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LES ADIEUX

6 novembre.

Et maintenant notre séjour en Amérique touche à son terme. La mission de la Délégation francaise est achevée. Un dernier banquet à Hoffman House a réuni, le vendredi soir, autour de nous les principaux membres du comité américain, les présidents des sociétés qui nous ont accueillis. Ce banquet, c’est nous, cette fois, qui l’offrons : bien faible témoignage de notre gratitude! Les discours sont brefs et tout intimes; les dernières paroles prononcéesle sont par M.Chauncey Depew qui, en une phrase simple, cordiale et émue, nous souhaite un bon voyage, une mer calme, et de retrouver bientôt ceux qui nous sont chers et qui nous attendent.

Quelques-uns d’entre nous sont heureux : ils peuvent s’attarder encore de ce côté de l'Océan. Ils visiteront Boston, qui nous a conviés au centenaire de l’université de Cambridge. Ils répondront à l'invitation de nos compatriotes canadiens. Ils verront aussi Chicagc, la grande cité du Nord-Ouest. Le colonel Laussédat compte poursuivre, quelques semaines encore, ses études sur l’industrie américaine et les audacieuses inventions de ses ingénieurs et de ses mécaniciens. Spuller veut traverser le continent tout entier, pousser jusqu'à San-Francisco; il songe même vaguement à rentrer en France par le Japon, la Chine et l'Inde. Mais, presque tous, nous n'avons pas Ces loisirs ; de pressantes occupations nous rappellent. Nos places sont retenues à bord de la Gascogne que commande le lieutenant de vaisseau M. Santelli, dont tout le monde l'avance et à juste raison nous a vanté l’affabilité.

Le äépart est fixé au samedi6 novembre, à une heure de l’après-raidi, heure de la marée haute. C’est le moment des derniers adieux, moment toujours pénible. Ceux de nos compagnons qui restent sont venus nous reconduire; nos amis américains ont tenu, eux aussi, à nous faire escorte. Ils nous ont envoyé, pour le voyage, d'énormes paniers remplis de fruits : gros raisins

au goût musqué, poires extraordinairement parfuniées, pommes dignes du paradis terrestre ; de gros bouquets aussi : roses blanches, rouges et jaunes, d’un éclat de couleur superbe, d’une fraicheur éblouissante, d'une odeur presque capiteuse. On se dit et on se redit, non pas adieu, mais au revoir. Au revoir à Paris! Au revoir à New-York aussi! Car, s’il est facile de ne pas venir en A mérique, il est difficile de ne pas désirer y revenir quand on y a mis le pied une fois.

Ce ne sont pas nos amis seulement, ceux dont nous avons serré les mains, qui ont voulu nous reconduire; c’est une foule d’inconnus. Le quai auquel est amarrée la Gascogne, les quais voisins sont tout noirs d’une foule compacte, venue pour nous acclamer au moment de notre départ comme à celui de notre arrivée. Ce sont de longs cris poussés par tous quand la Gascogne lève l'ancre. « Bon voyage! — Vive la Délégation! — Vive la France! » Et quand nous nous sommes éloignés, quand les cris ne peuvent plus se faire entendre, nous voyons encore des centaines, des milliers de mouchoirs blancs qui s’agitent, pour nous dire un dernier adieu.

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