Arast., 1701, fol
3. O. c, 2" part., c. (i. On sait avec quelle verve Vollaire est revenu sur ce sujet. Masson a fort bien étudie cette adaptation des idées religieuses à « l'utilitarisme cudémoniquc » du, xyiii"; siècle. [ICO], t. 1,211 sq.
iiistes du bonhoniiiie, le cartésianisme radical qui lui fait assigner aux passions une cause toute physique : l'acide ferment du chyle inllue sur les cinq sens et se les asservit. Nos tempéraments venant de l'hérédité et des astres, nous ne sommes pas responsables du fond de notre caractère, aussi cessons de disputer sur les grâces de Dieu. Il méprise fort les miracles. Utiles jadis pour établir la religion panni les petits esprits, ils ne sont plus aujourd'hui nécessaires. « Dieu se fait en quelque façon mieux connaître par l'ordre de la nature. » (1).
Cet ordre de la nature était alors bien plus sensible dans la science de Kepler que dans l'art informe des chimistes. C'est l'astronomie, la iiremière, la plus simple et la plus mathématique des sciences qui a fait l'éducation déterministe de l'humanité.
Fontenelle Tout a été dit sur le rôle joué par Fontcnclle dans l'initiation i.cientilique de nos Français (2). Les Enlrclicns sur la Pluralité des inondes en vulgarisant le système de Copernic chassaient la Terre et l'Homme du centre du monde, sapaient la Genèse et rendaient suspecte la Rédemption. Mais ils avaient, à notre point de vue, un effet bien plus essentiel : ils donnaient à des esprits novices en ces matières le sens de la loi. Ils tiraient de la science où les nombres régnent en maîtres un type des rapports nécessaires des choses. Et par delà Genèse et Rédemption cela heurtait l'idée d'un Dieu libre, dont au même moment Bayle niait la providence. Ayant inqjrimé ce modèle dans les esprits, Fontenelle pouvait désormais par VHistoire de l'Académie poursuivre la vulgarisation de l'espérance cartésienne : la possibilité de réduire un jour toutes les sciences à la forme mathématique, forme parfaite de la connaissance (3). M. Maigron a excellemment relevé comment l'auteur des Elo(/es des Académiciens fit sentir à ses contcm])orains la solidarité des sciences et comment, grâce à la
1. La foi dévoilée par lu raison dans la connaissance de Dieu, de ses nii/slcres cl de la nainre. Paris, clic/ l'aulcur, 8". ]•>. 2:58.
2. V. Maif/ron : ■ lonlcncllc >, Pion, lilOO, 8". i)!\ssiin cl notamment 287 S(|. Lanson : •> La formation tic l'esprit philoso|)hi(|ue -. R. des cours, 20 nov., .". (léc. 1908. Ce dernier a établi que « le niouvenvcnt scientiflciue est antérieur à l-^)ntenelle et le dépasse •> (20 nov., p. 117». Nous ne pouvons que renvoyer à celte démonstration magistrale. On trouvera aussi un excellent chapitre sur l'éducation scientiflciue de l'esprit puhlic dans Dnfonrcq :
.. L'Avenir du christianisme », Bloud, 1901, 8», 1. IH, c. 9, p. 713 sq., et des vues claires cl justes dans l'ceuvrc trop oubliée de ]'orlalis : « De l'usafie et de l'aljus de l'esprit philoso|)hi(|iu* durant le xviii'' siècle. ■> Paris, 1820, 2 V. 8°. V. S" éd. ib-, 18.31, t. H, 173 sq. « L'Espo-it philosophique doiit beaucoup aux sciences exactes. »
3. V. le Discours sur rulililé des nialhénuiliques cl de la 'physique, «n tète de I' • Histoire de l'Académie ». Cf. Maiijron, 331 sq., 393 sq.
communication constante qu'il maintenait entre les divers spécialistes, ses collègues, et ceux-ci et le grand public, la réorganisation de l'Académie opérée en 1099 porta tous ses fruits.
La gratitude de ceux qui savouraient par lui les doux fruits de la science sans connaître l'amertume de l'étude est à peine concevable. Vauvenargues appelle ce vulgarisateur « un des plus grands philosophes de la terre », un homme qui a « donné de nouvelles lumières au genre humain » (1).
Contrairement à ce que les modernes pourraient croire, eux qui voient un million d'impiétés dans la Pluralité des Mondes, cet opuscule n'excita pas d'emblée l'inquiétude des hommes de foi. Bien peu en sentirent le venin. Le danger n'était pas autant qu'on l'imagine dans l'élargissement de l'Univers. Aussi bien Pascal, La Bruyère, Euler en ont tiré des motifs d'adoration. « Si « un homme était situé dans une étoile, notre soleil, notre terre « et les trente millions de lieues qui les séparent, lui paraîtraient « un même point : cela est démontré. » Et La Bruyère s'émerveille de l'ordre précis et constant qui régit ces grands corps dans « cet espace immense ». Peut-on douter d'un Organisateur? « Lucile, si c'est par hasard qu'ils observent des règles si inva- « riables, qu'est-ce que l'ordre ? qu'est-ce que la règle ? » Système de Ptolémée, système de Copernic, qu'importe ? ce dernier « ne diminue rien du merveilleux » (2).
Le pasteur Martin, auteur d'un honnête Traité de la relie/ion naturelle (3) cite même Fontenelle pour exciter ses lecteurs à la piété. Celui-ci n'enseigne-t-il pas, dans l'Histoire de l'Académie de 1707, qu'une simple tache du soleil est 1727 fois plus grande que la Terre. Qui n'admirerait après cela l'étendue de la création ? (4).
Aussi l'hypothèse des habitants des planètes, suggérée par la Pluralité des mondes, n'émeut-elle pas autrement le bon chrétien qu'est La Bruyère. L'homme de lettres ramène froidement l'homme de science à la considération du connaissable et aux données l)ositives, dont le Flammarion du xvir siècle s'était, avec quelques précautions de forme, écarté. C'est une assez jolie leçon de méthode adressée au conteur de « la dent d'or ».