LE PATS DES TOUAREG
Montés sur leurs mehara (chameaux coureurs) blancs, la lance au poing, le poignard dans la manche et le fusil battant sur la selle, les Imouhar' se glissent en files silencieuses et longent les vallées de leurs montagnes pour surgir dans les plaines où ils pillent les tribus ennemies.
Les Touareg du Sud sont moins batailleurs, et ont un costume plus riche que celui des hordes du Nord. Tous sont grands, vigoureux, braves, patients, durs à la fatigue, habitués à supporter la soif et les privations. Ils se lient difficilement, mais sont dévoués à leurs vrais amis, comme l'ont prouvé Ikhénoukhen et AnnouTy en protégeant et en sauvant les voyageurs Duveyrier et Barth (1). Tous aussi ont des esclaves nègres.
Entre eux, les Touareg se divisent en plusieurs castes formant un grand nombre de tribus séparées dont il serait trop long de donner ici Ténumération. Je me borne à indiquer sommairement leurs diflTérentes classes (2) :
Les Ihaggaren composent les tribus nobles et suzeraines. Ils sont les seigneurs redoutés des pays qu'ils parcoui-ent en percevant les tributs des serfs et les redevances des clients protégés. Ils vivent de ces revenus et du travail des esclaves nègres qui cultivent leurs terres et qui gardent leurs troupeaux. Les occupations principales des Ihaggaren sont la cnasse, la guerre et la poursuite des caravanes pour recueillir des droits de passage.
Les Imr'ady membres des tribus asservies, sont les hommes liges des Ihaggaren de la tribu suzeraine de la fraction à laquelle ils appartiennent eux-mêmes. Mais un Amr'id (singulier à!Imrad) ne doit rien à un Ahaggar (singulier d'Ihaggaren) d'une tribu noble étrangère. Les Imr'ad ont des biens personnels et sont quelquefois plus riches que leurs maîtres ; mais ils sont assujettis à des prestations assez lourdes en denrées, en services et en argent.
Les Issakkamaren et les Touareg des tribus similaires, sont des serfs rachetés ou des marabouts (marabtin, ineslimen) peu guerriers en général. Ils sont soumis à un siniple tribut qu'ils payent aux Ihaggaren.
(Ij Buveyrier. Les Touareg du Nord, — Barth. Voyage en ÀfHqys. (2) H. Duveyrier. Les Touareg du Nord. — H. Bissuel. Les Touareg de l'Ouest. — V. Déporter. VExtrême-Sud.
Les Iredjenaten ou Ireguenaten^ métis d'Arabes et de Touareg ou de nègres musulmans libres et de Touareg, ne sont ni nobles ni serfs. Ils achètent leur indépendance en faisant aux Ihaggaren un don gracieux fixé par l'usage.
Les tribus arabes des Cekakna, des Mouazil et des Kheneichet, agrégées et associées aux Touareg, forment une classe à part de convoyeurs et de chameliers du Sahara. Quoique libres, ils ^payent une faible redevance coutumière aux Ihaggaren et quoique arabes, ils portent à peu près le même costume que les Touareg.
On distingue chez les Touareg, quatre grandes confédérations : les Asdjer et les Ahaggar étudiées par MM. Duveyrier, Déporter et Bissuel ; les Kel-Oui et les Aouelimmidèn étudiés par MM. Barth, Duveyrier et Déporter (1).
En ce qui concerne les Touareg du Nord, je n'ai pas grand chose à dire sur les Azdjer^ si ce n'est qu'ils sont environ 15.000 d'après Duveyrier et qu'ils parcourent les routes de Ghadamès et de Mourzouk à Ghat et au Soudan.
Les Ahaggar occupent l'énorme pâté montagneux de ce nom ou Djebel Hoggar^ qui apparaît comme une lar^je pyramide tronquée à trois ou quatre étages successifs. Sur la terrasse la plus élevée, où prennent naissance les nombreux cours d'eau qui s'écoulent dans toutes les directions, on trouve des bois, des prairies et des sources d'une eau abondante et délicieuse (2).
Au-dessus encore, se dressent, à une grande hauteur, des pics abrupts et bizarres, véritables phares du désert que l'on aperçoit de très loin. C'est sur cette montagne célèbre que sont cachés les repaires des Touareg de l'Ouest, ces mystérieux Ihaggaren du Ahaggar, terreur des voyageurs depuis l'Algérie jusqu'au Niger et au pays d'Aïr (3).
Dans les vallées boisées et sur les cours d'eau qui descendent du massif du Hoggar, il y a une vingtaine de villages habités surtout par des cultivateurs nègres ou harratiney comme ceux du Touat. On y récolte des fruits, des légumes et des céréales. Le phormium tenax ou lin de
(1), (2) et (3) H. Barth. -- H. Bissuel. — H. Duveyrier. — V . Déporter. Ouvrages cités.