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LE CHATEAU DE VERGY

Frédéric II qu’il avait excommunié. En 1183, Hugues III, duc de Bourgogne, l’assiégea vainement pendant dix-huit mois, parce que le sire de Vergy refusait de lui rendre hommage. Le mariage d’Alix de Vergy avec Eudes III le mit en la possession des ducs de Bourgogne. Henri IV le fit démanteler en 1609.11 n’en reste aujourd’hui aucun débris important. Des fouilles ont été entreprises récemment sur l’emplacement qu’il occupait. Quant à l’illustre famille des Vergy, elle s’éteignit en 1630 dans la personne de Cleriardus de Vergy, comte de Champlitte, baron de Vaudrey, gouverneur de la province de Franche-Comté, décédé sans postérité.

L’Abbaye de Clteanx est située du côté opposé à Vergy, c'est-à-dire à l’est de Nuits, dans la plaine, à 12 kilomètres. La route qui y conduit passe par Âgenœurt (172 hab.), croise, près de la Chocelle, une voie romaine, traverse, au sortir de la basse forêt de Citeaux, le village de Saint-Nicolas (697 hab.), laisse à droite, au delà de la ferme la Borde, Yétang de Porteau, qu’une chaussée sépare de Yétang neuf , et enfin franchit la Vouge avant d’atteindre la célèbre abbaye. Les touristes curieux de savoir ce que futCîteaux, en trouveront dans le Dictionnaire raisonné d’architecture française du xi» au xvi e siècle , par M. Viollet-le-Duc, (t. I, Architecture monastique, pages 263 et suivantes), une description détaillée et un plan cavalier. Les bâtiments actuellement existants n’offrent aucun intérêt archéologique ; ils ont été reconstruits au siècle dernier, et il n’en reste d’ailleurs que le corps de logis qui contenait les appartements de l’abbé. Cette abbaye, fondée en 1098 par saint Robert, prit surtout un grand essor quand saint Bernard et ses compagnons vinrent s’y enfermer. * De la forêt marécageuse où vingt et un religieux avaient bâti quelques cabanes de bois, cultivé quelques coins de terre, sortirent, en moins de vingt-cinq ans, plus de 60 000 moines cisterciens qui se répandirent du Tibre au Volga, du Mançanarès à la Baltique. Ces moines, qui furent appelés de tous côtés par les seigneurs féodaux pour défricher des terres abandonnées, établir des usines, élever des troupeaux, assainir des marais, prêtèrent à la papauté le concours le plus puissant par leur union, par la parole de leurs plus célèbres chefs, à la royauté et

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au peuple, par laréhabilitatiou de l’agriculture.... » Ajoutons que quatre des moines de cette abbaye devinrent papes — Eugène III, Grégoire VIII, Célestin IV et Benoît XII — et que 1800 monastères de religieux et 1400 monastères de religieuses en dépendaient. L’église renferme les mausolées des ducs de Bourgogne de la première race , des princes de leur famille , des plus illustres seigneurs de leur cour. L’abbaye de Cîteaux, déjà pillée et rançonnée en 1589, 1595 et 1636, fut supprimée en 1790, et presque entièrement détruite. Sous le règne de Louis-Philippe, des partisans de la doctrine de Fourier y fondèrent un phalanstère qui ne put pas prospérer. En 1849, une colonie agricole, pénitentiaire, y a été établie. Cette colonie compte actuellement 385 jeunes détenus du sexe masculin, placés sous la tutelle administrative , en vertu de l’article 66 du code pénal.

En quittant la gare de Nuits, on laisse, à gauche, le village d ’Agencourt, et on traverse le Muzin, à 1200 mètres duquel on entre dans la tranchée de Premeaux. A l’extrémité de cette tranchée, on aperçoit à droite, au pied de la Côte, le village de Premeaux (328 hab.), dont les climats hors ligne se nomment : aux Didier s, aux Forêts , aux Corvées , aux Pagets.... Ce village exploite, outre ses vignobles justement estimés, de belles carrières de pierre. II possède une source thermale sulfureuse qui n’est pas utilisée. On franchit le Courtavaux sur un pont haut de 12“,80, et on laisse à gauche Prissey (104 hab.). Plus loin, apparaissent, sur la droite, les toits de Comblanchien (250 hab.), village où la Côte-d’Or, s’abaissant considérablement, ne produit plus des vins de première qualité.

43* STATION- — COBGOLOIN.

6 kil. de Nuits. — 28 kil. de Dijon. — 343 kil. de Paris. — 169 kil. de Lyon.

Corgololn (599 hab.) dépend encore du canton de Nuits, arrondissement de Beaune. Il se trouve situé à la droite de la station, entre la voie de fer et la route de terre. Son église, d’architecture romane, fut pillée et brûlée, en 1636, par les Croates de Galas, et réparée depuis. A gauche, un peu en deçà de la station, est le château de là Chaume.

CORGOLOIN.

Au sortir de la longue tranchée qui suit la station de Corgoloin, on voit à droite : Buisson et la Douée, au pied de la montagne de Corton, dont le sommet est couvert de bois; puis Sem'ÿnj/ (1323 hab.), qui dépend du canton de Beaune, et dont le château moderne mérite une mention; enfin plus loin, Aloxe (214 hab.), en avant duquel on remarque la Chapelle de Notre-Dame du Chemin. Jusqu’à Aloxe, la côte de Nuits ne produit plus que des vins ordinaires. Mais près de ce village commence la côte de Beaune. La Côte se relève brusquement, et son versant forme un magnifique et célèbre vignoble. Comme dans tous les grands crus, nul arbre, excepté quelques pêchers, n’est cultivé sur ce vignoble, dont les vins, hors ligne, rouges et blancs, sont le Corton proprement dit, le clos du roi Corton, les Renardes Corton, les Chaumes et le Charlemagne. « Les vins d’ Aloxe, ajoute M. Lavalle, ont un cachet particulier qui les fait facilement distinguer des autres crus. Ce sont les vins les plus francs et les plus fermes de la côte de Beaune; ce sont ceux qui peuvent se conserver le plus longtemps, 30 ans, 40 ans et plus, dans certaines années, i Derrière Aloxe est Pernant, qu’on ne voit pas. Son Charlemagne blanc jouit d’une réputation méritée. Le climat fut donné, dit-on, par Charlemagne au chapitre de Saulieu, qui le posséda jusqu'à la Révolution.

Un peu au delà d’Aloxe, on aperçoit à peine — à l’entrée d’une vallée boisée et pittoresque qu’arrose le Rhoin, et où se trouve (4 kil. de Savigny) la célèbre fontaine connue sous le nom de la Fontaine froide — le village de Savigny-sous-Beaune, dont l’église a une abside du xv® siècle. Sa population dépasse 1800 habitants. Le château, bâti au xiv® siècle, démantelé pour avoir résisté à Louis XI, fut reconstruit en 1672 par le président Bouhier de Savigny. La duchesse du Maine y passa une partie de son exil en Bourgogne, après la conspiration de Cellamare. Tous les ans, au mois d’août, une foule considérable de promeneurs accourt de tous les points du département passer une journée de fête auprès de cette Fontaine froide, dont la duchesse du Maine disait :

« Que ne t’ai-je à Sceaux I » « Voyez, écrivait en 1851 M. J. Pautet, comme elle est bien cachée sous ces grands hêtres. En nous avançant dans le vallon, nous rencontrerons les ruines de l’oô-

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baye de Sainte-Marguerite (8 kil. de Savigny), construction du xv e siècle. Il y avait là une abbaye de chanoines réguliers de Saint-Augustin, fondée par les comtes de Yergy, au xi e siècle.... En revenant, montons jusqu’à la Roche percée , immense arcade ogivale, ouverte par la main de Dieu dans une gigantesque muraille de rochers aux parois grises et moussues. »

En continuant à remonter la vallée, on trouve le joli village de Bouilland , puis Antheuil où l’on voit une grotte profonde d’environ 1 kilomètre.

Parmi les 650 hectares que Savigny a consacrés à la culture de la vigne, 350 produisent des vins fins. Le plus renommé de ces vins est celui des Vergelessee (une partie de ce climat s’appelle la Bataillère ) . Les vins de Savigny se distinguent surtout par la finesse. Ils étaient très-recherchés au siècle dernier. Quand le duc de Bourgogne passa à Dijon, le 21 septembre 1703, on lui en fit boire. La Monnoye, le spirituel satiriste de la Bourgogne, composa à ce sujet une charmante chanson en patois bourguignon, dans laquelle on remarque les vers suivants :

Ai bu, non pas dé razade Ma de jôli cô.

Et, tan qu’ai bu, je pri gade Qu’ai ne diso mô.

Lai pitainche éto diveigne ;

Do qu’el an tati ,

Lochan troi foi sé babeigne :

El a bon , fi-t-i ;

A-ce du cier que tei mâne E plu su Dijon?

C’a de Savigny vé Béane,

Li repondi-t-on ;

C’a du clô de ce deigne homme Monsieu Demigieu.

Moi, disi-t-i, je le nomme Monsieur Demidieu.

Il but, non pas des rasades,

Mais de jolis coups,

Et, tant qu’il but, je pris garde Qu’il ne disait mot.

La pitance était divine;

Dès qu’il en goûta.

Léchant trois fois sa babine ;

Il est bon , fit-il;

Est-ce du ciel que telle manne A plu sur Dijon ?

C’est de Savigny-veis-Beaune,

Lui répondit-on.

C’est du clos de ce digne homme Monsieu de Migieu.

Moi, dit-il, je le nomme Monsieur Demidieu.

Après avoir, à Serrigny, franchi la Lauve, et laissé, à gauche, e bois de Lépenot, à droite, Chorey (360 hab.), ancienne statibu romaine qui possède un beau château moderne, on croise une voie

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