BOULEVARD SAINT-GERMAIN
Droit* de propriété «, de traduction réservé*
FRANCIS GARNIER
Les lettres qui composent ce volume ont paru, comme on le verra plus loin, clans le journal le 1 Temps, sous ce titre : de Paris au Tibet, notes de
I voyage; la dernière partie après la mort du jeune explorateur qui les avait écrites.
Nous leur avons conservé leur titre primitif, bien qu’elles ne soient plus aujourd’hui, comme il l’a dit lui-même avec ce pressentiment des hommes qui doivent mourir jeunes, que « les premiers chapitres d’un récit qui restera inachevé 1 ». Ces lettres donnent, plus que la relation officielle du
1. Nous avons cru devoir les compléter par un mémoire adressé à la Société de géographie de Paris et résumant les résultats scientifiques du voyage dans la Chine centrale. Une carte itinéraire accompagne le mémoire. Nous y avons joint une étude, écrite a la même époque, sur « le rôle de la France dans l’extrême Orient », et qui a paru dans la Revue scientifique après la mort de l’auteur.
NOTICE
Vogage en Indo-Chine, plus même que les narrations pittoresques du Tour du Monde, la mesure du talent d’écrivain de Francis Garnier. Son style, où les peintures d’une imagination brillante se mêlent heureusement aux jugements de l’économiste et de l’explorateur, rappelle, parmi les plus modernes, celui de Fromentin, et par la vivacité du tour et l’intérêt, le talent si original de Jacquemont. Ses formules sont quelquefois brèves jusqu’à la sécheresse et trahissent l’homme d’initiative et de commandement. D'autres fois, au contraire, l’auteur se complaît à des descriptions originales presque toujours relevées par des traits de mœurs ou des observations neuves et piquantes. On remarque dans certains passages et en se reportant à l’époque à laquelle ces lettres ont été écrites, combien Francis Garnier était, en matière d’éducation et d’instruction, en avance sur les partisans du système qui triomphe aujourd’hui. A ses yeux l’éducation pédantesque et ce vieux programme, jésuitique avant d’être universitaire, qui, dans un temps de doctrines humanitaires et de progrès universel, réduit tout le mouvement des idées à deux langues, à deux civilisations et à deux pays avaient fait leur
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temps. Quelques pages de cette correspondance, celles surtout où l'accent personnel est le plus accusé, sont empreintes d’une mélancolie, parfois attendrie, plus souvent austère; elles révèlent le penseur que les plus hautes ambitions ont tenté, qui, déjà mûri par les déceptions, s’arrête et se retourne pour contempler le passé.
En effet, à ce moment de sa vie‘, Francis Garnier marchait encore à son but avec la même ardeur qu’autrefois, mais non plus avec la même espérance. Il avait lutté, il avait souffert ; et si le découragement n’était point venu, l’enthousiasme, cette foi des premiers jours, avait disparu pour jamais. Cependant il a encore, on le sent, de vastes projets ; il veut tenter d’autres périls; il veut mener abonne fin de grandes entreprises « dans ce monde oriental dont nous avons tenu jadis les destinées entre nos mains». Ennemi des guerres continentales,il soutient que « ce n’est point dans les aventures mili- » taires qu’il faut chercher la gloire et le relèvement » de la patrie. Les Français, malgré leur réputa- » lion, ont de précieuses qualités colonisatrices. La » conquête du Canada et celle des Indes l’ont sur- » abondamment établi; nous serions coupables de ne
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» pas les utiliser. Sans les défaillances de la monar- » chie absolue notre empire colonial serait aujour- » d’hui plus étendu que celui de l’Angleterre et nous » aurions fondé aux deux extrémités de la terre une » immense domination pacifique basée sur les be- » soins de l’industrie, sur les nécessités du com- » merce, sur la solidarité des intérêts et dès lors » éminemment durable. Les géographes ne sont que » les pionniers de la civilisation, mais ces éclaireurs » scientifiques précèdent les commerçants aven- » tureux, qui sont eux-mêmes les précurseurs des » colons, représentants nécessaires de l’influence » politique de la mère patrie dans les pays loin tains. » Il faut donc revenir, disait-il, à la politique coloniale, qui seule peut donner à la France, dans le monde, une place digne de ses moyens d’action et de son génie \ Il faut ouvrir de grands marchés à notre activité pro ductrice, et, parmi ces marchés, il mettait au premier rang l’immense marché de la Chine; ce qui explique pourquoi il considérait la Cochinchine comme l’entrepôt naturel des marchandises occidentales, la voie commer-
1 Voy. à la fin du présent volume les pages 413 et suivantes.
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ciale du Tong-King comme la plus avantageuse à nos intérêts et à notre influence, et comment il s’est sacrifié à cette tâche pour la science et pour son pays.
Nous avons l’intention de faire paraître prochainement une étude complète et très développée sur la vie et les travaux de Francis Garnier. Une notice sommaire suffira au livre posthume que nous publions aujourd’hui.
Francis Garnier naquit à Saint-Étienne (Loire) le 25 juillet 1839. Dès l’âge de sept ans, ramené par les pérégrinations de sa famille à Montpellier où son aïeul maternel avait laissé des souvenirs, il entra au lycée de cette ville et y fit de rapides et brillantes études. A l’âge de quinze ans et demi, après une préparation de six mois â peine, il était reçu â l’École navale dans les premiers rangs. Aspirant de deuxième classe en 1857, il navigua sur les côtes du Brésil et de la Plata et dans les mers du Sud. Enseigne de vaisseau au choix, après une action d’éclat en 1860, et attaché, cette même année, à l’état-major de l’amiral Charner, il fit en cette qualité la campagne de Chine et de Cochinchinc. Inspecteur des affaires indigènes en J 863, il
NOTICE
fut bientôt après, âgé de vingt-quatre ans à peine, chargé de l’administration de la ville de Cholen et de son arrondissement, poste administratif alors le plus important de ïa Cochinchine française.
11 publia, à cette époque, une brochure anonyme dont le retentissement fut considérable dans le monde de la marine : la Cochinchine française en 1864, par G. Francis. C’était une réponse aux bruits de rétrocession qui prenaient déjà une sérieuse consistance. L’auteur qui se couvrait, pour la forme et par respect pour les règlements, d’un transparent pseudonyme, exposait les progrès faits par la colonie depuis sa création, plaidait la cause de son agrandissement, et donnait l’idée et le plan d’un grand voyage d’exploration dans l’intérieur de l’Indo-Chine, en vue d’ouvrir des communications commerciales entre la Chine méridionale et la Cochinchine. Déjà, dès le mois de juin de l’année précédente (juin 1803), et avant même son entrée dans l’inspection des affaires indigènes, Francis Garnier avait soutenu l’opportunité de ce voyage d’exploration. « Sa correspondance, ses démarches et celles de ses amis auprès de M. de Chasseloup-
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Laubat, alors ministre de la marine, en font foi, et obtinrent enfin gain de cause 1 . »
M. de Chasseloup-Laubat, qui avait accueilli avec une extrême bienveillance la brochure anonyme et qui, ce document à la main, avait défendu,
1. Notice sur Francis Garnier par M. Trêve, capitaine de vaisseau, extraite de la Revue maritime et coloniale , 1874.
M. l’amiral La Roncière le Noury disait à la Société de Géographie, le 25 avril 1874 :
« La perspicacité du ministre accueille les suggestions du jeune » officier : une expédition se décide. 11 n’est pas assez ancien de » grade pour en être le chef , quoiqu'il en ait été Vinitiateur. L’expé- » dition est mise sous les ordres du capitaine de frégate Doudard » de Lagrée et il en est le second. » (Journal officiel du 4 mai, p. 3091.)
M. Vivien de Saint-Martin, rendant compte dans le Bulletin de la Société de Géographie du mois de mars 1873, écrit, p. 296 : « Dès 1862 on avait remonté le fleuve.... Dès cette époque la pensée d c plus vastes explorations assiégea l’esprit de nos officiers; M. Francis Garnier, celui-là même à qui devait être confiée plus tard la tâche honorable de diriger la belle publication que fious avons sous les yeux, appelait dès lors sur ce sujet la sérieuse attention du gouvernement. Le ministère de la marine était alors occupé par M. le marquis dc Chasseloup-Laubat.... Le ministre accepta d’autant plus volontiers le§ vues qui lui étaient soumises que dans sa pensée la France avait un grand rôle à prendre dans ces parties extrêmes de l’Asie. »
Nous croyons devoir aussi reproduire ici, à titre de document, un passage de la préface dont M. le capitaine de frégate Henri de Bizemorit a fait précéder le livre remarquable d’Eliacin Luro: Le Pays d’Annam.
Nous n’insisterons pas sur l’intérêt que présente ce témoignage. Il suffit de le lire pour comprendre l’importance que nous y attachons.
En racontant à quelle occasion Luro partit pour Saigon et entra dans l’administration des affaires indigènes, M. de Rizemont ajoute :
NOTICE
en conseil des ministres, la cause de la conservation de la Cochinchine française, voulut, après avoir sauvé la colonie, contribuer activement à son développement. Sur l’initiative du ministre, et mal-
« Francis Garnier, qui précéda Luro dans la tombe après une » carrière bien courte, mais aussi active que glorieuse, venait de » concevoir un projet gigantesque. Dans cette tête merveilleuse- » ment organisée, s’était développée l’ambition grandiose de doter » la France, dans l’extrême Orient, d’un empire colonial aussi » vaste et aussi florissant que les possessions anglaises des Indes. » Le vaste fleuve, le Mé-Kong, dont nous venions d’occuper défi- » nitivement le riche delta, devait en être la grande artère ; il » fallait donc commencer par en explorer le cours en le remontant » aussi loin que possible, mais tout au moins jusqu’à la frontière » chinoise. Aussitôt un projet d’exploration fut conçu par Francis » Garnier et adopté avec enthousiasme par Luro et par celui qui » écrit ces lignes, seul survivant de cet ardent triumvirat de » jeunes gens qui ne rêvaient rien moins que la gloire de fonder » une nouvelle France dans la péninsule indo-chinoise.
» Les dates relatives à ce projet d’exploration ayant été vive- » ment discutées et contestées dans ces derniers temps, il n’est » pas inutile de les établir, non pas seulement d’après les souve- » nirs d’un collaborateur, mais d’après des lettres et des pièces » authentiques que nous avons entre les mains. Le premier plan » de Francis Garnier date du mois de juin 1863 et c'est dans les » premiers jours de 1864- que nous l’avons rédigé d’après les notes et, » en partie, sous la dictée de son inventeur. Un jeune officier de » marine qui devait s’adjoindre à nous, fut obligé de rentrer en » France, sérieusement malade; il fut remplacé alors par Luro qui * venait d’arriver dans la colonie. Son remarquable talent comme » dessinateur rendait son concours extrêmement précieux dans » une telle entreprise. Une demande officielle fut ensuite formu- » lée par Garnier, signée par ses deux compagnons, puis présentée » au ministère de la marine avec l’appui de hautes personnalités. » Il convient de rendre hommage à l’intelligente bienveillance n avec laquelle M. le marquis ‘de Chasseloup-Laubat, l’un des » meilleurs ministres qu’ait eus la marine, accueillit le projet » d’exploration du Mé-Kong. Mais ces démarchçs et la distance » qui sépare la Cochinchine de la métropole firent que l’ordre » d’organiser l’expédition projetée n’arriva à Saigon qu’au com-
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gré l'indifférence témoignée par l’administration coloniale locale pour le projet de voyage d’exploration, une mission scientifique fut organisée à Saigon. Francis Garnier, lieutenant de vaisseau depuis 1865, était trop jeune, excitait déjà trop de jalousie, pour obtenir un pareil commandement. Cet honneur fut confié au capitaine de frégate Doudart de Lagrée, qu’une mission diplomatique au Cambodge avait récemment fait distinguer par le vice-amiral gouverneur.
Officiellement, Francis Garnier fut le second de M. de Lagrée 1 etàGe titre c’est à lui qu’incombè-
» mencement de 1806; encore sur les trois signataires du projet m de 1864-, Francis Garnier était-il le seul qui fût désigné comme » devant concourir à la réalisation. Il ne nous appartient pas » d’apprécier, ni même d’indiquer les motifs qui firent écarter » les deux autres adhérents. Quoi qu’il en soit, nous devons à la « mémoire de Luro de constater et de proclamer hautement que « s’il se soumit à cette décision souveraine, ce ne fut qu’après les » plus vifs regrets et la plus grande amertume. » (Préface du Pays d’Annam, p. 2 et 3, Leroux, éditeur, 1878.)
1. M. de Croizier, dans VArt K limer, p. 27, a avancé qu’un autre officier de marine était le second de M. de Lagrée. Cette erreur a été reproduite dans les Annales de l'extrême Orient, l re année, 1878, août, n° 2, p. 60, et dernièrement, sous le titre d’informations, dans le Journal officiel du 24 octobre 1881, p. 5901. Nous ne pouvons que renvoyer aux pages 13 et 15 de la publication officielle où se trouvent textuellement reproduites les instructions de l’amiral gouverneur et où la situation hiérarchique de Francis Garnier est nettement établie. Du reste à cette époque 1 officier dont il s’agit, n’était qu’enseigne et ne pouvait dès lors avoir le pas sur un lieutenant de vaisseau.
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rcnt les travaux d’hydrographie, de météorologie, d’astronomie, la carte du voyage, l’étude des voies commerciales, etc. Un enseigne de vaisseau chargé principalement du service des vivres, de la comptabilité et des dessins, deux médecins de la marine spécialement affectés aux études géologiques, anthropologiques et botaniques, et un attaché du ministère des affaires étrangères, composaient le personnel de la mission, complété par des interprètes indigènes, dont l’un était le collaborateur ordinaire de M. de Lagrée, et par une petite escorte d’hommes d’élite.
Partie de Saigon le 5 juin 1866, l’expédition remonta le fleuve jusqu’au Grand Lac, visita longuement les ruines gigantesques d’Angcor, que M. de Lagrée avait déjà étudiées en partie pendant son séjour au Cambodge, continua l’ascension du fleuve jusqu’à Bassac, retrouva les traces de Moubot, puis, à travers les forêts insalubres du Laos, en touchant à la Birmanie et en explorant les royaumes encore inconnus de l’Indo-Ghine septentrionale, Xieng-Tong et Xien-Ilong, atteignit la Chine méridionale et pénétra dans la province du Yun-nan.
C’est à ce moment du voyage que les renseigne-
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ments déjà recueillis, complétés par une excursion de Francis Garnier sur le Ho-ti-Kiang 1 , affluent septentrional du Song-Coï (fleuve du Tong-King), révélèrent aux explorateurs français la véritable voie commerciale entre la Cochinchineet la Chine. Le problème était résolu théoriquement. La preuve directe, celle qui résulte du fait matériel du passage par le fleuve, restait à faire, et c’est aussi un Français, M. J. Dupuis, qui devait en avoir l’honneur 2 .
Cependant la santé de M. de Lagrée, déjà mauvaise au départ de Saigon, s’affaiblissait de plus en plus. Tandis que Francis Garnier, préoccupé des
1. M. de Ooizier, dans la préface du 2« volume des Mémoires de la Société indo-chinoise , p. 10, parle d’une reconnaissance de quelques heures. Il a, sans doute, voulu dire de quelques jours, les 27, 28 et 29 novembre 1867.
2. Il nous paraît intéressant de reproduire ici les paroles mêmes de Francis Garnier à la Société de Géographie, après le succès de la tentative de M. Dupuis.
. « Déjà, au retour du voyage d’exploration qui a coûté la
» vie au regretté commandant de Lagrée, j’avais essayé d’attirer l’at- » tention du gouvernement sur l’importance commerciale et poli— » tique qu’aurait pour la France l’exploration du fleuve du Tong- » King. Je vais essayer de démontrer aujourd’hui que ce fleuve est » l’une des routes les plus courtes et les plus avantageuses qui » s’offrent à nous pour pénétrer dans l’intérieur de la Chine.... Le » fleuve du long King qui prend naissance au cœur du Yun-nan, » entre les vallées du fleuve Bleu et du Cambodge, est, suivant » toute probabilité, beaucoup plus navigable que ce dernier, d’un » cours beaucoup plus direct, et il présente en outre un immense » avantage; l’unité de domination sur ses rives. Telles sont,
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origines tibétaines du Mé-Kong, faisait à la tête d’une partie de la mission une excursion des plus périlleuses dans le royaume musulman deTaly, où, malgré les efforts du gouvernement des Indes, aucun voyageur européen n’avait encore pénétré, M. de Lagrée mourait à Tong-Tchouen. Francis Garnier prit à son retour le commandement de l’expédition, et, en rapportant le corps de son chef, au travers d’une région montagneuse des plus pénibles à traverser, il atteignit enfin le Yang-tse- Kiang, puis Han-Kéou ! , et Shang-Haï. C’est dans ce
» Messieurs, les raisons quj m’ont fait préconiser à mon retour en » France, une exploration du fleuve duTong-King. Autant le voyage » du Mé-Kong avait présenté de difficultés, autant l’ascension duSong- » Coï me semblait devoir être courte et facile. Si le voyage scienti- » fique n’a pas été fait, j’ai eu l’immense satisfaction d’apprendre » qu’un voyage commercial venait de confirmer entièrement mes » prévisions. Un négociant français, M. Dupuis, qui s’était rendu » dans le Yun-nan, par le fleuve Bleu, a pu descendre en barque » le fleuve du Tong-King jusqu’aux environs de Kecho (Hanoï) la » capitale du pays. Après un court et facile voyage, il est revenu à n Lin-ngan, ville importante du sud du Yun-nan, qui avait été déjà » visitée par l’expédition française.... Ainsi, Messieurs, à la dé- » monstration théorique vient se joindre une éclatante sanction pra-
» tique. Ce fleuve, M. Dupuis le trouve parfaitement navigable
» jusqu’à très peu de distance des frontières de la Chine..... » [Des nouvelles routes de commerce avec la Chine, par Francis Garnier, p. 158 et 159 du Bulletin de la Société de Géographie , février 1872.)
1. C’est là qu’il rencontra, pour la première fois, M. Dupuis, au mois de juin 1868 et qu’il l’encouragea à tenter de passer du Yun-nan à la mer par la voie du Song-Coï. M. Dupuis fit en effet un voyage dans le Yun-nan en 1868-69, puis explora le fleuve Rouge en 1870-71 et en 1872-73.
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port que la mission s’embarqua pour Saigon, où elle revenait après plus de deux ans d’absence. Accompli au prix de souffrances et de dangers inouïs, ce voyage, Pun des plus importants du siècle par l’étendue des pays traversés et par les résultats obtenus, était enfin terminé (1868).
Francis Garnier avait été décoré en 1867, pendant son absence, en récompense de son administration à Cholen. Son voyage en Indo-Chine et la relation qu’il en fit lui valurent les plus hautes distinctions scientifiques : la grande médaille d’or de la Société de géographie de Paris, qu’il obtint de faire partager entre M. de Lagrée et lui, bien qu’il fût dans les usages de la Société de ne récompenser que les vivants; la grande médaille d’or Victoria (patron's medal ), spécialement accordée par la Société de géographie de Londres, au mois de mai 1870, au jeune explorateur de Taly L Le premier congrès géographique international, réuni à Anvers au
1. F. Garnier avait aussi demandé le partage de cette récompense. La Société de Londres refusa de donner suite à cette requête trop désintéressée en alléguant l’intérêt particulier qu’elle attachait à une entreprise dont l’initiative et le succès étaient dus à l’intelligence et à l’énergie du second de M. de Lagrée. C’est en efiet Francis Garnier qui, s’appuyant sur le texte des instructions officielles qu’avait reçues la commission de « déterminer géographiquement le cours du Mé-Kong par une reconnaissance poussée le plus
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mois d’août 1871, en sus des récompenses décernées par le jury spécial, crut devoir voter deux médailles d’honneur hors concours, décernées l’une au docteur Livingstone, l’autre à Francis Garnier. Enfin, en 1872, le gouvernement français, qui n’avait encore, pour des motifs que nous n’avons point à examiner ici, donné aucune récompense à l’éminent voyageur, le nomma officier de la Légion d’honneur.
Dans l’intervalle, et au moment où éclatait la guerre avec la Prusse, il avait été nommé d’abord au commandement d’une canonnière sur le Rhin, puis d’une chaloupe-vedette sur la Seine; enfin, malgré sa jeunesse et l’infériorité relative de son grade, il fut le premier aide de camp et bientôt après le chef d’état-major de M. le contre-amiral Méquet 1 , commandant le huitième secteur de l’enceinte de Paris (Montrouge), l’un des plus exposés au bombardement. Il s’y distingua par son énergie, son
loin possible », avait insisté pour aller à Taly, avait rédigé et écrit lui-même, sur le registre de la commission, des instructions que M. de Lagrée avait signées d’une main déjà mal assurée. L’initiative et le succès de l’exploration de Taly lui appartenaient donc sans conteste et la savante compagnie que présidait sir Roderick Murchison ne pouvait s’y tromper.