‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 130 sur 397 · The fable of the bées », 1714. La fable des abeilles · texte numérisé non relu

The fable of the bées », 1714. La fable des abeilles

l. « A Discourse of free thinking », 171,"}. Discours sur la liberté de penser. Cette adirmation, aussi gratuite cjue l'allirmation contraire, avait été déjà produite par le fran(;ais C.ololendi dans le 5'' tome de « l'Espion du grand Seigneur » publié en 169(5 : « Je leur trouve en tout de la probité et de la bonté, et ils vont bi-aucoup ])lus loin que les bigots du siècle pour la véritable vertu. ■> Ed. de 17:>r), t. V, 178, c. p. Lanson : R. des cours, 10 déc.i 1908,

5. « De verilale. proul distinguilur a revelatioiie, a verisimili, a possibili et a falso. » Paris, 1621.

siècle agisse en eux, aucun de ces polémistes n'a produit contre la religion chrétienne une œuvre synthétique et complète, analogue au Traité de Spinoza, où la foi traditionnelle soit éhranlée dans Ions ses fondements. Les assaillants se spécialisent, c'est un des caractères de la période où nous entrons. Collins s'en prend aux prophéties (1), Woolstoii aux miracles (2). Dans les églises mêmes les déistes trouvent d'involontaires associés pour cette démolition pierre à pierre. Après la preuve secondaire par le témoignage des oracles, que Fontenelle a renversée à tout jamais, c'est l'argument j)lus considérable de Huet que l'on ébranle. Il était hasardeux, mais voici : les assauts se multiplient contre les colonnes du Temple, contre les manifestations du surnaturel dans le temps et dans l'espace, les prophéties et les nfiracles déjà minés par Spinoza. Bien plus, les preuves jamais contestées, le quid iiiconcussiim de la foi : l'excellence du christianisme et la supériorité de sa morale vont être affaiblies par des mains chrétiennes. Telle sera l'œuvre prbpre du siècle, la guerre au surnaturel : jjoint de surnaturel dans l'histoire, ni dans les faits réputés merveilleux, ni dans les hommes soi-disant inspirés, — point dans la nature et dans l'âme esclaves du déterminisme, — point dans la destinée humaine que tout montre sans lendemain.

La défense suit naturellement l'attaque, (^omme il n'y a point de Pascal ni d'Abbadie pour faire front de tous côtés, connue aussi les lecteurs deviennent frivoles et ne tolèrent plus les ouvrages compacts (3), il y a beaucoup d'apologies partielles et les défenses générales elles-mêmes portent particulièrement sur les points le plus menacés. Les défenseurs sont nond)reux et vaillants. Mais, dans l'église romaine, jansénistes et jésuites (1) s'usent en luttes fratricides, les réfugiés ont une pléiade d'esprits de valeur, aucun talent de premier ordre. Aussi dans la période que closent la Lettre à Urunie et les Lettres aiu/laises, — couronnement tout autant (|ue début, — les apologistes vont perdre du terrain. Théologiens honorables et médiocres, dans le plus digne sens du mot, ils commencent à devenir inférieurs à une tâche de> plus en plus lourde.

1. "A Discourse on thc tjroiind and raisons of Ihe Christian rcUifiou •• , 1721. Discours sur le fondement et les motifs tle la foi chrétiemie.

2. « Discourscs on Ihe miracles of our Sauiour ■>, 1727-2(S. Discours sur les miracles de notre Sauveur.

3. Ils sont '• fort paresseux ■>, disait Fontenelle dans la ])i'éface de l'Histoire des oracles.

4. On a «lit «|ue les jésuites avaient été seconds dans tous les gcines, avec une multitude <lc talents, aucun j^énie. Je ne sais si c'est vrai partout. C'es>t exact pour l'apologétique.

I. — Etat des esprits au début du xviii siècle Progrès de l'incrédulité

L'état des esprits n'était pas fait pour la leur rendre aisée.

Nous ne manquons pas d'ouvrages qui nous permettent de connaître le degré et les formes de l'incrédulité au début et au cours de la période que nous étudions, ainsi qu'à la veille des Lettres anglaises (1).

En 1683 le P. Boutauld avait publié un recueil de dialogues apologétiques qu'il prétend tirés des manuscrits et des mémoires du P. Cotton, le confesseur de Henri IV (2). Ce livre très curieux peut servir rétrospectivement de point de repère pour mesurer le chemin parcouru vers 1690. L'auteur nous montre une irréligion non scientifique ni historique (3) sans doute mais philosophique, où la raison sous la forme du bon sens a sa part. L'impatience de la règle morale ne fait plus seule le libertin dont on écrit : « 11 « ne pouvait souffrir qu'on entreprît de le convaincre d'aucune « de nos vérités chrétiennes autrement que par des raisons, ni « qu'on lui dît : croyez. Il voulait qu'on montrât les choses à ses « yeux. » (4). Nous savons comment Bayle a porté à sa perfection cet état d'esprit critique.

Au début de notre période La Bruyère, dans son chapitre des Esprits forts, mentionne naturellement les traits que les croyants ont toujours attribués à l'impie ; d'après lui l'athée sobre et chaste n'existerait pas encore (5), l'athée bon teint encore moins : « quand l'hydropisie est formée, l'on quitte sa concubine et l'on « croit en Dieu » (6). Il est vrai que le moraliste a surtout vécu parmi les mécréants hommes du monde. 11 relève aussi chez eux un sentiment signalé depuis Cotton par tous les apologistes qui ont fréquenté la noblesse (7), la singularité aristocratique : « il ne faut pas que dans une certaine condition l'on songe à croire comme les savants et le peuple » (8). Mais voici qui est nouveau :

1. En dehors des ouvrages hardis tels que les Voyages de Jacques Massé ou l'Espion du grand Seigneur, et des manuscrits violemment impies (V. La/1- 50/1, [100] qui dépassent parfois l'opinion moyenne, nous avons une source sûre dans les apologies dialoguées où les objections du moment paraissent sous leur forme contemporaine. Ainsi la « Démonstration > de H. Laiiitj en 5 entretiens (1688-171 IL

2. « Le théologien dans les conversalions avec les sages et les grands du monde •. Paris. iGS.-?, 1".

3. Quand le thérjlogien avance : Platon a deviné la Trinité, ses interlocuteurs n'en savent tirer aucun avantage (dial. ."îi.

Page 1