Des droits des deux souverains ", p
précédentes. Bayle y démasquait même de nouvelles batteries pointées contre le christianisme, notamment celle-ci : le fait de la révélation n'a aucune certitude (1). Entre temps son ennemi mortel avait travaillé à lui faire perdre sa charge (1G93). Les controverses que l'auteur eut à soutenir avec d'autres théologiens achevèrent de démontrer son athéisme. Après un long silence, Jurieu éclata dans un libelle i)lus violent que les autres : Le philosophe de Holterdam, accusé, atteint et convaincu (2). Il ùtait son masque avec rage à l'impie déguisé en bon apôtre. Peu de livres sont écrits avec autant de verve : Bayle « a renversé toutes les religions et les a rasées rés pied, rés terre » (3). « Il ne mon- « tre jamais la divinité que par le côté de son obscurité et de sa « conduite incompréhensible, contraire à la justice... 11 est tou- « jours là dedans, il se roule et s'égaie avec un .souverain plaisir « dans toutes ces difficultés. » (4). Il faudrait agir contre les libertins par la raison, or Bayle en les renvoyant à la révélation, après avoir montré l'idée de Dieu contradictoire et révoltante, « les renvoie à un juge qu'ils méprisent souverainement » (5). Où trouver la certitude de la foi ? « Ce n'est pas dans l'autorité car « elle est ruinée. Ce n'est pas non plus i)ar la voie d'examen, car 0 personne ne s'en sert. » (G). On juge par préjugés. Au reste l'examen nous conduirait plutôt à croire deux principes, à la vue des turpitudes commandées par Dieu. N'a-t-il pas incité Absalon à coucher avec les femmes de son père ?
Bayle feint d'avoir recours à la grâce pour nous faire accepter la foi. A quoi bon, puisque « toute ignorance de bonne foi disculpe entièrement » ? Quel besoin de nous faire croire un Dieu cruel, ou sans sagesse, ou imi)uissant ? La grâce ne fait i)as l'impossible; or il est impossible de croire après les démonstrations de la raison.
La véritable solution aux objections du sieur Bayle est dans la doctrine calviniste, que Jurieu dresse encore avec une audace superbe ou désespérée : Dieu ne [)eut avoir d'autre fin (jue sa jjrojjre gloire, si dur qu'il paraisse à notre chair. « (7est en vain « que l'on compare et la conduite et les droits de Dieu à l'égard « de l'homme à ceux des hommes envers les autres honnnes. » Volonté, Intelligence, Liberté, Droit, Justice, « ne signifient pas en Dieu ce (pi'ils signifient dans l'homme ». Dieu a un droit sou-