‹ De Paris à Lyon et à AuxerreChapitre 78 sur 158 · SCULPTURES · texte numérisé non relu

SCULPTURES

La grande salle des sculptures renferme des copies des plus belles statues de l'antiquité : l’Apollon du Belvédère, l’Antinoüs du Belvédère, la Jucon du Capitole, la Vénus de Médicis, le Gladiateur combattant, l’Adonis, le groupe de Laocoon , etc. Celles de ces statues qui sont en marbre ont été exécutées à Rome par des élèves de l’école de Dijon : MM. Renaud, Bornier, Bertrand, Petitot, Ramey.

Cette salle contient d'autres sculptures, entre autres l’Hébe' de Rude et le Monument élevé à la mémoire de François Devosge, fondateur de l’École gratuite des beaux-arts et du musée de Dijon. Ce monument se compose d’un simple cénotaphe, surmonté d’un buste, par Rude.

Le plafond est une des œuvres les plus remarquables du peintre de l’école dijonnaise qui a mérité le surnom de Corrêge français, Pierre Prudhon (1760-1823), le treizième et dernier enfant d’un maçon de Cluny. Les moines de Cluny, frappés de ses dispositions pour le dessin, l’adressèrent à M. Moreau , évêque de Mâcon , qui l’envoya à ses frais à Dijon, en 1776, pour prendre des leçons de François Devosge. En 1783, Prudhon remporta le prix de peinture institué par les états de Bourgogne. 11 arriva à Rome à l’âge de 23 ans; mais nous ne voulons pas raconter ici sa vie ; elle est trop triste , et la place nous manque. Son plafond de Dijon représente la Bourgogne dominant la Mort et le Temps, et entourée des' Vertus et des Beaux-arts. A gauche, l’Immortalité plane sur la France, que soutiennent la Renommée, la Guerre et d’autres figures allégoriques; à droite, les attributs de la Sagesse et de la Paix entourent la Victoire; plus loin, un génie répand des fleurs sur les Parques. Ce beau plafond est une imitation d’un tableau de Piètre de Cortone, qui décore le palais Barberini, à Rome.

Parmi les autres statues ou sculptures placées dans la grande salle ou dans les autres salles nous signalerons : — 470. Jouffroy (François), élève de l’école de Dijon, et de Ramey jeune. Mort d’Orion, 2* prix de sculpture, décerné en 1826 par l’Académie de sculpture, à Paris. — 471. Le même. Prométhée, figure d’étude en plâtre. — 473. Le même. Le buste de Monge en marbre. — 474. Le même. La Désillusion. —

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479. Dubois (Jean) , sculpteur dijonnais du xvm' siècle. L’Assomption de la Vierge en terre cuite. — De 479 à 506. Le même. Ouvrages en terre cuite.— 510. Lemoyne ( Jean-Baptiste ). Mausolée de Crébillon.— 519. Coffieri. Buste de Pironen terre cuite. — 527. Le même. Joseph Languet, ancien curé de Saint-Sulpice (en plâtre).— 526. Attiret. Buste de Legoux deGerland (en plâtre).— 528. Inconnu. Rameau (en plâtre). — 931. Reproduction du charmant Baptistère de Saint-Germain-l’Auxerrois, sculpté par M. Jouffroy, d’après le modèle de Mme Alphonse de Lamartine.

— Jouffroy. Erigones. — Leçon lê. Ariane abandonnée.— Darboie. Statues et bustes en plâtre.

LA SALLE DES GARDES. — LES TOMBEAUX DES DUCS DE BOURGOGNE. — LES RETABLES.

La salle dés (Sardes s’étend d’un côté jusqu’à la tour des ducs de Bourgogne , et de l’autre elle communique avec la tour de Bar par une galerie construite sous le gouvernement de M. de Bellegarde; une de ses extrémités est ornée d’une grande cheminée, véritable monument d’architecture , devant laquelle un daim pouvait rôtir tout entier.

a Dans cette belle galerie, dit M. Maillard de Chambure (Dijon ancien et moderne), étaient servis ces banquets somptueux pour lesquels la cour de Bourgogne était sans rivale. Olivier de la Marche et les comptes de la maison des ducs nous présentent d’étranges détails sur le luxe et les divertissements introduits dans ces festins. C’était, au milieu des buffets chargés d’or et d’argent, tantôt un dromadaire fait au vif, portant paniers pleins d’oiseaux peints que son conducteur lâchait au milieu de l’assemblée, tantôt un lion plus gros qu’un cheval, qui chantait agréablement une ballade et faisait la révérence; d’autres fois c’était un loup jouant de la flûte, des sangliers sonnant de la trompette, et un quatuor d’ânes chantant un motet , à quoi il faut joindre les montagnes de glaces ornées d’ours, les châteaux forts, les moulins à vent, les lacs, les baleines de soixante pieds de longueur, de la gueule desquelles sortaient nombre de sirènes et de chevaliers qui, leur rôle joué, rentraient dans le ventre des monstres; les pâtés creux, renfermant une église avec ses moines et ses orgues , et beaucoup d’autres inventions aussi miraculeuses qui, sous le nom d’entremets, descendaient du plafond sur des chariots peints d’or et d’azur, aux armes des ducs, et étaient présentées à l’admiration de l’assemblée. Cependant ces magnifiques automates n’étaient pas les seules délices que les ducs offrissent à l’ébattement de leurs convives. Le gibier de leurs forêts et le bon vin de leurs vignes de Pomard et de Montrachet en faisaient la principale richesse.-

DIJON. — LE MUSÉE

Quant aux menus mets d’usage à leur table , et spécialement destinés à afîriander les dames, on trouverait dans les comptes de ces repas de curieuses nomenclatures : faisans à la poudre d’or, poules de l’Inde braisés, dont la première fut offerte à la duchesse Marguerite le 12 novembre 1385, gélines au safran, pâtés de groseilles, tartelettes et confitures de poivre, anis et aulx confits servis dans de riches drageoirs, orge pilé, épinaclies (épinards) au sucre, rousset. blé vert, oblies, pots de gingembres verts, verjus de pommes au girofle, noix musquettes, hypocras, vin d’épices et claret de Gascogne, servi par les pages dans les banaps d’or, et que le duc buvait à longs traits dans le grand hanap de M. Julius César, qui fut remis à neuf pour la venue du roi d’Arménie à Dijon. — Comptes de Jossel de Halle, 1389.— Après le service, des cure-dents d argent étaient offerts aux convives, avec une brosse de bruyère et une queue de renard pour s’épousseter. C’était l’heure attendue où quelque ménestrel ou poète parasite, Thomas de Hédincourt, eu 1368, Jehan des Fossés, en 1376, introduit dans la haute galerie de pierre qui dominait la salle, chantait, pour réjouir les dames, quelque complainte nouvelle; ou bien l’assemblée se tirant, près du foyer brûlant, les allumettes de jonc, qu’il fallait, « sous peine de bailler gage, éteindre d’un « coup sans tousser , » les « almanacques et pronostications » copiées plus tard par Nostradamus, et déjà célèbres et infaillibles comme depuis, servaient de passe-temps aux femmes et aux jeunes gens, taudis que le duc et ses barons devisaient des guerres de Flandres, de l’occision des Armagnacs , ou de leurs faits de chasse , un des passe-temps favoris du prince, qui n’avait pas moins de quatre cent trente veneurs de tout grade dans son équipage. Quelquefois, une petite porte, cachée près de la cheminée, et comme enfouie dans les sculptures de ses piliers, s'entre-bâillait silencieusement, et un homme vêtu de noir, une chaîne d’or au cou, un livre et une verge à la main, s’avançait au milieu du cercle attentif et charmé. A cette heure le duc ne faisait faute, non plus que les plus braves chevaliers, de prendre rang et de prêter attention. Que prédira l’astrologien de monsieur le duc ? Parlera-t-il à Jean sans Peur du pont de Montereau; à Charles, de l’étang de Nancy'? Ses prophéties étaient plus courtoises sans doute, et il en était payé royalement. Parfois il se mêlait aussi d’escamotage. En 1419, Georges de Bayne était astrologien et alchimiste du duc , il lui demanda pour engins à souffler cent quarante-cinq francs, ce qui était une grosse somme alors. Jean attendit la fin de l’œuvre avec assez de patience pour un prince; pourtant, ne voyant rien venir, il envoya mander maître Georges, mais il avait disparu. Aucuns dirent que le diable l’avait enlevé; aucuns qu’il avait emporté les écus du duc. Avant lui, Jehan de Magny et Robert des Jardins

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avaient tenu cet office, où ils gagnèrent de bonnes sommes, disent les comptes de 1368 et 1396, « à faire nuictamment aulcunes choses bien a secrettes qui ne doibvent seulement estre dictes. »

Outre cette cheminée, qui a été restaurée par M. de Saint-Mesmin, on remarquera dans la salle des Gardes, — ornée d’ailleurs de beaux tableaux, de statues et de bustes qui représentent les hommes célèbres nés à Dijon etdans la Bourgogne, etdumausolée de Crébillon’, — trois retable» d’autel, monuments curieux de la sculpture en bois et de la dorure au xiv' siècle, longtemps abandonnés dans l’église Saint- Bénigne, et restaurés aussi par M. de Saint-Mesmin. Deux de ces retables, connus sous le nom de chapelles portatives des ducs de Bourgogne, sont l’œuvre de Jacques de Baèrze ; ils furent commandés par Philippe le Hardi , pour l’ornement de l’église de la Chartreuse : ils ont la forme d’armoires à deux battants, hauts de 1“,62, larges de 2“,60; ils offrent, quand ils sont ouverts, un développement de 5“,20; la face extérieure de l’un est ornée de peintures attribuées à Melchior Broederlam, peintre du duc Philippe le Hardi, et représentant : l’Annonciation, la Présentation au Temple, la Visitation et la Fuite en Égypte. Les tableaux extérieurs de l’autre ont été enlevés. L’intérieur de chaque battant est orné de cinq figures de saints de 41 centimètres de hauteur, dont les vêtements sont enjolivés de feuillages d’or bruni sur un fond rechampi de diverses couleurs.

Les sujets suivants, également en sculpture de ronde-bosse et décorés d’une manière aussi brillante, sont placés sous des baldaquins soutenus et couronnés par des ornements de l’architecture gothique la plus riche et la plus délicate. Ce sont, pour le premier retable : l’Adoration des Mages (9 figures), le Calvaire (20 figures), l’Ensevelissement (8 figures); pour le second retable ; la Décollation de saint Jean-Baptiste (6 figures), Scènes de Martyres (7 figures), la Tentation de saint Antoine (4 figures). Sur le soubassement du second retable et le recouvrement des battants du premier, on voit une suite répétée des armoiries et des initiales des noms du duc Philippe et de Marguerite de Flandre, son épouse.

Le troisième retable est du xv* siècle, et provient de l’abbaye de Clairvaux. Les volets ont été détruits; il n’en reste que la pièce principale, formée de cinq tableaux, peints à l’huile, qui représentent ; Saint Bernard, tenant dans ses mains l’église du monastère, le Baptême de Jésus, la Sainte Trinité, la Transfiguration et l’abbé de Clairvaucc.

Mais quelque intérêt qu’offrent ces retables, ce qu’on vient surtout admirer dans la salle des Gardes, ce sont les tombeaux des duc» de Dourgoncue, Philippe le Hardi et Jean sans Peur. Ces tombeaux étaient dans l’origine le plus bel ornement de l’église de la Chartreuse

DIJON. — LE MUSÉE

de Champmol (voir page 219). Ils y reçurent de nombreuses visites. En 1521 . François I er eut la curiosité de voir la tête de Jean sans Peur; comme il s’étonnait de la largeur de la plaie que la hache de Tanneguv Duchâtel avait faite au crâne : a Sire, lui dit le prieur, c’est parce trou que les Anglais sont entrés en France. » Ces tombeaux furent détruits à la Révolution, mais les débris en avaient été conservés en divers endroits; l’autorité municipale les remit plus tard à M. Saintpère, professeur d’architecture à l’école de Dijon, qui eut l’heureuse idée de les réunir, après avoir racheté des fragments possédés par divers particuliers, et, sur sa demande, le conseil général vota, en 1818, la restauration de ces beaux monuments. Cette restauration, dirigée par M. de Saint-Mesmin , fut terminée en 1827. M. Moreau, de Dijon, a restauré les figures; M. Marion, de Semur, l’architecture et les ornements.

Le tombeau de Philippe le Hardi s’élève sur un socle et une base en marbre noir. Autour des quatre faces régnent des arcades ogivales en marbre blanc, qui se détachent sur un fond en marbre noir. Une galerie découpée à jour couronne ces arcades ; des pilastres, ornés de colonnettes, de chapiteaux, de cinquante-deux figurines d’anges, de pinacles et de clochetons, les soutiennent. Elles figurent un cloître autour duquel sont placées quarante statuettes représentant les divers personnages des maisons civiles et religieuses des ducs de Bourgogne, et différents ordres monastiques. Sur la table, longue de 3“,20, large de 2”. 06, haute audessus du sol de 1",50, repose la statue couchée de Philippe le Hardi, dont les pieds, chaussés de souliers de fer, s’appuient sur le dos d’un lion, et dont un coussin soutient la tète. Deux anges, aux ailes déployées et dorées, placés en arrière de la tète, supportent un casque à visière conique, qui a la fleur de lis pour cimier. Ce tombeau est l’œuvre .du Hollandais Claux Sluter, nommé, vers 1390, ymaigier du duc de de Bourgogne, aidé par Claux de Yousonne, son neveu, et Jacques de Baër/.e, pour l’architecture et les ornements. 11 a coûté 3612 livres, qui représenteraient 26000 fr. aujourd’hui.

Le tombeau de Jean sans Peur et de Marguerite de Bourgogne ressemble beaucoup à celui de Philippe le Hardi; mais comme il n’a été terminé que vers le milieu du xv' siècle, il est plus richement ouvragé. Deux lions sont couchés aux pieds de Jean sans Peur et de Marguerite de Bourgogne; le duc et la duchesse portent la couronne ducale. Derrière leur tête quatre anges soutiennent le casque du duc et les armoiries de la duchesse. La table, longue de 3“ ,41 , large de 2", 27, haute de 25 centimètres, est à l", 49 au-dessus du sol. Ce tombeau fut commandé en 1444 à Jehan de la Verta, dit d’Aroca, du pays d’Aragon, tailleur (l’umaiges, demeurant à Dijon, qui s’adjoignit Jean de Drogués et An-

toine Le Mouturier. Le marché était fait moyennant le prix et somme de 4000 livres (28 500 fr. d’aujourd’hui) qui seront payés en quatre ans, dit le titre.

Entre les tombeaux de Philippe le Hardi et de Jean sans Peur on a placé dernièrement une reproduction de la statue de la duchesse de Bedfort (l’original est au musée de Versailles), fille de Jean sans Peur, dont la dépouille mortelle, retrouvée dans l’église des Célestins de Paris, repose actuellement à Saint-Bénigne de Dijon.

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