station
Changl*. — Distance de Paris : 58 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 443 kilomètres. — Distance de Forbach : 404 kilomètres. — Population : 994 habitants.
40 e station.
La Ferté-flous-jouarre. — Distance de Paris : 66 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 435 kilomètres. — Distance de Forbach : 396 kilomètres. — Voitures pour Jouarre, Montmirail, La Ferté-Gaucher, Sézanne. — Population : 4189 habitants.
TABLEAU DES STATIONS
44 e station.
Kanteail. — Distance de Paris : 74 kilomètres. — Distance de Strasbourg: 427 kilomètres. — Distance de Forbach : 388 kilomètres. — Population : 292 habitants.
42' station.
Negentr Artaud* — Distance de Paris : 84 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 417 kilomètres. —Distance de Forbach : 378 kilomètres.
— Voitures pour Charly. — Population : 1200 habitants.
43' station.
Château-Thierry. — Distance de Paris : 96 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 406 kilomètres. — Distance de Forbach : 307 kilomètres.
— Buffet. — Voitures pour Soissons, Neuilly-Saint-Front, Condé. — Population : 5629 habitants.
4 4' station.
mémy* — Distance de Paris : 104 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 397 kilomètres, — Distance de Forbach : 358 kilomètres. — Population : 360 habitants. '
45 € station.
Varennet* — Distance de Paris : 106 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 396 kilomètres. — Distance de Forbach : 356 kilomètres. — Voitures pour Fismes, Fère-en-Tardenois. — Population : 174 habitants.
46' station.
Dormant». — Distance de Paris 117 kilomètres. — Distance de Strasbourg: 384 kilomètres. — Distance de Forbach : 315 kilomètres.— Population : 2249 habitants.
47 e station.
Port-a-Bln»toii. — Distance de Paris : 120 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 376 kilomètres. — Distance de Forbach : 336 kilomètres.
— Population : 600 habitants.
4 8' station.
Damery. — Distance de Paris : 1 35 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 366 kilomètres. — Distance de Forbach : 327 kilomètres. — Population : 1872 habitants.
TABLEAU DES STATIONS
49 e station.
Kpernay. — Distance de Paris : 142 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 369 kilomètres. — Distance de Forbach : 320 kilomètres. — Buffet. — Voitures pour Reims, Mézières, Ay. — Population : 7646 habitants.
20 e station.
OlrV- — Distance de Paris : 148 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 363 kilomètres. — Distance de Forbach : 314 kilomètres. — Voitures pour Avize, Lemesnil , Vertus. — Population : environ 300 habitants.
21 e station.
jalona-lea-v Ignés.— Distance de Paris : 169 kilomètres.— Distance de Strasbourg : 342 kilomètres. — Distance de Forbach : 303 kilomètres.
22 e station.
Châlons-9ur-Jiarne. — Distance de Paris : 4 72 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 329 kilomètres. — Distance de Forbach : 290 kilomètres. — Buffet. — Voitures pour Sainte-Ménehould, Clermont, Reims, Troyes. — Population : 16 864 habitants.
23 e station.
vltry-la-vllle. — Distance de Paris : 188 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 313 kilomètres. — Distance de Forbach : 274 kilomètres.— Population : environ 200 habitants.
24 e station.
Lotuy. — Distance de Paris : 199 kilomètres.— Distance de Strasbourg : 302 kilomètres. — Distance de Forbach : 263 kilomètres. — Population : environ 800 habitants.
25 e station.
vltry-le-Franç©la. — Distance de Paris : 206 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 296 kilomètres. — Distance de Forbach : ?57 kilomètres. — Voitures pour Saint-Dizier, Vassy, Joinville , Vignory, Chaumont, Vesa ignés, Langres. — Population : 8623 habitants.
26* station.
Blesme». — Distance de Paris : 217 kilomètres. — Distance de Strasnourg : 284 kilomètres. — Distance de Forbach : 546 kilomètres. — Population : environ 300 habitants.
TABLEAU DES STATIONS. IX 27* station.
Purgny. — Distance de Paris : 225 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 276 kilomètres. — Distance de Forbach : 23" kilomètres. — Population : environ 400 habitants.
28' station.
germaine* — Distance de Paris : 23 1 kilomètres.— Distance de Strasbourg : 270 kilomètres. — Distance de Forbach : 231 kilomètres. — P pulation : 2802 habitants.
29 e station.
ttévlgny. — Distance de Paris : 238 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 263 kilomètres. — Distance de Forbach : 22V kilomètres.— Population : 1640 habitants.
30' station.
Bur-le-Dur. — Distance de Paris : 254 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 247 kilomètres. — Distance de Forbach : 208 kilomètres.— Buffet. — Voitures pour Ëtain, Damvilliers, Montraédy, Dun, Stenay, Longuyon, Longwy, Ligny, Verdun. — Population : M 816 habitants.
34' station.
Naneoltt-Ie-Pctlt. — Distance de Paris : 266 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 236 kilomètres. — Distance de Forbach : 197 kilomètres. — Voitures pour Ligny. — Population : environ 600 habitants.
. 32' station.
I,oiévllle. — Distance de Paris : 276 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 225 kilomètres. — Distance de Forbach : 186 kilomètres. — Population : environ 300 habitants.
33 e station,
LéreuvILIe. — Distance de Paris : 289 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 212 kilomètres. — Distance de Forbach : 173 kilomètres.— Voitures pour Saint-Mihiel. — Population : environ 500 habitants.
34* station.
Commercy. — Distance de Paris : 294 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 207 kilomètres. — Distance de Forbach : 168 kilomètres.—
TABLEAU DES STATIONS
Voitures pour Void, Vaucouleurs, Neufchàteau, Vrécourt , Lamarche, Bourbonne-les-Bains. — Population : 4012 habitants.
35' s talion,
Sorcy. — Distance de Paris : 302 kilomètres. — Distance de Stras bourg : 199 kilomètres. — Distance de Forbach : 160 kilomètres. — Population: 1800 habitants.
36* station.
PMgny-sur-.Jleufte. — Distance de Paris : 308 kilomètres. — Distance de Strasbourg: 193 kilomètres. — Distance de Forbach: 154 kilomètres. — Population: environ 9(»0 habitants.
37" station.
Youg. — Distance de Paris : 313 kilomètres. — Distance de Strasbourg: 188 kilomètres. — Distance de Forbach: 149 kilomètres. — Population : 1600 habitants.
38* station.
Toul. — Distance de Paris : 319 kilomètres. — Distance de S1ras^ bourg : 182 kilomètres. — Distance de Forbach : 143 kilomètres. — Population : 8506 habitants.
39* station.
Fontenoy-Mitr-Jioselle. — Distance de Paris : 328 kilomètres. — Distance de Strasbourg: 1 73 kilomètres.— Distance de Forbach : 134 kilomètres. — Population : 260 habitants.
40 e station.
Mverdun. — Distance de Paris : 337 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 164 kilomètres. — Distance de Forbach : 125 kilomètres.— Population : environ 1000 habitants.
41 • station.
Frouard. — Distance de Paris : 344 kilomètres. — Distance de Strasbourg: 157 kilomètres. — Distance de Forbach: 118 kilomètres. — Population : 900 habitants.
42 e station.
Naney. — Distance de Paris : 362 kilomètres. — Distance de Strasbourg: 1*9 kilomètres. — Distance de Forbach : 110 kilomètres. —
TABLEAU DES STATIONS
Buffet.— Voitures pour Flavigny, Neuville, Rayon, Charmes, Igney, Epinal , Remiremont, Plombières, Fougerolles, Luxeuil, Saulx, Vesoul, Rioz, Besançon, Ceintrey, Diarville, Mirecourt, Remoncourt, Ligneville, Laraarche, Bourbonne-les- Bains, Contrexeville , Neufchâteau, Langres, Dijon. — Population : 45 129 habitants.
43' station.
Va range ville. — Balnt-Xlrolati. — Distance de Paris : 305 kilomètres. — Distance de Strasbourg: 136 kilomètres. — Population* Varangeville, 800 habitants; Saint-Nicolas, 3422 habitants.
44* station.
Kotflères-anx-Salliie*. — Distance de Paris: 370 kilomètres.— Distance de Strasbourg: 131 kilomètres. — Population : 2359 habitants.
45 e station.
nlalnvllle. — Distance de Paris: 376 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 125 kilomètres. — Population : 890 habitants.
46* station.
l.unévllle. — Distance de Paris : 385 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 1 16 kilomètres.— Buffet. — Voitures pour Baccarat, Raonl'Etape, Saint-Dié, Gerbeviller, Remberviller. — Population : 15 607 habitants.
47* station.
Viarlnvlller. — Distance de Paris : 393 kilomètres. — Distance de Strasbourg: 108 kilomètres.
48* station.
Emberménil* — Distance de Paris : 401 kilomètres. — Distance de Strasbourg: 100 kilomètres. — Population: 400 habitants.
L9'jstation.
Avrlcourt. — Distance de Paris : 409 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 92 kilomètres. — Voitures pour Blamont, Cirey, Maizières, Bourdonnay. — Population : environ 600 habitants.
50 e station.
Hémlng. — Distance de Paris: 423 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 78 kilomètres. — Population : près de 400 habitants.
XH TABLEAU DES STATIONS
51 e station.
garrebourg. — Distance de Paris: 4SI kilomètres. — Distance de Strasbourg : 70 kilomètres. — Population : 2531 habitants. v
52 # station.
Ltttselbourg. — Distance de Paris : 448 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 63 kilomètres. — Voitures pour Phaisbourg.— Population : environ 600 habitants.
53 e station.
««Verne — Distance de Paris : 468 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 43 kilomètres.— Voitures pour Marmoutiers, Wasselone, Mutzig et Molsheim. — Population : 6407 habitants.
54 e station*
Btelnbourg. — Distance de Paris : 462 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 39 kilomètres. — Voitures pour Neuviller. — Population : environ 1200 habitants.
55 e station.
l»ettwlller« — Distance de Paris : 466 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 35 kilomètres.— Population : 2086 habitants.
56 e station.
■fochfelden. — Distance de Paris: 474 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 27 kilomètres. — Voitures pour Bouxviller. — Population : 2524 habitants.
• 57 e station.
— Distance de Paris : 479 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 22 kilomètres. — Population : 141 1 habitants.
58 e station.
Brumath. — Distance de Paris: 484 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 17 kilomètres. — Voitures pour Niederbronn.— Population: 4427 habitants. i
59 e station.
Vendenhelni. — Distance de Paris : 492 kilomètres. — Distance de Strasbourg : 9 kilomètres. — Population : 1366 habitants.
TABLEAU DES STATIONS. XIII 60 e station.
Ht ra«bour je. — Distance de Paris : 501 kilomètres. — Buffet. — Bateaux à vapeur de la société de Dusseldorff, desservant le bas et le moyen Rhin. — Chemin de fer badois , de Kehl à Offenbourg, Fribourg, Baden, Carlsruhe, Heidelberg, Mannheim. — Chemins de fer d'Alsace : de Strasbourg à Bâle, par Schelestadt, Colmar, Mulhouse et Saint-Louis. — Population : 76 565 habitants.
DE NAÏVCY A FORBACH (BIFURCATION A FROUARD.)
1 fe station.
viarbache. — Distance de Paris: 351 kilomètres. — Distance de Nancy : 1 5 kilomètres. — Distance de Forbach : il 1 kilomètres. — • Population : 7000 habitants.
2 e station.
nlenlouard. — Distance de Paris : 357 kilomètres. — Distance de Nancy : 21 kilomètres. — Distance de Forbach : 105 kilomètres. — Population: 1676 habitants.
3 e station.
Pont-a-niouHMon. — Distance de Paris : 364 kilomètres. — Distance de Nancy : 28 kilomètres. — Distance de Forbach: 98 kilomètres.— Population: 7843 habitants.
4« station.
Pagny-sur-Mosclle. — Distance de Paris : 373 kilomètres. — Distance de Nancy : 37 kilomètres. — Distance de Forbach : 89 kilomètres. — Population: 1200 habitants.
5' station.
Xovéant. — Distance de Paris : 379 kilomètres. — Distance de Nancy : 43 kilomètres. — Distance de Forbach : 83 kilomètres. — .Voitures pour Gorze^ Arnaville, Ouville. — - Population: près de 1100 habitants.
XIV TABLEAU DES STATIONS
6* station
Artf-ftur-Jioselle. — Distance de Paris : 385 kilomètres.— Distance de Nancy : 49 kilomètres. — Distance de Forbach : 77 kilomètres. — Population : 2784 habitants.
7 e station. .
Metz. — Distance de Paris : 393 kilomètres. — Distance de Nancy : 57 kilomètres. — Distance de Forbach : 69 kilomètres. — Buffet. — Voitures pour Thionville, Sierck, Boulay. — Population : 57 713 habitants.
8 e station.
Peltre. — Distance de Paris: 399 kilomètres. — Distance de Nancy : 63 kilomètres. — Distance .de Forbach : 63 kilomètres. — Population : environ 400 habitants.
9 e station.
Cotireclles. — Distance de Paris : 406 kilomètres. — Distance de Nancy : 70 kilomètres. — Distance de Forbach : 56 kilomètres. — Population : environ 1500 habitants.
10 e station.
Remllly. — Distance de Paris : 415 kilomètres. — Distance de Nancy : 79 kilomètres. — Distance de Forbach : 47 kilomètres.— Population : environ 900 habitants.
'4 4 e station.
■f erny. — Distance de Paris : 422 kilomètres, — Distance de Nancy : 86 kilomètres. — Distance de Forbach: 40 kilomètres. — Population: environ 1000 habitants.
42 e station, j
Faulquemont. — Distance ]de Paris: 432 kilomètres. — Distance de Nancy : 96 kilomètres. — Distance de Forbach : 30 kilomètres. — Population : 1047 habitants.
43 e station.
ttalnt- tvoltl — Distance de Paris : 443 kilomètres. — Distance de Nancy : 107 kilomètres. — Distance de Forbach : 19 kilomètres.— Population : 4021 habitants.
TABLEAU DES STATIONS. XV
1 4* station .
Hombourg. — Distance de Paris : 449 kilomètres. — Distance de Nancy: 113 kilomètres.— Distance de Forbach : n kilomètres. — Population : 2040 habitants.
15 e station.
Cocheren. — Distance de Paris : 456 kilomètres. — Distance de Nancy: 120 kilomètres. — Distance de Forbach : G kilomètres.— Population : environ 700 habitants.
16* station.
Forbach. — Distance de Paris : 462 kilomètres. — Distance de Nancy: 126 kilomètres. — Voitures pour Sarreguemine, Bitche, Rorhacli, Niederbronn. — Population : 4826 habitants.
Vue extérieure de l'embarc adore de Strasbourg
AVANT-PROPOS
Destiné à traverser des contrées productives, à servir un commerce de transit considérable, le chemin de Strasbourg devait naturellement être un des premiers décidés; aussi fut-il compris dans la loi du H juin 1842. Dès la même année, un crédit de 11 500 000 francs permit de commencer les travaux entre Hommarting et Strasbourg. Deux ans plus tard, on ouvrit un nouveau crédit de 88 700 000 francs ; il s'agissait de mettre à exécution la partie comprise entre Paris et [Hommarting, ainsi que les deux embranchements de Reims et de Metz. Enfin, le 23 novembre 1845, le gouver-
uigiii
2 AVANT-PROPOS
nement, en vertu d'une loi rendue le 19 juillet précédent, adjugea k une compagnie, pour une durée de concession de 43 années et 286 jours, le chemin de Paris à Strasbourg avec embranchement sur Reims d'une part, et d'autre part sur Metz, jusqu'à la frontière de Prusse, vers Saarbruck.
Pour la ligne principale, qui a une longueur de 502 kilomètres, l'achat des terrains, les terrassements et les travaux d'art ont été faits par l'État; la compagnie a posé la voie et fourni le matériel. Cette dernière a dû exécuter entièrement l'embranchement de Frouard à Metz et la ligne de Metz kForbach, qui comprennent ensemble une longueur de 118 kilomètres.
Dix années ont été employées à la construction de cette ligne, dont les diverses sections ont été successivement inaugurées et livrées au public :
Celle de Paris à Meaux, le 1 0 juillet 1 849 ;
Celle de Meaux k Épernay, le 2! août 1849 ;
Celle d'Épernay à' Ghâlons, le 10 novembre 1849 ;
Celle de Châlons k Vitry-le-François, le 5 septembre 1850 ;
Celle de Vitry k Bar-le-Duc, le 29 mai 1851 ;
Celle de Bar-le-Duc k Commercy, le 18 novembre 1851 ;
Celle de Commercy à Nancy, le 19 juin 1852;
Celle de Nancy k Sarrebourg, le 17 juillet 1852;
Celle de Sarrebourg k Strasbourg, le 29 mai 1851.
C'est k M. Duquesney, architecte, qu'est dû le beau travail de l'embarcadère, dont l'aspect grandiose et la confortable distribution attirent l'attention et méritent de la fixer jusqu'au moment du départ. A peine est-on entré dans la cour spacieuse qui l'environne, que les regards s'arrêtent d'abord sur un immense fronton au sommet duquel est la statue cov lossale de la ville de Strasbourg; puis, pénétrant sous un vaste demi-cintre, ils entrevoient la couverture de la gare, dont ils peuvent déjk admirer le jet hardi et mesurer avec bonnement les proportions non moins légères que gigantes-
AVANT-PROPOS
ques. Cette gare a la forme d'un rectangle long; sur chacun des grands côtés s'étend une galerie à deux étages, terminée à chaque extrémité par un pavillon. Les deux pavillons antérieurs sont reliés à la façade par un péristyle avec colonnade extérieure. Bordée de langes trottoirs et sillonnée de dix rangées de rails, la gare n'apas moins de 166 mètres de longueur sur une largeur de 30 mètres. On y arrive par une magnifique rue nouvellement percée, qui va en droite ligne jusqu'au boulevard Saint-Denis, et dont le prolongement doit , en traversant Paris, aller couper en deux la rive gauche jusqu'à la barrière d'Enfer.
Bien aérées en été, bien chauffées en hiver, les salles d'attente, à la fois riches et simples dans leurs ornements et commodes dans leur distribution, sont en parfaite harmonie avec le caractère de grandeur et de sévérité qui règne dans toutes les parties de l'édifice.
Vue intérieure de la gare.
DE PAKIS A CHALONS.
Le convoi s'éloigne de Paris, après avoir passé sous plusieurs ponts dont la solidité n'exclut point l'élégance, traversé la gare des marchandises, entre la Chapelle-Saint- Denis et la Villette, deux ponts de trois arches, le premier sur le canal Saint-Denis, le second sur la route de Paris à Lille, puis un viaduc de sept arches, et se trouve enfin hors de l'enceinte fortifiée. Il côtoie Pantin, laisse à droite Romainville , assis d'une façon toute pittoresque sur le penchant d'une colline, franchit le canal de l'Ourcq, et s'arrête à Noisy-le-Sec, qui n'a de remarquable que son ancienneté. Une charte de l'empereur Lothaire fait mention , en 842, de ce village, sous le nom de ISucidum. Parmi les
seigneurs de Noisy-le-Sec figurent deux tristes célébrités ? le premier ministre de Philippe le Bel, Enguerrand de Marigny, qui, pour ses exactions, fut pendu au gibet qu'il avait fait dresser lui-même à Montfaucon, et, selon l'expression de Mézerai , « comme maître du logis , eut l'honneur d'être mis au haut bout, au-dessus de tous les autres voleurs; » Jean Balue, cardinal , intendant des finances, dont Louis XI punit les trahisons par une captivité de onze années dans une cage de fer.
De Noisy on arrive en trois minutes h Bondy, autre village qui avait une église dès le commencement du vm e siècle, et dont le château fut. bâti, au xvn% par le père d'un trésorier de France, M. Triboulet, marchand de vin.
A peine sorti de Bondy, on entre dans la forêt du même nom, et, grâce à la rapidité de la locomotive, on songe peu h la mauvaise réputation dont jouissaient autrefois ces longues et verdoyantes avenues. C'était en effet un terrible bois que ce bois de Bondy ; les voleurs en faisaient leur repaire ; on y pillait, on y tuait, on y assassinait jusqu'à des rois.
Childéric II voulait établir sur le peuple un impôt excesT si f ; un des seigneurs de sa cour, Bodilon, lui fit avec fermeté quelques remontrances. Furieux de cette contradiction, Childéric ordonne qu'on saisisse le donneur d'avis et qu'on l'attache à un pieu contre terre; dans cette posture, il le fait fouetter jusqu'au sang. Bodilon, pour venger' un si cruel outrage , ourdit une conspiration dans le but de placer sur le trône le jeune prince Thierry, et assassina Childéric un jour qu'il chassait dans la forêt de Bondy.
A Villemonble, charmant village qui forme, de ce côté, la limite du département de la Seine, on entrevoit un des plus beaux parcs qui soient aux environs de Paris : le Raincy, Le château, qui n'existe plus, fut bâti au xvir 3 siècle par un conseiller du roi , Jacques Bordier , à qui il coûta , dit-on, 4 500 000 livres. La distribution actuelle du parc est
due au duc d'Orléans, qui fit, en 1750, l'acquisition de cette vaste propriété.
' Ravi de l'heureux mélange d'arbres et d'eaux vives que
présente ce vaste jardin du genre paysagiste, Delille y fit ces vers :
Là j'aime à voir dans Tonde
Se renverser leur cime, et leurs feuillages verts Trembler du mouvement et des eaux et des airs. Ici, le flot bruni fuit sous leur voûte obscure; Là, le jour par filets pénètre leur verdure; Tantôt dans le courant ils trempent leurs rameaux, Et tantôt leur racine embarrasse les flots.
Souvent, d'un bord à l'autre étendant leur feuillage, Ils semblent s'élancer et changer de rivage.
Ainsi l'arbre et les eaux se prêtent leurs secours; L'onde rajeunit l'arbre, et l'arbre orne son cours; Et tou* deux, s'alliant sous des formes sans nombre, f Font un échange aimable et de fraîcheur et d'ombre.
Gagny est un village assez grand, assez riant, qui touche
Villemonble et n'a guère d'autre mérite que celui de faire traverser l'étroite bande du département de Seine-et-Oise intercalée entre les départements de la Seine et de Seineet-Marne. Arrivé dans ce dernier, le train s'arrête à Chelles, au pied d'une colline que couronne Montfermeil, pays célèbre par ses délicieuses promenades.
Chelles est à iS kilomètres de Paris, sur la rive droite de la Marne , au milieu de riches prairies arrosées de nombreux ruisseaux. L'ancienneté de ce bourg ne saurait être mise en doute; les rois de la pffcmière race y avaient un palais. Chilpéric I er , époux de Frédégonde, y fut assassiné en 584.
Frédégonde avait pour amant Landri , maire du palais. Un matin, avant de partir pour la chasse, Chilpéric, traversant un appartement voisin de celui de la reine, la trouva occupée à se laver les mains ; comme elle avait la tête baissée et le corps incliné, il lui donna, en plaisantant, un léger coup de baguette par derrière. « Est-ce vous, Landri? dit la reine sans se retourner; le roi est-il donc déjà parti pour la chasse? » Ce fut un trait de lumière pour Chilpéric , qui s'éloigna la rage dans le cœur. Mais à peine fut-il parti que Frédégonde envoya chercher Landri, et lui conta de quelle manière elle s'était trahie. La mort du roi fut aussitôt résolue; Chilpéric, descendant de cheval à son retour de la chasse, au commencement de la nuit, tomba frappé de plusieurs coups de couteau ; il expira sur-le-champ. Ce ne fut pour Frédégonde qu'un crime de plus à ajouter à tant d'autres.
Chelles possède encore quelques ruines d'une abbaye célèbre, fondée par Clotilde au commencement du vi e siècle, et rebâtie, au vn e , par la reine Bathilde, épouse de Clovis II. Cette princesse y mourut religieuse, en 680. L'abbaye eut souvent pour abbesses des femmes du plus haut rang. Parmi les plus remarquables, il faut citer Hégilwich , mère de l'im
pératrice Judith. Louis le Bègue, dit-on dans le Recueil des historiens de France, enleva de ce monastère, en 877, une religieuse qui devint sa femme. La maison royale, située
derrière l'abbaye, se vit peu à peu délaissée par les rois; Robert et la reine Constance y séjournèrent les derniers; bientôt elle tomba tout à fait en ruines, et Charles V, lorsqu'il vint à Chelles, n'étant encore que régent de France, fut obligé de coucher dans l'abbaye. Ce monastère, après avoir passé par une foule de vicissitudes, pris et ravagé par les Anglais en 1338 , détruit *n partie par la foudre au commencement du xv e siècle, pillé de nouveau par les Anglais en 1 i29, presque entièrement renversé en 1559 par un horrible ouragan, se vit encore dirigé, comme à son origine, par des princesses et même par une fille de roi , Marie-Henriette de Bourbon, fille bâtarde d'Henri IV. En 1719, il eut pour abbesse une fille du régent, Louise-Adélaïde de Chartres, âgée de quatorze ans, laquelle, au dire de sa grand'mère, Elisabeth-Charlotte , avait de vrais goûts de garçon, aimait les chiens, les chevaux, les cavalcades, maniait toute la journée la poudre, faisait des fusées, et avait une paire de pistolets avec lesquels elle tirait sans cesse.
De Chelles à Lagny % on traverse la Marne sur un pont qui a 70 mètres de développement, et l'on passe devant Pomponne, qui rappelle la gaie chanson où il est question de son curé.
L'église de Lagny, dédiée à saint Furcy, était celle d'une ancienne abbaye fondée au vn c siècle par un gentilhomme i Massais de ce nom, qui fut canonisé. Parmi les bienfaiteurs de ce monastère figure le galant comte de Champagne, Thibaut IV, qui soupira de si tendres chansons en l'honneur de la pieuse mère de saint Louis.
Sous le règne de Charles V, en 1358, Lagny tomba au pouvoir des Anglais, qui pillèrent et brûlèrent la ville; plus heureuse sous Charles VII, elle soutint bravement deux sié-
ges, en 1431 et 1432 , et força chaque fois les Anglais à la retraite. ( Vers le milieu du xvi e siècle, la discorde s'était mise entre les moines et l'abbé, nommé Jacques Brouillard; celui-ci obtint du roi la permission de faire marcher des troupes contre les moines et contre les habitants qui avaient embrassé leur cause. Nouveau siège, pendant lequel le peuple
Lagny.
de Lagny fit des prodiges de valeur. Les assiégeants étaient commandés par le capitaine de Lorges, et, pour lui faire insulte , les assiégés lançaient du haut des murs des sacs pleins d'orge sur lui et sur ses soldats. Le capitaine, furieux, pressa le siège si vivement qu'il parvint à s'emparer de la ville, et fit passer au fil de l'épée tous les hommes en état de porter les armes; les femmes devinrent la proie de la brutalité des soldats. De ce fait il résulta que, lorsque Lagny
se repeupla , on reprocha souvent aux habitants l'illégitimité de leur naissance; pour y faire allusion, les mauvais plaisants avaient adopté cette phrase : Combien vaut l'orge? Le peuple de Lagny, peu endurant de son naturel, ne pouvait entendre une pareille question sans entrer aussitôt dans une violente colère. On se jetait sur l'imprudent questionneur, aux cris de l'orge! l'orge! on le traînait à une fontaine située devant l'église ; on lui faisait faire plusieurs fois le tour du bassin; puis on le plongeait tout habillé dans l'eau, quelle que fût la température. Il ne fallut rien moins que la Révolution pour faire tomber en désuétude un usage barbare qui avait souvent occasionné de graves accidents , et dont les magistrats avaient en vain , à plusieurs reprises , tenté de réprimer les excès.
La fontaine portait autrefois cette inscription, qu'on a prudemment fait disparaître :
Siste gradum, Nais, nec arnicas desere sedes : Talibus auspiciis quaa metuenda tibi?
• Vindice te , spernit civis convilia linguae : Si quis enim nugax. unda silere docet.
« Arrête-toi, Naïade, n'abandonne pas ces lieux oîi tu es aimée; sous de tels auspices, qu'as-tu à craindre? Grâce à toi qui le venges, l'habitant méprise l'injure, et si quelqu'un veut faire le mauvais plaisant, ton onde lui apprend à se taire. »
Ce qu'on voit de l'église Saint-Furcy donne l'idée d'un monument beaucoup plus vaste ; ce n'est, en effet, que le chœur d'une grande construction, entreprise, dans le xi? e siècle, par le gouverneur Pierre de La Crique, et demeurée inachevée.
Lagny compte parmi ses illustrations Pierre d'Orgemont, premier président du parlement et chancelier de France, sous le règne de Charles V.
DE PARIS A CHALONS. ii
Le chemin de fer, en quittant Lagny, traverse le village de Damard^ qui envoie tous les ans à Paris pour un million de fruits.
En face de Damard, et de l'autre côté de la Marne, sur le petit domaine de la Folie, qui appartient à M. Paul Gère, et qui dépend de la commune de Montevrain , on aperçoit une fabrique importante : ce sont les fours à chaux et à tuiles de l'ingénieur civil Vincent , qui a organisé l'un des premiers en France la fabrication des tuyaux de drainage.
Pool de ClialifcrL
Entre les stations de Lagny et d'Esbly le passage est coupé par le coteau de Chalifert, dans le flanc duquel apparaissent les ouvertures de deux souterrains : l'un donne passage au canal de Chalifert, à droite; l'autre, plus élevé, est celui où le convoi va s'engager. Rien de plus ravissant que cet endroit où la nature semble s'être plu à répandre ses plus gracieux ornements.
A la sortie du souterrain de Chalifert, dont la longueur est seulement de 168 mètres, mais qui a été l'un des ouvrages de la ligne les plus difficiles a exécuter, on entre dans un bassin entouré de charmants paysages ; on s'arrête quelques secondes devant l'insignifiant village A'Esbltj, et Ton arrive à Meaux avec ta grande route, le canal de l'Ourcq et le canal de Chalifert.
Meaux est, sous le rapport des souvenirs historiques, la première ville importante sur la ligne de Strasbourg. Nommée Jatinum, selon Ptolémée, Fixtuinum , selon la Table Théodosienne , chef-lieu des Meldi^ petit peuple gaulois, on la voit, au iv e siècle, prendre le nom de Meldœ, d'où est dérivé celui de Meaux. Il serait impossible de décider à qui de saint Denis ou de saint Sanctin est due l'introduction de la religion chrétienne dans ce pays; l'opinion des habitants a tranché la question en faveur de saint Sanctin , qui fut enterré, dit-on, dans l'église qui porte son nom. 9 Vers le milieu du v e siècle, une abbaye, devenue plus tard très-célèbre, fut fondée par l'évêque Faron , noble Bourguignon, qui, pour entrer dans les ordres, avait quitté la cour et sa femme. Sous les premiers rois francs, Meaux appartint au royaume d'Austrasie; l'autorité royale y était représentée par des officiers nommés comtes. Dans le ix e siècle, la ville fut deux fois prise et saccagée par les Normands. Elle fit ensuite partie des possessions des comtes de Vermandois, puis des comtes de Champagne. Ce fut sous un de ces derniers, Thibaut IV, qu'elle résista aux troupes de Louis le Gros, qui vint l'assiéger en personne. En 11 79, elle obtint du comte Henri une charte communale, confirmée de 1198 à 1308. Vingt ans plus tard, c'est-à-dire en 1328, un contrat solennel réunit à la couronne les comtés de Champagne et de Brie; depuis cette époque, on vit le comté de Meaux servir quelquefois d'apanage aux princes. Il fut possédé a ce litre par Catherine de Médicis, et par son fils, le duc d'Alençon.
La ville de Meaux fut même, en 1596, vendue par le roi, avec faculté de rachat, au sieur de Vitry, qui en était gouverneur.
On compte, jusque vers le milieu du xm e siècle, sept conciles à Meaux ; Frédéric, empereur d'Allemagne, fut excommunié dans le dernier, qui se réunit en 1240.
Quand la grande insurrection de la Jacquerie éclata en 1358, neuf mille Jacques se présentèrent devant Meaux, où était une garnison sous les ordres du comte de Foix, du captai de Buch et du seigneur de Hangest. Jacques Soulas,
maire de la ville, avait des intelligences avec Paris, occupé alors par les Anglais; au milieu de la nuit il ouvrit les portes à un corps de troupes parisiennes, qui lui arrivait sous le commandement de Pierre Gilles. Les jacquiers, profitant de l'occasion, entrèrent avec les Parisiens. Le lendemain, grand émoi sur la place du Marché, où se sont réfugiés les gentilshommes, les dames et les soldats de la garnison, assiégés par deux ennemis à la fois. Une horrible mêlée s'ensuit; les jacquiers et les Parisiens sont vaincus; on les passe au fil de l'épée ou on les précipite dans la rivière; on pend Jacques Soulas, et, pour couronner une victoire si complète, on pille la cathédrale, on incendie le château, les maisons des chanoines, celles des bourgeois ; quinze jours après, le feu continuait encore ses ravages.
Dans le xv e siècle , la ville de Meaux , attaquée par Henri VI, résista six mois avant de tomber au pouvoir des Anglais. Ceux-ci la conservèrent quinze ans, jusqu'en 1436, époque où le connétable de Richemont la prit d'assaut, après un siège de quelques semaines. L'année suivante, le même connétable chassa encore les Anglais qui s'en étaient de nouveau emparés. On a découvert, il y a une dizaine d'années, plusieurs bombardes en fer forgé, laissées par les Anglais dans une île de la Marne, au temps où Charles Vit opérait la conquête de son royaume.
La réforme trouva, dès son début, à Meaux, de nombreux partisans; elle y fut aussi combattue à outrance. Pendant cinquante ans, ce fut une succession continuelle de violences, de pillages, d'exécutions couronnées par la plus horrible de toutes, celle de la Saint-Barthélemy. Quelques lignes de Duplessis ( Histoire de V Église de Meaux, liv. IV, p. 377 ) suffiront pour donner une idée des excès commis à Meaux pendant les fatales journées des 24 et 25 août 1572 : « Jean Maciet, procureur au bailliage, et Gilles Le Comte, marchand drapier, furent découverts, comme ils cherchaient à s'enfuir ou à se cacher; le premier fut mis en pièces sur le pavé, et le second jeté par les fenêtres de sa maison, puis traîné par les pieds jusque sur le pont, et enfin jeté dans la rivière, après avoir reçu plusieurs coups de poignard.... Le lendemain, quelques gens du peuple allèrent au château où plusieurs avaient été renfermés ; ils les appelèrent par leurs noms et surnoms, comme pour les faire conduire devant le lieutenant général ; et , à mesure qu'ils sortaient pour traverser la cour, on les assommait à coups de levier, et on leur passait l'épée au travers du corps.... On en tua ainsi ce jour-là jusqu'à soixante-dix, dont les corps furent jetés au fond d'une tranchée que l'on avait faite exprès dans la cour même du château.... »
Parmi les villes de la Ligue, Meaux fut la première qui ouvrit ses portes à Henri IV, après son abjuration. Ce prince y fit son entrée le 1 er janvier 1594. Depuis cette époque, l'histoire de cette ville ne nous offre qu'un seul fait saillant : l'épiscopat de Bossuet.
Avant la Révolution, Meaux comptait un grand nombre d'établissements religieux : les deux chapitres de Saint- Sanctin et de la cathédrale , les deux abbayes d'hommes de Saint-Faron et de Chaage, une abbaye de chanoinesses, une detni-douzaine de couvents et sept paroisses. Il ne reste au-
rd'hui que la cathédrale et deux églises pour les fau-i
bourgs. De ces trois monuments, la cathédrale seule mérite de fixer l'attention.
C'est une des plus curieuses églises gothiques ; commencée vers le xià e siècle, elle ne fut terminée que dans les
La caUiédrale de Meaux.
premières années du xvi e . Sa longueur, depuis le grand portail jusqu'à la chapelle de Notre-Dame du Chevet, est de 100 mètres; sa largeur, entre les deux portes du midi et du nord, est de 42 mètres; sa hauteur est de 46 mètres. La tour en a 65 d'élévation; au sommet, une plateforme, entourée d'une balustrade, permet à layue, lorsque
le temps est beau, de distinguer Montmartre et le mont Valérien. Quatorze faisceaux de colonnes supportent les voûtes du chœur; celles de la nef sont soutenues par dix-huit faisceaux. Le sanctuaire est un des plus beaux qui existent. Depuis 1822, on voit figurer dans cette église une statue du sculpteur Rutxiel , représentant Bossuet assis et revêtu des habits pontificaux.
Les yeux sont péniblement frappés de l'état de dégradation dans lequel la cathédrale se présente à l'extérieur : des travaux de restauration ont été commencés; espérons qu'ils seront continués plus activement et conduits à bonne fin.
Le palais épiscopal touche à la cathédrale. Il fut reconstruit et embelli, dans le xvi* siècle, par l'évêque Guillaume Briçonnet. Plus tard, Le Nôtre en dessina les jardins, où Ton a conservé le cabinet de Bossuet, qu'on aperçoit du boulevard Jean-Rose.
« Le long de ce boulevard, dit un archéologue distingué , M. A. Garro, dans une Notice sur le château de Meaux et sur le cabinet de Bossuet, et dans l'ancien mur de ville qui enclôt notamment le jardin de l'évêché, l'étranger pourra distinguer de nombreux indices d'une construction romaine, cordons de larges briques, noyau de pierres disposées en arête de poisson, portant encore des lambeaux de revêtement en petites pierres cubiques, le tout noyé dans des restaurations multipliées, et flanqué de tours ajoutées ou refaites au moyen âge.
« Au-dessus de l'une de ces tours s'élève un petit bâtiment assez pittoresquement posé sur le terre-plein. Un grand souvenir se rattache à ce bâtiment : Bossuet l'avait fait élever ou disposer pour lui servir de cabinet de travail. Une tradition porte du moins qu'il allait avec un valet de chambre se confiner là pour huit jours, quinze jours même cotome dans une retraite inviolable, lorsque, pour la création d'un <&eta'<Buvre , son esprit avait besoin de se débar-
rasser des mille petites entraves des affaires humaines* et de planer sans obstacles dans les sphères élevées où l'entraînait le génie..,. ...
« L'extérieur est fort simple; ce n'est qu'en pénétrant dans
Cabinet de Bossurl.
le bâtiment qu'on retrouve quelque chose du siècle de Louis XIV. Le cabinet est précédé d'une antichambre qui y communique par une large porte k deux battants. Le plafond, d'une belle élévation , affecte la forme d'un dôme tronqué; une boiserie à compartiments couvre les murs ; la cheminée est sans ornements. Point de meubles, qu'une espèce de canapé en bois , qui pourrait bien être de l'époque. A l'extrémité opposée de l'antichambre est ménagé un petit réduit fort étroit où Bossuet couchait, dit la tradition; un escalier et une petite mansarde où couchait le valet de chambre complètent l'habitation.
« La pièce principale est assez vaste pour qu'on puisse s'y représenter Bossuet marchant à grands pas, agité par le feu de la composition, ou confiant k sa mémoire et déclamant ses immortelles harangues. . . . .
« Au delà du cabinet, vers l'orient, la vieille muraille de la ville est couronnée d'une épaisse allée d'ifs formant une ombreuse et sévère promenade, que l'on visite aussi avec intérêt. La tradition rapporte encore que Bossuet aimait à la parcourir, et qu'il s'y est promené avec le grand Condé, dans une visite que celui-ci fit à l'évêque de Meaux. »
Une bibliothèque de 14000 volumes, un collège, un vaste quartier de cavalerie, un hôtel de ville important, une jolie petite salle de spectacle élevée sur une place plantée d'arbres, et de beaux hospices, tels sont les autres édifices remarquables de la ville de Meaux.
Aux anciennes fortifications on a substitué les boulevards, qui forment d'agréables promenades.
Vue de Meaux.
La Marne divise Meaux en deux parties, dont l'une est au nord et forme la ville proprement dite; l'autre, au sud-est,
était jadis un vaste champ de foire; il s'appelle aujourd'hui le marché.
Bien qu'on rencontre à Meaux quelques rues bâties convenablement , c'est en général une ville assez mal percée ; son plus grand avantage est d'être située au milieu d'une contrée fertile. Parmi les hommes remarquables qu'elle s'honore d'avoir vu naître , il faut citer Sauvé de Lanoue , artiste et auteur dramatique, dont la comédie intitulée : la Coquette corrigée , a longtemps conservé un rang honorable dans le répertoire du Théâtre-Français.
A 6 kilomètres de Meaux , à droite et sur la rive gauche de la Marne, est situé le village de Trilport, autrefois Trie-le-Port , qui conserve dans son voisinage les restes du château de Montceaux, où la cour aimait à passer la belle saison dans le xvi* siècle. Ce château était une ancienne seigneurie, possédée par un certain Michel Saligot, cinquante ans avant que Catherine de Médicis en eût été gratifiée par Henri II.
Mais la locomotive a franchi la Marne , à Trilport, sur un pont de 70 mètres ; elle s'engage dans le souterrain d'Armentières qui en a 672 , traverse de nouveau la Marne sur un pont de 70 mètres comme le précédent, atteint un tout petit, mais charmant village, nommé Changis, et pénètre daHs une jolie vallée, où elle s'arrête en vue de la Ferté-sousjouarre .
Cette petite ville, si riante et si commerçante, n'était, au xii* siècle, qu'un de ces châteaux forts en bois, bâtis alors par les guerroyeurs de grands chemins, qui y mettaient en sûreté leurs prisonniers et les produits de leurs brigandages. Elle s'appelait Ferté-Ancoul, du nom du seigneur qui l'avait bâtie. Au xvi e siècle, elle avait acquis une certaine importance, et elle devint un des principaux foyers du calvinisme; quarante-cinq ministres protestants y tinrent un synode en 1564. Pendant les guerres de la Ligue, elle fut souvent prise
et reprise, et quelquefois pillée. Enfin elle se soumit au roi en 1590; Henri IV paya cette soumission 400 écus; ainsi était-il obligé de faire pour la plus grande partie des places de son royaume.
On visite , à la Ferté-sous-Jouarre , une petite île , formée par la Marne, qui renferme un pavillon jadis seigneurial, reste d'un château considérable , et une jolie maison appelée le Château de l'Ile, où s'arrêtèrent, en 4791, Louis XVI et Marie- Antoinette, au retour du voyage de Va- Tennes. Près de la rive droite de la Marne , on trouve encore le château de la Barre, flanqué de tourelles.
La Ferté, chef-lieu d'un canton de l'arrondissement de Meaux, est agréablement située dans un vallon fertile, bien cultivé, couvert de maisons de plaisance ; les rues y sont propres et assez bien bâties ; les promenades y sont ravissantes. Ce fut dans cette ville que naquit Jeanne -Antoinette Poisson , marquise de Pompadour , maîtresse de Louis XV.
Le convoi s' éloigne de la Ferté , sur la rive droite de la Marne, en longeant à gauche de charmants coteaux qui font regretter la rapidité de sa course. Au loin se laisse entrevoir l'église de Chamigny, dont le chœur est de construction gothique. Sous ce chœur règne une chapelle voûtée en ogives et forméé de trois carrés égaux, dont on admire la structure. Toute la masse est soutenue par quatre piliers faits d'une seule pierre, placés dans le milieu, à 2 mètres environ de distance, et n'ayant que 2J centimètres de diamètre. On descend du milieu de la nef, par douze degrés, à cette chapelle qu'éclaireut quatre croisées, et dont l'entrée, décorée d'un portique, est surmontée d'une rampe en fer travaillé.
Mais Chamigny et son église ont déjà disparu; deux fois encore le convoi a traversé la rivière, puis il s'est engagé daps un souterrain de 940 mètres, au bout duquel il rencontre , à gauche , le village de Nanteuil, assis au pied d'un
coteau. Il franchît enfin un septième pont , qui l'établit pour quelque temps sur la rive gauche de cette Marne si capricieuse, mais dont les bords sont si séduisants. A droite sont des coteaux en partie plantés de vignes ; à gauche , des champs bien cultivés , puis encore des coteaux; partout des sites frais et pittoresques : le convoi a pénétré dans le département de l'Aisne. Nogent-Ï Artaud , un joli village sur la rive gauche de la Marne, l'arrête un moment; de là il s'élance dans le souterrain de Chézy-t Abbaye , qui n'a pas plus de 440 mètres, et toujours côtoyant la Marne, entre des collines et des vallons, il gagne la station de Château- Thierry.
Ce château , dont les ruines majestueuses couronnent la colline au flanc de laquelle est bâtie la ville, fut construit, dit-on, en 720, par Charles Martel; là devait résider le jeune roi Thierry, que ce maire du palais avait fait couronner afin de gouverner en son nom. Une date plus certaine de l'existence du château est l'année 923 , pendant laquelle Herbert, comte de Vermandois, y enferma Charles le Simple. Peu à peu une ville se forma par l'agglomération des paysans qui venaient demander à cette vaste enceinte de murs énormes, de tours et de tourelles, une protection efficace contre les brigandages des hommes de guerre»
Les comtes de Vermandois, les comtes de Champagne r Henri II, le duc d'Alençon qui y mourut, Louis XIII, les ducs de Bouillon, habitèrent successivement Château- Thierry.
Cette ville eut à subir de nombreux assauts et fut prise plusieurs fois. En 1421, elle fut livrée par trahison aux Anglais, que les habitants chassèrent en 1425. Charles - Quint s'en empara en 1544. Henri de Guise, en 1571, y reçut le coup de feu qui lui valut le surnom de Balafré. Le duc de Mayenne la prit en 1591, et la livra àu pillage des Espagnols. Pendant les guerres de la Fronde, elle fut encore prise
et dévastée, en 1052. De nos jours, en 1814, elle a été prise et pillée trois fois ; à cette même époque, elle donna son nom à un combat où les Français vainqueurs tuèrent 1200 ennemis, s'emparèrent de trois pièces de canon et firent 1800 prisonniers.
Château-Thierry est situé sur la rive droite de la Marne , qui le sépare du faubourg de Marne , en passant sous un
Vue de CliAtr.ni-Tliirrn.
beau pont en pierre de trois arches. Du coté de la ville, une jolie promenade borde la. rivière, au pied d'un beau quartier bâti en amphithéâtre. Sur la promenade, à l'entrée de la rue de Soissons, est le palais de justice, dont la construction ne remonte pas plus haut que 1843 ; au-dessus , et sur le penchant de la colline, s'élève la tour massive de la -vieille église Saint-Crépin. Une autre tour, celle du beffroi , •semble être une énigme proposée à la sagacité du voyageur
par le malicieux habitant de Château-Thierry : de tous les points de la ville et de ses environs, on en aperçoit le sommet; quant à la base, il est impossible de la découvrir, à moins que par hasard on ne pénètre, par une porte fort peu séduisante, dans une cour passablement obscure, où Ton voit le fantastique clocher s'élever au-dessus de constructions très-peu monumentales , auxquelles évidemment il n'a pas toujours appartenu.
Après avoir regardé la statue de La Fontaine qui, depuis 4824, décore l'entrée de la ville, à l'extrémité du pont, après avoir jeté, en passant, un coup d'œil sur la halle au blé et sur la fontaine de la place du marché, le touriste se hâte d'arriver à cette imposante et sombre masse de murailles qui semblent encore menacer les habitants de leur désastreuse protection ; et la, entouré de murs m ruines et de tours ébréchées, assis sur quelque débris de créneau, dans cette cour dont le sol , battu jadis par les pieds des chevaux de guerre , laisse maintenant h l'herbe et aux ronces plein* liberté de pousser, il peut à son aise parcourir du regard le plus magnifique des panoramas : audessous de lui , la ville qui descend ; plus loin, la Marne serpentant au milieu d'une plaine fertile; plus loin encore, des coteaux et des vergers délicieux.
Château-Thierry compte au nombre de ses illustrations : Gautier, évêque de Paris, mort en 1 240 ; saint Thierry, évêque d'Orléans, et notre inimitable fabuliste Jean de La Fontaine. Le pays qu'on traverse en s'éloignanl de Château
Thierry est semé de vallons et de coteaux, de villages et de maisons de plaisance, de jardins, de vergers, de prairies entre lesquelles circulent de nombreux ruisseaux : tout cela est accidenté, gracieux, propre comme un parc anglais; ce n'est plus un voyage , c'est une véritable promenade d'agrément.
Après avoir coupé en deux le petit village de Mézy- Moulins, remarquable par son église du xn e siècle, la locomotive avance toujours au milieu de ce charmant paysage.
Eglise de Dormans.
Elle court devant Varennes , bourg qu'il ne faut pas confondre avec le Varennes de la Meuse, où furent arrêtés dans leur fuite Louis XVI et Marie-Antoinette, et reprend un moment haleine à Dormans , après avoir passé sous un élégant pont suspendu, en fil de fer.
Dormans est agréablement situé sur la rive gauche de la
Marne; il ne possède, en fait de monuments, que son beau château et sa vieille église , dont le chœur et le clocher ne sont pas sans intérêt pour le visiteur ; il est la patrie du cardinal Jean de Dormans , évêque de Beauvais, et de l'architecte Ledoux , qui construisit les grandes barrières de Paris.
La courbe décrite pour atteindre cette petite ville est un des points curieux de la ligne de Strasbourg.
De la station de Dormans jusqu'à celle de Port-à-Binson règne une vallée fertile, bien cultivée, qu'enferment des coteaux couverts de vignes. Sur le sommet d'un de ces coteaux se dresse, à gauche, une tour en ruines; elle signale au voyageur le bourg de Châtillon, patrie du pape Urbain II, qui prêcha la première croisade, en 1095.
Ancien château de Roursatill.
Entre Port-à-Binson et Damery, sur un de ces coteaux plantés de vignes à la base et couronnés de bois au sommet, qui accidentent à chaque instant la physionomie du paysage, s'élève un magnifique château gothique tout neuf : on croirait voir la demeure féodale d'un haut baron ; pour rendre l'illusion complète, il ne manque à ses tourelles et à ses cheminées sculptées que d'être noircies par le temps. Ce
château qui a coûté, dit-on, deux millions, porte le nom de Boursault : c'est une marchande de vin de Champagne, Mme Cliquot, qui Ta fait bâtir pour son gendre M. de Mortemart.
Un peu plus loin, à droite, on s'arrête devant une haute tour carrée qui surmonte une ancienne église; là est la petite ville de Damery, bâtie sur une colline au pied de laquelle coule la Marne, etqui communique à lagrande route de Strasbourg par un pont et par une belle levée plantée d'arbres. Damery eut autrefois une certaine importance et posséda des thermes et un hôtel des monnaies : on y voit encore quelques vestiges de murs et de fossés. En 1829 et 1830, des fouilles, faites au centre de la ville, ont amené la découverte de vases en terre cuite, contenant plus de 2000 médailles d'argent, dont 1500 environ à l'effigie de Posthume. On rencontre dans ^les environs quelques fossiles curieux.
Mais l'ardente locomotive, en dévorant l'espace , noùs entraîne dans un pays d'une physionomie toute nouvelle : plus de prairies, plus de jardins, plus de bosquets; nous courons au milieu des vignes ; nous sommes en pleine Champagne ; nous nous arrêtons devant Épernay.
Suivant quelques auteurs, cette ville fut d'abord nommée Aquœ perennes ; ce nom se transforma plus tard en celui d'Aixperne {Aspernacum) , d'où est dérivé le nom moderne. L'ancienneté de cette ville est, du reste , suffisamment constatée par l'histoire, qui mentionne sa cession à l'Église de Reims, du temps de Clovis ; les archevêques y firent bâtir une forteresse : ce fut là que, dans le ix* siècle, se réfugia Hincmar avec les trésors de l'archevêché et le corps de saint Remi ; le pieux prélat n'y put survivre à la douleur de voir la France livrée aux brutales déprédations des Normands. L'histoire de la ville d'Épernay, comme celle de la plupart des places fortes, est une succession de sièges, d'assauts, de prises, de pillages. Déjà Ghildebert, en 523, s'en était em • paré, et en avait fait massacrer les habitants; Frédégonde l'avait prise et pillée vers 593. Charles-Quint la menaçait en 1545 : François I er la fit brûler pour l'empêcher de tomber entre les mains de l'ennemi. Du temps de la Ligue, elle appartint alternativement aux protestants et aux Espagnols. Henri IV la prit en 1592, après un siège long et cruel, où le maréchal de Biron fut tué par un boulet qui lui emporta la tête, au moment où le roi avait la main sur son épaule. La devise du maréchal était une mèche allumée, avec cette légende : Périt, sedin armis. Jointe à Château- Thierry, cette ville fut ensuite donnée au duc de Bouillon, et reçut le titre de duché. »
Épernay occupe une position des plus riantes, au débouché d'une belle vallée, près de la rive gauche de la Marne. On y admire l'exécution hardie du pont de Dizy, composé de sept arches surbaissées. La ville est bien bâtie, mais mal
percée, mal pavée, très-irrégulière, impraticable par les temps de pluie. Les deux grandes places manquent de symétrie; sur l'une d'elles s'élevait autrefois une église gothique nouvellement remplacée par un édifice de style italien, dont le porche est décoré d'un portique d'ordre dorique; il ne reste du précédent édifice qu'une porte et des vitraux peints. Les anciennes fortifications ont 'entièrement disparu, à l'exception d'une porte formée de deux tourelles, que l'on voit près de la promenade. Mais le véritable monument d'Épernay, sa curiosité la plus intéressante, il faut l'aller chercher dans un joli faubourg qui remonte la Marne : c'est là qu'on voK immenses caves où sont gés les vins les plus renommés du pays , mousseux ou non mousseux. Ce faubourg, composé d'habitations qu'on prendrait, a leurs jardins, pour autant de maisons de campagne, est presque entièrement habité par de riches négociants en vins.
Épernay a vu naître le chroniqueur Flodoard, mort à l'âge de 73 ans , en 966, et dont Fépitaphe porte qu'il fut : un clerc chaste, un bon religieux et un meilleur abbé.
Située au centre des meilleurs vignobles , cette ville est tout naturellement l'entrepôt des meilleurs produits de la Champagne. « La vigne 1 est cultivée dans les cinq arrondissements; mais ce n'est que dans ceux de Reims et d'Épernay que l'on trouve ces coteaux célèbres dont les
Porte de l'église d'Kpernay.
J . France pittoresque.
produits sont estimés et recherchés dans tous les pays. Les vins blancs sont renommés surtout à cause de leur délicatesse, et peut-être plus encore de cette mousse pétillante qu'ils conservent jusque dans leur extrême vieillesse, et qui , si elle n'est pas ce que les vrais gourmets estiment le plus dans les vins de Champagne , est au moins ce que la foule des amateurs y recherche généralement, Les vins rouges se distinguent aussi par beaucoup de finesse, de délicatesse et d'agrément; ils occupent un rang distingué parmi les meilleurs vins de France. Les vins mousseux, aujourd'hui si renommés, restèrent cependant longtemps sans réputation.... Les rois de France et d'Angleterre commencèrent à les apprécier. François I er , Henri VIII et Henri II avaient un commissaire résidant à Aï, pour assurer le meilleur vin à la cave royale. Henri IV ne dédaignait pas le titre de sire d'Aï. Toutefois , ce ne fut qu'à dater du règne de Louis XIV que les vignobles champenois furent en possession de fournir les tables les plus délicates,
« On cite , parmi les vins de Champagne , les blancs de première classe de Sillery, d'Aï, d'Avize, du Mesnil, de Cramant , d'Epemay , de Mareuil , de Pierry , de Dizy , de Haut-Villers; et les vins rouges, aussi de première classe, d'Aï t de Sillery, Bouzy, Haut-Villers, Vertus, Versenay, Cumières, Mantelon, Taizy, Mareuil, Saint-Basle, Verzy, Mailly, Clos-Thierry, Dizy, Épernay, Pierry, etc.
h Les meilleurs vins rouges se récoltent sur le revers septentrional des coteaux de la Marne, qui prennent le nom de montagnes de Reims. Les vignes, quoique généralement exposées au nord et au levant, donnent néanmoins des vins savoureux. On les distingue, dans le commerce, et d'après leur qualité , en vins de la Montagne, de la Basse-Montagne et de la Terre de Saint-Thierry ; Les vins de l'arrondissement de Reims ne se vendent guère , année commune, que de 40 à 150 francs, suivant la qualité. Le prix de ceux de l'arron^
dissement d'Èpernay varie de 200 k 300 francs. La valeur d'un arpent de vigne de rivière, aux environs d'Èpernay, est de 4000 k 10000 francs. Il en est qu'on évalue à 20000 francs. Le prix des vignes de la montagne , aux environs de Reims , est moindre de deux cinquièmes. On récolte , année commune, dans ces arrondissements, 5400 pièces de vin fin, dont la moitié au moins est expédiée k l'étranger.
« Le principal commerce des vins de Champagne se fait k Reims, k Àvize et k Épernay. Cette dernière ville est avantageusement placée, au centre des meilleurs vignobles et sur un terrain favorable k l'établissement de bonnes caves; creusées dans un roc de tuf, elles sont vastes, très-propres k la conservation et k l'amélioration des vins, et aussi solides que si elles étaient soutenues par des voûtes en pierre ; elles sont surtout remarquables par leur étendue, et forment une espèce de labyrinthe dont on trouverait difficilement l'issue sans guide. Les murs sont tapissés, k six pieds de hauteur, de bouteilles artistement rangées, et classées par treilles, c'est-k-dire par crus. Peu de voyageurs passent k Epernay sans aller les voir, et des souverains même ont eu la curiosité de les visiter. Cette visite n'est pas toujours sans danger, surtout lorsque les vins sont nouvellement en bouteille, dans le mois de juin, k l'époque do la floraison de la vigne, et au mois d'août, lorsque le raisin commence k mûrir. C'est k ces époques que les propriétaires éprouvent le plus de pertes par la casse. Il n'est pas prudent alors de traverser une 'cave sans être garanti par un masque en fi 1 de fer; des ouvriers ont été grièvement blessés par des éclats de bouteilles, pour avoir négligé cette précaution. »
A la sortie d'Èpernay , les coteaux qui , depuis quelque Lemps , bordaient la route, s'écartent en fuyant k droite et k gauche; c'est l'entrée d'une longue et large plaine ; d'un côté, des champs cultivés et, par intervalles, quelques côtes crayeuses plantées de pins; de l'autre, des bois et de belles
prairies arrosées par la Marne; on s'aperçoit à peine, en présence de ce ravissant paysage , que la locomotive s'arrête devant deux petits villages, Oiry et Jâlons-les- Vignes. et l'on regrette presque la rapidité avec laquelle on arrive à Châlons.
Il est impossible de préciser l'époque de la fondation de Châlons-sur-Marne; mais l'ancienneté de l'origine de cette ville ne saurait être mise en doute. Fut-elle bâtie , comme le pensent quelques auteurs, par les Cattes ou Cattuari, peuplade germaine transplantée par Auguste, avec les Sicambres, sur les bords de la Marne? Ce n'est qu'une conjecture basée sur des preuves insuffisantes. Châlons n'apparaît véritablement dans l'histoire que sous le nom de Catalaunum; ainsi la désigne Àmmien Marcellin, qui en fait l'éloge. Dans
l'itinéraire d' Antonin , elle est appelée Duro Catalauni. Lorsque les Gaules furent divisées en dix-sept provinces , elle fit partie de la seconde Belgique , dont Reims devint la capitale. Le christianisme s'y introduisit de bonne heure, prêché par saint Memmie, à qui plusieurs établissements religieux du- ' rent leur fondation. Deux batailles mémorables furent livrées • sous les murs de Ghâlons : dans la première,, qui eut lieu en 273, Aurélien fit essuyer une sanglante défaite à Tétricus, que les légions révoltées avaient proclamé empereur dans les Gaules. La seconde, en 451 , faillit mettre un terme à la course dévastatrice du terrible roi des Huns, Attila; vaincu déjà l'année précédente par l'éloquence de l'évêque de Ghâlons, saint Alpin, à qui il avait accordé le salut de sa ville, il le fut cette fois par les armes d'Aétius, général des Romains, de Mérovée, roi des Francs, et de Théodoric, roi des Visigoths. Si Aétius, n'écoutant point les conseils de sa prudence, avait poursuivi jusqu'au bout sa victoire, en pénétrant dans le camp d'Attila, ce fléau de Dieu, comme il s'appelait lui-même, eût été consumé avec ses trésors dans un large bûcher préparé par ses ordres. Le comte de Vermandois, Herbert II, prit et brûla Châlons, en 943. Ce fut dans cette ville, relevée de ses ruines, que Charles VII, accompagné de Jeanne d'Arc, reçut, en 1429, les députés de Reims. Les Anglais essayèrent vainement de la prendre, en 1430 el en 1434. Sous la Ligue, elle se fit remarquer, à deux reprises, par sa fidélité à la cause d'Henri IV, en faisanl brûler sur la place publique, par la main du bourreau , deux bulles papales, en 1591 et 1592 : la première était de Grégoire XIV, elle excommuniait Henri IV; dans la seconde, Clément Vni convoquait les états généraux du royaume pour l'élection d'un autre roi.
Dès le règne de Clovis, les évêques de Châlons étaient de puissants seigneurs, jouissant de privilèges très-étendus , ils prirent le titre de comtes de Châlons; ils devinrent en-
suite pairs du royaume, et obtinrent le droit de battre une monnaie connue sous le nom de livre champenoise : au moment de la Révolution , cette monnaie était encore en usage dans la Champagne chàlonnaise. Sous l'administration protectrice de ses évêques, la ville prit un accroissement rapide et devint un grand centre de commerce. Sa population, sous les rois de la troisième race, atteignit le chiffre de GO 000 habitants. La réunion définitive du Châlonnais à la France eut lieu en 1335, sous Philippe de Valois. La Champagne, en 1814, souffrit beaucoup de la guerre; elle fut un des points du territoire où nos troupes soutinrent le plus vaillamment le choc des armées envahissantes. L'Empereur fit quelque temps de Châlons le centre de ses opérations et le lieu de réunion de son armée.
Il exista, pendant le moyen âge, à Châlons, quelques coutumes singulières, dont le souvenir a été conservé. Un registre , déposé aux archives de la cathédrale , contient les détails suivants sur la fête des Fous, qui avait lieu le jour de SaimVÈtienne :
« On dressait, la veille, un théâtre devant le grand portail de la cathédrale; le jour, on y préparait un festin qui était aux frais du chapitre. Lorsque tout était disposé, on allait en procession, environ à deux heures après midi, en la maison de la maîtrise des fous, pour y prendre Yévêque des fous, monté sur un âne, que Ton conduisait, au son de toutes sortes d'instruments et de cloches, jusqu'au lieu où était érigé le théâtre. Là il descendait de son âne, qui était paré d'une belle housse et autres magnifiques harnachements. Là l'évêque des fous était revêtu d'une chape, mitre çn tête, la croix pectorale, les gants et la crosse à la main : ainsi habillé, il montait sur le théâtre, s'asseyait à table avec ses officiers ; ils mangeaient et buvaient ensemble ce qu'on leur avait préparé, suivant leur goût. C'étaient ordinairement les chanoines les plus qualifiés qui composaient la
maison des fous. On remontait sur le théâtre pour y boire et manger, et, pendant ce second repas, où l'évêque figurait principalement, les chapelains, les chantres et les bas officiers se divisaient en trois bandes. La première restait autour de l'église et aux environs du théâtre, comme pour y servir de sentinelles. La seconde était dans l'église même, y chantait certains mots confus et vides de sens, et faisait des grimaces et des contorsions horribles ; et la troisième parcourait le cloître et les rues. Après le repas, ils allaient chanter avec beaucoup de précipitation les vêpres; lorsqu'elles étaient finies, deux chantres et le maître de musique, battant la mesure, chantaient en musique un motet. Après le motet, on faisait une cavalcade devant et autour de l'église, ensuite dans les rues adjacentes, avec des hautbois, flûtes, harpes, flageolets, basses, tambours, fifres, et autres instruments faisant beaucoup de bruit. Après avoir parcouru le cloître et les environs, ils allaient par toute la ville, ayant en tête une troupe d'enfants portant des flambeaux, des encensoirs et des falots. Arrivés au marché, ils jouaient k la paume; après le jeu, la danse, et surtout de grandes cavalcades, recommençaient. Au retour, une partie du peuple suivait les chanoines, et une autre, réunie devant l'église, avec des chaudrons et des marmites de cuivre et de fonte, frappait ces divers ustensiles l'un contre l'autre , et faisait un charivari effroyable , en poussant de longs hurlements. Pendant cette symphonie burlesque, on sonnait toutes les cloches , et le clergé s'habillait d'une manière grotesque et bouffonne. »
Une cérémonie plus singulière encore était celle du convoi de Carême-Prenant, dont la description se trouve dans un graduel de 1508. Le jour des Cendres, quatre hommes apportaient sur un brancard, dans le chœur de la cathédrale, un mannequin gigantesque, fait avec de la paille, et revêtu d'habits lugubres ; ce mannequin était déposé à la
même place que le corps des chanoines, lorsqu'on faisait leurs obsèques. Alors le clergé célébrait une messe de iteguiem. Pendant cet office était placé dans le sanctuaire un seul cierge allumé. Le prêtre célébrant avait l'étole derrière le dos, la chasuble à l'envers, de côté, et repliée en deux; la dalmatique des diacres et des sous-diacres était également retournée. Les chanoines portaient de grandes robés noires traînant sur leurs talons; ils avaient le visage voilé.
Il serait difficile aujourd'hui d'expliquer le véritable sens de ces bizarres cérémonies. Elles ont dû avoir dans l'origine un caractère symbolique ; mais ce caractère s'effaça prompte- . ment, -et, dans la plus grande partie du moyen âge, ces bouffonneries n'eurent pas plus de signification que n'en avaient les mystères de la Basoche. On lit dans la Description de Reims, par M. Géruzez : « Dans les xm% xiv* et xv e siècles, nos pères, simples , dévots et gai», eurent une religion parfois plaisante et enjouée. Autant Pascal, Bossuet, Bourdaloue et Massillon montrent de grandeur, de noblesse et d'élévation dans la manière dont ils exposent les dogmes et la morale du christianisme, autant dans le moyen âge s'efforçait-on de donner quelquefois à la religion une physionomie folâtre et bouffonne. Ne pouvant faire monter leur caractère badin à la hauteur de la religion, nos bons aïeux la faisaient descendre à leur niveau, et la forçaient de favoriser leur penchant pour la farce; ils associèrent les plaisirs, la dévotion, les passions. »
La cérémonie du convoi de Carême-Prenant se conserva longtemps en Champagne; quant à la fête des Fous, elle fut supprimée en 1583.
La cathédrale de Châlons, fondée en 430, ne fut consacrée qu'en 1 147, par le pape Eugène III, assisté de dix-huit cardinaux et de saint Bernard. Un incendie la détruisit en grande partie, dans l'année 1238; restaurée en 1520, elle fut de nouveau brûlée en 1668, et reconstruite en 1672. Elle est
élevée sur un souterrain que Ton suppose avoir été^creusé par les druides. Le portail date de Louis XIII ; les deux clochers sont surmontés de flèches très-élevées , aiguës ^travaillées à jour, et d'un bel effet. L'intérieur se compose de
La cathédrale de Chain us.
trois nefs, dont la plus grande est majestueuse, et d'un chœur magnifique; on y remarque un grand nombre de sculptures , précieuses encore malgré leurs mutilations. Le
maître autel est surmonté d'un baldaquin que supportent six colonnes de marbre. Il est à regretter que cette cathédrale, dédiée h saint Étienne , n'ait pas sa façade sur une grande place, et que les abords n'en soient pas plus dégagés.
Église Notre-Dame de Châlons.
Plus haut , et de l'autre côté de la ville , se dressent deux tours noires, surmontées de hautes et belles flèches; ce sont celles de l'église Notre-Dame. Ce monument est d'ar-
chitecture gothique; sa construction remonte à 4157; il est en partie recouvert en plomb; on remarque, à l'intérieur, un pavé de mosaïques et de pierres chargées d'inscriptions.
L'église Saint-Alpin est une vieille église écrasée par une
Intérieur de Notre-Dame de Chàlons.
lourde tour carrée ; on y trouve également des inscriptions et de beaux vitraux représentant l'évêque saint Alpin, au moment où il détermine le roi des Huns à éloigner ses troupes des murs de la ville.
D'une architecture simple et modeste, l'église Saint-Jean est la plus ancienne des églises de Ghâlons; elle date de l'année 324,
Lorsqu'on entre dans Ghâlons , on suit la rue de Marne, qui conduit tout droit à l'hôtel de ville , grand et bel édifice construit en 1785, qui renferme aussi le palais de justice. Il est surmonté d'un dôme, et présente, à sa façade, un péristyle que supportent quatre colonnes d'ordre ionique posées sur soubassement à refends; on y arrive par un escalier de sept degrés , décoré de deux lions en pierre.
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Préfecture de Châlons.
A peu de distance de l'hôtel de ville se trouve l'ancien hôtel de l'intendance, aujourd'hui la préfecture, jolie construction de goût Mansard, régulière et d'une distribution parfaite. On admire surtout la façade qui donne sur le jardin, dont les murs ne sont séparés que par un ruisseau de la promenade du Jard.
Le Jard est une espèce de parc dont les vastes allées sont plantées d'ormes magnifiques; rien ne manque à cette im-
mense promenade, ni bosquets, ni pièces d'eau, ni pont suspendu ; elle est traversée par le canal latéral à la Marne, ce qui ajoute encore à son agrément.
Dans une belle avenue, près du Jard, on cherchera peutêtre, sur la foi des géographes, ce superbe jardin botanique oîi Ton cultive plus de quinze mille plantes ; il pourra même arriver que l'entrée en soit indiquée par quelque naïf ou malin enfant de Châlons ; mais l'attente du curieux sera cruellement déçue. On y verra bien, en effet, un nombre considérable de plantes, quinze mille peut-être, ainsi que le porte le programme, car le terrain est vaste; mais hélas! toutes ces plantes sont des plantes potagères de la plus commune espèce : des choux, des carottes, des navets, absolument comme dans un jardin maraîcher des environs de Paris.... Le jardin botanique, victime des dissensions de la société qui l'administrait, a disparu pour faire place à un champ de légumes !
L'École des arts et métiers est un beau bâtiment, construit avec élégance et simplicité. On en peut dire autant du collège, dont l'église réunit à sa façade trois ordres d'architecture.
Le manège, la salle de spectacle, l'Hôtel-Dieu, le dépôt de mendicité , méritent également qu'on les visite.
Le plus bel édifice de Châlons est sans contredit le couvent de Saint-Pierre, qu'on a transformé en caserne. Situé de l'autre côté de la rivière, orné de corniches et de sculptures élégantes, il présente une masse imposante de bâtiments, dans le style moderne, et d'un effet magnifique.
Il faut aller voir aussi, à l'entrée de la route de Vitry, un bel arc de triomphe, d'ordre ionique, et construit en 1770, qu'on appelle la porte Sainte-Croix.
La ville de Châlons est en partie entourée d'anciens murs assez bien conservés ; ses boulevards, plantés d'ormes, sont bien entretenus. Elle se présente au voyageur qui arrive de Paris avec toutes les apparences d'une grande cité. Ou
y entre , après avoir traversé un beau pont en pierre , construit en 1780, et sous lequel coule la Marne, par une petite place, demi-circulaire, bâtie monumentalement et fermée d'une grille ; du milieu de cette place part en ligne droite la longue et belle rue de Marne, jusqu'à la place de l'hôtel de ville, qui est carrée et bien bâtie. Malheureusement, les autres quartiers ne tiennent point ce que promet une pareille entrée; les rues sont étroites, les places irrégulières; les maisons, pour la plupart en bois, sont lourdes et basses. La propreté de la voie publique y est généralement bien entretenue.
Ghâlons s'étend entre deux plaines au milieu de belles prairies; quelques légères collines bornent son horizon. Elle était autrefois traversée par la Marne, qui depuis 1 788 la longe seulement. Elle donne encore passage à deux ruisseaux affluents de la Marne : la Maud et la Naud. Entre la Marne et la ville est un canal qui donne de l'activité à la navigation. .^s^^ L'habitant de la Marne passe
pour avoir de la bonhomie , de la simplicité et surtout de la bravoure. « On a remarqué , est-il dit dans un article de la France pittoresque , que la population de la Marne qui , en 4805, était portée à M 1 017 habitants, ne se trouvait olus, au recensement de 1820, et malgré l'accroissement graduel qui devait résulter de quinze années écoulées , que de 309 444, tant avait été considérable le nombre des Pont du Jard. braves paysans qui avaient noblement sacrifié leur vie à la défense du territoire national. »
« L'habitant des vignobles , dit M. Mennesson , est en général d'un caractère franc, ouvert et obligeant; il a plus
CHÀLONS-SUR-MÀRNE.
d'énergie et de vivacité que les autres Champenois. Naturellement gai , mais brusque et pétillant comme le vin que son sol natal lui fournit, et dont il abuse quelquefois, il s'emporte et s'apaise avec la même promptitude 1 . »
Laborieux et persévérant, le vigneron doit à son travail une certaine aisance. S'il n'y a pas de grandes fortunes dans le pays, on n'y est pas non plus affligé par le spectacle de la mendicité.
u Dans le vignoble , la femme est vraiment le compagnon de travail de son mari; elle partage ses fatigues; l'intérieur du ménage, qui est ailleurs la tâche du sexe le plus faible, n'est ici que son amusement; le reste lui est commun avec le nôtre : aussi l'habitude du plein air et une vie laborieuse donnent aux femmes une force qu'on ne remarque pas ailleurs; elles sont moins délicates, et ont, par la même raison, moins d'agréments; elles sont généralement très-hâlées. Mais, bonnes femmes et bonnes mères, de nombreuses qualités remplacent pour elles, dans l'intérieur de la famille, ce qui leur manque sous le rapport de la beauté. »
Le département de la Marne offre quelques curiosités naturelles. A Courtagnoux , il existe un banc long de plus de 30 000 mètres, et large de plus de 20 000 , composé de coquilles et de fossiles marins. On rencontre, dans les bancs de craie et de sable, du bois pétrifié qu'on a cru reconnaître pour du châtaignier. Un banc de craie compacte , près de Châlons, a fourni les ossements d'un animal antédiluvien de la grosseur d'un éléphant.
Parmi les établissements particuliers de la ville de Châlons, il en est un qu'on ne saurait se dispenser de visiter ; c'est celui de M. Jacquesson, dont les caves offrent ce qu'il y a de plus beau dans ce genre.
Ce qu'il faut placer au premier rang entre les choses eu-