‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 165 sur 397 · T. Il, I. 1, c · texte numérisé non relu

T. Il, I. 1, c

peser les miracles de Jésus ou de ses disciples, en faire des informations exactes cl se convertir en connaissance de cause, telle est la représentation cjne se fait Houteville des contemporains de Jésus (1).

L'idée qu'un fait est la suite nécessaire d'un autre indique aussi une solide méconnaissance de la vie. L'audace des disciples après l'abattement de Ciolgotha peut avoir d'autres causes que la résurrection matérielle du Christ, la conversion des païens peut avoir d'autres causes que les miracles (2).

Au défaut de sens histori(|ue il faut joindre l'insullisancc des arguments par lesquels Houteville jirouve l'authenticité et l'ancienneté des évangiles. De cette démonstration tout le reste dépend. Or elle est caduque.

Mais ces faiblesses si sensibles poin' nous l'étaient moins ])our les incrédules de 1730, aussi peu historiens que l'apologiste et moins érudits.

Ce livre Voici, à leurs yeux, le principal défaut de la cuirasse de la

marque démonstration ])ar les faits. Diderot y jîoussera sa pointe dans les une défaite Pensées philosophiques.

Bayle a dit que la révélation était un fuit vrai ou faux. Ilistori- ([uement constaté il emporte tous les obstacles. Les chrétiens, confiants, l'établissent. Or, à l'expérience, il se trouve que les disciples de Bayle n'acceptent pas les faits qu'on leur allègue en preuve, — ou, s'ils en admettent la réalité, ils leur dénient toute valeur ])robante.

Car les faits invoqués sont des miracles. Or l'incrédule, après avoir exigé une démonstration par les faits, déclare : les faits ne l>euvent rien contre le raisonnement. Fussent-ils cent fois plus avérés qu'ils ne sont, nous ne les croirions i)as car ils sont a priori impossibles. Si je voyais un miracle, je m'estimerais fou plutôt (|ue de l'admettre, car rien n'est hors de la nature, c'est-à-dire en dehors de l'ordre (."î). Houteville sent bien (|ue là est le réduit de

1. " Quel incrédulo osera nier tous ces faits évidents qui se sont passés dans un coin à la face de toute la lerro ? » Voltaire. Dict. pliil., art. Secte. Houteville y est ridiculisé.

3. Nous sommes au fond de rim,])asse où les îilTiiniiitions s'alTi-oiilenl sans issue. « Ce n'est pas parce qu'il m'a été préalablement démontré que les « évangélistes ne méritent pas une créance absolue que Je rejette les miracles « qu'ils racontent. C'est parce qu'ils racontent des miracles que je dis : « les o évaniiilcs sont des légendes. » Renan : « Vie de Jésus », préf. de la 1.^'' éd. — D'après Lanijlois et Seiqnobns : <. Introduction aux études historiques », p. 177 s(i., pour (|u'iin fait soit prouvé il ne suflil i)as qu'il soit attesté conformément aux bonnes lèj^lcs, il ne doit pas clioipier nue loi seientifuiiie. car la nii'lliode liislorUinc (|tii esl indirecte ne vaudra jamais les mélliodes directes

la défense adverse, il s'y heurte à plusieurs reprises : « dès qu'on « voit un fait de ses regards ou par les yeux de toute la terre et « de tous les siècles, quel paradoxe d'aimer mieux en croire à un « raisonnement spéculatif qu'à une existence sensible et pâlie pable « (1).

Houteville se méprend légèrement : l'incrédule croira, à la rigueur, à cette existence sensible, mais il ne croira pas qu'elle soit extra ou sur-naturelle. S'il voit un mort ressuscité il ne contestera pas qu'il soit en vie, mais il attribuera sa résurrection à l'action de lois inconnues. Il dira qu'il n'y a aucun moyen de discerner derrière ce fait une intervention divine. Le fait peut être vérifié, le miracle est invérifiable (2). Et ainsi la méthode a posteriori, sur laquelle l'apologiste comptait pour convaincre les ennemis de la foi, n'a pas plus de prise sur eux que l'ancienne méthode a priori. Malebranche établissait les faits sur la nécessité des dogmes, Houteville établit les dogmes sur la réalité des faits. Or ces faits, même sojidement munis de tous les caractères des faits historiques, — ce qui n'est pas, — ne révèlent pas invinciblement la main de Dieu. Ils ne sont pas miracles au sens orthodoxe du mot.

L'ouvrage d'Houteville servit ainsi à préciser le point de conflit. Il a plus nettement posé certains problèmes, s'il ne les a pas toujours résolus à l'avantage du christianisme.

L'accueil que lui fit le Journal de Trévoux fut enthousiaste. Il louait non seulement le fond mais la forme. « A chaque pas le « lecteur marche sur des fleurs de toute espèce ; eh un mot dans « un ouvrage de religion jamais le dogme et la raison ne s'étaient t< montrés dans un appareil plus somptueux » (3). C'était « un ouvrage achevé ». Molinistes et jansénistes y cherchèrent les uns

des sciences d'observation. — A quoi //. Monnier répond : « On n'a pas le droit de contester des faits établis par de suffisants témoignages au nom du u cours ordinaire des choses », et si on le fait on cesse d'être historien, on fait de la philosophie. « R. chrét., 1 nov. 1911, p. 920.

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