Conformité, '2'' part., e. 8. ."5. Examen, c. IL
a souligné le triomphe de Bayle. C'est Philippe Naudé qui, dans la Souveraine perfection de Dieu (1), exulte autour des rationaux défaits : « les deux personnes professant un christiamsme erroné « et corrompu qui avaient voulu entrer en lice avec Bayle ont « été accablées et vaincues de la victoire la plus complète, la plus « pleine et la plus triomphante qui se soit jamais vue en matière « littéraire, par ses derniers traits » (2).
Aussi la critique de Bayle contribuera-t-elle à pousser dans les voies de l'avenir au moins une partie des apologètes protestants.
Du Bajle seconde manière, esprit constructeur, positif et positiviste sortiront les Helvétius et les d'Holbach. Le Bayle première manière, le critique, parait avoir profondément agi sur les fils de Calvin, qui feront leur profit d'une bonne part de sa pensée.
Sur presque tous les points l'auteur du Commentaire philosophique accélère l'évolution jamais arrêtée du christianisme réformé. Sans parler du principe de libre examen dont il a enfin donné aux protestants une conscience claire, ni de la tolérance qu'il a définitivement fondée, l'ayant fondée en raison, sa doctrine de la souveraineté de la conscience porte le dernier coup à la conception calvinienne de la souveraineté de Dieu, ébranlée depuis un demi-siècle et abandonnée de plus en plus autour de lui, puisque Jurieu se sentait isolé. Nous avons vu Jaquelot jeter par-dessus
Son action sur le
protestantisme
1. La souveraine perfection de Dieu dans ses divins attributs et la parfuite intérjrité de l'Ecriture prise au sens des anciens réformés, défendue par la droite raison contre toutes les objections du manichéisme répandues dans les livres de M. Bayle (an.i. Amst., 1708, 2 v. 12. Examen de 2 traités nouvellement mis au jour par M. La Placette. Amst., 1713, 2 v. 12. Xaudé (1654- 1729), réfugié à Berlin en 1687, fut nommé membre de l'Académie comme mathématicien. Il publia aussi en 1718 une Réfutation du Commentaire philosophique. Berlin, 2 v. 8°, qui ne prouve qu'une chose : l'impuissance d'un protestant à éluder le principe de la tolérance.'
2. P. 150. Le bon Saudé ne voit pas la poutre qui est dans son œiL Ses arguments de prédestinateur sont d'une maladresse caricatui-ale. L'homme s'arroge bien le droit de viviséquer les animaux qui ne lui appartiennent pas, et l'on s'indigne que Dieu inflige quelques souffrances à des êtres qui lui appartiennent ! Toute la discussion se réduit à savoir si la bonté est un attribut essentiel de Dieu ; Xaudé le dit secondaire. Tenir la bienfaisance envers les créatures pour un attribut aussi nécessaire que la puissance ou la sagesse, c'est comme qui « mettrait entre les qualités aussi nécessaires aux « plus (jrunds monarques du monde celle d'être bienfaisant aux fourmis. « aux grenouilles et aux souris que celle d'être grand capitaine, bon justicier « et grand homme de tète et de cabinet » (p. 42). — Excluez-vous la bonté ? — Non, mais je la réduis à la miséricorde, à une vertu libre (p. 46). Dire que Dieu a, en créant, un autre but que sa gloire, c'est se jeter d'ans des difTicultés inextricables. Si le péché n'existait pas, Dieu ne pourrait pas faire paraître sa haine du péché, qui est une de ses perfections. Elle se manifeste superbement par des châtiments d'une rigueur infinie. Naudé est un de ces adversaires que, s'ils n'existaient pas, il faudrait inventer. Lui aussi engraisse la victime pour le sacrifice.
bord la prédestination, en l'appelant un doj*nie de ijure spéculation qui n'est pas dans l'Ecriture (1).
En même temps l'idée capitale de Bavie prépare de loin une concej)tion nouvelle de l'inspiration, qu'on voit fleurir chez les I)rotestants modernes et chez des catholiques modernistes : est divin dans la Bible ce qui est ratifié par la conscience. L'Ecriture est divine i)arce qu'elle fournit à la vie spirituelle un aliment excei)tionnel et a une vertu éducative universelle. Ba>le accentue le moralisme protestant qui aboutit à Kant (2).
Le discrédit jeté par notre auteur, comme par les Leclerc, sur la spéculation théologique contribue à en éloigner les prédicateurs, dont les sermons deviendront, à mesure que le siècle avance, de simples discours moraux (3).
Il enlève surtout aux défenseurs du christianisme les arguments métaphysiques pour les réduire à prouver le fait de la révélation. Les raisonnements du spiritualisme chrétien ne tiennent pas contre certaines objections rationnelles. Si la révélation est authentique la raison n'a qu'à s'incliner (4). Prouvez cette authenticité. La i)artie historique de l'apologétique va prendre le pas dé.sormais sur la partie philosophique.
Le succès de la pensée de Bayle au sein de la Réforme était à signaler. Marie Huber et son fds spirituel, le Vicaire savoyard, s'expliqueraient moins bien sans lui.