‹ De Pascal à Chateaubriand; les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 219 sur 397 · Dans sa réponse à J. B. Rousseau déjà citée, p · texte numérisé non relu

Dans sa réponse à J. B. Rousseau déjà citée, p

sanes, écrivit tout un livre pour le réfuter : Le poème de Pope, intitulé Essai/ sur riioinme convaincu d'impiété {l).

(iaultier s'étonne qu'on ait laissé un membre de l'Académie imprimer avec privilège de l'Académie une traduction de Pope dédiée au duc d'Orléans. Les ouvrages impies anonymes, comme « l'Kxamen sur la religion en général » (2) révèlent l'intention de ceux qu'on signe. C'est d'inculquer le principe déiste : la nature et la raison sont l'ouvrage de Dieu, les religions celui des hommes. On pourrait extraire de « l'Essai » un catéchisme dont voici les principaux ])oints : Dieu a créé le meilleur monde possible pour le bonheur de tous les êtres, y compris les animaux. Il les conduit par des lois générales qui ne lui permettent pas de déranger pour quelques favoris le système de l'univers. Il faut céder aux lois de la nature, amour-propre, passions, qui indiquent où Dieu nous i)ousse. Y trouver du mal c'est en mettre dans Dieu lui-même. On voit sortir des passions les vertus : de la colère, le courage, de l'avarice, la prudence. La raison doit « être moins l'ennemi que le modérateur » (3).

Que fait Pope en niant le désordre sinon donner la main à Spinoza ? Tous les impies, à son exemple, vantent l'amour-propre comme le lien de la société, parce que, disent-ils, il se limite luimême dans son propre intérêt. « Tel est l'emplâtre que Pope, à « l'imitation de Si)inoza, cherche à api)liquer au mal que doit « causer dans le monde ce i)rincipe meurtrier, qu'en suivant la <■ cupidité on ne fait que suivre la loi de la nature » (4). Mais dire que l'amour-propre est la source de tout bien parce qu'il est la source de la société, que la bienveillance de tous envers tous est projjortionnée au degré de déi)endance où nous sommes les uns à l'égard des autres, rétrécir au sens égoïste la maxime « ne faites pas à autrui... » c'est substituer la crainte à l'amour. Or sans amour comment se faire esclave volontaire ou soigner les pestiférés ?

En terminant, Claultier lance un des i)remiers l'idée, (|ui fera son chemin, d'un immense coni])lot tramé contre la religion, et le premier, à notre connaissance, il soupçonne les francs-maçons d'en être les auteurs.

1. La Haye 174f>, 8". J. H. Guiillier. né à Louvicis (1085) mort à Paris (1755) fut le tlK^oIoffieii (le l'évèrjuc de Monti)pllicr, Colbert. Il coniLallit avec un zèle égal jésuites et philosojjhos.

2. Trévoux ITI.'i, 12. Cet ouvrage, qui avait longtemps couru en manuscrit, fui faussement attribué à Riiinel traduit /i)ar .S«i/i/ Evremotid. \n\is ii La Serre. V. I.unson, art. cit. H. h. l. avr.-juin 1)112.

DES LETTRES PHILOSOPHIQUES A L ENCYCLOPEDIE

« Qui sait si cette société qui prend le nom de Framassons « n'est pas établie pour réunir dans un même corps tous les « sectateurs de la religion naturelle... Le nom de Framassons « annonce un dessein de bâtir » (1). Pourquoi ce secret ? Celui qui fait le mal hait « la lumière » (2). Ils reçoivent des gens de toutes religions ; il y a parmi leurs chefs des incrédules avérés.

« Quoi qu'il en soit des framassons, toujours est-il bien certain « que l'impiété gagne à vue d'oeil. // se forme une conspiration a générale contre la religion. Les systèmes ne sont pas totalement « les mêmes, mais tous vont au même but » (3).

Si médiocre que soit iGlaultier son ouvrage est intéressant par les soupçons qu'il exprime, par ce qu'il nous révèle du rôle des impiétés manuscrites ouvrant les yeux les moins avertis et précisant la portée des hardiesses imprimées, par ce qu'il montre enfin du genre d'action de Spinoza : sa spéculation hautaine a des effets terre à terre et positifs. Où sont les définitions et les théorèmes de l'Ethique, les controverses des premiers adversaires sur la substance ? le grand public paraît les ignorer. Mais il sait que la nature est bonne, que l'amour-propre est légitime. Avec une clairvoyance ennemie, Gaultier rapporte ces idées à leur principale source et saisit l'unité du mouvement d'ensemble qui entraîne les esprits.

Si certains chrétiens s'alarmaient de l'honnête déisme de Pope, qu'allaient-ils dire à la rencontre de l'homme qui incarne le plus profondément en son siècle l'esprit de Spinoza, quoique toutes leurs « apparences » s'opposent ?

Diderot fait paraître en 1747 un petit livre autrement hardi que les Lettres philosophiques, moins spirituel certes, mais plus suggestif. Les Pensées philosophiques sont encore du Bayle, mais du Bayle élargi et franc, tirant vers le matérialisme et épuisant le principe de la raison souveraine. Il n'y manque aucun des couplets qui sont désormais « de style » dans la littérature antichrétienne : celui du Dieu cruel ; — sans aboutir formellement au panthéisme, Diderot cherche Dieu dans la nature organisée : s'il n'est i)as un agent moral, il est encore le principe intelligent du bel ordre ; — celui de l'athéisme préférable à la superstition, celui des passions bienfaisantes, non seulement parce que Dieu nous les a données, mais, plus profondément, parce qu'elles sont divines, étant les lois mêmes de la Nature qui est Dieu. Puis vient

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