NORD
romancier est fécond en contrastes, et il a prouvé ailleurs qu'il n'avait point de haine contre elles Seulement, elles ne tiennent pas une part aussi importante dans son œuvre que pourraient le souhaiter les lectrices suédoises.
Au physique, c'est un homme d'une quarantaine d'années, à l'œil vif, perçant, avec un front énorme, qui fait paraître petit le bas du visage ombragé par une moustache blonde. Il est grand' on le sent nerveux, en dépit de ses manières douces. D'une insatiable activité, il a touché à tous les genres, à l'histoire, au roman, au théâtre où il débuta par un drame, Maître Olof, et où depuis, entre autres pièces, il a donné le Père, qui vous fait assister aux tortures morales d'un homme ravagé par de terribles doutes sur sa paternité, adorant et détestant tour à tour l'enfant en qui il ne sait s'il doit voir son fils ou un étranger. Ses nouvelles sur la population des îles, les Habitants de Hemso, sont populaires. Son Esquisse de l'histoire suédoise est un ouvrage original de critique.
La production de Strindberg est incessante. Un de ses derniers romans a pour titre Remords. J'ai plaisir à le faire connaître au public français.
C'est en septembre 1870 que commence l'action. Un jeune officier prussien, M. de Bleichrœder, commande un petit poste placé dans le village de Marlotte. Sa vocation n'était point d'être soldat. C'est, en temps de paix, un passionné géologue.
LA SUEDE
La guerre a fait de lui un lieutenant de réserve. Il accomplit son devoir, mais il ne peut s'empêcher de maudire la guerre et de se sentir troublé par les ordres qu'il reçoit. Il est en train d'écrire à sa femme, et il soulage son cœur en lui confiant l'horreur que lui inspirent toutes les scènes affreuses auxquelles il est contraint d'assister. Il ne se cache pas d'admirer le patriotisme français, et il avoue ne pouvoir comprendre pourquoi les chefs prussiens ne veulent pas reconnaître comme des soldats les francs-tireurs qui se sont levés pour la défense de leur patrie, et les considèrent comme des bandits. Il proteste contre cette conception sauvage. Précisément, il a, en ce moment, la garde de trois prisonniers qui attendent qu'on statue sur leur sort, et il confesse que leur constance et leur force d'àme l'étonncnt. Il est assurément beaucoup plus inquiet de la décision qui va les concerner, que ne le sont ces braves.
Ii en est là de sa lettre quand une estafette arrive. Il lui est commandé de faire fusiller ces trois hommes avant deux heures. M. deBleichrœder est bouleversé. Fusiller ces vaillants dont le seul crime est d'avoir pris les armes pour leur pays ! Une lutte terrible se passe en lui entre sa conscience et son devoir. La guerre lui apparaît plus épouvantable que jamais. Est-il possible que ce soit lui qui donne l'ordre de tuer ces honnêtes gens, contre lesquels il n'éprouve aucun ressentiment? Il le faut cependant. Son cerveau, depuis
longtemps frappé par tous les côtés ignobles de la guerre, est hanté de visions épouvantables.
Enfin il se souvient qu'il n'a pas le droit de discuter, d'éluder les instructions qu'il a reçues et, d'une voix tremblante, il donne à un sous-officier la mission tragique de l'exécution des prisonniers. Mais il n'assistera pas à cette boucherie ; non, il ne le peut pas ! Il feint d'avoir entendu parler de l'approche de l'ennemi, et il simule le besoin d'une reconnaissance pour n'être pas présent tandis que s'accomplira ce drame. Il s'enfonce au plus profond de la forêt pour ne pas entendre la détonation. Le bruit des trois décharges successives arrive cependant jusqu'à ses oreilles, et il demeure accablé, hagard, stupide d'effroi.
La secousse est telle, chez lui, qu'il perd la raison. Sa folie consiste en de perpétuelles hallucinations, où il aperçoit les pauvres morts qui lui reprochent sa cruauté et leur fin obscure, tandis que, ironiquement, il voit les rues allemandes se pavoiser, les cloches sonner, les femmes jeter des fleurs sur les bourreaux, pour célébrer cette a victoire ». Il est interné dans une maison de santé, en Suisse, et c'est la grande nature qui opère sa guérison. Revenu à la santé, il a horreur du pays qui exigea de lui le sacrifice de son humanité, et il se fait naturaliser citoyen suisse.
Cet officier allemand peut nous paraître, à nous autres qui avons vu de près ses collègues, d'un sentimentalisme un peu excessif. Mais, là, Strind-
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berg a déclaré guerre à la guerre. La partie vraiment intéressante de Remords est celle où M. de Bleichrœder sent en lui deux individus, et la scène est profondément émouvante où il cherche à se perdre dans la forêt pour n'entendre point la détonation des fusils :
«... Les taillis étaient déjà ensevelis dans l'ombre, mais les cimes des chênes et des hêtres étaient encore empourprées des rayons du soleil. La belle forêt lui parut sinistre et comme sanglante. La vie lui semblait si amère, si contradictoire, si remplie d'injustices!... Tout à coup il demeura comme paralysé. Du côté de Marlofte, les sons du tambour, répercutés par les roches de la Gorge-aux-Loups, lui arrivaient : d'abord, un roulement qui n'en finissait plus, puis des coups lourds, espacés; c'était comme si l'on clouait un cercueil. 11 regarda à sa montre : sept heures moins le quart ! Dans un quart d'heure, cela devait s'accomplir! 11 ne pouvait pas tenir en place. Il gravit un grand rocher : au loin, il apercevait le petit village, si gai, avec son clocher qui se dressait dans l'air serein. H tenait sa montre à la main, en suivant des yeux l'aiguille des minutes... Maintenant, c'était sept heures moins cinq !... La montre tremblait dans sa main, son pouls battait follement, les oreilles lui tintaient, et il sentait une chaleur bridante dans la racine des cheveux.
« •-. Et un bruit, subitement, un bruit semis
blable à celui d'une planche qui se brise, tandis qu'une fumée bleue montait, comme un nuage, derrière un toit noir, et, par-dessus ce nuage, se levaient encore de petits cercles de fumée... C'était fait ! »
Il y a une autre scène qui est fort belle. C'est celle où le lieutenant, étant rentré à Marlotte, se voit abordé par son sous-officier qui vient lui faire son rapport. M. de Bleichrœder éprouve une âpre curiosité à apprendre comment se sont passées ces terribles choses, et ilredoute, cependant, d'écouter le sergent. Il trouve mille prétextes pour différer ce rapport, et il épie anxieusement l'impression que cause sa présence sur son hôtesse française. Cette scène affreuse, dont il a, à la fois, désiré et craint les détails, il l'entend raconter par deux soldats, deux brutes, qui rient en se remémorant la façon dont sont tombés les prisonniers, et il reste là, cloué par une force invincible, retenant son souffle pour ne perdre aucun mot, éperdu d'épouvante.
Ce roman vaudrait la peine d'être traduit. Je crois qu'on ne le lirait pas sans intérêt, chez nous.
Une femme, M me Edgrin, mariée à un Italien, le duc de Callaniello, fut un des premiers écrivains à marcher sur les traces de Strindberg. Elle commença, en 1880, une longue série de nouvelles qui portent ce titre général : Sur la vie.
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Une autre femme, M' ne Victoria Benedictsen, prit aussi, à ce moment, un rang important dans les lettres. Un roman d'elle, Marianne, l'histoire d'une femme qui se marie, non par amour, mais par une sorte de dépit, et qui comprend, mais trop tard, le sérieux des liens du mariage, compte parmi les livres renommés de ces dernières années. Elle étudia aussi la vie paysanne en quelques contes remarquables. *
M me Benedictsen finit tragiquement, il y a peu de temps, pendant une de ces crises de mélancolie qui sont, dans le Nord, une véritable maladie. Elle s'ouvrit la gorge avec un rasoir, terminant brusquement ainsi une courte existence.
Un des romanciers les plus lus et les plus discutés de la Suède, aujourd'hui, est M. Gustaf af Geijerstam, de qui on peut attendre beaucoup, car il est encore jeune. Lui aussi, il a été tenté souvent par l'observation attentive de la vie rurale et il a réuni ces études sous le titre de l'Homme pauvre, avec cette épigraphe violente : « Celui qui a mangé ne peut pas comprendre celui qui a faim. » Dans Erik Grdne, il se plaisait à une peinture, qu'on déclara supérieure, de la vie universitaire d'Upsal. Il insistait, là, sur l'influence pour toute la vie des premières liaisons d'un jeune homme. Il concluait que les universités devaient être situées dans les grandes villes, pour que l'étudiant ne fût pas en quelque sorte un isolé à qui manque l'expérience de l'existence,
lorsqu'il est appelé à jouer son rôle dans la société.
Ses contes paysans ont pour cadre l'île d'OEland, jadis un nid de pirates, où les mœurs ont conservé une étrange rudesse. Un des plus curieux est le Parricide. C'est un terrible drame.
Un fermier, Olof Larsson, est marié à une abominable créature, Ingrid, qui mène une vie de débauche et qui a poussé dans la môme voie ses deux fils, deux grands garçons dont elle favorise les brutales amours. Le pauvre Olof n'a plus nulle autorité chez lui. On se raille de ses timides réprimandes, et il est bien seul dans cette maison dont il n'est le maître que de nom.
Si peu gênant qu'il soit, on le trouve de trop cependant, et Ingrid rêve de se débarrasser de lui. Elle tente une fois de l'empoisonner, mais il déjoue le piège. Il se sent constamment menacé néanmoins, et il songe à quitter la ferme. Mais — et ce sentiment est subtilement étudié par M. de Geijerstam — l'attachement de l'homme de la terre à sa propriété l'emporte sur ses inquiétudes. Il demeure là, bien qu'il sente que le péril est sur sa tète.
Ingrid prend comme complices son amant et ses deux fils. A eux trois, ils tueront le pauvre diable. L'amant, toutefois, se refuse à tremper activement dans le crime ; il ne donnera qu'un « coup de main », si cela est nécessaire. Un des fils, Erland, moins endurci que son frère, hésite
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encore ; alors Ingrid lui persuade qu'Olof n'est pas son père, qu'elle le portait dans son sein avant son mariage., et que, en le frappant, il ne frappera qu'un étranger.
Olof est vigoureux encore. Il faut, cette fois, que la chose se fasse sûrement. Les meurtriers s'associent un valet de ferme à moitié idiot, Karl Axelsson, qui, selon leurs instructions, portera le premier coup, caché dans l'écurie, à l'heure où Olof y fera sa ronde accoutumée.
Karl Axelsson obéit inconsciemment, et assène un coup de hache au fermier. Il s'agit maintenant de faire disparaître le cadavre. La scène est tout à fait poignante. Les deux frères se chargent de la besogne. Ils placent le corps sur un traîneau et, à la faveur de la longue nuit du Nord, ils se dirigent vers le bord d'un lac à ce moment gelé. Ils attaquent la glace avec leurs haches pour y faire un trou ; mais ils ont beau travailler avec énergie, ils ne réussissent pas à la fendre, et leur angoisse grandit en pensant aux heures qui fuient, pendant qu'ils s'escriment en de vains efforts. Il leur semble que le mort se venge et que ses yeux, demeurés ouverts, dardent sur eux un regard ironique. Et le jour vient sans qu'ils aient pu creuser le trou qui doit servir de fosse au malheureux et garder le secret du crime. Vont-ils être à la merci d'un passant ? Mais, par miracle, un brouillard épais les enveloppe, et, sans être aperçus, ils peuvent déposer le corps, en attendant, dans un han-
gar abandonné, en le recouvrant d'une couche de neige. La nuit suivante, ils arrivent enfin à se débarrasser du cadavre.
Vous connaissez le mot de la mère Berland, l'horrible mégère de Courbevoie, s'adressant à son fils et à un camarade de celui-ci, qui venaient d'assassiner une vieille femme : « C'est bien travaillé, mes enfants ! » C'est à peu près, dans le tragique récit de M. de Geijerstam, ce que dit Ingrid à Erland et à son frère. Et, à la ferme, sans ombre de retenue désormais, on s'enivre du matin au soir.
Cependant Erland a encore, par moments, un trouble qui ressemble à du remords. L'odieuse Ingrid jouit cruellement de ces angoisses de son fils, et, cédant à un désir infâme de faire le mal pour le mal, elle lui révèle qu'elle lui a menti et qu'Olof était bien son père. Qu'il aille donc dénoncer le crime commis, maintenant, lui, le parricide !
Dès lors, Erland sera pris d'épouvantables crises nerveuses, qui le feront rouler en de fréquentes convulsions.
Cependant la disparition d'Olof a fini par inspirer des soupçons. Mais quoi ! toutes les précautions 'ont été bien prises, et si les présomptions morales s'élèvent contre les coupables, il n'y a pas contre eux de charges matérielles. Comme on l'imagine, c'est par l'idiot Karl Axelsson qu'on arrivera à la découverte de la vérité. Il a une
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lueur de conscience, et il avoue la part qu'il a prise au crime. La scène de l'arrestation d'Ingrid est encore fort remarquable. Ses complices sont abattus, écrasés de terreur ; ils ont perdu tout ressort. Mais elle, elle défie encore la foule hurlante qui la menace, et, sur la charrette où la font monter les hommes de police, elle apparaît vraiment, avec ses éclats de rire furieux, comme le génie du mal.
Tout cela est bien sombre. Mais cette histoire très noire n'est vraisemblablement pas chargée à plaisir de détails tragiques. Les crimes sont relativement rares, en Suède ; mais certains procès révèlent d'incroyables monstruosités. A côté de la vie patriarcale, d'une bonhomie touchante qui est le cas général, il y a parfois d'extraordinaires déchaînements de passion. La dernière femme qui fut exécutée en Suède, celle qu'on appelle la meurtrière d'Yngsjô, appartenait à la race de ces abominables passionnées, elle qui, dans un accès d'incestueuse jalousie, tua d'abord sa bru, puis son fils.
Par un contraste assez piquant, M. Gustaf af Geijerstam a écrit les comédies les plus plaisantes, le Grand-Père, ou encore Jamais de la vie! — celle-ci basée sur cette philosophique constatation que la célébrité est plus volontiers accordée aux morts qu'aux vivants. C'est l'histoire d'un écrivain qui, à bout de courage, se fait passer pour défunt. On ne manque pas alors de le
« découvrir » et de lui tresser des couronnes, tandis que, jadis, on lui refusait toute attention.
M. af Geijerstam, à le voir, avec son visage cordial, sa vivacité d'allures, sa rondeur sympathique, semble plutôt l'homme de ses vaudevilles que celui de ces âpres récits paysans. Journaliste en même temps que romancier et auteur dramatique, il occupe un rang distingué dans la rédaction du Dagens Nyketer. Il allait récemment, pour le compte de ce journal, étudier de près les Lapons, à propos de leurs démêlés avec les paysans du Nordland suédois, et j'imagine que le conteur se souviendra quelques jours des milieux étudiés par lui en économiste.
Parmi les noms qui méritent d'être retenus, je dois citer encore celui d'un jeune homme, M. For Hedberg, qui a apporté les procédés réalistes dans le roman historique. Il est même remonté très haut dans l'histoire, car le meilleur de ses livres a pour titre : « Judas, conte biblique ».
L'école réaliste revendique encore un poète, M. Verner von Heidenstam, qui, lui, laisse flotter sa pensée vers l'Orient ; on cite surtout son Endi/mion.
L'école idéaliste, qui a reçu en ces derniers temps de rudes atteintes, est représentée par le comte de Snoïlsky, membre de l'Académie suédoise des XVIII, qui se plaît surtout en des récits poétiques tirés de l'histoire de son pays, et par M. Victor Rydberg, l'auteur du Pirate de la Bal-
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tique, de Singvalla, du Dernier Athénien. Il est aussi très épris de traditions populaires. Il professait, en ces derniers temps, la philosophie à Gothembourg.
Il est encore un écrivain suédois que la courtoisie littéraire, tout au moins, ne permet pas d'oublier : c'est le roi Oscar. Son frère, le prince Gustave, mort depuis plusieurs années, se piquait aussi de poésie et de musique. Un de ses poèmes, I Rosens Duft, a joui longtemps d'une vogue qui était mieux qu'une vogue de complaisance : « Ne demande pas ce que c'est d'ôtre heureux, disait le refrain, écoute la voix de la nature, elle est plus éloquente que tout ! »
Le roi Oscar, qui a touché au domaine de l'histoire dans sa Monographie de Charles XII; qui a traduit Goethe et le Tasse ; qui, aimant passionnément la mer, en sa qualité d'ancien commandant d'escadres, a composé des poésies maritimes, a cédé aussi, souvent, à des inspirations purement sentimentales et idylliques, dans une note doucement mélancolique. Telle la Complainte du Merle : « J'entendis une fois un petit merle — chantant dans la cime du sapin. — Une merde sentiments monta en moi — à entendre cette simple chanson. — Il chanta le bonheur des jours passés et le lot cruel du barde — qui, courbé sous la loi du sort, — n'a que le droit du rêve. — Il chanta l'expiation, pendant des années, — de la jouissance d'un court moment. — De plus
en plus, je comprenais la chanson — ' du petit merle ironique, — et les larmes me vinrent aux yeux, etc. »
Le roi a dédié un autre de ses poèmes à M. Gounod. Celui-là sera peut-être plus intéressant à citer :
« Non, je ne puis m/exprimer, je ne puis que ressentir — la noble joie dont ta lyre nous a comblés. — Dans le sang du cœur tu as trempé ta plume — et captivé la larme qui perlait sur la paupière. — Tu as introduit la note consolatrice même — dans le péché et dans l'égarement.
— Tu as dissous en harmonie le désaccord et le chaos, — déposant aux pieds de l'amour — le poignard de la haine. — Tu as célébré la victoire — de la vie contre la puissance de la mort. »
Les Suédois, à la vérité, voient surtout en leur souverain, en ce qui concerne ses facultés littéraires, un orateur extrêmement élégant en même temps que chaleureux. On assure qu'il a l'art suprême des toasts notamment. Il l'a bien prouvé pendant le passage de nos escadres dans les eaux suédoises.
Ce ne sont là que des notes, un peu bien rapides, mais peut-être contribueront-elles à inspirer quelque curiosité pour une littérature jeune, ardente, qui, aujourd'hui que nous étendons le champ de nos recherches intellectuelles, mérite d'être connue en France, et qui est celle d'un
LA SUÈDE
peuple où la voix de notre pays a toujours de l'écho.
Les jours se sont vite passés au cours de cette excursion dans le Nord. Il faut, cependant, reprendre le chemin de Paris. Une nuit de chemin de fer de Stockholm à Malmœ, puis une traversée d'une heure de Malmœ à Copenhague, qui se présente d'une façon singulièrement plus avantageuse qu'à l'arrivée par terre. J'aperçois, par une matinée délicieuse, son vaste port sillonné de navires, et défendu par ces belles constructions que le patriotisme danois a élevées par souscriptions volontaires.
De Copenhague, je gagne l'Allemagne par Rostock ; puis je reviens par Lubeck, Hambourg et Cologne.
Le voyage que je viens d'accomplir est long ; il est aisé, cependant, de faire assez rapidement, comme je l'ai fait, le tour de la péninsule Scandinave. Et l'on jouit d'admirables spectacles de la nature, on se trouve au milieu de mœurs curieuses, on rencontre d'autres hommes que des raffinés, et l'on se trouve en présence, chez les Lapons, des derniers nomades d'Europe.
Trop peu de Français font ce voyage — et c'est dommage. C'est dommage pour notre influence dans ces pays où il n'est point téméraire de dire que nous sommes assurés d'être bien reçus. C'est
M' Il
dommage pour notre langue' qui, dans le Nord, perd du terrain, tandis que l'anglais et l'allemand font sans cesse des progrès. Or, la diffusion de notre langue , c'est le rayonnement de notre pensée.
A Tromsce, dans une accueillante maison qui m'était vite devenue une maison amie, un Norvégien me parlait avec affection de la France. Il me disait avec cordialité de ces choses qui touchent profondément, lorsqu'on est loin de son pays, et il rappelait qu'en Norvège, on avait souffert de nos désastres comme d'un malheur national.
— « Buvons à la belle France ! » fit-il en levant son verre.
Mais c'était en anglais qu'il parlait !