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qui donne 3500 litres au moins par minute, et 12 000 litres au plus. Pour recevoir cette énorme quantité d’eau et la distribuer dans tous les quartiers, on a construit deux réservoirs : l’un à la porte Guillaume, situé sous l’ancienne plate-forme, a un diamètre de 53 m.,70c., et peut contenir 22 000 hectolitres ; l'autre, à l’est de la ville, près de la porte Neuve, peut contenir 30000 hectolitres. Ils sont tous deux entourés de plantations ; celui de la porte Guillaume est surmonté d’un petit monument exécuté d’après les dessins de M. Sagot, et en avant duquel on a érigé en 1851 une fontaine en fonte entourée de parterres.
L’aqueduc de dérivation des eaux, voûté à plein-cintre, a 90 centimètres d’élévation et 60 centimètres de largeur ; il se déploie sur une ligne de 12 695 mètres, et se trouve constamment recouvert d’une couche de terrain de 1 mètre , sauf dans trois ponts-aqueducs traversant la rivière de Suzon, et dans un intervalle de 160 mèires, où il est supporté par 59 arcades apparentes, en arrivant au grand réservoir de la porte Guillaume.
L’Arqnebuüe doit son nom à la compagnie de l’Arquebuse, qui avait choisi, en 1525, époque de sa fondation, cet emplacement pour s’y exercer. En 1782, M. de Montigny, alors capitaine de cette compagnie , fit construire le modeste bâtiment qui existe encore aujourd’hui, et disposer le jardin d'après la mode anglaise. A l’extrémité de ce jardin s’élève un peuplier , de Bourgogne, qui mérite une mention particulière. Il a. en effet, plus de 15 mètres de circonférence au niveau du sol, 12 mètres de circonférence à 30 centimètres hors de terre, 7 m.,25 c. à2 mètres plus haut, et 6 m., 55 c. à 6 mètres de hauteur. A 8 mètres, il se divise en deux branches, dont l’une a 4 mètres et l’autre 5,90 de circonférence. Son volume a été évalué à 55 mètres cubes. Cet arbre phénoménal doit être âgé de 400 ans au moins , car, en 1595, quand Henri IV tira le coup d’honneur à l’Arquebuse, on en remarquait déjà la grosseur et l’élévation.
Outre la Compagnie Je l'Arquebuse , Dijon possédait autrefois deux autres compagnies, dont le but était d’exercer les citoyens au service des armes; la Compagnie de l'Arc , qui, formée au xiv c siècle, avait son jardin rue Sainte-Anne, n° 5, et la Compagnie de l'Arbalète , qui datait à peu près de la même époque , et
qui avait son jardin rue de la Maison-Rouge. La Bourgogne attachait une grande importance à ces exercices. Elle ne comptait pas moins de seize compagnies de l’Arquebuse, qui se disputaient entre elles le prix.de l’adresse. La compagnie de Dijon donna de grands prix en 1617 et en 1650. Deux cents chevaliers vinrent concourir.
Le Jardin des plantes, qui n’est plus séparé de l’Arquebuse que par une haie vive et un petit ruisseau, a été fondé en 176o-
Il était alors aux Argentières. Établi en 1772, par Legoux de Gerland, à l’est de la ville, il a été transféré en 1832, près de l’Arquebuse. Il est ouvert au public :
Le dimanche , de deux à cinq heures de l’après-midi, pendant les mois de mai, juin, juillet, août et septembre, et seulement de midi à deux heures pendant les sept autres mois de Tannée;
Le jeudi, de cinq heures du soir jusqu’à la nuit;
Et tous les autres joxirs, depuis le lever du soleil, aussi jusqu’à la nuit ;
L’entrée des serres est interdite au public. Le directeur-conservateur ou le jardinier en chef peuvent cependant permettre aux personnes qui leur en adresseraient la demande, de les visiter, mais à la condition expresse d'accompagner ou de faire •accompagner ces personnes pendant le cours. (Art. 2.)
Les collections du Jardin des plantes ont été, durant ces dernières années, augmentées d’un grand nombre de végétaux rares et précieux. Elles se composent de plus de 5000 espèces ou variétés de plantes, et de 500 arbres ou arbrisseaux. Nous signalerons aux promeneurs un saule pleureur provenant d'une bouture cueillie sur l’arbre de cette espèce qui ombrage l’ancien tombeau de Napoléon à Sainte-Hélène, et rapportée par M. Montholon. Elle a été donnée à la ville par M. Pelletier de Cléry.
La collection des vignes a droit à une mention spéciale : le nombre de ses variétés n’est pas moins de 300.
Les serres sont au nombre de trois, l’une chaude, l’autre tempérée, et la troisième froide. Les deux premières ont 13", 10 de longueur sur à", 50 de largeur. Elles sont chauffées par l’eau. Le bâtiment qui les sépare est destiné au Musée ou galerie de botanique. La troisième, longue de 19", 53 et large de 2,65, sert à
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la culture de quelques plantes bulbeuses et d’arbustes de la Nouvelle-Hollande, de la Chine et du Japon.
En face de la grande allée qui traverse, vis-à-vis des serres, la partie du Jardin des plantes consacrée à l'école de botanique, un monument a été élevé à Legoux de Gerland. Au-dessus du buste de ce premier fondateur du Jardin des plantes, on lit cette inscription :
PRISTINI D1VI0NENSIS HORTI CONDITORI.
Dans les eaux vives qui arrosent le jardin et qui proviennent des fontaines voisines et de l’excédant de la fontaine du Rosoir, M. le docteur Lavalle, le directeur-conservateur actuel, s’est livré à des essais intéressants sur la fécondation artificielle des œufs de poisson.
Le musée de botanique possède un magnifique herbier, qui a été légué à la ville par la famille d’Antoine Guillemin, un des élèves les plus distingués de Candolle, mort le 15 janvier 1842. Cet herbier se compose d’environ 200 gros volumes ou cartons infolio, renfermant de 10 à 12 000 espèces, classés en 205 groupes ou familles, c’est-à-dire la totalité des divisions naturelles, adoptées par de Candolle pour tout le règne végétal; il contient aussi des représentants en nombre plus ou moins considérable de toutes les familles de plantes observées jusqu’ici à la surface du globe.
Les chemins couverts, Y allée de la Retraite, le cours Fleury, ne méritent pas la visite des étrangers. C’est près de Montmuzard, au delà de l’extrémité nord-est de l’allée de la Retraite, allée longue de 1003 mètres, qui s’étend de la route d’Auxonne à la route de Gray, qu’a été établi le nouveau réservoir des fontaines sur un tertre élevé, supportant une petite tourelle consacrée à des expériences météorologiques. A peu de distance se trouvent la fontaine des Suisses et le creux dEnfer, espèce de mare où l’on découvre une jolie vue sur Dijon. « Près de là, dit M. Goussard, est une maison de plaisance appelée les Argentières; elle touche à un chemin qui descend sur une pente rocailleuse et qu'on appelait autrefois les roches aux Fées ou les petites Roches. Ces lieux ont beaucoup exercé l’imagination des savants dijonnais.
En 1592, on découvrit, en effet, dans les vignes situées au sudest de l’allée de la Retraite, une urne cinéraire qui renfermait, à ce qu’on pense, les cendres d’un grand prêtre du collège des Druides. Elle portait en caractères grecs l’inscription suivante :
Dans le bocage de Mithra, ce tombeau couvre les restes du grand pontife Chyndomx. Arrière, impie! les Dieux veillent sur sa cendre.
a Ce monument, examiné par les savants de cette époque, et dont on a depuis nié la réalité, fut envoyé, assure-t-on, au musée du cardinal de Richelieu; mais on ignore ce qu'il est devenu. Or, si l’on doit en croire certains écrivains, c’était aux petites Roches que s'élevait, dans l’antiquité la plus reculée, le temple de Mithra; c’était là aussi qu’étaient leur résidence, le bois sacré des Druides (ainsi que l’attesterait l’urne problématique de Chyndonax), et le lac, objet de leur respect, dont le creux d’Enfer ne serait que le dernier vestige, si le nom donné aux Argentière3 vient, comme ils le disent, des mots celtiques arjan-tora , qui signifieraient sans doute que les druides habitaient cet asile. ï
Nous n’avons que deux excursions à recommander aux étrangers dans les environs de Dijon. L’une est une promenade à pied ou en voiture à Plombières et à Velars, dans la vallée de l’Ouche, et même à Mâlain, pour voir les admirables travaux d'art que nous avons précédemment décrits. L’autre est une ascension au Mont-Afrique, dont la cime longue et boisée attire les regards au-dessus de la montagne conique et nue de la motte Giron, que couronne la ferme de Bel-Air. Le chemin le plus court (2 heures environ) passe par Larrey, où l’on remarque une belle fontaine, puis monte, entre la motte Giron à droite et le clos Sainte-Anne à gauche, au village de Corcelles-lez-Mont (415hab.), dont le maigre terroir ne produit que du méteil, mais dont les habitants font un débit assez considérable de chaux. Le sommet du Mont-Afrique atteint 584 mètres. Au sud s’élève le mont de Siège, plus haut que le Mont-Afrique de 7 mètres, et à l’ouest, le p Ion de Suzan, qui n’a que 565 mètres. Des pentes et du plateau supérieur de cette montagne on découvre une vue magnifique sur les vastes plaines de la Côte-d’Or et de la Franche-Comté, termi- 119 14
nées par les lougues chaînes du Jura, au-dessus de laquelle apparaissent parfois les plus hautes cimes glacées du Mont-Blanc.
A l’extrémité de la partie méridionale du Mont-Afrique, près de Flavignerot, on retrouve des restes d’un ouvrage de défense appelé camp de César. Quelle est l’origine de cet ouvrage ? à quel peuple doit-il être attribué? On l’ignore; la position qu’il occupe était favorable à l’établissement d’un camp accessible d’un seul côté; une chaussée établie sur ce point en défendait l’approche. Des tombeaux ont été découverts sur le penchant de la montagne; on en a même trouvé un d’une forme particulière dans l’emplacement du camp lui-même. Sous des ossements était une médaille romaine. Des fossés, dont les traces sont ehcore apparentes dans le bois qui couvre le sommet de la montagne, entouraient le camp : voilà tout ce qu’on sait. D’une discussion engagée devant le congrès archéologique de France (session de 1853) tenu à Dijon, il résulte qu’un camp a existé sur le Mont- Afrique, mais qu’il n’est rien moins que prouvé que ce fût un camp de César.
Si l’on ne veut pas revenir à Dijon par le même chemin, on peut descendre à Flavignerot (131 hab. environ), et de ce triste village gagner, par la combe boisée de Notre-Dame de l’Étang, le hameau de la Cude, situé près de Yelars (voir p 181),
Il ne nous reste plus qu’à dire quelques mots de deux villages dignes sinon d’une visite, du moins d’une mention. Quand on sort de Dijon par la porte Guillaume, on aperçoit, en face de soi. à 3 kil. environ un petit mamelon isolé que couronne un village. Ce village, c’est Talant. A sa droite, sur une éminence moins élevée, se montre un autre village nommé Fontaine. Fontaine (494 hab.) est la patrie de saint Bernard, qui y naquit en 1051, Près do l’église, agréablement située, on voit une maison construite sur l’emplacement du château de Tesselin le Roux, père de saint Bernard, et contenant une chapelle, qui, selon la tradition, fut établie dans la chambre même où saint Bernard reçut le jour. Talant (724 hab.) a été une ville; il s’appelait Castrum talentinum, Arx talentina. Les ducs de Bourgogne y possédaient un château fort, dontM. Joseph Garnier, le savant archiviste de la ville de Dijon, a publié l’intéressante histoire
dans le tome III de la Commission des Antiquités de la Côted’Or. Ce château, fut réparé en 1416 par le duc Jean sans Peur, qui voulait l'habiter comme étant de tous ses châteaux le plus beau et le plus seigneurial, situé près de l’église de ses bien-aimés pères les chartreux. Son fils y fit faire deux tours en 1420. Le duc de Bar y fut enfermé en 1431. François 1«' y dîna le 26 avril 1521, et le soir il fit son entrée à Dijon par la porte d’Ouche. Les Ligueurs, qui l’occupèrent eu 1595, tirèrent le canon sur Henri IV, quand il arriva à Dijon. Mais Henri IV, en ayant obtenu la reddition moyennant mille écus, en ordonna la démolition en 1617. Malgré la perte de sa forteresse, Talant conserva jusqu’à la Révolution son titre de .ville, que Louis XIII lui avait confirmé en 1612. C’est aujourd’hui un village de l’arrondissement et du canton de Dijon.
Le peuplier de l’Arquebuse.
Château de Gevrey-Chambertiu.