‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 195 sur 397 · Rotterd. 2 v · texte numérisé non relu

Rotterd. 2 v

3. L'Apocalypse (13, 5) dit 42 mois, c'est-à-dire 1260 jours, mais le grandpère de Jurieu, Pierre Du Moulin, avait déjà transformé ces jours en années. V. sur ces rêveries : Ch. Bost : « Les prédicants protestants », Cham,pion 1912, 2 V. 8°, t. I, 174 sq. Rébelliau : « Bossuet historien «, p. 8, 156, 344,

4. Lettre des rabbins des 2 synagogues d'A\msterdani à 3/. Jurieu. Traduite de l'espagnol, Bnix. 1686 pet. 4" ; réimpr. dans » Lettres choisies de R. Simon » 1702, t. I, 303. Simon était trop intelligent pour ne pas voir la /portée de sa feinte. Son horreur de l'exégèse allégorique interdit die le considérer comme un partisan sincère du sens spirituel des prophéties.

n'était pas ct'lui qui doit venir et la religion chrétienne est une illusion.

Nous savons par l'abbé Bastide, qui prit la peine de réfuter Jurieu vingt ans plus tard, l'effet désastreux produit à la fois par les chimères du pasteur et par la pseudo-réfutation du critique (1). L'abbé rétablit bien le sens spirituel des prophéties, nuiis ces controverses ancraient dans les es])rits l'idée que le sens des oracles bibliques n'était rien moins qu'évident.

Un second coup fut porté au crédit des prophètes par les Cainisards inspirés. On sait comment les révoltés des Cévennes étaient, en pleine France, une « colonie d'Israël » (2), la république la plus ])urement théocratique (ju'on ait vue. La guerre fut conunencée par un prophète, Séguier, menée par un prophète, Cavalier, inférieur à Roland à bien des égards mais choisi pour son insjjiralion, et entretenue par les Marion, les Mazel, les Couderc, tous proi^hètcs.

Quckiues-uns de ces illuminés ])arurent dans la doctorale Cicnève. Marion, Fage et Jean (Cavalier, cousin du capitaine, se rendirent en Angleterre à la fin de 170G. Quand on vit à la froide lumière de Londres ces montagnards méridionaux échappés au bûcher, à la roue et aux boucheries atroces de Montrevel, — leur exaltation donnée en si)ectacle, tournant parfois comme il arrive chez les médiums à la fraude semi-consciente, fit rire les scepti- {|ues, scandalisa les chrétiens raisonnables. Shaftcsbnry distilla sur eux son ironie (3). Leurs crises prophéticjues leur concilièrent (|uelc|ues partisans, mais l'évèque de Londres chargea le consistoire de l'église française de « la Savoie » de les examiner. Celui-ci déclara ([ue « les mouvements de ces inspirés n'étaient « (|ue l'effet d'une habitude volontaire et indigne de la sagesse « du St-1'^sprit ». Sans souscrire à la première partie de ce jugement carré, on est frappé de l'indigence des révélations de Marion (jui furent i)ubliées par ses partisans sous le titre d' « Avertisscinciils prophétiques » (4). Prédictions manquées ou « post even-

1. L'incrédulilé des déistes confondue par J.-C, par Messire Louis liasdde, prêtre, prédicateur ordinaire du roy. professeur du droit, ancien promoteur (jénéral de feue S. E. M. le cardinal de Ronzij. Paris 2 v. 12, 170G et 1712. « Les déistes (qui se multiplient par des progrès d'autant plus grands qu'ils sont inij)erc-eptil)lesi se servent des raisonnements de M. Jurieu tant pour s'autoriser (le leurs erreurs i/ue pour les persuader aux autres ». (Préf.). « Las rabbins d'Anisterdani et les déistes en ont conclu dans un écrit blasphématoire i/n'ils ont répandu parlonl ijue J.-C. n'est pas le Messie ■>. (Ep. à Clément XI). Il dit aussi, dans sa préface, ((Ue tout le monde est infecté de cet écrit ; le silence des catholi(|ues fait croire fju'ils n'ont rien à y répliquer.

2. \. Pci/rat : ■< Histoire des pas,teurs du Désert », Paris 1812. 2 v. 8°, t. II, :)21.

:î. I^cttre sur l'enlhousiasme. tr. fr. La Haye 1709, 12. 1. Lond. 1707. 12.

tum », fastidieuse annonce de l'imminente destruction de Babylone et de la restauration de Sion, c'est-à-dire du protestantisme persécuté, centons de la Bible masquant les trous de la pensée, révélaient au lecteur impartial une seule vérité : à savoir que l'inspiration n'a pas de rôle créateur.

En France les prophètes camisards furent surtout connus par l'Histoire du fanatisme (1) de Brueys, œuvre de mauvaise foi, et le Fanatisme renouvelé de Louvreleuil (2), qui les présentaient sous un jour grotesque ou odieux.

L'idée que les prophètes juifs n'avaient rien de plus que les exaltés des Cévennes prenait assez de corps pour que Groteste de la Mothe, pasteur de l'église de la Savoie, rappelât les caractères des prophéties authentiques (3). En 1723 Samuel Turreitin reprit la question sous une forme plus systématique dans son Préservatif contre le fanatisme et les prétendus inspirés des derniers siècles (4). 11 y marquait les signes infaillibles auxquels on reconnaît l'inspiration : la prédication d'une doctrine nouvelle et supérieure à la lumière naturelle, le don des miracles. L'un et l'autre manquaient aux Camisards (5).

Les alarmes des chrétiens sensés n'étaient pas chimériques. L'année suivante paraissait l'ouvrage le plus fort qu'on eût encore écrit contre les prophéties, le Discourse of the ground and reasons of the Christian religion, de Collins (6). L'auteur y montrait que les prophéties ne sont applicables que par le procédé des apôtres, l'interprétation allégorique. Sans cette méthode tout croule. Ce livre provoqua chez les Anglais des controverses passionnées. Les chrétiens sentaient que l'abandon d'une preuve essentielle serait un désastre. Sherlock, le futur évèque de Londres, en fut le principal défenseur. Son ouvrage sur l'usage et les

1. Exactement Suite de l'histoire du fanatisme 1709-13, 4 v. 12. Brueys flG40- 1723), protestant converti par Bossuet fl682), entr.i dans les ordres et travailla depuis à éclairer ses anciens coreligionnaires.

2. 1704-17, 4 V. 12. L'autem* fut directeur du séminaire de Mende.

3. Caractère des nouvelles prophéties en 'i sermons Lond. 1708, 8° : .Youvcaux témoignages pour servir à l'histoire des 3 camisards, Lond, 1708, 8°.

4. Genève S". V. Bibl. anc. et mod. t. 21, p. 408. Supplément au Préservatif (ib.), trad. du latin par Jacques Théod. Leclerc. Le pastteur Sajnuel Turrettin. flls de Michel (1688-1727) était professeur de théologie à Genève.

."). En mai 1708, l'inspiré Lacy avait vainement essayé de ressusciter un de leurs prosélytes mort 0 mois auparavant. V. Voltaire : « Siècle de Louis XIV », éd. Moland, t. 15, p. 38 : « la scène finit par mettre au pilori les praphètes ». V. Misson : « Le théâtre sacré des Cévennes y, lAmd. 1707, 12". Douen : « Les premiers pasteurs du Désert » Paris 1879, 2 v. 8". Charles Bost : « Les prédicanls proleslanls » t. II, 29.") o( passim. Bull. prnl. 2" série IV, 49.j.

Page 1