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304 Di: PASCAL A CHATEAUBRIAND
la critique audacieuse tle la révélation : le St-Esprit parle bien ivial pour qu'on croie à rinspiralion littérale ; la formation des légendes païennes et chrétiennes est identique ; les miracles, même accomplis sous nos yeux, sont inadmissibles car la raison est supérieure aux sens.
De tous les méfaits du diacre Paris, les « Pensées philosophiques » restèrent le plus redoutable (1).
Deux ans plus tard, Diderot enhardi enseignait dans la Lettre sur les aveugles que le hasard est créateur. Il s'en tenait encore au mécanisme suranné qui compose la Henriadc en agitant des lettres dans la nuit. Mais il concevait bientôt la matière sensible, et, dans les Pensées sur l'interprétation de la nature (1754), tirait de cette « sensibilité », qualité générale et essentielle de la matière, l'idée d'une évolution créatrice que les modernes ont peu modifiée (2).
Réfutateurs Les « Lettres philosophiques » suscitèrent des réfutations, pour une fois assez heureuses et d'une verve amusante. Elles étaient cependant l'œuvre de pasteurs ou de professeurs protestants ; mais ils avaient barre sur Diderot par le fait (jue la moitié de ses critiques portaient sur le catholicisme seul. Comme il était naturel à un hYançais du xviiT siècle et qui n'avait pas voyagé, Diderot identifie le christianisme avec l'église romaine, et ne se borne i)as à attaquer ce qui est commun aux diverses églises, au moins à toutes les orthodoxies, mais il impute les abus ou les singularités d'une confession à « la religion du Christ « (3). Ses adversaires auront beau jeu à dénoncer cette illusion d'oi)tiquc ou ce défaut de loyauté. N'oublions pas que la polémique antireligieuse n'était pas en ce temps une controverse académique, mais une lutte au couteau pour l'air respirable contre la plus formidable puissance d'oppression qui ait existé.
George Polikh, professeur d'hébreu à Lausanne, riposta sans retard aux « Pensées philosophiques » par des Pensées chrétiennes (4).
1. En 1702 l'abbé de Prades pourra écrire aux Appelants : « L'impie a vu « dans la capitale du royaume, au milieu d'un peuple éclairé, dans un temps « où le préjugé n'aveuglait pas, vos tours de force érigés en prodiges divins, « vos prestiges regardés, crus et attestés comme des actes du Tout Puissant '< et il a diî : ,un miracle ne prouve rien ; il ne suppose (|ue des fourbes adroits « et des témoins imbéciles ». Réflexions sur l'inslniction pastorale de l'évèque d'Anxerre 17r)2, p. 90 (V. infra p. .330). Les Pensées philosomliiiiiies furent condamnées par le Parlement le 7 juillet 1746. avec Vllisloire naturelle de l'âme.