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POLITIQUE FBANÇAISE DANS LE NORD AFRICAIN

Cette possibilité de croissance qui est indispensable atout établissement colonial important, TAlgérie la possédait au [)lus haut degré en 1830. C'était un pays sans limites déterminées, sans nationalité vivace. Composée d'éléments rivaux, déchirée par des guerres intestines, privée de cohésion intime, la population indigène se débattait entre les compétitions des grandes familles militaires et les schismes fréquents qui divisaient l'aristocratie religieuse. La guerre sainte, la défense du sol réunirent rapidement les musulmans contre nous. La nécessité fit renouer des alliances oubliées depuis longtemps et grâce aux incertitudes de notre marche en avant, le jour où l'Algérie fut conquise, une grande partie des divisions avaient disparu. La tendance vers une coalition des intérêts arabes et berbères se prononça dés cette époque et vint ajiporter un nouvel obstacle à l'action française.

Nous avons pu, pendant les longues luttes de la guerre d'Afrique, trouver parmi les indigènes des auxiliaires dévoués. Des tribus entières nous ont maintes fois secondés de tout cœur dans l'écrasement des douars rivaux. La gloire de nos armes^ notre modération dans la victoire, l'équité de nos juges, avaient frappé d'admirafion des barbares habitués à ne trouver chez les Turcs, nos prédécesseurs, qu'injustice, faiblesse et férocité. Les habitants du Maroc et de la Tunisie, les nomades du Grand Désert redoutaient notre puissance, mais connaissaient et respectaient notre loyauté. Si la France avait pu se douter de ce que doit être une politique à suivre à l'égard d'un peuple conquis 1 Si elle avait su profiter de l'état des populations musulmanes vers 1 860 1 Nous aurions de bonnes frontières et de bons voisins à l'Est et à l'Ouest de nos possessions et, vers le Sud, la question du Transsaharien pourrait être abandonnée aux seuls ingénieurs.

Dix années de royaume arabe devaient permettre à la société musulmane de se reconstituer en dehors de nous et contre nous. L'administration militaire allait être l'agent le plus actif de cette renaissance de l'islamisme, non seulement en Algérie mais dans tout le Nord de l'Afrique.

Puisqu'on voulait à tout prix empêcher la colonisation, nous ne dirons pas européenne (les étrangers n'ont iamais gêné les bureaux arabes), mais française, il était urgent de montrer la vitalité de la civilisation arabe. Pour arrivera ce but on donna immédiatement un grand relief aux personnalités religieuses du pays. On ne parla plus que de chérifs puissants qu'il fallait ménager, de marabouts dont on redoutait l'influence et en mettant ces santons sur un piédestal, on leur fit acquérir une autorité qu'ils n'avaient jamais eue et qui ne devait pas tarder a devenir dangereuse pour ceux-là même qui avaient aidé à la constituer.

L'instabilité de notre domination en Algérie était la raison d'être de

^4 ABTICLE PUBLIÉ EN 1880

rAdminislration militaire; les bureaux arabes l'eu tretinrent par tous les moyens possibles dans le pays et sur ses frontières. On poussa même cette étonnante politique jusqu'à donner à TAlgérie les limites les moins raisonnables qu*on pût trouver. La frontière de Tunisie a été tracée sans qu'on tint compte d'aucune des considérations stratégiques et géographiques les plus élémentaires. Celle du Maroc est si étrange qu'on se demande comment notre diplomatie a pu l'accepter. Depuis la mer jusqu'au Sahara, elle est dirigée exclusivement dans rintérét du Maroc, qu'elle avantage d'une façon outrageante pour notre honneur et notre sécurité.

Au Sud de nos possessions, sur les confms du Grand Désert, le Gouvernement militaire, guidé par les mêmes considérations, a montré aussi peu de prévoyance patriotique. Il a laissé l'influence anglaise, agissant par le Maroc, nous fermer peu à peu tout le Sud de la province d'Oran et une partie du Sud de la province d'Alger. La politique anglaise, appuyée par tes intrigues allemandes et italiennes, nous a interdit, vers la même époque, toute action commerciale sur le chemin de Ghadamès et de Ghàt, c'est-à-dire sur la route du Soudan central, du cœur de l'Afrique.

Dans sa remarquable étude sur les Aoulad-Daoud, M. Masqueray caractérise en ces termes l'action funeste exercée par l'Administration militaire sur les montagnards de l'Aurés :

a La conquête française modifia l'organisation de l'Aourâs tout entier, » par secousses et sans règles fixes

» On désira donner une loi aux Aurasiens, et la loi qu'on choisit fut » précisément la loi musulmane, dont ils s'étaient défaits : c'est bien nous, » en effet, qui leur avons imposé des càdis en 1866.

» Quand on voulut se mettre en relations suivies avec eux, on ne leur » parla que la langue religieuse du Qor'àn, au lieu de leur parler leur » langue indigène.

» Ils avaient de petits saints locaux inoffensifs, à la façon des saints » d'Espagne et d'Italie : on s'en effraya, ont leur fit la guerre, et, centra- » lisant ainsi par ignorance à notre grand détriment, on poussa leurs dé- » vois vers les confréries des Khouan. Une serait pas excessif dédire » que noiÂS avons islamisé VAourâs. »

Appliquer cette dernière affirmation à l'Algérie tout entière, c'est définir ['un seul mot la politique suivie à l'égard des indigènes pendant la période

coup.

Depuis, la situation intérieure de l'Algérie s'est améliorée. Le Gouverne-

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ment civil a essayé, sans réussir toujours, de sortir de l'ornière depuis si longtemps creusée. Nous le «croyons en bonne voie maintenant, malgré les efforts qu'a faits le général Chanzy pour revenir à l'ancienne politique.

Qui ne se rapelle, en effet, les ridicules promenades qu'on fit faire au Chérif marocain Abd-es-Selam (marié à une Anglaise), sur le bateau du Gouverneur, et les honneurs dont ce personnage peu honorable a été comblé en Algérie.

iNous espérons qu'on cessera de se moquer de nous par des exhibitions de ce genre et qu'on ne cherchera à étendre l'influence française que par la fermeté avec nos voisins musulmans et la justice avec nos sujets indigènes. Si nous voulons donner à r Algérie cette extension politique et commerciale qui est, comme nous le disions en commençant, la condition d'existence d'une importante colonie, il faut revenir à une politique vraiment française et civilisatrice. Il faut administrer directement les arabes, respecter leurs droits, mais les instruire et ne pas reculer devant les améliorations à apporter à leur manière d'être et de penser. L'unité de vue et le concoursdes efforts nous permettront seuls d'établir à jamais notre prépondérance sur l'Algérie.

Emile BROUSSAIS.

3** — Vigie Algérienne

du Jeudi 8 avril 1880, huitième année (2* série), n* 246

Quatre puissances européennes se disputent aujourd'hui le marché africain. Nous avons nommé la France, l'Angleterre, le Portugal et l'Italie. Une cinquième, l'Allemagne, cherche à s'y insinuer, et pour arriver à ses fins, pousse l'impuissante Espagne à se mêler des affaires du Maroc.

De toutes ces nations, celles qui ont, jusqu'à présent, tenu le premier rang, sont la France et l'Angleterre. La première a conquis l'Algérie, occupé le Sénégal, semé des comptoirs en Guinée et au Gabon, établi des postes commerciaux autour de Madagascar et à l'entrée de la mer Rouge.

SS6 ARnCLE VTJtUÉ EU 18B0

Mais la fermeté, l'esprit de suite ont toujours fait défaut à ceux qui ont gouverné ses colonies et le courage de ses soJdats, la persévérance indomptable de ses colons, ont dû trop souvent racheter Timpéritie de sa politique gouvernementale.

La seconde a pris le Cap de Bonne-Espérance aux Hollandais, fortifié Périm, colonisé Natal, soumis la Gambie et la côte des Aschantes. Son action diplomatique, souple et patiente, combat notre influence en Egypte et enserre, dans ses mille réseaux, le Zanguebar^ le Haut-Nil. tout le bassin du Zambéze.

Les Portugais ont, dans le Sud du continent africain, des établissements qui auraient une grande importance si ces demi-vassaux de l'Angleterre avaient conservé quelques restes de l'énergie de leurs aïeux. Placés sur deux mers, sous les mêmes latitudes, ces établissements pourraient se relier à travers la terre ferme et former un tronçon solide, à cheval sur l'Atlantique et rOcéan Indien. Mais ils sont mal gouvernés, oubliés de la mèrepatrie et travaillés par les missionnaires anglicans qui préparent ainsi la voie aux empiétements de leur insatiable patrie.

L'Italie possède, en Egypte, une influence légitimée par le nombre de ses nationaux qui exercent dans ce pays des professions lucratives. Elle prend pied dans la Mer Rouge et cherche à inonder Tunis des flots colonisateui^ qui s'élancent chaque année de son sein pour aller peupler les

f)ampas de l'Amérique du Sud, flots dont elle espère tourner vers l'Afrique e courant dangereux et menaçant. Mais au service de leur grande ambition, les Italiens n'ont que de faibles ressources linancières, ils n'ont pas encore de quoi payer l'échelle qui doit leur donner accès en Tunisie.

Toutefois, au point de vue purement commercial, les Italiens ont réussi à s'emparer d'une bonne partie du trafic méditerranéen de l'Afrique du Nord et cela grâce à la molesse et à la routine des négociants marseillais. Par Tripoli même, ils sont en relation directe avec le centre de l'Afrique ; ils reçoivent les marchandises qui proviennent de ce Soudan si riche, que les Arabes regardent proverbialement son séjour comme le plus sûr remède contre la pauvreté.

Si les arrières-neveux des vainqueurs de Jugurtha font tous leurs efforts pour étendre leur action en Afrique et pour s'emparer de la plus forte part du transit commercial de ce continent, nos bons amis les Anglais ne négligent rien pour leur faire concurrence. Afin d'obtenir un résultat digne d'eux, ils prennent le taureau par les cornes et cherchent à s'insinuer dans les pays même de production : la région des sources du Nil, les contrées baignées par les grands lacs du plateau central. L'expédition contre les Aschantes n'a pas donné ce qu en espéraient nos voisins d'outre- Manche. Ils comptaient ouvrir le Niger aux entreprises de leurs traitants ;

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