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des gens qui pensent et qui raisonnent » (1), et le chrétien anglais enrôlé au service de l'impiété. Il défend le spiritualisme cartésien par l'expérience interne. Je me sens simple et pensant, j'affirme donc que la pensée est liée à la simplicité, par suite incompatible avec la matière qui est divisible à l'infini. « Il est naturel de rai- « sonner ainsi : je vois un effet qui ne me paraît se rapporter à « aucune des causes qui me sont connues, donc une cause à moi « inconnue produit cet eft'et » (2). Il est d'ailleurs faux que notre âme nous soit inconnue. On semble se donner un rcMe avantageux en exaltant la puissance infinie de Dieu, mais « les natures des « choses étant immuables ne sont point l'objet de la toute puis- « sance divine ». Voltaire fait de la pensée un attribut que Dieu ajouterait à la matière comme le mouvement. Gela revient à dire qu'une chose en devient une autre.
En 1741 Boullier met au jour une Défense des Pensées de Pascal contre la critique de M. de Voltaire (3). C'est la moins indigne.
Le pasteur reste faible sans doute sur les points faibles de Pascal : le pari (4) que Voltaire rend inutile en disant que douter n'est pas parier, les prophéties équivoques (5), l'obscurité preuve de vérité (()), le second avènement du Christ (7). Il demeure court, le malheureux, sur les 3 ordres de grandeur. Mais il se ressaisit dans le confiit du pessimisme chrétien et de l'optimisme du siècle. La grande force du christianisme est le solide fondement psychologique sur lequel il repose. L'inquiétude éternelle des heureux de ce monde, le malaise moral des justes de ce monde, quelques autres sentiments encore, profonds et presqu'universels, sont les réalités intérieures sur lesquelles l'histoire, la poésie et la théologie ont bâti un édifice sans cesse remanié. Pascal est chez nous le chercheur dont les fouilles ont le plus magnifiquement découvert le roc de ces fondations. C'est cette connaissance sans égale du cœur humain qui, génération après génération, ramène invinciblement à ses Pensées ceux que son ignorance historique et i)hilologique fait sourire. C'est elle sans doute qui, dans le siècle le
2. P. 207. Tinullier roprondra la critique du spnsualisnio dans son Apologie de la mélaphfi.sique contre d'Alembert (1753) et, après la jiublication de VEssai et des Traites de Condillac. dans ses l'ièces phitosopluquex et littéraires (1759).
3. .Tointp à ses Lettres sur les vrais prineipes de la religion contre Marie Iluber. (V. infra p. .l.'JOi, réinipriniée )ivrc V Apologie de la inpitiiphysigue à l'oceasion du Diseoiirs préliminaire de l'Encyclopédie Amst. 175,3, Ifi, sous le litre de Sentiments de M. *** sur la critigiie des Pensées de Pascal par Voltaire. C'est l'édition que nous citons.