éd
254 Dr PASCAL A CHATEAUBRIAND
pour riioinme et non l'homme pour la religion. Arrière les mystiques (pii prônent l'amour désintéressé. 11 faut au contraire montrer aux chrétiens les avantages qui les attendent pour les exciter au devoir : la ijrière est un remède merveilleusement facile à tous nos maux, la reconnaissance nous oblige à remarquer la source de tous nos biens, c'est aussi un moi/en d'en obtenir de nouveaux. « Il n'y a point de règle i)lus nécessaire, plus indisi)ensablement « nécessaire pour passer la vie dans la tranquillité et le repos « que celle qui nous ordonne... de faire exactement aux autres ce « que nous voulons qui nous .soit fait à nous-mêmes » (1). Le l)récepte de ne pas résister au méchant ne nous prescrit que ce (|ue la prudence et l'amour de notre repos nous conseillent. Il est utile de se faire des amis de ses ennemis. Et que dire des biens éternels promis aux fidèles ? On objecte que peu tl'élus entreront l)ar la porte étroite ; mais les jjrédicateurs exagèrent. Vin i)arhint de la porte étroite, Jésus ne pensait qu'aux juifs de son temps qui le suivaient en petit nombre. Nous aimons notre cori)s, nous serions fâchés qu'il ne ressuscitât pas. Dieu a prévu ce désir (2).
On voit quelle dégradation grossière subit la pensée des Duc/uel et des Lacroze. C'est la transposition du si)irituel en matériel. Bernard invoque un utilitarisme bas et, peu s'en faut, l'appétit du bien-être, jiour autoriser la religion. Il croit la rendre ainsi recommandable à des hommes qui n'acceptent plus que l'on condamne la nature humaine et ses instincts.
Ce même auteur avait déjà défendu avec Saurin contre Bayle Tutilité sociale du christianisme. Les apologies de ce genre iront se multipliant (3).
2. L. 2, c. 11. On roconnail rauteur à son ouvrago : Djpu seul savait tous nos besoins et ])ouvait les remi)lir.
.3. V. supra p. 178. En 1730 paraît un opuscule anonyme : Les charmes de la sociélé du chrétien. Paris, 12 (Kil p.) où l'on fait valoir les vertus sociales du disciple du Christ, bon père, ami fidèle, etc.,. Nous retrouverons ces idées |>Ius amplement et mieux développées ailleurs. V. M. Trêv., mars 1731, p. 411. Devons-nous, dans une histoire de l'a'iolof^'étique, mentionner la tentative du P. Herriiyer jiour accommoder, dans un autre sens, la religion au i^oûi du siècle ? Il s'abaissait de vaincre une autre réi>U};nance, celle ([u'inspirait aii\ «lélicals <le salon, « modernes ■> dans l'esprit de La Molhe et de Fonlencite, la barbarie des Ecritures. Le jésuite, en sucrant le style de la Bible, en présentant un Samson mieux peigné, en tirant les rudes histoires sensuelles vers la galanterie, obtint un succès jirodigieux, mais de quel aloi ! Les chrétiens sérieux désavouèrent cet ancêtre bien intentionné de Léo Taxil. Les diverses parties de sa Hible : Histoire du peuple de Dieu, — les Evangiles, — les Epi- Ires (1728-riX) furent siiccessivemenl censurées par Colbert, évètpie de ^Iont])ellier, par Rome en 1731, ])ar une assemblée d'évèques réunis à Conflans, ipar la Sorbonne et le Parlement. Clément XIII ordonna des prières à la Trinité, en réparation des outrages ([ue renrermaient •• les E|)îtres », et écrivit le 2 décembre 17riS (pu- >■ /(/ mesure du scandale était remplie ■•.