , et dont, le château a été rebâti vers la fin du xvn e siècle. A droite, s’élève une montagne conique haute de 437 mètres. On s’enfonce dans une tranchée longue de plus de 1500 mètres, et haute de 9 m ,83 à son point le plus élevé, et, après avoir franchi sur des remblais des dépressions de terrain profondes de 53 et de 25 mètres , on pénètre dans une autre tranchée, celle de Fleurey-sur-Ouche , dont le point culminant atteint 16 m., 21 c. On franchit aloro la Combe de Fain sur un magnifique viaduc composé de deux rangs d’arcades — à l’étage inférieur, 7 arches de 9 mètres d’ouverture chacune ; à l’étage supérieur, 13 arches en plein-cintre de 12 mètres d’ouverture — haut de 44 mètres et long de 220 mètres, puis le chemin de fer, achevant de décrire une forte courbe , descend par une pente rapide dans la vallée de l’Ouche. De grands et beaux paysages se dérouleraient incessamment aux regards des voyageurs placés à droite, si, de distance en distance, les talus des tranchées n’en
MALAIN.
interceptaient la vue. L’Ouche et le canal serpentent au milieu de magnifiques prairies, et, au-dessus des coteaux rocheux et boisés dont la route de terre longe la base, apparaissent les sommets des plus hautes montagnes de la Côte-d’Or, le Plan de Suzan (565 mètres) et le Mont-Afrique (584 mètres).
, 37' STATION. — VELARS.
9 kil. de Malain. — 305 kil. de Paris. — lo kil. de Dijon. — 207 kil. de Lyon.
Velars est un • village de 1075 habitants, situé entre le chemin de fer et l’Ouche , qui possède de beaux moulins
et une importante papeterie. Plus loin, sur la route de terre, est le hameau de la Cude, au-dessus duquel s’élève la petite chapelle de Notre-Dame de l’Étang , où l’image de la Vierge, découverte en 1435 , attire chaque année un certain nombre de fidèles. Mais si belle que se montre la nature , l’art l’a vaincue dans cette vallée. Pour s’en assurer, il faut suivre à pied ou en voiture la chaussée du canal ou la route de terre ; il faut contempler, des bords de l’Ouche, ces travaux vraiment merveilleux qu’a nécessités la construction du chemin de fer, et qu’on ne 119 11
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devine même pas quand on reste sur la voie. Au viaduc de la combe Fouchères, qui a 18 mètres d’élévation , et qui se compose de 5 arches en plein-cintre , ayant chacune 10 mètres d’ouverture, succède bientôt, au delà d’un tunnel , le viaduc de la combe Bouchard, formé, comme celui de la combe de Fain , de deux étages d’arcades — à l’étage inférieur, 7 arches de 7 m., 72 c. de largeur chacune ; à l’étage supérieur, 11 arches en plein-cintre de 10 mètres d’ouverture chacune — long de 150 mètres et haut de 38 mètres. On traverse un second tunnel. Sur la droite l’attention est attirée par les beaux établissements industriels de Velars (hauts-fourneaux, tréfilerie , clouterie, etc.), qui # depuis quelques années ont pris de si grands développements, qu’il est déjà question de leur accorder une station. Entre deux autres tranchées, on découvre un instant, à droite, la vallée de l’Ouche, à gauche , une jolie combe boisée qu’on passe sur le viaduc de Matoye , composé de 5 arches , long de 90 mètres et haut de 22 m., 2k c. Près d’une belle maison de campagne trop entourée d’eau et appartenant à M. Feuchot, de Dijon, on franchit sur un viaduc de 15 arches, ayant chacune 10 mètres d’ouverture, haut de 22 m.,30 c., long de 236 mètres, h combe IVeuvon toute couverte de bois dans ses deux ramifications. On traverse encore une tranchée profonde de 10m., 67 c., enfin on laisse à gauche la combe de Champ-Moron, qui contient les ruines du prieuré de Bonvaux, et où l'un des plus habiles agriculteurs de la Côte-d'Or, M. Adolphe Bonnet, a formé une terme-modèle.