‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 207 sur 397 · V. le " Discours sur Platon · texte numérisé non relu

V. le " Discours sur Platon

3. Piihlicislc et jurisconsulte, né à Béziers en 1(17 1, mort à (IronJugue on 17'M. Il collabora aux Souvelles de la république des Icllres. à la Bibliothèque britanni<iuv. à la Nouvelle Bibliothèque et à la Bibliothèque raisoniiée. Sa traduction (lu traité <le Puffeudorf l'ayant mis en vue, il l'ut nommé professeur de droit el d'histoire à l'Académie de I^juisamie (171()i, puis professeur de droit public et privé à l'université de fironingue. Il a traduit aussi les Devoirs de l'homme et du citoijen de Puffeudorf (1707) et le Droit de la querre et de la paix de Grotius (17211.

I. <' ou système iiénêral des principes les plus importants de la morale, de ia jurisprudence cl de la politique ». Amst. 2 v. i". V. du môme 'Barbeyrac ; Traité de la morale des Pères de l'Eylise, Amst. 1728, 4".

n'était pas pour lui déplaire, celui des Pères moins encore. Mais il goûtait aussi le conseil donné aux prédicateurs d'enseigner la morale plutôt que le dogme (1).

Cette morale, dont les laïques sont les principaux promoteurs, se développe rapidement dans la première moitié du xviir siècle en dehors des églises. Sous la forme parfois un peu étriquée de la morale mondaine, elle exalte d'autres principes de conduite que les principes chrétiens, l'honneur par exemple, stigmatisé par Bossuet. Sous la forme de la morale philosophique, elle opère un renversement des valeurs qui est un des traits caractéristiques de l'évolution des idées au moment où nous sommes : elle réhabilite la nature humaine déclarée bonne, les passions source de l'action, ressort d'énergie pour l'individu, agent de prospérité pour les peuples, — le luxe, le goût de la vie large, péchés pour le chrétien condamné à l'humilité ; elle rompt le lien qui unissait la morale à la religion chrétienne puisque les païens anciens ou modernes sont reconnus capables de vertus (2), celui qui l'unissait à la Religion puisque les lettrés chinois si vertueux sont athées ; — elle met l'humanité au-dessus de la vérité en faisant de la tolérance, avec Barbeyrac, une vertu essentielle, en jugeant l'homme sur ses actes non sur ses pensées (3).

« Chacun s'est accoutumé, dit HouteviUe, à n'apprécier les autres hom- « mes que par leurs talents sans égard à leur croyance, à n'exiger d'eux « qu'une probité mondaine, des vertus philosophiques et des mœurs sociables. « L'opposition des sentiments en matière de religion a cessé de surprendre et « d'alarmer. On n'a pas adopté formellement dans la spéculation le mons- « trueux système de la Tolérance, mais sans y penser et je ne sais par quels « degrés insensibles on est arrivé enfin à n'en plus avoir d'horreur et à le « suivre dans la pratique. On laisse chacun arbitre de ses opinions particu- « Hères et libre de se composer à son gré sa propre religion. » (4).

1. Barbeyrac a certainement contribué à orienter au moins la prédication protestante vers le moralisme qui la desséchera jusqu'à l'époque du « Réveil », entre 1830 et 1850.

2. « On vient de réimprimer l'Histoire du christianisme dans les Indes par « La Croze... On y lit avec plaisir la morale admirable de ces Indiens tirée de « leurs livres religieux. Quand on voit de tels morceau.t on s'étonne de la « vanité que nous lirons de la morale chrétienne. Il n'y a point de peuple au « monde, quelque sauvage qu'il soit, qui ne put prouver la divinité de son « culte par les principes de sa morale, si cette induction était d'une certaine « validité >>. Grimm, éd. Tourneux [73], t. IV, 99.

3. Nous n'insistons pas sur cette Iransformation des idées morales qui est bien connue aujourd'hui. Elle a été admirablement mise en lumière par Lanson, dans son cours sur les Origines de t'esprit philosophique, déjà cité,, dans un article sur « le Rôle de l'expérience dans la formation de la philosophie du XYiii* siècle », (R. du mois, 10 janv. — 10 avr. 1910). V. aussi Morize : >• L'Apologie du luxe au xvin'' siècle ■>, Didier 1909. (V. Revue universitaire, 15 avr. 1910, p. 3101. Pellisson : << La sécularisation de la imorale au xviii'' siècle ". (Rév. fr. 1903) Cf. Lanson : Manuel bibliographicpie, xviii" siècle p. 711 sq.

4. Lu Religion prouvée par les faits. Préf. de la 2'' éd'. p. X.

Une société qui voyait des chrétiens faire entrer l'intolérance dans la morale chrétienne, et, au nom de cette moraie, brûler ce qu'elle adorait, n'était plus prête à en avouer l'excellence.

Plusieurs chrétiens sentirent le <langer. A Thomassin un jésuite répond sans le nommer. C'est le P. Moiirç/iies dans son Parallèle de la morale chrétienne avec celle des anciens philosophes, pour faire voir la supériorité de nos saintes maximes sur celles de la sagesse humaine {\).

La difTérence des deux morales est dans leurs principes. (]elui du chrétien est d'aimer Dieu et de lui rapporter ses intentions et ses actions, celui du i)hilosophe est d'aimer son propre repos et d'y rapporter toutes choses (2). L'un entretient, l'autre éteint l'amour-propre. Comment sur des principes opposés a-t-on bâti deux systèmes fort semblables ? C'est que le chrétien doit « se « concilier du repos et de l'indépendance du côté des créatures « pour donner avec liberté toute son apj)lication à son Créa- « teur » (3). Mais, alors que le philosophe s'en tient à cette indépendance, « l'autre passe outre » pour aller à Dieu. Cihez l'un la religion est une partie de la morale, qui contient une maxime touchant le culte de Dieu. Chez l'autre la morale est une partie de la religion, du culte dû à Dieu ([ui doit absorber toute la vie. De cette dépendance du chrétien naît l'humilité, son sentiment dominant.

Ce dernier trait est juste, et il est possible en eH'et que la couleur propre de la morale des honunes de foi lui vienne de son union avec le sentiment religieux de la dépendance. Mais l'incrédule répondrait à Mourgues qu'il voit un a priori dans le principe de tout rapporter à Dieu et qu'il ne sent aucun besoin de ce recours. Or, ce point réservé, de l'aveu même de l'ajxjlogistc, les deux morales sont identiques.

Contre Barbeyrac, le bénédictin dom Ceillier défendit les Pères (4). Il les venge du reproche d'être tombés dans des superstitions, des bévues, et un ascétisme contre nature. Il examine,

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