c. p, 99 sq., 419 sq
4. Pensées diverses. O. t. III, 87. Cette anirnuitioii d'un divorce enli-e l;i conviclif)n et Pactibn a jiu être inspii'ée à lîaylo ])ar l'expéiMence. Il aime à répéter « video mcliora proboquc détériora seqxior », parce qu'il voit que « la \\v Iniiuaino n'est pas auti'e chose (|u'uii combat continuel des liassions avec la conscience, dans Iet|uel celle-ci est pi'es(jue toujours vaincue » (Dict., art. Hélène, t. 111, p. 29) — ■ ce qui lui fait <lire ([ue c cette proposition, l'homme est incomparablement pULf porté an mal qu'au bien... est aussi certaine qu'aucun principe de métaphysique » (Nouv. let. crit. O. I. Il, ]i. 218 h). Mais cela sent aussi furieusement son protestant qui a fréquenté saint Paul (Rom. 7, l.î). On retrouverait, croyons-nous, dans le jiaradoxe préféré de liayle, une trace de sa formation calviniste, tout mysticisme mis à pai't. Les incrédules s'empareront de ce ))ara<loxe jiour olei- à la relii^ion le principal méiite auquel elle prétende, celui d appuyer la morale. Ils ne prendront pas garde que c'est
dance est, à tout prendre, heureuse, car le Dieu chrétien auteur du mal ne saurait être proposé comme un modèle (1) ; le christianisme « à la mondaine » a inspiré des violences horribles (2), le christianisme selon le Christ ferait une société d'agneaux sans défense, tôt dévorés par leurs voisins (3). Ce paradoxe du christianisme antisocial fera couler des flots d'encre i3endant cent ans (4).
2° — les passions, non les idées, sont le vrai mobile de la conduite des individus et des peuples. Sans invoquer aucun finalisme, Bayle constate que leur libre jeu suffît à faire surgir de l'instinct de conservation l'organisation sociale (5). C'est par l'amour des richesses, de la gloire, par la ruse diplomatique qu'une nation prospère. Comme la lance d'Achille, les passions guérissent les maux qu'elles font. Elles sont un levain utile. La réhabilitation des passions, condamnées et réprimées par le ^ christianisme, sera une des grandes pensées du xviii" siècle dans son effort pour renouveler la morale, et un des sujets de conflit ^ entre chrétiens et philosophes.
Voilà les points autour desquels va se livrer la bataille contre Bayle. Ce sont bien des points stratégiques. L'idée de la souveraineté de la raison et de la conscience peut être considérée comme un des ferments les plus puissants de la pensée moderne. C'est par elle que notre auteur, qui n'est pas un philosophe de premier plan, restera pendant près d'un siècle un des directeurs de la conscience française. 11 accentue le mouvement qui, au début du siècle de la Révolution, jjorte les penseurs à affirmer la valeur de l'individu dans le monde. Le progrès des sciences physiques, le système cartésien, les méditations de Pascal ont élargi l'Univers. Le roseau pensant prend conscience de sa grandeur en face de la
une aime à deux tranchants et que le principe de Bayle, dans sa généralité, vaudrait aussi contre les philosopties du xvin'' siècle, si convaincus que leur philosophie ferait les hommes plus vertueux. Grâce à cette inadvertance, le paradoxe a pu réjouir quelque temps nos pères. En fait, il choque nos idées les plus enracinées. De loin en loin, des penseurs, généralement d'origine protestante, agacent notre intellectualisme par des paradoxes de même famille. Au siècle des lumières, Rousseau dira du savant au cœur corrompu : « Les sciences sont dans sa tête comme autant d'armes entre les mains d'un furieux (Gouvernement de Pologne, c. 4). Au siècle où V. Hugo croit expliquer le crime d'un assassin en s'écriaut : il ne savait pas lire. Spencer soutient, dans son i< Introduction à la science sociale », que la culture de l'intelligence n'a rien à Voir avec l'éducation de la volonté ; — idée que Marion réfute avec soin dans ses « Leçons de psychologie » (Colin, 1881, 4'^ éd., p. 50 sq).